Affaire Clément Méric

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Affaire Clément Méric
Nature du crime Homicide
Type de crime Violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Paris
Date du crime 5 juin 2013
Nombre de victimes un mort, trois blessés
Jugement
Statut Affaire en cours d'instruction

L’affaire Clément Méric est une affaire politique française, qui fait suite à la mort le 5 juin 2013 de Clément Méric, militant d’extrême gauche, membre de l’Action antifasciste Paris-Banlieue et de Solidaires Étudiant-e-s, à la suite d'une rixe avec un groupe de skinheads d'extrême droite.

L'annonce de sa mort déclenche une vague d'indignation (y compris de personnalités politiques) et des manifestations dans plusieurs villes de France.

Cinq personnes du groupe d'extrême droite sont mises en examen dans cette affaire. Deux d'entre elles, poursuivies pour « violences volontaires en réunion et avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ont été placées en détention provisoire puis libérées au bout d'un an environ, dans l'attente de leur jugement. Une autre, mise en examen pour complicité, est finalement relaxée.

Le procès n'est pas attendu avant le printemps 2015.

L'événement[modifier | modifier le code]

Les faits[modifier | modifier le code]

Lieu de la rixe, rue de Caumartin, aux abords de l’église Saint-Louis-d'Antin.

Les événements étant récents, l'enquête et l'instruction sont toujours en cours. Ce récit des événements se base donc sur les informations diffusées dans les médias, notamment celles contenues dans la décision de la chambre de l'instruction en date du 29 avril 2014[1].

Deux groupes de trois personnes[1], un de militants de l'Action antifasciste Paris-Banlieue, l'autre de militants nationalistes révolutionnaires, se rencontrent par hasard le 5 juin 2013, en fin d'après-midi, alors qu'ils se rendent à une vente privée de vêtements Fred Perry[2], au 60 de la rue de Caumartin, dans le 9e arrondissement de Paris[3],[4]. Ni Clément Méric, ni Esteban Morillo, principal inculpé dans cette affaire, ne sont présents sur les lieux à ce moment-là[1].

Un antifasciste interpelle d'abord les nationalistes, qui se trouvent dans la salle de vente, en leur disant, de son propre aveu : « Alors les nazis, on fait ses courses ? »[1]. Selon les nationalistes, le groupe d'antifascistes aurait alors continué à les provoquer, menaçant de les « attendre en bas », tandis qu'eux-mêmes auraient demandé aux antifascistes de les laisser faire leurs courses[1][4].

Les antifascistes quittent l'espace de vente vers 18 heures et se postent un peu plus loin rue Caumartin, au pied des marches de l'église Saint-Louis-d'Antin. Selon la chambre de l'instruction, ils attendent alors « ostensiblement » l'autre groupe « en faisant téléphoniquement appel à du renfort », ce que les intéressés démentent en expliquant qu'ils attendaient l'arrivée de Clément Méric avec lequel ils avaient prévu de faire des courses, puis le départ des skinheads pour l'accompagner à la vente[5]. Clément Méric les rejoint un quart d'heure plus tard. Pendant qu'il attend avec le groupe le départ des skinheads, il échange des SMS dont le contenu sera dévoilé par Le Parisien[6]: ils ont trait à l'organisation de la fête d'anniversaire d'une amie qui devait avoir lieu le soir même. Pendant ce temps, les nationalistes terminent leurs courses et appellent du renfort par téléphone. Samuel Dufour appelle en particulier Esteban Morillo[1].

Un vigile, alerté par une cliente des tensions entre les deux groupes, tente d'abord de calmer les nationalistes, puis descend à la rencontre des antifascistes. L'un d'eux lui signifie que les nationalistes ont caché un poing américain dans un sac avant de pénétrer dans le magasin et l'invite à prendre des dispositions. Selon le vigile, Clément Méric aurait alors déclaré : « Ce sont des gens qui ne devraient même pas être vivants », ou, dans une autre version du même témoin, « Ces gens-là ne devraient pas exister ». Lorsque le vigile retourne dans le magasin, Clément Méric le suit. En montant, il croise les nationalistes dans les escaliers et envoie à 18h27 un dernier SMS à ses amis : « ils descendent »[1][6]. En haut, le vigile et un de ses collègues l'enjoignent, au vu notamment de sa faible corpulence, de ne pas s'engager dans une bagarre. En redescendant de la salle de vente où il est resté quelques minutes, il aurait de nouveau croisé les nationalistes, désormais rejoints par Esteban Morillo, dans la cour de l'immeuble. Selon ces derniers, il leur aurait dit « On vous attend ».

Au lieu d'esquiver l'affrontement comme le vigile le leur avait conseillé, les nationalistes partent alors directement à la rencontre des antifascistes, qui attendent depuis une quarantaine de minutes sur le parvis de l'église Saint-Louis-d'Antin. Une des nationalistes reconnait qu'elle a vu Esteban Morillo ranger un poing américain dans le sac à dos de Samuel Dufour avant de faire ses courses, et un témoin affirme avoir vu ce dernier enfiler l'arme en quittant la boutique[1].

Une rixe éclate alors, décrite par le procureur comme une « scène de violence avec des échanges de coups », sans que l'on sache qui initie le combat, les deux groupes se renvoyant mutuellement cette responsabilité[7],[1]. Un des antifascistes affirme que Samuel Dufour utilisait un poing américain, tandis que celui-ci affirme au contraire n'avoir porté que des bagues de combat, version contredite par des SMS trouvés sur son téléphone dans lesquels il se vante d'avoir frappé avec un poing américain[8]. Le même antifasciste est également formel sur un point : Samuel Dufour n'a pas frappé Clément Méric, malgré des dépositions contradictoires de témoins de la scène. Esteban Morillo porte au moins deux coups à Clément Méric, dont celui qui entraîne sa mort[4][1]. Selon l'expertise médico-légale, la victime aurait reçu « au moins cinq coups »[1] au visage, dont l'impact est qualifié de « très violent »[9]. La question de savoir qui serait l'auteur des autres coups reste ouverte.

Les nationalistes prennent ensuite la fuite[3]. L'enquête établira qu'ils se retrouvent tous ensemble au Local, le bar de Serge Ayoub avec qui ils ont été en communication téléphonique juste avant et juste après la rixe[10], puis tout au long de la nuit[8].

Clément Méric est transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans un état de mort cérébrale[11]. Il est déclaré mort le lendemain[3]. Trois et sept jours d'incapacité totale de travail sont délivrés à deux militants d'extrême gauche et deux jours pour l'un des militants d'extrême droite[4].

Protagonistes[modifier | modifier le code]

Clément Méric[modifier | modifier le code]

Clément Méric.

Clément Méric est le fils de deux enseignants de droit de l'université de Bretagne occidentale à Brest. En 2012, il fut élève au lycée de l'Harteloire de cette même ville, où il obtient un baccalauréat scientifique avec mention très bien[12].

Il commence à militer à l'âge de 15 ans à la Confédération nationale du travail, anarcho-syndicaliste ; dans ce cadre, il anime localement un mouvement contre la réforme du lycée en 2010[12]. À la rentrée 2012, il a entrepris des études à l'Institut d'études politiques de Paris, et commence à militer au sein de Solidaires Étudiant-e-s contre le fascisme, pour les droits des étrangers et l'égalité hommes-femme. Il fréquente le kop Bauer des supporters du Red Star[12]. Il est également « antifa », membre de l'Action antifasciste Paris-Banlieue et, selon une source policière, « il était connu des services spécialisés comme appartenant à un groupe de militants d'extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec des militants d'extrême droite, notamment la vingtaine de skins constituant le noyau dur des JNR (Jeunesses nationalistes révolutionnaires, groupuscule radical)[12] ». Anti-homophobie avec Act-Up, il participe à des contre-manifestations en marge de manifestations contre le mariage homosexuel début 2013. Décrit comme frêle (il pesait 66 kg pour 1m80)[13], il venait de se remettre d'une leucémie en 2013[12].

Esteban Morillo[modifier | modifier le code]

Esteban Morillo est né à Cadix (Espagne) le 4 décembre 1992, et a grandi à Neuilly-Saint-Front, petite commune rurale de l'Aisne[14].

En 2010, une enquête de la gendarmerie est ouverte à la suite des provocations auxquelles il se livre avec trois de ses amis, skinheads eux aussi, portant des habits avec la croix gammée et faisant des saluts nazis. Lors d'une perquisition à son domicile, la gendarmerie découvre des drapeaux à croix gammée et des insignes SS et Totenkopf. Cette enquête n'a aucune suite judiciaire[14],[15],[16],[17]. En mai 2011, il fait l'objet d'un « fichage Stic » pour port illégal d'arme de sixième catégorie[14]. Il a un casier judiciaire vierge[18].

Installé en région parisienne depuis fin 2011, il est agent de sécurité[14].

Il déclare être « sympathisant de Troisième Voie », mais « n'avoir été encarté que 6 mois »[14]. Sa proximité avec Serge Ayoub et le mouvement Troisième Voie est cependant attestée par diverses photos et vidéos[19][10], par ses tatouages, notamment celui du trident de Troisième Voie sur sa poitrine[20][10], et par leurs contacts le jour des faits[8][10].

Selon le procureur, deux poings américains sont retrouvés par la police lors de la perquisition menée après les faits à son domicile[21]

Suites judiciaires[modifier | modifier le code]

Grâce aux images de vidéosurveillance, et aux témoignages recueillis, quatre personnes sont interpellées dès le jeudi 6 juin, à Saint-Ouen[22]. Parmi elles se trouve Esteban Morillo, qui reconnaît en garde à vue avoir porté deux coups au visage de Clément Méric, dont celui — mortel d'après l'autopsie — ayant entraîné sa chute[22]. Le même jour, trois autres personnes se rendent d'elles-mêmes à la police[22]. Une huitième personne est interpellée le lendemain[22]. Le vendredi 7 juin, trois de ces personnes sont relâchées[22]. Les cinq personnes gardées à vue ont entre 19 et 32 ans[22].

Le 8 juin 2013, lors d'une conférence de presse, le procureur de Paris, François Molins, précise que selon les premiers résultats de l'autopsie, « le décès n'est pas dû à un hématome qui aurait été causé par la chute par terre mais aux traumatismes crano-faciaux occasionnés par les coups de poing portés à la victime » et annonce l'ouverture d'une information judiciaire pour « homicide volontaire » à l'encontre d'Esteban Morillo[4]. Mais le juge d'instruction décide de mettre Esteban Morillo en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » avec placement en détention provisoire[4]. Ensuite, Esteban Morillo change d'avocat, passant de David Dassa-Le Deist, avocat du Bloc identitaire, à Patrick Maisonneuve, ancien membre du Parti socialiste. « Esteban Morillo, explique Me Maisonneuve, refuse désormais que son nom soit utilisé par quelque association que ce soit et encore moins associé à la manifestation que certains prévoient d’organiser en son soutien prochainement »[23].

Katia Veloso est mise en examen pour « complicité de violences volontaires » pour avoir appelé des amis à les rejoindre[24], et libérée sous contrôle judiciaire[4]. La mise en examen de cette dernière sera finalement annulée par la Cour d'Appel de Paris, le 29 avril 2014, faute d'éléments à charge suffisants[25].

Les trois autres personnes ont également été mises en examen pour violences volontaires en réunion[4]. Deux d'entre elles sont libérées sous contrôle judiciaire[4] tandis que le troisième, Samuel Dufour, reste incarcéré ; en septembre 2013, il est à son tour mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner[26].

Le parquet a également ouvert une enquête préliminaire pour « violences volontaires en réunion, violences volontaires ou complicité de violences volontaires en réunion » portant sur l'ensemble des protagonistes de la rixe[4].

En janvier 2014, un rapport d'expertise médico-légale est remis aux juges d'instruction chargés de l'affaire. Libération en révèle les conclusions : « "Les lésions traumatiques, que ce soit le coup porté au visage ou la chute à terre sont directement responsables de l’hémorragie méningée", qui a conduit à la mort du jeune homme »[9]. Quant à l'usage d'un poing américain, le rapport n'est pas concluant[9][27].

En février 2014, l'examen des appels et des SMS envoyés par les militants d'extrême droite impliqués dans la rixe révèle que l'un d'eux aurait bien été porteur d'un poing américain : « j'ai frappé avec ton poing américain », « on les a défoncés »[8]. Selon Le Figaro, Samuel Dufour s'en serait vanté par des SMS envoyés le soir des faits[7].

Le 17 juin 2014, Samuel Dufour est remis en liberté bien que toujours mis en examen pour « violences volontaires en réunion et avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L'un des camarades de Clément Méric, présent lors de la bagarre, a en particulier confirmé aux juges d'instruction la version de Samuel Dufour, qui « a toujours nié avoir frappé Clément Méric »[28].

Le 2 septembre 2014, Esteban Morillo est remis en liberté. Il est soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit notamment de quitter son département de résidence[29].

Vidéo[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 2013, RTL annonce l’existence d'une vidéo, qui aurait été enregistrée par une caméra de surveillance de la RATP[30]. Cet enregistrement, le seul existant de la rixe, montrerait Clément Méric se jetant sur Esteban Morillo, de dos[30], alors que ce dernier est occupé à frapper une autre personne[31]. Celui-ci lui assénerait alors en retour un coup de poing au visage[30]. La vidéo ne permettrait pas d'établir si un deuxième coup a été porté, mais montrerait qu'aucun coup n'a été porté après la chute de Clément Méric[30], ce qui avait été rapporté par des témoins[31]. Cette vidéo conforterait la thèse du juge d'instruction privilégiant la qualification de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner[30]. Ce récit est largement repris dans la presse[32] et, sur cette base, le journal de 20 Heures de France 2 mettra en images une reconstitution de la bagarre[33].

Le même jour, Libération corrige cette présentation de la vidéo en indiquant que seuls les pieds des protagonistes ont pu être filmés et que le début de la rixe est masqué par un poteau, de sorte qu'il est difficile de tirer des conclusions de ce document[31]. Cependant, selon Libération, la vidéo « prouve que le groupe d’extrême gauche a attendu longtemps les skinheads à côté de la station de métro pour en découdre[31] ». Le 26 juin, la RATP dément que l'enregistrement soit issu de ses caméras de surveillance, qui ne filmeraient que vers l'intérieur des stations[34].

Le 24 novembre 2014, le magazine Spécial Investigation de Canal+ diffuse un documentaire de Thierry Vincent, « Violences de l'extrême droite : Le retour »[10][35]. Le film divulgue la vidéo objet de controverses et confirme ainsi qu'il est impossible d'en déduire de quelle façon s'est déroulée l'agression.

L'affaire[modifier | modifier le code]

Annonce[modifier | modifier le code]

L’état de mort cérébrale de Clément Méric a été annoncé dès le 5 juin sur le blog d’Alexis Corbière, conseiller de Paris, et secrétaire national du Parti de gauche (PG). Dans ce communiqué il accuse les Jeunesses nationalistes révolutionnaires d'être impliquées, et termine son billet en ces termes : « Le Parti de Gauche interpelle le Ministre de l’intérieur et exige que les forces de police agissent dans les plus brefs délais pour retrouver les responsables de ce crime odieux. Le PG exige également la dissolution des Groupes d’extrême droite qui multiplient les actes de violence à Paris et à travers le pays depuis plusieurs semaines. »[36]

Manifestations[modifier | modifier le code]

Manifestation en mémoire de Clément Méric, place Kléber à Strasbourg le 6 juin 2013.

Le 6 juin, des rassemblements sont organisés en l'hommage de Clément Méric dans plusieurs villes de France dont Brest, Nantes, Marseille, Paris, Rennes, Strasbourg, Lille[37]. Une soixantaine de cortèges rassemblent environ 15 000 personnes, dont 5 000 à 6 000 à Paris et environ 10 000 autres en province[37].

D'autres manifestations de soutien ont lieu le 8 juin et réunissent environ 6 000 personnes, dont 4 000 à Paris[38].

Quinze jours après les faits, le 23 juin, environ 6 000 personnes, selon la police, ont défilé à Paris, sous une bannière « le fascisme tue, l'islamophobie tue »[39]. La manifestation a été l'occasion de vandalisme[40].

Une manifestation de soutien à Esteban Morillo, prévue le 14 septembre, a été interdite par la préfecture de police de Paris, tout comme la contre-manifestation prévue le même jour, pour des raisons de sécurité[41]. Quelques manifestants décident cependant de braver l'interdiction, donnant ainsi lieu à plusieurs interpellations[42].

Un an après les événements, le 7 juin 2014, 3 500 personnes selon la police[43],[44],[45],[46], plus d'un millier selon Le Monde[47], manifestent à Paris en mémoire de Clément Méric.

Réactions des politiques[modifier | modifier le code]

Inscription en mémoire de Clément Méric à Cordoue (Espagne).

Dès le 6 juin à Paris, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls exprime sa « totale détermination à éradiquer cette violence qui porte la marque de l’extrême droite[48] ». Le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, déclare que « la violence sauvage qui a assassiné Clément Méric n'est pas fortuite » et met en cause « une culture méthodiquement inculquée et entretenue par des groupes d'extrême droite » liés selon lui au Front national[49]. Interrogée sur RTL, la présidente du Front national, Marine Le Pen, affirme que son parti « n’a aucun rapport, ni de près ni de loin » avec « ces actes inadmissibles et insupportables[50] ».

Le même jour, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault déclare devant le Sénat vouloir que le gouvernement trouve les moyens pour « tailler en pièces », « de façon démocratique », les groupes d'extrême droite montrés du doigt après le coup porté la veille à Clément Méric[51]. Le président de l'UMP, Jean-François Copé, demande quant à lui la dissolution des groupuscules « d'extrême droite comme d'extrême gauche »[52].

Les Jeunesses nationalistes révolutionnaires ayant été mis en cause dès le 5 juin, leur leader, Serge Ayoub, a réfuté le 6 juin toute implication de son groupe dans cette bagarre tout en soutenant qu'elle avait été déclenchée par les militants d'extrême gauche[53]. Le même jour, le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, déclare que « l’identité [des personnes interpellées après l'agression de Clément Méric] confirme leur appartenance à un groupuscule d’extrême droite » et, plus précisément, aux Jeunesses nationalistes révolutionnaires[54].

Suites politiques[modifier | modifier le code]

Le 8 juin 2013, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault annonce qu'il demande au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, « d’engager immédiatement » une procédure en vue de la dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), sur la base d’éléments antérieurs et « plus larges » que la rixe au cours de laquelle Clément Méric a trouvé la mort[55]. Le 11 juin, il annonce qu'une procédure similaire va être engagée pour le groupe Troisième Voie, dont seraient proches les agresseurs de Clément Méric[56]. La procédure contradictoire est initiée le lendemain par sa notification au meneur des deux mouvements, Serge Ayoub[57].

Le 25 juin 2013, Serge Ayoub annonce l'autodissolution des mouvements Troisième Voie et JNR, expliquant avoir « pris cette décision pour l'honneur, avant d'être dissous par d'autres »[58].

Le Conseil des ministres du 10 juillet 2013 prononce la dissolution de Troisième Voie et des JNR ainsi que de l'association Envie de rêver, gestionnaire du Local, le lieu de ralliement des deux groupes, au motif que « ces trois entités propagent une idéologie incitant à la haine et à la discrimination envers les personnes à raison de leur non-appartenance à la nation française et de leur qualité d'immigrés »[59],[60]. Serge Ayoub annonce le même jour qu'il compte engager un recours pour excès de pouvoir contre ce décret de dissolution devant le Conseil d'État, car selon lui « aucun des écrits de Troisième Voie n'incite à la haine raciale » et les « JNR ne sont pas une milice privée, c'est un service d'ordre »[60]. L'association Envie de rêver dépose par ailleurs une requête en référé-liberté demandant la suspension du décret de dissolution le temps de l'examen de ce recours, mais le Conseil d'État rejette cette requête le 23 juillet 2013[61].

Le 24 juillet 2013, Manuel Valls annonce, à l'issue du Conseil des ministres, la dissolution de L'Œuvre française et de sa « branche jeunes », les Jeunesses nationalistes. Un recours sur le fond est déposé devant le Conseil d'État contre ce décret de dissolution, pour lequel une décision sera rendue « vraisemblablement au cours du dernier trimestre 2014 »[62]. Le recours en référé demandant la suspension du décret de dissolution dans l'attente de cette décision est rejetée par le Conseil d'État le 25 octobre 2013[63].

Le 30 juillet 2014, le Conseil d'État valide la dissolution des JNR et de Troisième Voie, mais ne retient pas le motif d'incitation à la haine invoqué par le décret du gouvernement. Les deux entités sont dissoutes car, selon le Conseil d'État, elles « doivent être regardées comme formant ensemble une milice privée ». La dissolution de l'association Envie de rêver est par ailleurs jugée illégale et est annulée, l'État étant condamné à lui verser 2 000 euros au titre de ses frais de justice[64].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Seelow 2014.
  2. « Mort de Clément Méric: Fred Perry, marque historique des Skinheads », L'Express, 7 juin 2013.
  3. a, b et c « Le militant d'extrême gauche Clément Méric est mort des suites de ses blessures », sur Francetvinfo.fr,‎ 6 juin 2013 (consulté le 13 juin 2013).
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Le principal suspect mis en examen dans l'affaire Clément Méric », sur Reuters,‎ 9 juin 2013 (consulté le 13 juin 2013).
  5. Violette Lazard, « Mort de Clément Méric : ce qui s'est vraiment passé ce 5 juin 2013 », Libération,‎ 18 septembre 2013 (lire en ligne)
  6. a et b Elisabeth Fleury, « Les derniers SMS de Clément Méric », Le Parisien,‎ 18 juillet 2014 (lire en ligne)
  7. a et b Julien Licourt, « Affaire Clément Méric : un an après, des zones d'ombre subsistent », sur Le Figaro.fr,‎ 5 juin 2014 (consulté le 19 juin 2014).
  8. a, b, c et d Violette Lazard, Mort de Clément Méric : des SMS accablent un des skinheads, Libération, 24 février 2014, lire en ligne.
  9. a, b et c Violette Lazard, « Mort de Clément Méric : des responsabilités difficiles à établir », Libération,‎ 23 janvier 2014 (lire en ligne)
  10. a, b, c, d et e Thierry Vincent, Violences de l'extrême droite, Le retour Magazine Spécial Investigation Canal + Diffusé le 24 novembre 2014
  11. « Un jeune homme mortellement agressé par des skinheads à Paris », RTS Info, Radio télévision suisse,‎ 6 juin 2013 (lire en ligne).
  12. a, b, c, d et e « Qui était Clément Méric ? », 20minutes, 6 juin 2013
  13. Quentin Girard, « Clément Méric, antifa devenu icône », Libération,‎ 25 juin 2013 (lire en ligne)
  14. a, b, c, d et e « Clément Méric : Esteban Morillo, 20 ans, skinhead, principal suspect dans la mort du militant », rtl.fr, 9 juin 2013.
  15. Croix gammées, saluts nazis et crânes rasés : l'Aisne et ses skins, Nouvel Observateur, 14/6/2013
  16. Alice Géraud, « Le fascisme ordinaire d’Esteban M. », Libération, 13 juin 2013.
  17. Ce que l'on sait de l'agresseur présumé de Clément Méric, Le Figaro, 9/6/2013
  18. Alcyone Wemaere, « Clément Méric : deux suspects incarcérés », Europe 1, 8 juin 2013.
  19. « Tu veux ma photo ? », Le Canard Enchaîné,‎ 12 juin 2013
  20. Violette Lazard, « Affaire Méric : Des têtes rasées et bien nettoyées », Libération,‎ 19 septembre 2013 (lire en ligne)
  21. A.B. avec AFP, Le décès de Clément Méric est dû aux coups qu'il a reçus au visage, pas à sa chute, LCI-TF1, 8 juin 2013, texte intégral.
  22. a, b, c, d, e et f « Mort de Clément Méric : le point sur l'enquête », Le Nouvel Observateur,‎ 7 juin 2013 (lire en ligne)
  23. « INFO OBS. Le meurtrier présumé de Clément Méric change d’avocat », tempsreel.nouvelobs.com, 7 septembre 2013
  24. « Mort de Clément Méric : le principal suspect placé en détention provisoire », Le Figaro,‎ 9 juin 2013 (lire en ligne).
  25. [1]
  26. Mort de Clément Méric : nouvelle mise en examen, lemonde.fr, 10 septembre 2013.
  27. « Affaire Clément Méric : les causes de la mort toujours incertaines », sur Le Parisien.fr,‎ 23 janvier 2014 (consulté le 24 janvier 2014).
  28. AFP, « Mort de Clément Méric : libération d'un des deux suspects écroués », sur Le Point.fr,‎ 18 juin 2014 (consulté le 18 juin 2014).
  29. Le Monde, « Mort de Clément Méric : le principal suspect remis en liberté », sur Le Monde.fr,‎ 2 septembre 2014 (consulté le 3 septembre 2014).
  30. a, b, c, d et e « Clément Méric : la vidéo de l'agression a parlé », RTL,‎ 25 juin 2013 (lire en ligne)
  31. a, b, c et d « Mort de Clément Méric : ce que dit vraiment la vidéo », Libération,‎ 25 juin 2013 (Libération lire en ligne)
  32. Henri Maler et Hugo Palheta, « À propos d’une vidéo sur la mort de Clément Méric : bidouillages et journalisme d’approximation », sur Acrimed,‎ 4 juillet 2013 (consulté le 9 décembre 2014)
  33. Journal de 20 heures de France 2 25 juin 2013 https://www.youtube.com/watch?v=1-6AjsavxSE
  34. « Méric : la vidéo ne vient pas de la RATP », Le Figaro,‎ 26 juin 2013 (lire en ligne)
  35. Olivier Zilbertin, « Enquête chez les activistes d'extrême droite », Le Monde,‎ 24 novembre 2014 (lire en ligne)
  36. « L’horreur fasciste vient de tuer en plein Paris », www.alexis-corbiere.com, 5 juin 2013
  37. a et b France-Info, « Plus de 15 000 manifestants après la mort de Clément Méric », francetvinfo.fr, 7 juin 2013.
  38. « Hommage à Clément Méric : 6 000 personnes à Paris, Nantes et Toulouse », Ouest-France,‎ 8 juin 2013 (lire en ligne [vidéo])
  39. « Manifestation à Paris contre le fascisme, en mémoire de Clément Méric », Libération,‎ 23 juin 2013 (lire en ligne)
  40. Le Figaro, consulté le 17 juillet 2013
  41. Affaire Méric : la manifestation de soutien à Esteban Morillo va être interdite
  42. Affaire Méric : 9 militants antifascistes interpellés à Paris
  43. Jé. M. avec AFP, En mémoire de Clément Méric: « Plus que jamais combattons l'extrême droite », BFM TV, 7 juin 2014, texte intégral.
  44. Agence France-Presse, Des milliers de personnes manifestent à Paris en hommage à Clément Méric, RTL-TVI, 8 juin 2014, texte intégral.
  45. Atlantico, Mort de Clément Méric : des milliers de personnes lui rendent hommage un an plus tard, 7 juin 2014, texte intégral.
  46. Henri Le Roux, Plusieurs milliers de personnes à Paris en mémoire de Clément Méric, L'Humanité, 7 juin 2014, texte intégral.
  47. « Manifestation à Paris en hommage à Clément Méric », Le Monde, 7 juin 2014.
  48. « Décès du militant : la marque de l'extrême-droite (Valls) », Le Figaro,‎ 6 juin 2013 (lire en ligne)
  49. Émotion après la mort d'un militant de gauche agressé par des skinheads
  50. "Le FN n'a aucun rapport avec l'agression" assure Marine Le Pen, sur Le Monde. Consulté le 6 juin 2013.
  51. « Ayrault veut “tailler en pièces” les groupes d'extrême droite », sur Public Sénat. Consulté le 6 juin 2013.
  52. « Méric : Copé demande la dissolution des "groupuscules" violents d'extrême droite comme d'extrême gauche », Le Point, 6 juin 2013.
  53. « Clément Méric est décédé, ses agresseurs présumés arrêtés », Le Figaro,‎ 6 juin 2013 (lire en ligne)
  54. Etienne Baldit, « Clément Méric : les personnes interpellées font bien partie des JNR, confirme Vidalies », Public Sénat,‎ 6 juin 2013 (lire en ligne)
  55. « Le gouvernement lance la procédure de dissolution des JNR », Libération,‎ 8 juin 2013 (lire en ligne)
  56. « Mort de Clément Méric : vers une dissolution de Troisième Voie ? », France 24,‎ 11 juin 2013 (lire en ligne)
  57. « Les mouvements de « Batskin » sur la voie de la dissolution », Libération,‎ 12 juin 2013 (lire en ligne)
  58. « Les groupuscules d'extrême droite Troisième voie et JNR annoncent leur dissolution », Le Monde,‎ 25 juin 2013 (lire en ligne)
  59. Décret du 12 juillet 2013 portant dissolution d'une association et de deux groupements de fait
  60. a et b Guillaume Gaven, « Le gouvernement dissout trois groupes d'extrême-droite », France Info,‎ 10 juillet 2013 (lire en ligne)
  61. CE, juge des référés, 23 juillet 2013, Association Envie de rêver et M. C.
  62. AFP, « La dissolution des JNR et de Troisième Voie confirmée », sur RTL.fr,‎ 30 juillet 2014 (consulté le 31 juillet 2014).
  63. Julien Licourt, « Œuvre française: dissolution confirmée », sur Le Figaro.fr,‎ 25 octobre 2013 (consulté le 31 juillet 2014).
  64. Flore Thomasset, « Le Conseil d’État valide la dissolution de deux groupes d’extrême droite », sur La Croix.com,‎ 30 juillet 2014 (consulté le 30 juillet 2014).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Complémentaire[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]