Affaire Christian Ranucci

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L’affaire Christian Ranucci est le procès médiatisé de Christian Ranucci — né le 6 avril 1954 à Avignon et mort le 28 juillet 1976 (à 22 ans) à Marseille — qui s'est conclu par la condamnation à mort et l'exécution (par décapitation à la prison des Baumettes) de ce dernier pour l'enlèvement et le meurtre d'une fillette de huit ans, Marie-Dolorès Rambla.

Il est le premier condamné à mort guillotiné sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing et l'antépénultième en France (et non le dernier comme cela est souvent mentionné par la presse[Note 1]). Il fut toutefois le dernier condamné à mort à être exécuté par le bourreau André Obrecht. Une polémique existe encore aujourd'hui à propos de sa culpabilité. Paul Lombard, l'un des avocats de Ranucci à l'époque, soutient la thèse de son innocence. En revanche, ses autres avocats semblent le considérer coupable : Jean-François Le Forsonney se défend aujourd'hui d'avoir jamais dit que Ranucci était innocent[1], et André Fraticelli avait, lors du procès, voulu plaider la culpabilité avec circonstances atténuantes (se trouvant en contradiction avec ses collègues, il n'avait donc pas plaidé).

Les faits[modifier | modifier le code]

L'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla[modifier | modifier le code]

Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée devant chez elle à Marseille le 3 juin 1974, entre 11h 05 et 11h 20 (heure approximative à laquelle Pierre Rambla, père des enfants, rentre chez lui). Alors qu'elle joue avec son petit frère de six ans Jean-Baptiste dans la cité Sainte-Agnès qu'ils habitent (quartier des Chartreux), un coupé Peugeot 304 gris métallisé se gare devant l'un des garages jouxtant le lieu où les enfants s'amusent, Christian Ranucci en descend et aborde les deux enfants. Il leur explique qu'il a perdu son chien noir et demande au petit Jean-Baptiste de partir à sa recherche. Il demande à Marie-Dolorès de rester près de lui pour chercher également le chien de leur côté. Le petit garçon fait le tour de la cité à la recherche du chien perdu mais à son retour il ne voit plus ni Ranucci, ni sa voiture et surtout, sa sœur a disparu. Il la cherche sans succès. M. Rambla, après avoir lui-même recherché sa fille et interrogé quelques voisins prévient la police[2].

L'accident de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Peugeot 304 coupé
Peugeot 304 coupé.

Le 3 juin 1974 à 12h15, Vincent Martinez accompagné de sa fiancée roule sur la route nationale 96 dans le sens Aix-en-Provence - Toulon au volant de sa voiture, une Renault 16 blanche. Au carrefour du lieu-dit La Pomme, à vingt kilomètres de Marseille, son véhicule entre en collision avec un coupé Peugeot 304 gris métallisé, roulant sur la route nationale 8bis dans le sens Marseille - Pourcieux et n'ayant pas respecté le stop. Ce dernier, percuté à l'arrière par le véhicule de Vincent Martinez, fait un tête-à-queue et prend la fuite en direction de Marseille[3].

Vincent Martinez ne peut le poursuivre, vu l'état de sa voiture, mais demande au conducteur d'une Renault 15 bleue qui le suivait, Alain Aubert, de le faire pour lui. Ce dernier accepte et revient quelques minutes plus tard avec le numéro d'immatriculation de la Peugeot 304 qu'il a repérée immobilisée à environ un kilomètre du lieu de l'accident. Vincent Martinez ayant réussi à redresser l'aile de son véhicule, s'engage sur la nationale 8bis en direction de Marseille. Il ne croise pas le véhicule à l'origine de son accident et poursuit sa route jusqu'à la gendarmerie de Gréasque où il dépose plainte à 13h15[4].

Le propriétaire du coupé Peugeot 304 immatriculé 1369 SG 06 sera plus tard identifié par la gendarmerie comme étant Christian Ranucci[5].

La champignonnière[modifier | modifier le code]

Vers 17 heures, dans une champignonnière distante de deux kilomètres du lieu de l'accident, un jeune homme demande à un habitant du coin, Mohamed Rahou, de l'aider à dégager sa voiture de marque Peugeot 304, qui s'est embourbée dans une galerie. Celui-ci et M. Guazzone, contremaître de la champignonnière, aident le jeune homme, qui quitte les lieux vers 18 heures pour Nice[6].

La découverte du corps[modifier | modifier le code]

Ayant appris la nouvelle de l’enlèvement de la fillette à la radio, M. et Mme Aubert, M. Martinez, ainsi que M. Guazzone, se manifestent séparément auprès des gendarmes, à partir du 3 juin 1974, pour signaler les faits dont ils ont été témoins. Suite à un deuxième appel d'Alain Aubert à la gendarmerie de Roquevaire, le 4 juin 1974, puis un appel de Vincent Martinez au commissariat de l'Évêché le 5 juin, la gendarmerie de Gréasque, territorialement compétente, organise une battue dans la zone proche de l’endroit où M. Aubert situe l’arrêt de la voiture pourchassée l'avant-veille. Ils découvrent, à une courte distance de l’endroit signalé, dissimulé sous des branchages, le corps lacéré de coups de couteaux de Marie-Dolorès Rambla.

L’arrestation et les aveux de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Le propriétaire du coupé Peugeot 304 est identifié par la gendarmerie comme étant Christian Ranucci ; il est arrêté le 5 juin 1974 à son domicile et placé en garde à vue. Des pièces à conviction sont par ailleurs saisies dans sa voiture, en particulier un pantalon taché de sang qu’il reconnaitra plus tard avoir porté le 3 juin 1974. Après avoir uniquement reconnu le délit de fuite dans un premier temps, il passe aux aveux dix-sept heures plus tard après une confrontation avec les époux Aubert. Il dessine aux policiers un plan des lieux de l’enlèvement, qui restera le seul élément l’incriminant sur cette partie des faits reprochés, puisque les témoins visuels ne le reconnaîtront pas, et que sa voiture ne sera pas formellement identifiée comme étant celle du ravisseur. Il guide également, depuis sa garde à vue, les gendarmes à la recherche de l’arme du crime. Un couteau ensanglanté d'un sang de même groupe sanguin que la victime sera retrouvé non loin de la champignonnière, qu'il reconnaîtra lui appartenir. Christian Ranucci est ensuite déféré devant la juge d'instruction, à qui il réitère ses aveux lors de sa première comparution. Il réitère aussi ses aveux devant les psychiatres qui l'examinent.

Craignant une émeute dans la cité Sainte-Agnès, où le meurtre de la petite Marie-Dolorès a provoqué une vive émotion, la juge d’instruction ne laissera pas Ranucci descendre du camion lors de la reconstitution de l’enlèvement, ce dernier indiquera seulement le lieu où il a garé la voiture et celui où jouaient les enfants. En revanche, il sera amené sur les lieux du crime (où il fera une crise de nerf), et dans la champignonnière (où il indiquera l'emplacement exact où a été trouvée l'arme du crime). Sept mois après son inculpation, son avocat maître Lombard annonce lors d'un diner avec les journalistes que Christian Ranucci se rétracte. Il plaidera l’innocence lors de son procès. Son autre avocat maître Fraticelli considérait pour sa part qu’il valait mieux plaider les circonstances atténuantes, l’acquittement lui semblant être une issue impossible. Devant le désaccord de ses confrères, il choisit de ne pas plaider mais de prendre place sur le banc de la défense.

Le processus judiciaire[modifier | modifier le code]

Le procès[modifier | modifier le code]

Le 9 mars 1976, s'ouvre le procès de Christian Ranucci à la cour d'assises d'Aix-en-Provence dans un climat très passionnel exacerbé par la proximité avec l'affaire Patrick Henry. Des cris réclamant la peine de mort pour Christian Ranucci s'échappent de la foule présente devant le tribunal. Le 10 mars 1976, à l'issue des débats où Ranucci s'est empêtré dans ses maladresses, ses contradictions et son arrogance, il est déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés par 9 voix contre 3. Les circonstances atténuantes étant rejetées par 8 voix contre 9, il est condamné à la peine capitale [7].

Le 17 juin 1976, la cour de cassation rejette le pourvoi en cassation formé par les avocats de Christian Ranucci[Note 2]. Le recours invoquait quatre moyens, tous jugés infondés par la cour[8]. Parmi les éléments contestés par les avocats (motivation jugée insuffisante d'un rejet par le juge d'une demande d'expertise complémentaire, opposition à un procès-verbal indiquant que les pièces nouvelles ont été communiquées à l'avance à la défense, ambiguïté quant à l'origine de la condamnation aux frais envers l'État) figure la production par le ministère public, lors de sa réplique, de nouvelles pièces sans les avoir auparavant ni communiquées à la défense, ni avoir reçu l'autorisation du président de les produire. La cour de cassation estime ce moyen comme étant non fondé car le procès-verbal des débats montre que les pièces ont été communiquées aux avocats de l'accusé, que ces derniers ont eu la parole pour une défense complémentaire, et que l'accusé a de plus eu la parole le dernier. Enfin la cour souligne que le ministère public dispose de la libre parole pendant les audiences et qu'il est indépendant dans l'exercice de ses fonctions.

L'exécution[modifier | modifier le code]

Rejet de la grâce, signé par Valéry Giscard d'Estaing.

Le 26 juillet 1976, le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing rejette la demande de grâce. L'affaire de la disparition et du meurtre du petit Vincent (au Pradet), au lendemain de la demande de grâce, aurait influencé la décision, selon les partisans de l'innocence de Ranucci. Il décide de « laisser la justice suivre son cours ».

Valéry Giscard d'Estaing, dans l'émission Un jour, un destin, du 12 octobre 2010 qui lui était consacrée, a affirmé « ne pas avoir regretté » sa décision de ne pas accorder la grâce à Christian Ranucci. L'ancien Président de la République indique ainsi qu'« il était coupable, il était condamné, il devait être sanctionné » et déclare : « Je ne regrette pas ma décision, parce qu'à la lecture des dossiers [...] et des procès qui avaient eu lieu, il était coupable[9]. »

D'autres éléments d'explication du refus du recours en grâce par le président de la République figurent dans les mémoires de ce dernier Le Pouvoir et la Vie, il évoque notamment la lettre de la mère de Marie-Dolorès lui demandant de refuser la grâce sans quoi elle « ne croirai[t] plus jamais à la justice ». À la fin du même chapitre, consacré à la peine de mort durant son mandat, il a cette formule devenue célèbre : « En moi, rien ne bouge. »

Le 28 juillet 1976, Christian Ranucci, alors incarcéré à la prison des Baumettes, est réveillé par les gardiens qui ont préalablement posé des tapis devant sa porte de cellule afin de ne pas le réveiller et de le surprendre en plein sommeil. Il est agité, se débat et proteste de son innocence et il a selon son avocat, Jean-François le Forsonney, déclaré : « Qu'est-ce qu'on est allé encore raconter à Giscard ? », il refuse de boire le verre d'alcool et de s'entretenir avec le prêtre par un laconique : « Négatif ! » Il accepte une dernière cigarette, ses trois avocats (maîtres Paul Lombard, Jean-François Le Forsonney et André Fraticelli) lisent une lettre de sa mère. Ranucci est conduit à l'échafaud et guillotiné à h 13, devant les trois avocats accompagnés d'une jeune stagiaire, Me Marie-Anne Donsimoni[10]. Ses derniers mots leur furent adressés et son message aurait été : « Réhabilitez-moi ! »[11]. Maitre Lombard a confirmé cette phrase qu'il ne mentionnait pas dans ses premiers récits de l’exécution [12]. Son corps a ensuite été transporté au carré des suppliciés du cimetière Saint-Pierre. Il sera par la suite inhumé dans le caveau familial au cimetière Saint-Véran à Avignon.

Toutefois, si on en croit les mémoires posthumes d'André Obrecht retranscrites par Ker[13], et qu'on considère qu'Obrecht aurait tout entendu, y compris lorsqu'il n'était pas présent, Christian Ranucci n'aurait jamais demandé à être réhabilité : il aurait été silencieux jusqu'à la fin. L'exécuteur des hautes œuvres aurait affirmé que ces propos ne sont cités que dans le livre et le film tirés de l'affaire, ce qui est en soi inexact puisque Me Le Forsonney et Me Lombard sont des témoins directs qui ont corroboré la demande de réhabilitation comme dernière parole. Il est à noter qu'Obrecht ne pouvait être présent, lorsque Ranucci a parlé pour la dernière fois à ses avocats, n'étant pas dans la même pièce, occupé à un tout autre poste, à telle distance qu'il ne pouvait entendre. Même s'il a entendu une autre chose, Chevalier, futur successeur d'Obrecht, confirme la formule attribué à Obrecht par Ker : « Il a été silencieux jusqu'à la fin. ». Il faut noter que le troisième avocat de Ranucci, Maître Fraticelli, affirme lui aussi que Ranucci n'a jamais prononcé ces mots [14].

Les demandes de révision[modifier | modifier le code]

Suite à la polémique créée par la parution du livre Le Pull-over rouge de Gilles Perrault, trois demandes de révision ont été déposées, en 1978, 1981 et 1990. Elles ont toutes été rejetées[15].

Une première requête en révision est déposée le 10 août 1978 par Jean-Denis Bredin et Jean-François Le Forsonney, à l'instigation d'Héloïse Mathon, la mère du supplicié, au moment de la rédaction et de la publication du Pull-over rouge. Elle est adressée au garde des sceaux de l'époque, Alain Peyrefitte. Alors qu'il présente son projet de loi « Sécurité et liberté » (lequel aboutira en février 1981), celui-ci estime que Christian Ranucci est bien coupable et critique le film de Michel Drach[16] ; constatant l'absence d'élément nouveau, il ne transmet pas la requête à la Cour de cassation, qui est donc rejetée en janvier 1979[17].

Une deuxième requête en révision est déposée à la Cour de cassation le 18 août 1981. Sous l'impulsion du ministre de la Justice, Robert Badinter (qui a exposé ses doutes sur l'affaire dans le discours où il défendait son projet de loi d'abolition de la peine de mort), la Chancellerie charge le commissaire divisionnaire Joseph Le Bruchec de mener une enquête afin de recueillir d'éventuels éléments nouveaux. Celui-ci découvre l'agenda de Christian Ranucci, lequel révèle qu'il aurait séjourné à Marseille la veille du drame (et non à Salernes comme il l'avait affirmé dans ses aveux), ce qui est corroboré par le témoignage de Paul Martel, gardien d'un immeuble de la cité des Cerisiers (10e arrondissement) qui prétend avoir vu C. Ranucci au volant de sa voiture le 2 juin 1974[18]. Les conclusions de cette enquête ne permettent pas de réviser le procès et le 10 juin 1987, la Cour de cassation conclut à une fermeture du dossier.

La troisième requête est déposée le 19 mars 1990 par Héloïse Mathon et le Comité national pour la révision du procès Ranucci, présidé par Georges Muratet. Elle intervient après l'entrée en vigueur de la loi du 23 juin 1989 sur la révision des condamnations pénales, qui prévoit de faciliter les demandes de révision (en outre, la chambre criminelle est saisie et examine les demandes en tant que « Cour de révision »). La requête est finalement rejetée le 29 novembre 1991, la Comission de révision estimant qu'aucun élément n'était de nature à faire douter de la culpabilité du condamné[19].

Le fait-divers devient une cause célèbre : naissance d'une polémique[modifier | modifier le code]

Naissance et rebond de la polémique[modifier | modifier le code]

Deux ans après l'exécution de C. Ranucci, paraît le roman Le Pull-over rouge, de Gilles Perrault[Note 3], qui fait naître la polémique sur la culpabilité de C. Ranucci. Un film, Le Pull-over rouge (réalisé par Michel Drach et sorti au cinéma en 1979) sera d'ailleurs tiré du livre.

La portée de la controverse est telle que Robert Badinter, lors des débats à l'assemblée nationale sur la question de l'abolition de la peine de mort, dans la séance du 17 septembre 1981, déclare : « Christian Ranucci : je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort ». Plusieurs livres reprenant la thèse de l'innocence paraissent.

Gérard Bouladou (commandant de police judiciaire) publie en 2005 une première contre-enquête : L'Affaire du pull-over rouge, Ranucci coupable ! : Un pull-over rouge cousu... de fil blanc. En 2006, dans son deuxième livre Autopsie d'une imposture. L'affaire Ranucci : toute la vérité sur le pull-over rouge, il entend à la fois exposer et expliquer le dossier de C. Ranucci, et démontrer que l'affaire, telle qu'exposée dans Le Pull-over rouge, relève d'une manipulation.

Un lien démenti avec l'affaire Fourniret[modifier | modifier le code]

Selon le quotidien belge Le Soir du 19 janvier 2006[20], Michel Fourniret aurait admis à des enquêteurs belges avoir passé des vacances dans la région de Berre, près de Marseille en 1974. Ces données interpellent les enquêteurs qui font le lien avec l'affaire C. Ranucci. Ils transmettent donc cette information à leurs homologues français.

L'auteur ajoute dans ce même article que M. Fourniret, qui était déjà connu à l'époque comme agresseur d'enfants, était, comme C. Ranucci, propriétaire d'une Peugeot 304 coupé (cependant le véhicule reconnu par le témoin mécanicien (tôlier) était une Simca 1100 grise). L'information a toutefois été démentie le même jour par le procureur français de Charleville-Mézières, Francis Nachbar, chargé du dossier Fourniret : « En l'état actuel des investigations multiples menées en France sur les faits criminels commis par Michel Fourniret et de notre connaissance des enquêtes effectuées par les autorités judiciaires belges, aucun élément sérieux, le plus ténu soit-il, ne permet d'accréditer de telles informations ou rumeurs »[20].

D'autre part, selon le Nouvel Observateur[21], citant le quotidien régional La Provence, Michel Fourniret aurait assisté au procès de C. Ranucci, en mars 1976. La Provence affirmait détenir des photographies d'archives de l'ouverture du procès à Aix-en-Provence sur lesquelles il était possible de reconnaître Michel Fourniret. L'identité judiciaire, après étude anthropométrique des photos[21], a par la suite conclu qu'il ne pouvait pas s'agir de lui[22].

Principaux points de débat[modifier | modifier le code]

Les arguments mettant en doute la culpabilité de C. Ranucci[modifier | modifier le code]

  1. Les deux seuls témoins de l'enlèvement ne reconnaissent ni le ravisseur, ni la voiture ayant transporté la victime. Le frère de la victime, Jean, (âgé de six ans) ne reconnaît pas Christian Ranucci comme étant « l'homme au chien perdu », le garagiste témoin de l'enlèvement non plus, tout comme sa voiture qui ne correspond pas au modèle décrit précédemment. Le garagiste précise toutefois dans sa déposition en date du 4 juin 1974, qu'il ne pense pas être en mesure de reconnaître le ravisseur au cas où celui-ci lui est présenté au commissariat de police. Il prétend par ailleurs avoir vu une Simca 1100 et non un coupé Peugeot 304 et le ravisseur ne portait pas de lunettes, contrairement à Ranucci. La lecture de PV d'audition, comme l'explique Gérard Bouladou, montre qu'en réalité le jeune frère de la victime n'a jamais mentionné la marque de la voiture. En revanche, le garagiste mentionne bien le passage d'une Simca grise, mais à une heure antérieure (10h55) à celle où sa grand-mère a encore vu la victime vivante (11h05).
  2. Le pull-over rouge retrouvé sur les lieux du crime serait d'un gabarit plus grand que celui de Ranucci. De plus, sa mère a indiqué aux policiers que Christian détestait le rouge, fait non contredit par la fouille policière effectuée au domicile de Ranucci mais démenti par la couleur rouge des sièges de sa voiture.
  3. L'heure précise du meurtre n'a pas été certifiée par l'autopsie. Pourtant sur l'acte de décès de Marie-Dolorès Rambla, on lit que celle-ci a été tuée vers 12h45, ce qui correspond à l'horaire approximatif de l'accident et surtout de la fuite de Ranucci dans les fourrés, vu par les Aubert.
  4. Les témoignages de M. Martinez et des époux Aubert, tels qu'il ont été recueillis, ont évolué. En ce qui concerne le couple Aubert, lors de leur conversations téléphonique avec la gendarmerie (telle que notée dans la main courante), il s'agit d'un homme prenant la fuite avec un « paquet assez volumineux », et, lors de leur premier témoignage écrit, il s'agit d'un homme entraînant avec lui un enfant parlant d'une « voix fluette ». À ce sujet, les intéressés contestent formellement avoir varié dans leurs déclarations effectives, les divergences étant simplement dues au fait que le gendarme ayant rédigé les premiers PV n'a pas exactement retranscrits leur déclaration, une erreur expliquée par le fait que ces PV correspondaient à une plainte concernant un simple délit de fuite après un accident.
  5. Aucun procès-verbal de parade d'identification, attestant d'une reconnaissance de Ranucci par les époux Aubert, ne semble avoir été dressé ni n'apparait dans le dossier pénal. Toutefois, un procès-verbal de tapissage n'est dressé que lorsque celui-ci s'est révélé infructueux (comme c'est le cas ici avec les deux témoins de l'enlèvement). Dans le cas contraire de la reconnaissance d'un suspect par des témoins, il est procédé directement à la confrontation et à l'audition, qui fait alors l'objet d'un procès-verbal (art. 63 et suivants du Code de procédure pénale).
  6. Le plan dessiné par Christian Ranucci correspondrait à un calque du cadastre. L'immeuble serait à la même échelle (y compris avec un petit muret du cadastre) et les rues correspondent au même secteur angulaire, chose impossible à constater lors d'une simple visite ou on ne voit que des façades. Ceci irait évidemment dans le sens d'aveux extorqués sous la pression policière. Cette affirmation est contestée. Gilles Perrault, qui ne le publie pas dans son livre, parle d'un « gribouillis sans signification » alors que d'autres au contraire le trouvent trop précis pour avoir été réalisé par Ranucci. Celui-ci reconnait toutefois, lors de sa dernière comparution devant le juge d'instruction, avoir lui-même dessiné ce plan. Des reportages télévisés, tels que Faites entrer l'accusé occultent même l'existence de ce plan. D'autre part, lors de la reconstitution, Ranucci a montré qu'il connaissait effectivement déjà les lieux, et en particulier l'endroit où se trouvaient les enfants.
  7. Gilles Perrault, dans son livre Le Pull-over rouge, conteste la présence et la découverte du couteau : « Une heure cinquante-cinq de recherches pour découvrir un couteau dans un tas de fumier de quelques mètres carrés avec une "poêle à frire" exactement réglée [...]. En réalité, le tas de fumier fait plusieurs centaines de mètres carrés qu'il faut explorer avec des instructions vagues de Ranucci. De plus, lors de la reconstitution, Ranucci va indiquer l'emplacement du couteau avec une grande précision. Détail surprenant d'après G. Perrault : le 6 juin à cinq heures et demie de l'après-midi, c'est-à-dire à l'heure exacte où commencent les recherches, l'inspecteur Porte consigne par procès-verbal la découverte le 5 juin d'un "couteau à cran d'arrêt de marque Virginia-Inox, à ouverture automatique, manche nacre" saisi par la brigade de gendarmerie de Gréasque. » Mais comme l'explique Gérard Bouladou dans son livre, Gilles Perrault fait allusion à la fiche de scellé du couteau, censée se référer à l'affaire, et qui mentionne la découverte du corps de la victime, c'est-à-dire le 5 juin ; au bas de cette fiche de scellé a été rajoutée la mention du couteau, le 6 juin, quand il a été trouvé, procédure normale (voir le PV ci-dessous).
  8. Par la suite, alors que le suspect est en prison, une femme rencontre sa mère et lui témoigne du fait que ses enfants ont été abordés dans la rue par un homme prétendant chercher un chien et correspondant physiquement à l'individu reconnu par le frère de la victime. La défense apprend qu'une confrontation avait eu lieu mais que, les plaignants n'ayant pas reconnu Christian Ranucci comme l'homme au pull-over rouge, la déposition n'avait pas été retenue au dossier. Maître Gilbert Collard suggérera lors du procès qu'il s'agissait d'un faux témoin. Pourtant d'autres dépositions corroborant l'existence d'un satyre au pull-over rouge ont été écartées du dossier d'instruction, les victimes de ces satyres n'avaient pas identifié Christian Ranucci comme leur agresseur.

Les arguments mettant en cause C. Ranucci[modifier | modifier le code]

  1. La similitude extérieure entre une Simca 1100 première version (1968-72) et la Peugeot 304 coupé, relativise le témoignage du garagiste. Il existe cependant des différences entre les 2 véhicules que Spinelli connait parfaitement et pour lui, il a toujours vu une Simca 1100. Il faut quand même dire que la Simca 1100 était la voiture la plus vendue de l'année alors que la Peugeot 304 coupé était une voiture plus rare. De plus le message radio diffusé par la police parlait d'une voiture qui « pouvait être une Simca ».
  2. Le signalement que le garagiste Spinelli donne de l'homme parait correspondre à Ranucci : il pouvait mesurer 1,80 m environ, il était de corpulence moyenne et avait des cheveux châtain clair. Il était vêtu d'une veste claire et d'un pantalon foncé (tout au moins plus foncé que la veste).
  3. C'est la voiture de Ranucci (identifiée par sa plaque minéralogique) qui a été impliquée dans l'accident avec M. Martinez, qui a été prise en chasse par le couple Aubert, et qui s'est arrêtée à proximité de l'endroit où l'on découvrira le corps de la victime. Elle ne semble pas avoir été conduite par quelqu'un d'autre que Ranucci puisque celui-ci n'a jamais nié avoir eu cet accident. De plus, Ranucci a admis être allé dans la champignonnière.
  4. Un télégramme officiel (daté du 5 juin 1974) semble montrer que les époux Aubert n'ont pas varié dans leur déclarations et ont toujours parlé d'un enfant, mais pourtant sur un autre P.V. (daté du 7 juin), il est bien écrit « paquet » et non « enfant ». Le fait que Vincent Martinez et les époux Aubert aient spontanément fait le lien entre l'accident et l'enlèvement donne quand même une grande crédibilité à leur témoignage. S'ils ont varié, ce peut être par peur d'être accusé de non-assistance à personne en danger; en parlant d'un paquet pouvant être un enfant, ils évitaient ce risque, tout en mettant les enquêteurs sur la piste du ravisseur.
  5. C. Ranucci présente de petites griffures sur les avant-bras, or le corps de la victime a été découvert enfoui dans des argelàs (arbustes très piquants). Mais il a également transporté des branchages pour les placer sous les roues de son véhicule embourbé.
  6. Le pantalon de C. Ranucci présente des taches de sang. Interrogé, Ranucci déclare s'être blessé avant son accident de voiture. Or le médecin qui l'examine au cours de sa garde à vue ne trouve sur son corps aucune plaie ou blessure fraîche, et un rapport souligne à propos de ce pantalon qu'il comporte des taches d'apposition (qui proviennent de l'extérieur). Le pantalon taché de sang saisi dans la voiture de Ranucci est bleu marine, or le garagiste Spinelli déclare que l'homme portait un pantalon de couleur foncée. D'autre part C. Ranucci déclare le 6 juin : « le pantalon de couleur bleue qui se trouvait dans ma voiture est bien celui que je portais au moment de l'accident ». Christian Ranucci, lors de son interrogatoire de première comparution, déclare au Juge d'instruction : Sans pouvoir être formel, je pense donc que si une tache de sang a été découverte sur le pantalon trouvé dans ma voiture par les policiers, je pense qu'il s'agit de sang provenant de la fillette ; avant que l'enfant ne soit égorgée le pantalon était propre, il n'avait aucune tache.
  7. Deux cheveux semblables à ceux de la victime ont été découverts dans l'habitacle de la voiture de Ranucci.
  8. Il n'a aucun alibi pour la période entre le moment où le garagiste aperçoit la voiture, 10h50, et 11h15, heure supposée de l'enlèvement. À 11h05, Marie-Dolorès Rambla joue encore avec son frère.
  9. Tout au long de l'instruction, Ranucci n'a jamais démenti être le propriétaire du couteau recouvert de sang, supposé être l'arme du crime, retrouvé à plusieurs centaines de mètres des lieux où le corps a été retrouvé et sur les indications données par Ranucci.

Cette liste ne compte pas les éléments majeurs du dossier, c'est-à-dire le témoignage des époux Aubert qui ont vu et reconnu C. Ranucci avec un enfant (voir plus haut), ni la présence de celui-ci sur le lieu et aux environs de l'heure du crime, également attesté par témoignage (listé), ou encore les aveux réitérés du suspect, accompagnés d'un plan détaillé et exact du lieu de l'enlèvement (mais correspondant rigoureusement au plan cadastral des lieux) ainsi que le sang sur son pantalon alors qu'il ne présente aucune coupure ni blessure (au moment des faits). (Ce point est listé.)

Les circonstances atténuantes tirées du vécu de C. Ranucci[modifier | modifier le code]

D'après l'enquête de Gilles Perrault, on relève que C. Ranucci n'a pas vécu avec son père et a été témoin jeune enfant d'une agression à coup de couteau de ce dernier sur sa mère au sortir de leur divorce devant le Tribunal de Grande Instance de Toulon. Depuis, C. Ranucci vivait avec sa mère et entretenait avec elle des relations fusionnelles. Sa mère également s'était montrée très fusionnelle, ultra-protectrice voire confuse, dans la défense des intérêts de son fils en Justice. Elle n'était objectivement pas "nette".

De plus, le comportement arrogant, voire mégalomane du fils lors de son procès, arrivé en tenue de clergyman avec une grande croix pectorale sur le thorax, selon une idée de sa mère est assez révélateur que cette dernière entretenait son immaturité.

Un tel vécu pouvait raisonnablement influer le passage à l'acte : c'était la thèse envisagée à l'origine par son avocat Me André Fraticelli. Il se trouve que Ranucci et sa mère n'ont pas accepté cette thèse et que les médecins-experts chargé de son expertise médico-psychologique l'ont également rejeté en considération de l'âge de la victime et sa vulnérabilité en écartant catégoriquement toute difficulté à ce niveau. Il faut dire que le poids médiatique de l'affaire ne permettait d'envisager facilement un tel scénario. Il n'en demeure pas moins que l'absence de circonstances atténuantes eu égard à l'âge de l'auteur et son immaturité certaine reste un point discutable de l'affaire. En effet, si des circonstances atténuantes avaient été accordées par la cour d'assises, la peine capitale n'aurait jamais été prononcée.

Durant le procès, certains (comme Alex Panzani, journaliste au Méridionnal) ont pensé que Ranucci ne s'adressait qu'à sa mère, qu'elle était la seule qu'il voulait convaincre de son innocence[23].

La voiture[modifier | modifier le code]

J.-B. Rambla aurait décrit la voiture utilisée par le ravisseur comme étant une Simca alors que C. Ranucci avait une Peugeot 304 coupé[23]. Il a cependant nié lors d'une émission de télévision réalisée en 1992 avoir indiqué à l'époque une marque de voiture[24]. Le père de Marie-Dolorès a également nié, dans une autre émission, que Jean-Baptiste ait parlé d'une marque de voiture particulière[25]. De plus, aucune caractéristique concernant la voiture (à l'exception de la couleur, grise) n'apparaît dans le procès-verbal de son audition, réalisée par l'inspecteur Grivel[26], contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre. M. Grivel ajoute à la fin du procès-verbal qu'il a demandé à l'enfant s'il reconnaissait la voiture du ravisseur parmi celles qui étaient garées dans la cour et le garage de l'Evêché, et que celui-ci a désigné une Simca Chrysler[27]. Ce type de voiture ne ressemble pas du tout à la Simca 1100.

Eugène Spinelli, dont le garage est situé à cinquante mètres environ de la scène, est considéré par certains comme un témoin capital de l'affaire. Sa première audition est consignée le 5 juin à 16h00, Christian Ranucci n'est pas encore arrêté, il le sera à 18h 00. Dans celle-ci, Eugène Spinelli relate avoir vu le lundi de Pentecôte une « fillette » monter à bord d'une Simca 1100 grise, avec un individu dont le signalement - grand, jeune, les cheveux châtains - correspond à celui de Ranucci. Il précise d'autre part qu'ayant vu la personne à une distance de 40/50 mètres il ne sera sans doute pas en mesure de l'identifier si elle lui est présentée plus tard. Lors de sa deuxième audition, le 6 juin après l'arrestation de C. Ranucci, l'attention du garagiste est attirée par les enquêteurs sur la ressemblance qui existe entre une Simca 1100 et une Peugeot 304 ; Eugène Spinelli fait ajouter alors à son témoignage qu'il est mécanicien de métier et qu'il connaît parfaitement tous les types de voitures, ce qui sera interprété comme une manière d'être formel quant au modèle du véhicule qu'il a vu, et qui ne saurait dès lors être la Peugeot 304 de Ranucci. En réalité, il fait cette déclaration pour expliquer qu'il a pu se tromper sans que son erreur soit due à une mauvaise connaissance des véhicules concernés. Car Spinelli a bien reconnu dans sa déposition que, dans le cas présent, il était possible qu'il ait confondu une Simca 1100 avec un coupé 304 pour les trois raisons suivantes : il n'a pas fait particulièrement attention, il se trouvait à 50 m, et enfin il n'a vu que l'arrière du véhicule (or l'arrière de ces deux véhicules sont quasi identiques).

Pourtant une polémique importante naît sur la voiture vue par Eugène Spinelli. Aujourd'hui encore, les tenants de l'innocence de C. Ranucci, en totale contradiction toutefois avec la déposition de Spinelli datée du 6 juin, soutiennent qu'une confusion entre deux modèles de voitures est impossible pour un garagiste. Mais il est paradoxal de considérer qu'un garagiste ne peut pas se tromper sur une marque de voiture, tout en considérant qu'il se trompe lorsqu'il dit lui-même qu'il a pu confondre deux marques de voiture. Enfin, il faut noter que le message radio diffusé par la police parle d'un voiture grise qui pourrait être une SIMCA, sans plus de précision.

Le témoignage de Vincent Martinez, conducteur de l'autre voiture impliquée dans l'accident[modifier | modifier le code]

Vincent Martinez est victime de l'accident causé par C. Ranucci. Celui-ci prend la fuite mais V. Martinez ne peut le poursuivre, son véhicule étant endommagé[1]. Dans le procès-verbal de la plainte déposée le 3 juin 1974 à la gendarmerie de Gréasque, M. Martinez ne parle pas d'enfant ; il est écrit au contraire : « le conducteur paraissait seul à bord » (contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre, cette phrase n'apparaît pas dans les déclarations du couple Aubert, mais dans celle de V. Martinez). M. Martinez prétend, 30 ans après, que le gendarme ayant enregistré sa plainte avait refusé de mentionner l'enfant que le couple Aubert avait vu, sous prétexte qu'il ne s'agissait que d'un simple délit de fuite. Le 5 juin vers 10 h, ayant entendu la nouvelle de l'enlèvement, M. Martinez contactera la gendarmerie de Greasque par téléphone. Le 7 juin, lors de son audition par la Police, il indique que M. et Mme Aubert ont pris en chasse la voiture de C. Ranucci sur sa demande, lui ont ramené le numéro d'immatriculation et indiqué que les passagers de la voiture (des « minots », c'est-à-dire des enfants) se sont enfuis dans les fourrés. Il reste que si les époux Aubert n'ont pas vu d'enfant, on se demande ce qui a poussé Vincent Martinez à faire spontanément le lien entre son accident et l'enlèvement, et d'appeler la police. On comprend cependant que les époux Aubert puissent avoir hésité avant de parler de l'enfant, avouant qu'ils s'étaient rendus coupables de non-assistance à personne en danger.

Le témoignage des époux Aubert, qui ont poursuivi Christian Ranucci après son accident[modifier | modifier le code]

Après avoir essayé sans succès de signaler le jour même ce qu'ils avaient vu à la gendarmerie de Roquevaire[28], les époux Aubert apprennent le lendemain la disparition de Marie-Dolorès par la presse[29]. Ils appellent la gendarmerie de Roquevaire, qui ne tient de nouveau pas compte de leur témoignage. M. Aubert sera interrogé par téléphone le 5 juin par un gendarme de la gendarmerie de Gréasque.

Il existe une première polémique à propos du témoignage des époux Aubert : leurs déclarations, telles qu'elles ont été retranscrites du moins, ont varié. D'après le procès-verbal daté du 8 juin 1974, les époux Aubert ont signalé le 4 juin, lors de leur appel à la gendarmerie de Roquevaire, avoir vu un homme sortir de la voiture avec un paquet encombrant. Il s'agit toutefois d'un procès-verbal de synthèse, relatant les évènements des jours précédents, et non d'un procès-verbal d'audition, signé par les témoins. D'après les procès-verbaux de leurs auditions séparées effectuées le 6 juin à l'Évêché par l'inspecteur Porte et le commissaire Alessandra, l'homme qu'ils ont vu sortir de la voiture était accompagné d'un enfant[23]. Cette version est en accord avec la seconde déposition de M. Martinez, le 7 juin, indiquant que les époux Aubert ont bien mentionné la présence d'un enfant lorsqu'ils sont revenus auprès de lui après avoir poursuivi le chauffard. Mme Aubert précise qu'elle et son mari ont tenté en vain d'alerter les gendarmes de la gendarmerie de Roquevaire. Cet élément semble signifier, non pas qu'ils ont changé d'avis entre le moment où ils ont appelé les gendarmes et celui où ils ont été entendus par les policiers, mais que les gendarmes ont minimisé dans le procès-verbal ce que leurs déclarations pouvaient avoir d'inquiétant. Selon Gérard Bouladou, un télégramme daté du 5 juin (antérieur donc à leur audition par les policiers) validerait cette hypothèse : il y est écrit que les époux Aubert ont parlé aux gendarmes de Gréasque d'un homme sortant de la voiture accompagné d'un enfant[30]. Affirmer que le couple Aubert n'a pas vu en réalité d'enfant revient à affirmer que le couple Aubert a menti aux policiers, mais également que M. Martinez leur a menti (si les époux Aubert n'ont pas vu l'enfant, ils ne peuvent pas lui en avoir parlé, et c'est lui-même qui ajoute cet élément lorsque les policiers l'interrogent le 7 juin).

Il existe une seconde polémique à propos du témoignage des Aubert. Des journalistes ont dit que les époux Aubert n'avaient pas reconnu Ranucci lors d'un premier tapissage, et qu'ils ne l'avaient reconnu que dans un second temps, lorsqu'il leur avait été présenté seul. Les intéressés ont formellement démenti, et affirmé qu'ils avaient reconnu immédiatement l'inculpé[31].

Autres témoignages[modifier | modifier le code]

Le père et le frère de Patrice Pappalardo, un enfant de quatre ans et demi, ont reconnu Christian Ranucci comme la personne ayant importuné Patrice le 15 avril 1974. Cet évènement avait alors fait l'objet d'une plainte enregistrée. L'enfant avait été entraîné dans un parking pendant deux heures par un homme inconnu, qui l'avait relâché sans lui faire de mal. Le lendemain, le petit garçon avait pu désigner à son père et à son frère son ravisseur, un homme revenu apparemment rôder sur les lieux : c'est cette personne, prise en chasse sans succès par le père et le frère de Patrice, qu'ils reconnaîtront sur les photos parues suite à son arrestation, comme étant C. Ranucci.

Un témoin, retrouvé par G. Bouladou 30 ans après, et qui ne s'est jamais manifesté auprès de la police, Guy Rosano, prétend avoir vu, le jour de l'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla et sur les lieux de celui-ci, un homme qu'il dira avoir reconnu formellement comme étant C. Ranucci sur les photos de celui-ci parues dans la presse suite à son arrestation[32].

Le couteau[modifier | modifier le code]

Christian Ranucci indique l'emplacement où est retrouvé un couteau à cran d'arrêt, à la lame ensanglantée, dans un tas de fumier à proximité de la champignonnière. Ce couteau est retrouvé par les gendarmes, grâce à un détecteur à métaux, après une heure et cinquante-cinq minutes de recherches, ce qui crée une polémique sur la précision des indications données par C. Ranucci. Lors de la reconstitution, devant le juge Di Marino, les gendarmes et les journalistes, Ranucci montrera l'emplacement exact du couteau[1]. Jusqu'à son procès, au cours duquel il nie que le couteau lui appartienne, Ranucci affirme qu'il s'agit bien de son couteau, et l'un de ses avocats (J. F. Le Forsonney) rapporte qu'il le lui a confirmé quelques jours avant son procès, mais qu'il envisageait de dire le contraire lors du procès. Un procès-verbal de la gendarmerie de Gréasque signalant la découverte du couteau est daté du 5 juin, alors que le couteau est retrouvé le 6 juin. Jean-Yves Lourgouilloux, avocat général, explique dans 50 ans de faits divers - Christian Ranucci, la vérité impossible que ce procès-verbal est daté du 5 juin parce qu'il s'agit là de la date d'ouverture des investigations, et que cette façon de dater les procès-verbaux est conforme à la procédure habituelle. Le seul procès-verbal qui détaille les opérations de recherche du couteau est bien daté du 6 juin[33]. En outre, il existe un procès-verbal rédigé par l'inspecteur Porte le 6 juin à 17h30 qui parle du couteau, alors que celui-ci est retrouvé le 6 juin à 19h29. Mais il s'agit là d'un procès-verbal recensant tous les scellés de l'enquête, dont la rédaction commence avant la découverte du couteau, et ne se termine qu'après la remise de nouveaux scellés (dont le couteau) par la gendarmerie[34].

Le pantalon[modifier | modifier le code]

Un pantalon abondamment taché de sang est saisi dans la voiture de Christian Ranucci le 5 juin au soir, lors de son interpellation à domicile par trois policiers de la Sûreté urbaine de Marseille, dont le commissaire Alessandra. Dans le cadre de la 3e requête en révision du procès Ranucci, une expertise du procès-verbal de police de saisie de ce pantalon a conclu que la mention du pantalon, en haut de la seconde page du procès-verbal, pouvait être une surcharge : elle aurait pu être ajoutée après la rédaction du procès-verbal. Néanmoins, il semble bien que ce pantalon ait été saisi le 5 juin au soir, puisque les policiers l'ont en leur possession lors du tout premier interrogatoire de Christian Ranucci à l'Hôtel de Police de Marseille, dans la nuit du 5 au 6 juin 1974. Et quand son avocat, Maître Jean-François Le Forsonney, avant de le voir pour la première fois le 7 juin, se rend dans le bureau de la juge d'instruction, Mlle Ilda Di Marino, ce pantalon figure parmi les scellés, dans le bureau. Mais la question primordiale reste de savoir si les taches de sang décelées sur ce pantalon sont bien consécutives au meurtre de la victime, ou si elle pouvaient provenir de l'accusé. Car Christian Ranucci était du même groupe sanguin que la victime : le groupe A. Gilles Perrault, lors de sa contre-enquête, avait pu longuement s'entretenir avec Héloïse Mathon, la mère de Christian Ranucci ; elle lui avait dit que le jour de son 20e anniversaire (le 6 avril 1974, donc relativement peu de temps avant les faits), Christian Ranucci avait fait une virée en vélomoteur avec ce pantalon, et qu'il avait fait une chute. Il avait eu le nez et la bouche ensanglantés, et une main éraflée. Cependant le médecin légiste ayant examiné le pantalon a conclu que le sang avait pénétré le tissu de l'extérieur vers l'intérieur, pas de l'intérieur vers l'extérieur[26]. Par ailleurs, le rapport d'autopsie indique que la victime a eu la carotide tranchée, ce qui provoque une forte effusion de sang. Ranucci a prétendu également qu'il utilisait ce pantalon pour bricoler, mais le pli du pantalon est parfait[1].

Le pull-over rouge[modifier | modifier le code]

Un pull-over a été retrouvé dans la champignonnière où C. Ranucci avait embourbé sa voiture. Ce pull-over n'est pas taché par l'humidité régnant dans la champignonnière, et il semble donc que cela fasse peu de temps qu'il ait été laissé là. Gilles Perrault prétend que le pull-over est trop grand pour C. Ranucci, mais le contraire est affirmé dans 50 ans de faits divers - Christian Ranucci, la vérité impossible. Gilles Perrault prétend également que Ranucci déteste le rouge, mais les sièges de sa voiture sont rouges. Enfin, aucun lien n'est officiellement établi dans les investigations entre ce pull et la découverte du cadavre de Marie-Dolorès[26].

Autres événements connexes à l'affaire[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Rambla, frère de Marie-Dolorès et témoin de l'enlèvement, est condamné à l'âge de 41 ans, en octobre 2008, à 18 ans de prison pour le meurtre de son employeuse Corinne Beidl, 42 ans. L'impact sur lui de l'affaire Ranucci aurait contribué à son propre passage à l'acte. « Je n'ai pas d'avenir depuis l'âge de 6 ans », déclare-t-il ainsi à son procès [35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est possible de citer en exemple l'article d'Edwy Plenel (Edwy PLENEL, « Le débat sur l’innocence du dernier guillotiné : la seconde mort de Christian Ranucci », Le Monde,‎ 4 septembre 1990, p. 13-?) ou encore celui de Pascale Robert-Diard (Pascale Robert-Diard, « Jean-François Le Forsonney », Le Monde,‎ 26 janvier 2010).
  2. L'appel sur une décision prise par une cour d'assises ne sera rendu possible que bien plus tard, par la loi du 15 juin 2000 sur la présomption d'innocence. Le pourvoi en cassation est donc la seule procédure permettant à ce moment-là aux avocats de contester la décision prise par la cour d'assises d'Aix-en-Provence.
  3. Gilles Perrault ne cessera de défendre la thèse d'une enquête policière mal menée. Il a d'ailleurs été condamné en 1990 pour diffamation envers les policiers chargés de l'enquête, pour les avoir accusé, lors de l'émission Histoire d'un jour consacrée à l'affaire et diffusée en 1985, de « forfaiture », condamnation confirmée en appel en 1992 (Cour de cassation, Chambre criminelle 4 février 1992). En 2008 il est à nouveau condamné pour diffamation (AFP 14 janvier 2008), jugement confirmé par la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence en 2009 (AFP 26 janvier 2009), pour avoir déclaré dans son livre L'Ombre de Christian Ranucci (G. Perrault 2006), que ces derniers avaient fait preuve de « légèreté et partialité » dans leurs investigations.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d 50 ans de faits divers - Christian Ranucci, la vérité impossible.
  2. G. Perrault 1980, p. 27-28.
  3. Gérard Bouladou, « L'affaire Christian Ranucci », émission L'heure du crime sur RTL, 8 février 2012.
  4. G. Perrault 1980, p. 29-30.
  5. G. Perrault 1980, p. 45.
  6. Dossier de Pascal Michel, L'affaire Christian Ranucci
  7. Dossiers criminels, « Christian Ranucci : l'affaire du pull-over rouge »
  8. « Crim., 17 juin 1976, pourvoi n° 76-90888 (Rejet du pourvoi en cassation de Christian Ranucci) », sur Légifrance (consulté le 28 novembre 2010).
  9. Agence France-Presse (AFP) 8 octobre 2010.
  10. F. Barthez 16 juillet 2009.
  11. J.-F. Le Forsonney 2008.
  12. Emission 7 sur 7, TF1, du 15 septembre 1981.
  13. J. Ker 1989.
  14. Interview de Maître Fraticelli par Bouladou 2005.
  15. Associated Press (AP) 30 novembre 1991.
  16. Peyrefitte et le Pull-over rouge, Antenne 2, Samedi et demi, 17 novembre 1979.
  17. Affaire Ranucci : POURQUOI RÉVISER ?, Les demandes de révision
  18. Réouverture du procès de Christian RANUCCI, exécuté en juillet 1976 pour le meurtre d'une fillette Maria Dolorès RAMBLA, TF1, 30 mai 1982
  19. L'affaire RANUCCI (suite) : la commission de révision des condamnations pénales a rejeté ce matin la troisième requête en révision présentée par les avocats de Christian RANUCCI guillotiné en 1976 pour l'assassinat d'une fillette, Antenne 2, 29 novembre 1991
  20. a et b M. Metdepenningen 19 janvier 2006.
  21. a et b Nouvelobs.com 26 janvier 2006.
  22. TF1 News 3 juillet 2006.
  23. a, b et c Faites entrer l'accusé, Christian Ranucci. L'énigme du pull-over rouge, 17 juillet 2003.
  24. En quête de vérité, 1992, émission présentée par Jean-Pierre Foucault et diffusée sur TF1.
  25. Le Droit de savoir, 3 mai 2005. Émission présentée par Charles Villeneuve.
  26. a, b et c Secret d'actualité. Affaire Ranucci : l'ombre d'un doute, 2005.
  27. G. Bouladou 2006, p. 69-70
  28. G. Bouladou 2006, p. 312
  29. G. Bouladou 2006, p. 96
  30. G. Bouladou 2006, p. 332
  31. Philippe Alfonsi, Histoire d'un jour. 28 juillet 1976 - Qui a tué Christian Ranucci ?, 27 juin 1985.
  32. Coupable hier, coupable aujourd'hui ? L'affaire Ranucci, 7 janvier 2011.
  33. G. Bouladou 2006, p. 128
  34. G. Bouladou 2006, p. 129
  35. C.J, « Jean-Baptiste Rambla condamné à 18 ans de prison », sur Lefigaro.fr,‎ 17 octobre 2008 (consulté le 7 novembre 2013) : « Je n'ai pas d'avenir depuis l'âge de 6 ans, je suis transparent. Corinne ne méritait pas de mourir, tout ça c'est à cause de moi, mon mal-être. [...] Je suis envahi par la honte, les regrets, je comprends la tristesse des parties civiles parce que je sais ce que c'est de perdre quelqu'un »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Balbino Katz, « La petite fille et son meurtrier : L’incroyable affaire Ranucci ou comment innocenter un coupable », in Aventures et dossiers secrets de l’Histoire, Hors série n°30, juin 2005, p. 42-61

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Gérard Bouladou, L'Affaire du pull-over rouge, Ranucci coupable ! : Un pull-over rouge cousu... de fil blanc, Nice, France Europe Editions,‎ 2 mars 2005, 383 p. (ISBN 978-2-848-25097-7)
  • Gérard Bouladou, Autopsie d'une imposture. L'affaire Ranucci : toute la vérité sur le pull-over rouge, Aix-en-Provence, Pascal Petiot Éditions,‎ 12 octobre 2006, 335 p. (ISBN 978-2-848-14034-6) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Mathieu Fratacci, Qui a tué Christian Ranucci ?, Marseille, LGP - Livre Grand Public,‎ 1er novembre 1993 (ISBN 978-2-909-95907-8)
  • Jean Ker, Le carnet noir du bourreau : Les mémoires d'André Obrecht, qui exécuta 322 condamnés, Éditions Gérard de Villiers,‎ 1989, 298 p. (ISBN 978-2-738-60045-5) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Yann Le Meur, Le Sang et l'Encre : Et si Christian Ranucci était innocent ?, Paris, L'Harmattan,‎ 22 avril 2013, 302 p. (ISBN 978-2-343-00604-8)
  • Maurice Périsset, L'Énigme Christian Ranucci, Paris, Fleuve noir, coll. « Crime story » (no 30),‎ 8 avril 1994, 219 p. (ISBN 978-2-265-00121-3)
  • Pierre Rambla, Le Cirque rouge, Paris, Société des écrivains,‎ 28 janvier 2008, 298 p. (ISBN 978-2-748-03820-0)
  • Christian Ranucci et Héloïse Mathon, Jusqu'au 28 juillet 1976 : écrits d'un condamné, Paris, Hachette,‎ 1980, 217 p. (ISBN 978-2-010-07230-7)

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Gérard Berthelot (dessin), Caroline Allart (couleur), Julien Moca (scénario) et Vincent Koch (scénario), L'affaire Ranucci, Sayat, de Borée, coll. « Les grandes affaires criminelles et mystérieuses »,‎ 2011 (ISBN 978-2-812-90350-2)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1979 : Le Pull-over rouge, film réalisé par Michel Drach et adapté du livre de Gilles Perrault, sur un scénario de Michel Drach et Ariane Litaize, avec Serge Avédikian dans le rôle de Christian Ranucci. Le film défend explicitement, et plus nettement encore que le livre de Gilles Perrault, la thèse de l'innocence de Christian Ranucci, en faisant interpréter par un autre comédien le rôle de l'assassin.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Maille à partir, de Christian Morel de Sarcus, avec Bernard Sinclair et Brigitte Winstel, créé au Théâtre le Guichet Montparnasse en mars 2014 évoque l'Affaire, avec une confession imaginaire de l'Homme au pull-over rouge, en rendant hommage au Théâtre du Grand-Guignol.

Émissions télévisées et radio[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]