Aesculus hippocastanum

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Marronnier commun, marronnier d'Inde, marronnier blanc

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Le marronnier commun, marronnier d'Inde ou marronnier blanc (Aesculus hippocastanum L.) est un arbre de la famille des Hippocastanaceae (Sapindaceae en classification APGIII). Il est parfois appelé châtaignier de mer, marronnier faux-châtaignier ou châtaignier des chevaux.

Ses cousins nord-américains sont nommés Paviers. Ils ont des feuilles plus lisses et non dentelées, avec des fleurs qui rappellent celle du marronnier européen.

Le marronnier est très répandu dans les parcs publics et le long des avenues en Europe et Amérique du Nord.

Histoire[modifier | modifier le code]

À cause de son nom vernaculaire "marronnier d’Inde", les origines de cet arbre furent d'abord recherchée en Inde, notamment dans les régions montagneuses situées au nord de ce pays, mais en vain. C'est un voyageur et géologue anglais, John Hawkins, qui découvrit dans les années 1790 l’origine de cette espèce : les régions montagneuses de la Macédoine grecque et de la Macédoine du Pirin (nord de la Grèce, sud de la Bulgarie)[1].

Un jeune marronnier aurait été introduit à Constantinople en 1557[réf. nécessaire]. L'ambassadeur du Saint-Empire auprès de la Porte Ottomane en aurait offert un à Charles de L'Écluse, ambassadeur à Vienne, en 1576, sous la forme d'un marron prêt à germer[1]. Charles de l'Écluse l'aurait acclimaté en comprenant qu'il fallait le semer très tôt car la graine perd rapidement son pouvoir de germination[réf. nécessaire]. De l’Autriche et probablement par d’autres voies, le marronnier aurait diffusé en Europe. Il a été introduit à Paris en 1615, par un certain Bachelier[2], qui l’aurait ramené de Constantinople et planté dans la cour de l'hôtel de Soubise, où l'arbre poussa jusqu'en 1840[1] (ou au pied de la tour du temple[réf. nécessaire] selon d'autres sources[3]). Un autre marronnier fut planté en 1650 au Jardin des Plantes, et en 1670 des marronniers furent plantés comme arbres d’ornement dans l'avenue des Tuileriesref name=dou/>. Deux siècles plus tard, en 1870, 80 % des arbres des pépinières municipales de Paris destinés à être plantés comme arbres d’alignement urbain étaient des marronniers[1].

Un sujet planté en 1606 (405 ans) est encore visible dans le parc d'un hôtel à Vézac (Cantal) et un autre planté en 1790 (221 ans) en Haute-Vienne (87) à St-Cyr[réf. nécessaire].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Nom scientifique : Aesculus était le nom latin d’un chêne à glands comestible. Hippocastanum évoque le cheval (hippos) et la châtaigne (kastanon) car le marron semblait pouvoir être donné aux chevaux en petite quantité. Un des noms communs anglais du marron est encore horsechestnut, ou marron de cheval.

Nom vernaculaire : Le mot marron viendrait du mot ligure mar signifiant « caillou ». Son fruit lisse, rond et dur évoque effectivement un caillou. Le mot marron semble pouvoir également évoquer la couleur brune du fruit.

Définitions anciennes : Pour le Dictionnaire de l'Académie française de 1694 (1re édition), le mot marronnier désignait autrefois tous les arbres portant des marrons (dont les châtaigniers). Le marronnier a ensuite désigné les variétés cultivées du châtaignier « dont les fruits sont plus gros que les châtaignes et comestibles ». Le mot « marronnier » a aussi jusqu’au XIXe siècle au moins, désigné le métier de vendeur de marrons chauds ou froids.

L’expression Marronnier d'Inde, apparaît dans la 6e édition (1832) du Dictionnaire de l'Académie française qui le définit comme un « grand et bel arbre », « apporté en France de Constantinople » et « dont les fleurs sont en bouquets pyramidaux, et dont le fruit est âcre et amer ». Le Dictionnaire Littré de la langue française (1872-1877) précise qu’il fait partie de la famille des hippocastanées, et qu’il « nous est venu des Indes orientales, en 1615 » (en fait probablement importé par la compagnie des Indes, mais venant de moins loin).

Description[modifier | modifier le code]

C'est un grand arbre d’ornement qui peut dépasser les 300 ans[réf. nécessaire] et mesurer jusqu'à 30 mètres[réf. nécessaire]. La sève, la bogue et la graine ont une odeur très particulière et un goût un peu amer.

L'écorce brune à légèrement rougeâtre est lisse chez le jeune arbre se fissure dans le sens de la longueur, parfois dans un mouvement hélicoïdal autour du tronc, s'écaille et se détache par petites plaques.

Les fleurs blanches ou roses, tachées de rouge, sont rassemblées en thyrse[réf. nécessaire]s en forme de pyramide mais de nombreux variants existent.

Les feuilles caduques sont opposées, grandes (30-50 cm)[réf. nécessaire], munies d'un long pétiole, palmées, à 5 ou 7 folioles dentelées.

Les bourgeons pointus qui apparaissant en automne, sont protégés par une sorte de résine fortement collante.

Le fruit est une capsule coriace, hérissée de pointes, qui renferme en général une seule grosse graine brune (parfois deux), lisse et luisante, toxique, appelée marron d'Inde. Les marrons du commerce, à griller ou utilisés en confiserie, qui sont comestibles, sont des châtaignes, fruits d’une variété de châtaignier (Castanea sativa) à fruits non cloisonnés. Ce ne sont donc pas les fruits du marronnier d'Inde.

Il faut éviter de lui faire subir des tailles sévères ou courtes.

Distribution[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom vernaculaire "Marronnier d'Inde", cet arbre a pour origine le sud-est de l'Europe, avec une aire comprise entre le Caucase et les Balkans, incluant l'Albanie, le nord de la Grèce et l'Asie Mineure. Il pousse là naturellement en forêt mélangée de feuillus, à une altitude de 700 à 1200 m, sur sol plutôt acide. Mais il est probable que cette essence ait eu une aire de répartition beaucoup plus large avant la dernière période glaciaire, des pollens plus anciens ayant été trouvés, dont en France. Lors de la dernière glaciation, il aurait survécu dans des forêts humides des Balkans (Bulgarie, Albanie, Nord de la Grèce).

Utilisation[modifier | modifier le code]

Son bois n'est pas réputé de qualité pour la menuiserie, la charpente ou le papier. Il est utilisé en agriculture pour la confection de piquets et de treillis car son bois est peu putrescible. C'est comme arbre d’ornement, et moindrement d'alignement qu'il est utilisé, pour son feuillage dense, ses fleurs bien visibles, et des marrons autrefois jugés très exotiques. Arbre forestier vrai, il ne nécessite ni taille, ni entretien particulier mais il supporte des tailles parfois dures. Il rejette à partir des souches, souvent sans survivre. Il est jugé très résistant sur les sols qui lui conviennent (plutôt acide) mais il est plus sensible à la pollution urbaine et à la déshydratation que le platane.

Le marron d'Inde contient de l’amidon, des saponines (aescine) et surtout des glucosides (aesculine, fraxine), qui le rendent toxique[réf. nécessaire]. Il n'est donc pas recommandé de le donner à manger au bétail, bien que cela ait été fait dans le passé pour les chevaux et bovins.

Pharmacopée[modifier | modifier le code]

Inflorescence de marronier commun
Article détaillé : Pharmacopée.
Marron d'Inde et sa bogue

On utilise depuis longtemps son écorce (riche en tanins et en flavonoïdes), ses fleurs et ses marrons pour en tirer des préparations médicinales. En Turquie, le marron réduit en poudre était réputé soigner certaines maladies pulmonaires. Le marron semble aussi avoir été utilisé pour soigner les maladies pulmonaires du cheval.

Un extrait normalisé en escine (16 % à 20 %), mais ne contenant pas d'esculine (anticoagulant toxique) est commercialisé depuis les années 60, fabriqué à partir de la graine entière, car la fleur, la feuille ou l'écorce contiennent de l'esculine. Il traite l'insuffisance veineuse et certains troubles associés (lourdeur et gonflement des jambes, démangeaisons, varices, phlébite, certaines ecchymoses, hémorroïdes (au XVIIIe siècle, les Français produisaient un extrait anti-hémorroïdaire). Une étude[4] faite sur des rats laisse penser que l’extrait normalisé de marronnier d’Inde aurait un effet hypoglycémiant qui pourrait contribuer à traiter le diabète. Certains extraits ont une activité vitaminique P, anti-hémorragique, qui les ont fait utiliser dans des préparations destinées à faciliter la circulation sanguine.

Menaces[modifier | modifier le code]

Cochenilles, indicatrice de stress, souvent en ville

Le marronnier était autrefois peu sensible aux parasites, même planté en alignement. Il est depuis quelques décennies victime de plusieurs pathologies qui, sans être toujours nouvelles, semblent dans certaines régions et dans les villes prendre une ampleur croissante et préoccupante.

  • Cameraria ohridella est un insecte lépidoptère (Gracillariidae) nouvellement apparu en Europe dont le nom commun est mineuse du marronnier d'Inde. Ce très petit papillon dont l'origine reste inconnue a été découvert en 1985 en Macédoine, d’où il a envahi l'Europe en moins de 20 ans. Sa chenille creuse des galeries dans les feuilles de marronnier, provoquant une chute précoce du feuillage et un affaiblissement des arbres. Un projet européen nommé CONTROCAM a été lancé le 1er janvier 2001 par 8 partenaires : INRA (France), CSIOCB (République tchèque) , CABI (Suisse), UBW (Autriche), UBERN (Suisse), UTRS (Italie), TEIK (Grèce) et TUMUC (Allemagne - voir nota) qui coordonne le projet. Il vise à mieux connaître la mineuse, sa répartition, son écologie et ses impacts (en milieu urbain et rural, ainsi que dans les Balkans, dans la « nature »), et à les maîtriser par des moyens de lutte intégrée (il est par exemple recommandé de ramasser toutes les feuilles mortes porteuses de maladie dès le mois d' août/septembre).


La disparition des marronniers en Bavière serait une catastrophe nationale car il y est devenu l'arbre emblématique des Biergarten[5].

  • Le marronnier est aussi touché par un champignon, Guignardia aesculi, plus communément appelé Black rot. Cela provoque un dessèchement du limbe de la feuille, dont les symptômes sont des taches brunes rougeâtres bordées de jaune sur le feuillage.
  • Les marronniers urbains sont parfois également infestés de cochenilles.
  • La maladie la plus récente et la plus mortelle touche principalement quelques pays du centre de l'Europe de l'Ouest. Il s'agit d'un chancre bactérien, d'abord attribué à un organisme proche des champignons (Phytophthora), mais qui semble en fait produit par quelques variants particulièrement pathogènes d'une bactérie commune (Pseudomonas syringae).

Pour plus d'information sur les pathologies du marronnier, voire les articles sur le genre Aesculus et sur Pseudomonas syringae.

Il semble que ces pathogènes se développent surtout sur des arbres dont le système racinaire est contraint, et chez des arbres exposés aux stress dus à la pollution ou aux modifications anthropiques locales et globales du climat (respectivement perturbation du couple thermohygrométrique en ville, et hivers doux et étés chauds et secs en zone tempérée).

Le papillon de nuit (hétérocère) suivant se nourrit de marronnier :

Divers[modifier | modifier le code]

Jeune marronnier commun au printemps.

Marron d’Inde se dit conker en anglais. Les Britanniques ont inventé le « conkers » dans lequel deux joueurs disposent chacun d’un marron soigneusement percé et retenu au bout d’une ficelle. Il s’agit de détruire en moins de 5 minutes le marron de l’adversaire, en le frappant avec le sien. Chaque joueur est à tour de rôle « teneur » et « frappeur ». Le frappeur frappe trois fois le marron de son adversaire, puis les rôles s’inversent, et ainsi de suite, jusqu’à destruction. Ce jeu, pratiqué seulement à l’automne, est en train de contaminer le continent. Des compétitions régionales, nationales et mondiales sont désormais organisées chaque année.

Le site de l’université nationale de Séoul a été converti en parc d’agrément en 1975, et porte le nom de « parc marronnier ».

Fabre d’Églantine a donné au 23e jour du mois de germinal dans le calendrier républicain (qui tombe aux alentours du 12 avril) le nom de « jour du marronnier ».

La ville de Genève possède un marronnier officiel qui a pour tradition d'annoncer le printemps lors de l'éclosion de son premier bourgeon.

Autres espèces[modifier | modifier le code]

Cultivars et variétés[modifier | modifier le code]

De vieux marronniers, en situation isolée peuvent parfois largement étaler et appuyer leurs basses branches au sol.

Il existe des cultivars et des variétés aux caractéristiques intéressantes pour le paysagiste mais ils sont difficiles à trouver, il faudra s'adresser à des pépiniéristes spécialisés ou à des pépinières de collection :

  • Aesculus hippocastanum 'Albovariegata' au feuillage panaché blanc
  • Aesculus hippocastanum 'Aureovariegata' au feuillage panaché jaune
  • Aesculus hippocastanum 'Baumanii' aux fleurs doubles et qui ne produit pas de fruit
  • Aesculus hippocastanum 'Crispa' au port pyramidal et compact
  • Aesculus hippocastanum 'Digitata' avec seulement trois folioles plus petites que l'espèce type (3 à 5 m de haut)
  • Aesculus hippocastanum 'Globosum' au port arrondi
  • Aesculus hippocastanum 'Hamptoncourt Gold' aux feuilles vert jaunâtre au débourrement
  • Aesculus hippocastanum 'Henkelii' : aux folioles plus petites et plus découpées que l'espèce type
  • Aesculus hippocastanum 'Incisa' aux folioles fortement et doublement dentées
  • Aesculus hippocastanum 'Laciniata' aux folioles très découpées
  • Aesculus hippocastanum 'Memmingeri' aux feuilles jaunâtres au débourrement
  • Aesculus hippocastanum 'Praecox' qui débourre plus tôt que l'espèce type
  • Aesculus hippocastanum 'Pyramidalis' au port pyramidal
  • Aesculus hippocastanum 'Umbraculifera' au port dense et arrondi
  • Aesculus hippocastanum 'Wisselink' qui a les feuilles qui deviennent jaune or en été

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Yve-Marie Allain, D'où viennent nos plantes ?, Calmann-Lévy,‎ septembre 2004, 223 p. (ISBN 2702134440), p. 143
  2. Bibliographie agronomique, ou Dictionnaire raisonné des ouvrages sur l'économie rurale et domestique et sur l'art vétérinaire par Victor-Donatien de Musset-Pathay (1768-1832), un des collaborateurs du Cours complet d'agriculture pratique - p.442 - Éditions D. Colas (1810)
  3. http://books.google.fr/books?id=DZoAHrKzIEcC&pg=PT17&dq=bachelier+marronnier+an%C3%A9mone&hl=fr&sa=X&ei=vU3ZUebiHYriO4ymgegL&ved=0CDIQ6AEwAA#v=onepage&q=bachelier&f=false
  4. Bioactive saponins and glycosides. III. Horse ches...[Chem Pharm Bull (Tokyo). 1996 - PubMed Result]
  5. Page sur la mineuse, par l’INRA

Liens externes[modifier | modifier le code]

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