Adon olam

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Adon Olam, avec paroles et mélodie, de la Jewish Encyclopedia.

Adon Olam (Hébreu: אֲדוֹן עוֹלָם, litt. "Seigneur du Monde") est l'un des seuls hymnes strictement métriques de la liturgie juive, dans lequel la noblesse de langage et le lissage de la versification ont été particulièrement pris en compte. Sa date de composition, ainsi que son auteur, sont inconnus. Bien que traditionnellement attribué au rabbin et poète Salomon ibn Gabirol, rien ne permet d'étayer cette affirmation.

Usage liturgique[modifier | modifier le code]

L'Adon 'Olam est l'un des hymnes les plus familiers dans l'éventail de la liturgie juive, employé dans les divers rituels partout dans le monde, bien que pas toujours à la même période de l'office, ni aux mêmes occasions; selon la coutume sépharade, dans le Mahzor de Rome et dans les synagogues anglaises en général, la congrégation le chante en clôture de l'office matinal du Shabbat et des jours fériés. Le Mahzor romain le fait suivre par l'hymne Yigdal (Leopold Zunz, "Ritus", p. 80).
Les Ashkénazes le chantent en lieu et place de l'hymne Yigdal qui clôture l'office vespéral de ces occasions. Ces hymnes sont chantés par les uns et les autres la veille de Yom Kippour, à Kol Nidre.

Du fait de cette association à la solennité, et des sentiments exprimés dans l'ouverture et la fermeture du chant, l'hymne peut également être entendu dans les chambres des défunts. Il est également imprimé au commencement de l'office quotidien du matin, car sa proclamation peut aider à la mise en phase du fidèle à la crainte révérencielle de l'hymne.

Dans son commentaire sur le Livre de prière (Rödelheim, 1868), Baer écrit que l'hymne semble avoir été conçu pour être chanté avant le coucher, l'une des dernières strophes portant "à l'heure de mon sommeil et lorsque je m'éveille". Il se pourrait cependant que la beauté et la grandeur de cet hymne aient privilégié son usage dans la liturgie, et qu'on le chantait sans discrimination au début comme à la fin de l'office.

Versions et variantes[modifier | modifier le code]

La version sépharade de l'hymne comprend de douze à quinze strophes, alors que la version ashkénaze n'en comporte que 10, omettant la quatrième stance (qui est une amplification de la troisième) et la sixième. Les deux dernières stances, chantées par certaines congrégations marocaines semblent être de composition ultérieure.

Bien que l'hymne soit si répandu et apprécié, les musiques traditionnelles sont assez peu nombreuses, seules quatre ou cinq d'entre elles pouvant être véritablement qualifiées de traditionnelles. La plus ancienne semble être une mélodie d'origine espagnole.
Une mélodie de construction similaire, mais d'origine plus nordique, est associée par les Juifs d'Angleterre à la saison pénitentielle.

versions traditionnelles[modifier | modifier le code]

Cette mélodie est souvent chantée antiphonalement, entre le chantre et la congrégation, bien qu'elle ait vraisemblablement été conçue à l'origine pour un usage exclusivement congrégationnel, comme la mélodie espagnole précitée. Les arrangements antiphonaux les plus célèbres existent sous deux ou trois formes, la plus ancienne étant celle exposée ci-dessous.

versions plus récentes[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, chaque compositeur de chants synagogaux y allait de sa ou ses propres version d'"Adon 'Olam". La plupart de ceux-ci, suivant la pratique plus ancienne des synagogues durant la période moderne (voir chœur), tentaient des compositions polyphoniques plus ou moins élaborées. Cependant, le paradoxe de rendre un hymne essentiellement congrégationnel pratiquement impossible à chanter par la congrégation est rapidement reconnu, et on en revient à des hymnes. Alors que les pays francophones tendent à conserver la mélodie espagnole, dans les pays anglo-saxons, la version composée par Simon W. Waley (1827 - 1876) pour la West London Synagogue devient un classique pour les Juifs britanniques, réformés comme orthodoxes, sur le continent comme dans les colonies.

L'hymne est actuellement chanté de nombreuses façons différentes, et peut être chanté sur pratqiuement n'importe quel air (dans les Associated Hebrew Schools, on le chante même sur l'air du "Yankee Doodle Went to Town" afin de briser la monotonie de la prière).
De nombreuses synagogues apprécient l'usage de variations musicales "saisonnières" comme, par exemple, lors du Shabbat précédant Hanoukka, où on pourrait le chanter sur l'ai du Maoz Tsour.

L'air actuel le plus connu est probablement celui composé par le chanteur et compositeur Israélien Ouzi Hitman à l'occasion du festival hassidique de 1976. Il s'entend fréquemment dans de nombreuses synagogues de par le monde.

Texte hébraïque[modifier | modifier le code]

Le texte comporte quelques variantes. Les passages en grisé ne figurent que dans les siddourim sépharades, et sont donc omis par les Juifs ashkénazes. Le passage en bleuté figure dans le siddour Pata'h Eliahou mais non dans d'autres rituels de prières. De connotation plus kabbalisitique, il s'agit probablement d'un ajout ultérieur

# Traduction littérale Traduction d'Edmond Fleg[1] Transcription Hébreu
1 Seigneur du monde, Qui régna,
avant que toute création ne soit créée
Seigneur du monde, Dieu a régné
avant que rien ne fut créé
Adon 'olam asher malakh
beterem qol yetsir nivra
אֲדוֹן עוֹלָם אֲשֶׁר מָלַךְ
בְּטֶרֶם כָּל יְצִיר נִבְרָא
2 Dès l'instant où tout fut fait selon Sa volonté,
alors Roi fut Son Nom proclamé
Lorsque Dieu créa par Sa volonté
du nom de roi Dieu fut nommé
Lè'èt na'assa beheftso qol,
azaï Melekh Shemo niqra
לְעֵת נַעֲשָׂה בְחֶפְצוֹ כֹּל.
אֲזַי מֶלֶךְ שְׁמוֹ נִקְרָא
3 et après la fin de tout,
Lui seul régnera, redoutable
et quand tout sera consommé,
seul Dieu régnera redouté
Vèa'harei kikhlot haqol,
lèvado yimlokh nora
וְאַחֲרֵי כִּכְלוֹת הַכֹּל.
לְבַדּוֹ יִמְלוֹךְ נוֹרָא
4 Et Il fut, et Il est,
et Il sera dans la gloire
Dieu fut, est, et sera.
Et toujours Dieu resplendira.
Vèhou haya, vèhou hovè,
vèhou yhye betifara
וְהוּא הָיָה וְהוּא הֹוֶה
וְהוּא יִהְיֶה בְּתִפְאָרָה
5 Et Il est Un, sans second
pour Le dominer ou s'associer à Lui
Et Dieu est Un, et nul second
qui Lui puisse être compagnon
Vèhou e'had, vèein sheni
lehamshilo ou laha'hbira
וְהוּא אֶחָד וְאֵין שֵׁנִי.
לְהַמְשִׁילוֹ וּלְהַחְבִּירָה
6 Sans commencement, et sans fin,
et à Lui la puissance et le règne
Dieu ne commence, ni ne finit.
La force, le règne le définit.
Bèli reshit, bèli takhlit,
vèlo ha'oz vèhamissera
בְּלִי רֵאשִׁית בְּלִי תַכְלִית.
וְלוֹ הָעֹז וְהַמִּשְׂרָהְ
7 Inestimable, sans représentation,
Immuable, Irremplaçable.
(non traduit)
Bèli erekh, bèli dimyone,
bèli shinouï outemoura
בְּלִי עֵרֶךְ בְּלִי דִמְיוֹן.
בְּלִי שִׁנּוּי וּתְמוּרָה
8 Sans association, sans séparation,
Grand dans la force et la vaillance,
(non traduit)
Bèli 'hibour, bèli pèroud,
guedol ko'ah ouguèvoura
בְּלִי חִבּוּר בְּלִי פִּרוּד.
גְּדוֹל כֹּחַ וּגְבוּרָה
9 Et Il est mon Dieu, et mon Sauveur vivant,
et mon rocher dans mon malheur à l'heure de peine
Dieu est mon Souverain, mon Rédempteur,
et mon salut dans le malheur,
Vèhou Eli, vèhaï goali,
vètsour 'hevli bèyom tsara
וְהוּא אֵלִי וְחַי גּוֹאֲלִי.
וְצוּר חֶבְלִי בְּיוֹם צָרָה
10 Et Il est mon étendard et mon abri,
Il partage ma coupe lorsque j[e L]'appelle
mon refuge miraculeux
au jour de mon cri douloureux.
Vèhou nissi oumanossi,
mènat kossi beyom ekra.
וְהוּא נִסִּי וּמָנוּסִי.
מְנָת כּוֹסִי בְּיוֹם אֶקְרָא.
11 Et Il est médecin, et Il guérit,
et Il est espérance, et Il est aide
(non traduit)
Vèhou rofè, vèhou marpè,
vèhou tsofè, vèhou ezra
 :וְהוּא רוֹפֵא וְהוּא מַרְפֵּא.
וְהוּא צוֹפֶה וְהוּא עֶזְרָה
12 En Sa main, je dépose mon souffle,
à l'heure de mon sommeil et lorsque je m'éveille
Quand je m'éveille, quand je m'endors,
je mets mon âme dans Sa main;
Bèyado afqid rou'hi,
bèet ishane vèa'ira
בְּיָדוֹ אַפְקִיד רוּחִי.
בְּעֵת אִישָׁן וְאָעִירָה
13 Et avec mon souffle mon corps.
Mon Seigneur est avec moi, [et] je ne crains rien.
et je Lui donne aussi mon corps ;
Dieu est avec moi, je ne crains rien.
Vè'ïm rou'hi guèviyati,
Adonaï li vèlo ira
וְעִם רוּחִי גְוִיָּתִי.
אֲדֹנָי לִי וְלֹא אִירָא
14 En Sa transcendance, mon esprit tournera;
Il enverra bientôt notre Messie.
(non traduit)
Bèmiqdasho taguèl nafshi;
Meshi'henou yishla'h mèhèra
בְּמִקְדָשׁוֹ תָּגֵל נַפְשִׁי
מְשִׁיחֵנוּ יִשְׁלַח מְהֵרָה
15 Et alors, nous chanterons en mon sanctuaire
Amen, Amen, [ô] Nom redoutable.
(non traduit)
Vèaz nashir bèbeit qodshi
Amen, amen, Shem Hanora
וְאָז נָשִׁיר בְּבֵית קָדְשִׁי
אָמֵן אָמֵן שֵׁם הַנּוֹרָא

Il faut respecter ce chant, le chanter avec force et amour. Il faut également apprendre à chanter comme un beau chantre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, article « ADON OLAM », une publication tombée dans le domaine public., et est basé sur la notice de Leser Landshuth dans le Siddour Hegyon Leb, p.5, Königsberg, 1845.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Siddour Pata'h Eliyahou, 1986, Les Éditions Colbo, Paris