Adolf Daens

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Adolf Daens ou Adolphe Daens, né à Alost le 18 décembre 1839 et décédé dans la même ville le 14 juin 1907, est un prêtre flamand catholique et une importante personnalité politique belge qui s'opposa activement au conservatisme, alors de mise au sein du clergé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille nombreuse modeste d'Alost, Daens entra comme novice dans la Compagnie de Jésus en 1859 et y resta jusqu'en 1870. Suite à des heurts avec sa hiérarchie, il fut exclu de l'ordre en 1871. Il fut néanmoins admis au grand séminaire de Gand et ordonné prêtre en 1873. Il travailla ensuite dans l'enseignement catholique, au collège Notre-Dame à Audenarde (1873) et au collège de la Sainte-Vierge à Termonde (1878-1888), tout en exerçant diverses fonctions sacerdotales : vicaire à Saint-Nicolas (1876) puis à Kruishoutem (1878). À partir de 1888, n'exerçant officiellement plus aucun poste, il pourvut à ses besoins en donnant des leçons partculières. À cette époque, il se qualifiait lui-même de « prêtre libre et sans aucun poste »[1]

Avec son frère Pieter, éditeur et rédacteur des journaux « De Werkman » et « Het land van Aelst », Adolf Daens fut, en 1893, un des fondateurs du Christene Volkspartij (nl) (Parti social-chrétien), dont il rédigea le programme. Le Christene Volkspartij présenta une liste autonome aux élections de 1894 avec comme tête de liste à la Chambre Adolf Daens. La campagne électorale fut émaillée d'invectives et d'attaques personnelles de la presse catholique conservatrice contre Daens. Le 14 octobre 1894, les conservateurs catholiques obtinrent la majorité absolue à Alost. Daens introduisit une réclamation pour fraude. La Chambre ne le suivit pas mais conclut néanmoins à une erreur de comptage. On procéda donc à un ballottage pour départager deux candidats sur chacune des listes. Le second tour de scrutin eut lieu le 9 décembre 1894 après une campagne toute aussi enflammée. Woeste conserva son siège avec 27 524 voix et Daens, qui réalisait le deuxième meilleur score avec 26 853 voix, fit son entrée au Parlement[2].

Son combat pour améliorer les conditions de travail des ouvriers et de vie de leurs familles lui attira l'hostilité des conservateurs catholiques - tout particulièrement de Charles Woeste qu'il avait affronté lors de l'élection de 1894. Le roi Léopold II lui était hostile pour les mêmes raisons et intervint auprès du pape Léon XIII pour entraver ses activités[3]. Les lettres du monarque résument bien les reproches des conservateurs à l'égard du prêtre alostois: «Quelques jeunes prêtres s'efforcent de s'attacher les ouvriers en prêchant des doctrines détestables. L'abbé Daens est à leur tête. L'attitude de ce prêtre... provoque de plus en plus les discordes civiles. Si elle était tolérée par ses supérieurs ecclésiastiques, c'est en fait de l'union des conservateurs, de l'union des catholiques et de leur force politique.»[4]. Dans une autre lettre, il écrit: «Je supplie le Saint-père, s'il veut prévenir la perte des Flandres et du Pays, d'ordonner à l'Évêque de Gand d'enjoindre à l'abbé Daens de quitter la politique et de ne plus égarer le peuple au moyen d'excitations auxquelles sa robe donne du crédit.»[5]. Dans ses instructions au ministre de Belgique auprès du Saint-Siège, il met les points sur les i : «Il faut débarrasser la chambre de l'abbé Daens[6].

Parallèlement, en 1895, Jules Renkin, Henry Carton de Wiart et Alexandre Braun de la droite sociale, le soutenaient à travers la défense en justice du journal La Justice Sociale qui était favorable à Daens.

Les vexations dont il fit l'objet l'éloignèrent progressivement de la prêtrise. Bien qu'il fût initialement tacitement soutenu par l'évêque de Gand, Mgr Stillemans, ce dernier finit par céder aux pressions de Charles Woeste et lui intima l'ordre de ne plus se représenter aux élections de 1898. Daens obtempéra d'abord mais passa outre en 1899. Avec l'accord du pape, il fut démis de ses fonctions la même année.

Il fut élu une dernière fois à Bruxelles (1902-1906). N'ayant pas été réélu en 1906, il vécut d'expédients, vendant du vin et de l'huile, faisant du porte-à-porte[7].

Adolf Daens sur son lit de mort

Tombé malade, il mourut en 1907 après avoir demandé pardon à son évêque. Le daensisme, profondément humaniste, s'apparenterait aujourd'hui à un socialisme social-démocrate ou un courant social-chrétien.

Engagement[modifier | modifier le code]

Son action politique était centrée sur la défense du prolétariat et les revendications égalitaires, la lutte contre l'injustice sociale. Ceci, tout en gardant le Rerum Novarum (encyclique du pape Léon XIII) en tête comme doctrine sociale (justifiée par le pouvoir ecclésiastique) et comme projectile intellectuel pour combattre les injustices socio-économiques par le biais de l'Église. Il soutient également les revendications égalitaires flamandes.

Il s'allia avec certains notables locaux, des ouvriers ainsi que certains socialistes pour s'opposer à Charles Woeste, député de l'arrondissement d'Alost. Woeste était en quelque sorte le représentant de la bourgeoisie des propriétaires et un porte-drapeau du parti catholique qui luttait pour la conservation de l'ordre social établi.

Bien que le Christene Volkspartij soit souvent identifié avec sa figure de proue et que l'on emploie actuellement volontiers le mot « daensisme », Daens lui-même récusa toujours cette appellation, inventée par ses adversaires. Le 26 août 1895, il déclara à la Chambre : «Il n'y a pas de parti Daens ; il n'y a que le parti démocratique-chrétien.». Le 19 janvier 1898, il s'exprima encore plus fermement : «Le daensisme n'existe que dans l'imagination malveillante de certains adversaires, qui ignorent ou méconnaissent notre programme»[8].

Hommages[modifier | modifier le code]

La légende d'une statue érigée dans sa ville natale à l'occasion du cinquantième anniversaire de son décès résume son engagement : « Le travailleur ne doit être ni esclave ni mendiant, il doit être un homme libre et prospère ».

En 2004, Alost lui décerna le titre de citoyen d'honneur de la ville.

En 2005, il obtient la cinquième place dans la version néerlandophone de l'élection du plus grand belge (De Grootste Belg)

Littérature[modifier | modifier le code]

Louis Paul Boon publia en 1971 le roman en néerlandais Daens (titre complet : Pieter Daens of hoe in de negentiende eeuw de arbeiders van Aalst vochten tegen armoede en onrecht), dans lequel Pieter Daens, le frère d'Adolf, occupe la place de narrateur.

Film[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (nl) Karel Van Isacker, Het Daensisme. De teleurgang van een onafhankelijke, christelijke arbeidersbeweging in Vlaanderen. 1893-1914, De Nederlandsche Boekhandel,‎ 1959
  • Pierre Joye et Rosine Lewin, L'Église et le mouvement ouvrier en Belgique, Société populaire d'éditions,‎ 1967
  • Henri Verbist, Les grandes controverses de l'Église contemporaine, Marabout,‎ 1971

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karel Van Isacker, Het Daensisme. De teleurgang van een onafhankelijke, christelijke arbeidersbeweging in Vlaanderen. 1893-1914, De Nederlandsche Boekhandel, 1959, p. 43
  2. Pierre Joye et Rosine Lewin, L'Église et le mouvement ouvrier en Belgique, Société populaire d'éditions, 1967, p. 135
  3. Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 2010, p. 72
  4. cité dans ; Jean Stengers, L'action du Roi en Belgique depuis 1831, Editions Duculot, 1992, p. 202
  5. cité dans : Jean Stengers, L'action du Roi en Belgique depuis 1831, Editions Duculot, 1992, p. 202
  6. cité dans : Jean Stengers, L'action du Roi en Belgique depuis 1831, Editions Duculot, 1992, p. 203
  7. Henri Verbist, Les grandes controverses de l'Église contemporaine de 1789 à nos jours, Marabout, 1971, p. 226
  8. Annales parlementaires de Belgique, chambre des Représentants, Séance du 19 janvier 1898, p. 376