Adélaïde d'Anjou

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Adélaïde d'Anjou
Titre
Comtesse de Toulouse
Reine des Francs
v. 980/982 – v. 982/984
Prédécesseur Emma d'Italie
Successeur Adélaïde d'Aquitaine
Comtesse de Provence
v. 984 – 1026
Biographie
Date de naissance v. 945/50
Date de décès 1026
Sépulture Abbaye de Montmajour
Père Foulques le Bon, comte d'Anjou
Mère Gerberge
Fratrie Geoffroy Grisegonelle, comte d'Anjou
Guy d'Anjou, évêque du Puy
Conjoint Étienne de Gévaudan
Raimond, comte de Toulouse
Louis V, roi de France
Guillaume, comte de Provence
Enfant(s) Guillaume Taillefer, comte de Toulouse
Guillaume II, comte de Provence
Constance d'Arles, reine de France

Adélaïde d'Anjou[1], surnommée Blanche, née vers 945/50 et morte en 1026, est une dame de la très haute aristocratie de Francie occidentale, fille des puissants comtes d'Anjou, qui a joué un rôle politique de premier plan au tournant des Xe et XIe siècles en Aquitaine, en Provence et dans ce qui plus tard allait devenir le Languedoc, par ses mariages, ses alliances et sa politique matrimoniale. Son troisième mariage avec le roi Louis V, alors associé au trône par son père Lothaire, en fit même brièvement une reine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille de Foulques II le Bon, comte d'Anjou, et de son épouse Gerberge, ainsi que la soeur du comte Geoffroy Grisegonelle.

Ses premières unions[modifier | modifier le code]

Lorsqu'elle épouse en 982 le jeune Louis V (pas encore roi de France) à Vieille-Brioude, elle est déjà deux fois veuve du seigneur Étienne de Gévaudan (mort vers 970) dont elle a eu des enfants, et du comte Raymond de Toulouse (mort en 978). La trop grande différence d’âge et les débauches du jeune époux vont être la cause de son divorce en 984[2]. D’après Raoul Glaber, Adélaïde déçue des capacités de Louis, manœuvre pour l’abandonner et s'enfuir chez les siens[3] « en Provence, fit dissoudre son mariage (en 983) avec le futur roi de France »[4].

Mariage avec le comte de Provence[modifier | modifier le code]

Elle se rend ensuite à Arles et se remarie contre l'avis du pape[réf. nécessaire] avec le comte de Provence, Guillaume en 984 dit le Libérateur [4]. Leur fille, Constance d'Arles (986-1032), sera reine de France par son mariage avec Robert II en 1003. Le couple aurait eu une seconde fille, Ermengarde d'Arles[5], qui épouse par la suite Robert Ier d'Auvergne.

C'est par Adélaïde que les deux prénoms dynastiques de la famille comtale d'Anjou, Foulques et Geoffroi, passent dans le stock anthroponymique de la famille comtale provençale, étant portés par deux de ses petits-fils, les comtes Foulques (plus tard surnommé Bertrand) et Geoffroi Ier. Si le nom de Foulques disparaît rapidement, celui de Geoffroi se perpétue chez les comtes de Provence. Florian Mazel y voit la « perpétuation ... du souvenir de l'alliance angevine, certainement perçue comme la plus prestigieuse de celles que les comtes nouent au tournant de l'an mil »[6].

Régence du comté de Provence[modifier | modifier le code]

À la mort de Guillaume en 993, elle assure une longue régence qui fournit à la nouvelle noblesse l'occasion de se soulever à plusieurs reprises contre la dynastie comtale. Il y a un premier soulèvement en 1008, celui des fils de Nivelon de Signes, vicomte de Guillaume, puis en 1009, c'est le tour d'Audibert et Rainaud de Châteaurenard. Cette nouvelle génération nobiliaire conteste avec violence les donations religieuses faites par le Marquis et les membres de son entourage[7]. Elle doit également intervenir après la mort du nouveau comte Guillaume II tué au siège du château de Fos en 1018. La situation devient en effet plus critique quand la famille des Fos se soulève dans une rébellion qui entraîne la mort de comte et qui oblige Adélaïde à solliciter une aide externe, notamment celle de son fils issu d'un mariage précédent, Guillaume III Taillefer, comte de Toulouse[8].

Un cinquième mariage ?[modifier | modifier le code]

L'hypothèse d'une cinquième union d'Adélaïde d'Anjou, veuve du comte de Provence, avec Othon Guillaume, comte de Bourgogne et de Mâcon, a été proposée en 1907 par René Poupardin[9] et reprise par d'autres historiens à sa suite. Cette hypothèse repose uniquement sur trois chartes[10] attestant simplement l'existence d'une seconde épouse d'Othon Guillaume du nom d'Adélaïde et une bulle du pape Benoît VIII adressée, entre autres, aux dirigeants séculiers de Bourgogne et de Provence, parmi lesquels Othon Guillaume et Adélaïde, sans faire mention d'une union entre eux. Cette hypothèse, qui ne repose sur aucune preuve décisive, est donc à considérer avec prudence[11].

Mort et sépulture[modifier | modifier le code]

Elle meurt en 1026, peut-être à Avignon, puisque l'année de sa mort est notée par un moine de l'abbaye de Saint-André, près d'Avignon[12]. Elle est inhumée à Montmajour[12], une abbaye proche d'Arles considérée à l'époque comme la nécropole de la famille comtale de Provence.

Liste de ses enfants connus[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

sur Adélaïde d'Anjou
  • Martin de Framond, « La succession des comtes de Toulouse autour de l'an mil (940-1030) : reconsidérations », Annales du Midi, vol. 105,‎ 1993, p. 461-488 (ISSN 0003-4398)
  • Sylvie Joye et Emmanuelle Santinelli-Foltz, « Le couple : une définition difficile, des réalités multiples », Médiévales, vol. 65,‎ 2013, p. 5-18 (ISSN 0751-2708) [Lire en ligne] [Télécharger le PDF]
    Analyse du récit du mariage raté de Louis V de France et d'Adélaïde d'Anjou par Richer de Reims.
  • Christian Lauranson-Rosaz, L'Auvergne et ses Marges (Velay, Gévaudan) du VIIIe au XIe siècle. La fin du monde antique ?, Le Puy-en-Velay, Les Cahiers de la Haute-Loire,‎ 1987 (réimpr. 2008) (1re éd. 1987), 494 p. [lire en ligne]
  • Christian Lauranson-Rosaz, « Autour de la prise du pouvoir par Hugues Capet : les manœuvres angevines au service des premiers Capétiens dans le Midi (956-1020) », dans Xavier Barral i Altet (dir.) et al., La Catalogne et la France méridionale autour de l'an mil / Catalunya i França méridional a l'entorn de l'any mil, Barcelone, Generalitat de Catalunya, Departament de Cultura,‎ 1991 (ISBN 84-393-1690-9), p. 102-110
  • Eliana Magnani Soares-Christen, « Les femmes et l’exercice du pouvoir comtal dans le Midi. Autour d’Adélaïde Blanche d’Anjou, comtesse de Provence († 1026) », dans Armel Nayt-Dubois et Emmanuelle Santinelli-Foltz, éd., Femmes de pouvoir, pouvoir des femmes dans l’Occident médiéval et moderne, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes,‎ 2009 (ISBN 978-2-905725-99-8), p. 273-289 [résumé]
  • Thierry Stasser, « Adélaïde d'Anjou, sa famille, ses unions, sa descendance. État de la question », Le Moyen Âge, vol. 103, no 1,‎ 1997, p. 9-52 (ISSN 0027-2841)
Contexte général
  • Florian Mazel, « Noms propres, dévolution du nom et dévolution du pouvoir dans l'aristocratie provençale (milieu Xe-fin XIIe siècle) », Provence historique, vol. 53, no 212,‎ 2003, p. 131-174 (lire en ligne)
Sources historiques
  • Richer, Historiarum libri quatuor, Académie impériale de Reims, Reims, 1855
  • Raoul Glaber, Chronique, Collection des mémoires de France par M. Guizot, Paris, 1824

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Appelée Adélaïde du Gévaudan dans Revue du Gévaudan, des causses et des Cévennes, tome n°9, 1963, p. 105 à 111.
  2. RicherHistoriarum libri quatuor – Académie impériale de Reims – Reims,1855 p.339 (Liv.III) ici :

    « […] Ils ne connurent presque pas non plus l’amour conjugal ; car, Louis entrant à peine dans la puberté, tandis qu’Adélaïde était déjà vieille, il y avait entre eux incompatibilité d’humeur et désaccord. Point de chambre commune, ils n’en pouvaient souffrir ; s’arrêtaient-ils quelque part, ils prenaient chacun une hôtellerie séparée ; devaient-ils avoir un entretien, c’était en plain air ; pas de longues conversations d’ailleurs, quelques mots suffisaient. Ils vécurent ainsi pendant deux ans, tellement opposés de caractère, qu’il s’ensuivit un divorce. (XCV) Louis, qui n’avait point de gouverneur, se livrait en jeune homme à toutes sortes de frivolités. »

  3. Chronique de Raoul GlaberCollection des mémoires de France par M. Guizot – Paris, 1824 - L.Ier, ch.III, §180,181 ici

    « Quand ce jeune prince fut parvenu à l'adolescence, Lothaire l'établit roi et le désigna pour son successeur; il lui choisit aussi pour épouse une princesse d'Aquitaine, qui s'aperçut bientôt que le jeune homme n'hériterait pas des talens de son père. Dès lors elle résolut de se séparer de son époux; et comme elle était douée d'une grande finesse, elle lui fit entendre adroitement qu'ils feraient bien de revenir ensemble dans la province qu'elle avait quittée, supposant que ses droits héréditaires lui en assuraient la possession. Louis, sans soupçonner l'artifice, céda aux conseils de sa femme, et partit avec elle. Quand ils furent en Aquitaine, elle laissa son époux pour rejoindre les siens. »

  4. a et b http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article2247
  5. Ermengarde est parfois considérée comme la fille d'Adélaïde et d' Étienne de Gévaudan.
  6. Mazel 2003, p. 144.
  7. Aurell, Boyer et Coulet 2005, p. 22.
  8. Aurell, Boyer et Coulet 2005, p. 23.
  9. René Poupardin, Le Royaume de Bourgogne, 888-1038 : étude sur les origines du royaume d'Arles. Paris: Bibliothèque de l'École des hautes études, IVe section, Sciences historiques et philologiques ; fasc. 163, p. 418, note 6
  10. Auguste Bernard et Alexandre Bruel, éditeurs. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, Paris : Imprimerie nationale, t. 3, charte no 2694; C. Ragut, éditeur. Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon connu sous le nom de livre enchaîné. Mâcon, 1864, chartes no 471 et 490.
  11. Stasser 1997, p. 25.
  12. a et b Stasser 1997, p. 24
  13. Stasser 1997, p. 34-35, Framond 1993, p. 473-474.
  14. (en) Charles Cawley, « Provence », sur Medieval Lands, Foundation for Medieval Genealogy,‎ 2006-2014 :

    « According to Europäische Stammtafeln, he was the son of Comte Guillaume by his first wife but the primary source on which this is based has not been identified. It is possible that it is speculative in light of his marriage date, which suggests that he was born earlier than the date of his father's second marriage. GUILLAUME [III] Comte de Provence 992, minor until 994 »

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