Activisme (Belgique)

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Par le terme activisme on désigne les partisans flamingants qui collaboraient avec l'occupant en Belgique à partir de 1916.

Bref historique[modifier | modifier le code]

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Contexte historique[modifier | modifier le code]

Frans van Cauwelaert (1880-1961) : un homme politique catholique représentant, au sein du mouvement flamand, le camp des « passifs » qui, à l'opposé des activistes, suspendaient toute activité en attendant la fin de la guerre

À la veille de la Première Guerre mondiale, la politique de plus en plus maladroite du gouvernement belge à l'égard de la composante flamande du pays, avait déchaîné, en Flandre, une réaction compréhensible et justifiée. La Belgique avait traité en marâtre la majorité, flamande, de ses habitants. Les Flamands avaient beau protester, on ne les écouta pas ; plus ils patientèrent, moins on voulut les comprendre. Si la patience des Wallons n'avait pas duré quinze ans avant que n'éclate la révolution belge, celle des Flamands dura presque un siècle[1].

Le mouvement flamand se développa lentement mais sûrement, et, à la suite de l'opposition tenace du gouvernement aux exigences équitables des Flamands, une situation irrémédiable allait se créer, demandant une solution radicale, si bien qu'au début de 1914, l'action fut concrétisée en deux buts principaux à atteindre : pour les uns, la néerlandisation du l'université de Gand ; pour les autres, la séparation administrative de la Belgique[1].

Sur ces entrefaites, l'armée allemande avait envahi la Belgique[2]. Dans les premiers mois de la guerre, rien ne se passa dans les territoires occupés sur le plan de la cause flamande. Mais peu à peu germa, dans les milieux flamingants, la préoccupation au sujet de l'incessante agitation antiflamande dans la presse belge en France, à laquelle le gouvernement belge au Havre ne mit aucun frein, et qui ne fut non plus contredite par lui. Des publicistes français, que l'on savait être de bons amis des ministres et des généraux, publiaient quotidiennement des attaques extrêmement haineuses contre la Flandre et le mouvement flamand. La campagne culmine dans un article rédigé par le wallingant Raymond Colleye, qui, en août 1915, conclut : « La Belgique de demain sera latine ou elle ne sera rien[3]. »

Sous l'occupation, les flamingants se divisèrent en deux camps. D'une part, il y avait ceux qui suspendaient toute propagande en territoire occupé et attendaient passivement la fin des hostilités pour obtenir leurs droits : les « passifs ». Du côté catholique, Frans van Cauwelaert appartenait à cette tendance ; aux Pays-Bas, où il fonda le Vlaamsch-Belgisch Verbond (Ligue des Belges flamands), il dirigeait l'hebdomadaire Vrij België (La Libre Belgique)[2]. Du côté socialiste, August Vermeylen conseilla les Flamands de laisser passer la tempête et de rester passif. Mais d'autres craignaient que le gouvernement belge ne réagît agressivement et par des réflexes antiflamands après la guerre, et ils se demandaient s'il n'était tout simplement pas plus approprié de continuer à œuvrer pour la néerlandisation du pays malgré la présence allemande. Certains pensaient même à haute voix pouvoir atteindre cet objectif avec l'aide de l'occupant[4]. « Activistes » étaient ceux qui avaient décidé de poursuivre leur action, qui essaient de tirer profit des circonstances pour réaliser leur but et qui, pour y parvenir, auraient traité avec l'occupant[2].

L'activisme[modifier | modifier le code]

La néerlandisation de l'université de Gand[modifier | modifier le code]

Moritz von Bissing (1844-1917), général et gouverneur militaire de Belgique, rendit possible la néerlandisation de l'université de Gand, promise et non réalisée par le gouvernement belge avant la Première Guerre mondiale

Bientôt, des nouvelles arrivèrent du front. Les militants flamingants apprirent comment leurs camarades y étaient malmenés et poursuivis[2]. Plusieurs d'entre eux abandonnèrent alors leur attitude passive pour se jeter dans une lutte active[2].

Les activistes nouèrent les premiers contacts avec l'occupant à l'été de 1915. Alors que le groupe de Jong-Vlaanderen (La Jeune Flandre), dont les éléments modérés avaient disparu sous la direction de Domela, continuait à œuvrer pour un royaume flamand s'appuyant sur l'Allemagne, un comité de radicaux flamands suggéra au gouvernement allemand de faire appliquer la législation linguistique belge[5] car, à ce moment-là, les lois linguistiques existantes ne représentaient pas grand-chose ou étaient violées à outrance[6]. Des passions s'exerçaient conjointement de divers côtés pour la néerlandisation immédiate de l'université de Gand. Le gouverneur général von Bissing jugea apparemment que ce souhait concordait avec la Flamenpolitik, préconisée par le gouvernement allemand à Berlin, et décida, en décembre 1915, de néerlandiser radicalement l'Université. Vermeylen, Anseele, Franck et d'autres chefs de file flamands protestèrent auprès des autorités allemandes ; la plupart des professeurs de l'université de Gand refusèrent de collaborer. Parmi les flamingants, certains hésitèrent. Après que Lodewijk Dosfel, considéré comme irréprochable, eut acquiescé au projet de néerlandisation après longue réflexion, et comme il s'était montré prêt à enseigner à l'Université, plusieurs flamingants suivirent ses traces[5].

Le principal souhait des activistes fut rapidement réalisé. Ce que tous les gouvernements belges antérieurs avaient refusé, l'autorité militaire allemande, en la personne de Von Bissing, allait l'accorder. Avec son aide, l'université néerlandaise de Gand fut fondée[2].

Quoi qu'il en soit, l'activisme, le fait de se compromettre avec l'occupant allemand de la part d'une grande partie des dirigeants du mouvement flamand, est incompréhensible si on ne prend pas en compte l’énorme sol nourricier que constituait la frustration et le mécontentement à la veille de la Première Guerre mondiale. La Flamenpolitik put habilement tirer profit de cette situation[7].

Les activistes savaient qu’ils bravaient le gouvernement belge[5]. Par arrêté royal du 16 octobre 1916, tous ceux qui avaient accepté une chaire à l'université von Bissing furent radiés des ordres nationaux ; à la même occasion, des sanctions furent annoncées. Dans le rapport précédant l'arrêté royal, le gouvernement promit aux Flamands la pleine égalité en droit et en fait, à la fois dans l'enseignement supérieur comme dans tout autre domaine. Cela n'empêcha pas qu'à Gand, le 24 octobre 1916, on ouvrit l’année académique[5].

Malgré la période troublée de sa fondation, l'Université comptera plus de 800 élèves et un corps enseignant au complet[2]. Le 1er février 1918, 392 étudiants étaient inscrits : une élite d'où émergeront plusieurs hommes politiques et professeurs belges connus (Lode Craeybeckx, Max Lamberty, etc.)[8].

Le Conseil de Flandre[modifier | modifier le code]

Les pages 20 et 21 de la huitième édition, de Pâques 1917, du pamphlet Vlaanderens Weezang (Élégie de la Flandre à l'Yser), illustrées par une carte qui indique les communes en Belgique pourvues de conduites. Il est à noter que la partie nordique néerlandophone de la Belgique est plus peuplée que celle du sud, wallonne. Ces infâmes iniquités sont à l’origine des choix stratégiques des activistes.

En décembre 1916, le monde crut que la paix était proche : l'empereur allemand avait formulé une proposition de paix. Le président des États-Unis posa aux belligérants la question de savoir comment ils envisageaient la fin éventuelle des opérations de guerre et un nouveau règlement international. Les activistes se demandaient qui devait prendre la parole au nom de la Flandre, lorsque les négociateurs auraient pris place à la table de conférence. Le 4 février 1917, 125 flamingants se réunirent à Bruxelles pour élire un Conseil de Flandre (Raad van Vlaanderen). Parmi les membres de ce conseil, agissant en tant qu’organe principal des activistes, figuraient de hautes personnalités telles que Pieter Tack et August Borms. Il était composé de radicaux qui comptaient sur une victoire allemande et la disparition de la Belgique, et d’unionistes qui espéraient un accommodement menant à la paix et qui s'imaginaient une Flandre et une Wallonie côte à côte dans un cadre constitutionnel belge. Bien que le conseil ne disposât pas de pouvoirs législatives, il envoya à quelques reprises une délégation au gouvernement à Berlin, afin d'élaborer une constitution et de demander aux Allemands de scinder l’administration publique belge en deux. Aussi prépara-t-il un plan de division politique de la Belgique en régions linguistiques[8]. Logiquement, la néerlandisation de l'université de Gand aurait dû être une conséquence de la séparation. En effet, le projet de séparation administrative ne fut adoptée que vers la fin de 1916[8] ; l'occupant, ayant déjà soutenu des tentatives de néerlandisation de l'enseignement à Bruxelles, introduisit la séparation administrative complète en mars 1917. Celle-ci fit du néerlandais la seule langue officielle de toutes les autorités et de tous les fonctionnaires en Belgique néerlandophone, ses provinces et communes, ainsi que toutes les institutions, y compris les établissements d’instruction et le personnel enseignant. On établit les ministères flamands à Bruxelles et on fixa les ministères wallons à Namur. Ces mesures n'étaient d'ailleurs pas contraires à la convention de La Haye. La décision ne fut pourtant exécutée qu'en partie en raison de l'obstruction de l'administration belge[8]. Des réformes furent tentées dans le domaine social. L'impôt sur le capital fut augmenté. On fit même des démarches auprès des autorités militaires allemandes pour mettre un terme aux déportations. Le ministère de la Guerre de Berlin fit droit aux vœux formulés au sujet des prisonniers de guerre : dorénavant, plus aucun Flamand ne fut échangé, ni envoyé en Suisse : tous seraient renvoyés en Flandre ou maintenus en Allemagne. On créa l'organisation Volksopbeuring (Relèvement du peuple), à laquelle on assigna un double but : procurer à ses membres des vivres et les objets indispensables ; ensuite, travailler au relèvement de la race flamande, tout en soutenant la politique du Conseil de Flandre. Influence matérielle et influence morale : rien n'était négligé[9]. Activistes étaient ceux qui acceptèrent ce régime et collaborèrent au nouveau gouvernement[10].

L'indépendance de la Flandre[modifier | modifier le code]

Enfin, le 22 décembre 1917, le Conseil de Flandre alla jusqu'à proclamer l'indépendance de la Flandre, c'est-à-dire son autonomie politique[2]. Cette proclamation ne fut prise au sérieux par personne, même pas par les Allemands, qui savaient que le conseil ne représentait pas un consensus assez large[11]. Malgré leur désir de la tenir secret, le 19 janvier 1918, les Allemands durent finalement consentir à la publication d'une proclamation dans laquelle est annoncée l'autonomie au lieu de l'indépendance de la Flandre. Dès que la nouvelle lui fut parvenue, le roi Albert informa ses ministres qu'il avait été outré de la formation d'un gouvernement d'une Flandre déclarée autonome. Aussi raconta-t-il à son gouvernement qu'il avait reçu la nouvelle qu'un référendum consultatif allait être organisé sur la question de l'indépendance de la Flandre. Il considérait ces événements comme étant d’un ordre de gravité non négligeable. La déclaration d'indépendance flamande força le roi de se rapprocher de flamingants modérés tels que Van Cauwelaert, prêts à accepter une autonomie flamande dans le cadre de la Constitution belge[12]. La défaite allemande en novembre 1918 provoqua aussi la disparition du Conseil de Flandre. La principale publication des activistes fut l'apologie de l'activisme catholique (Katholiek activistisch verweerschrift), rédigée en novembre 1917 par Dosfel, qui n'avait jamais fait partie du Conseil et qui avait toujours gardé ses distances vis-à-vis des Allemands : dans le document, il explique la politique de ses compagnons et justifie ses principes et ses conceptions morales personnelles. L'apologie, qui produisit une impression profonde sur de nombreux nationalistes flamands, montre que Lodewijk Dosfel rejetait la séparation administrative comme contraire aux lois belges et aux conventions internationales, et qu'il voyait l'avenir de la Belgique dans une véritable union de deux régions autonomes : la Flandre et la Wallonie[11].

Le milieu des activistes[modifier | modifier le code]

Le martyr de la cause flamande, Marten Rudelsheim (1873-1920), l'un de nombreux activistes d'origine juive.

Il est à noter que presque tous les activistes étaient pacifistes : toute la politique extérieure du Conseil de Flandre était orientée vers une issue indécise de la guerre par une paix de réconciliation ou une paix blanche signée à l'Yser, qui aurait fait reconnaître leur nouvel État flamand par tous les belligérants[10].

Non moins remarquable était la participation de nombreux jeunes à l'activisme anversois, dont les écrivains Marnix Gijsen et Paul van Ostaijen, et le meilleur ami de ce dernier, René Viktor[13].

Non moins frappant que la participation des jeunes à l'activisme était celle des flamingants juifs, dont beaucoup avaient des racines néerlandaises ou allemandes. Le plus célèbre activiste à avoir des racines (paternelles) juives est Marten Rudelsheim, qui appartenait à l'aile modérée des unionistes au sein du Conseil de Flandre. Après que Borms eut proclamé l'indépendance complète de la Flandre, le 22 décembre 1917, Rudelsheim se retira du Conseil, comme d'ailleurs Herman Vos et Antoon Jacob. Un autre Juif flamingant d'Anvers, Moïsje Friedman, s'était lié d’amitié avec un frère de Borms, et comptait parmi ses amis Herman Vos, l’écrivain Félix Timmermans, le sculpteur Oscar Jespers et le frère de celui-ci, le peintre Floris. Selon ses propres dires, sa sympathie pour le mouvement flamand dérivait de ses sentiments sionistes : « Les Flamands habitaient sur leurs propres terres, mais ont été opprimés[14]. D'autres activistes aux racines juives étaient Lodewijk Oudkerk et Hendrik van Praag. Ce dernier, qui était professeur de musique, dirigeait une chorale flamande où l'on chantait des chants guerriers du poète et activiste René De Clercq et du compositeur Jef van Hoof, tels que Er is maar één land, dat mijn land kan zijn[15],[16]. Certains activistes étaient issus du milieu des diamantaires juifs à Anvers, comme le marchand de diamants Sallie (Salomon) Kok et les travailleurs du diamant Saul (Paul) de Groot et S. Samson ; tous étaient originaires des Pays-Bas et se situaient à gauche du spectre politique. Kok se révéla un important financier des activistes[15].

Répression[modifier | modifier le code]

Après la guerre, les activistes furent traînés devant les tribunaux et condamnés : il n'y avait pourtant pas lieu de leur imputer plus de traîtrise qu'aux Tchèques qui, en tant que ressortissants de l'Empire austro-hongrois, avaient fait appel aux Alliés pour mener une lutte contre leur patrie officielle dans le but de créer un État indépendant[11].

Les activistes furent jetés dans un conflit auquel ils ne s'étaient pas préparés. En tant qu'enseignants, hommes de lettres, fonctionnaires mineurs ou commis de bureau, il leur fallait une formation politique et de l'expérience. Pour la première fois, la question de l'autonomie de la Flandre fut posée. Jusque-là, le mouvement flamand s'était surtout efforcé de faire reconnaître les droits linguistiques des Flamands dans une Flandre belge bilingue. Les activistes mirent la question d'un État flamand à l'ordre du jour, ce qui constituait une nouvelle revendication qui ne sera plus jamais abandonnée par le mouvement[17]. Les activistes réussirent, quoique temporairement, à réaliser quelques revendications justifiées de longue date[18]. Mais l'issue de la Première Guerre mondiale ne fut celle qu'avaient imaginée les activistes[10], car toutes les réalisations des flamingants furent impitoyablement annulées par la Belgique après la victoire des Alliés[6]. La répression déclenchée contre les activistes a été qualifiée par le chef de file socialiste Camille Huysmans comme une furie fransquillonne (« furia franskiljonense »). Trente-trois condamnations à mort furent prononcées. Quinze personnes, considérées comme collaborateurs, furent condamnées à la réclusion perpétuelle ; cinq furent condamnés à des peines de cinquante ans, et vingt à des peines de vingt ans. En outre, 233 personnes furent condamnées à des peines comprises entre huit mois et dix-huit ans. De surcroît, de nombreuses peines plus légères furent prononcées et surtout un grand nombre d'amendes[19].

Les « passifs » restèrent sur leurs positions dans un immobilisme stérile. Quand, plus tard, ils voulurent agir à l'entrevue de Loppem pour voir réaliser plusieurs points de leur programme, ils durent s'en retourner les mains vides et se contenter d'une simple promesse royale « d'égalité en droit et en fait »[10].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Quelques activistes

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Van Wezemael, p. 26.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Van Wezemael, p. 27.
  3. Ruys, p. 77.
  4. Ruys, p. 77-78.
  5. a, b, c et d Ruys, p. 78.
  6. a et b Somers, p. 87.
  7. Van Velthoven, p. 357.
  8. a, b, c et d Ruys, p. 79.
  9. Van Wezemael, p. 27-28.
  10. a, b, c et d Van Wezemael, p. 28.
  11. a, b et c Ruys, p. 80.
  12. Belien, p. 161-162.
  13. Saerens, p. 87.
  14. « De Vlamingen woonden op hun eigen grond, doch werden onderdrukt », cité de Saerens, p. 88.
  15. a et b Saerens, p. 88.
  16. « Il n’y a qu’un seul pays qui puisse être le mien ».
  17. Ruys, p. 80-81.
  18. Lemmens, p. 26.
  19. Martens, p. 87.

Sources[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]