Acier de Damas

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Lame en acier de Damas wootz, épée iranienne du XVIe siècle
Lame en acier Damas de corroyage, production contemporaine (2005)

Le terme acier de Damas (aussi appelé acier damassé ou abrégé « Acier Damas » ou « Damas », à ne pas confondre avec l'acier damasquiné) est employé pour désigner deux types d'acier à l'apparence particulière présentant une ressemblance superficielle.

  • Historiquement, le terme a été utilisé en premier lieu pour désigner un acier, aussi appelé wootz, élaboré en Inde et forgé sur place ainsi qu'au Moyen-Orient , réputé pour sa qualité et caractérisé par son aspect ou ses motifs moirés.
  • Par erreur ou abus de langage, le terme a ultérieurement été employé pour désigner des matériaux composites, constitués de plusieurs nuances d'acier soudés et forgés en des motifs plus ou moins complexes, aussi appelé acier Damas de corroyage, réalisé dans de nombreux pays, et présentant une ressemblance superficielle avec l'acier Damas wootz.

Malgré leur ressemblance superficielle liée à la présence de motifs visibles à l’œil nu à leur surface, ces deux matériaux sont de nature, d'élaboration et de propriétés très différentes.

Bien que l'acier de Damas originel soit l'acier de type wootz, sa relative rareté a conduit à ce que le terme « damas » désigne essentiellement des damas de corroyage, son usage dans ce sens est donc devenu courant et légitime. En réaction, les aciers de type wootz sont parfois appelés « vrai Damas ».

Apparence visuelle[modifier | modifier le code]

Une des caractéristiques les plus évidentes des aciers Damas (sous leurs deux formes) est la singularité de leurs apparences visuelles. Si une ressemblance superficielle peut exister entre les motifs du wootz et du Damas de corroyage, leur nature est complètement différente.

Le motif observé sur le wootz est le produit de la cristallisation du métal lors de son élaboration, la haute teneur en carbone produisant les motifs caractéristiques. La création des motifs est pour l'essentiel spontanée et ne peut être que marginalement maitrisée.

Les motifs présents sur le Damas de corroyage correspondent à la forme des différentes couches d'acier soudées. Contrairement au wootz, la forme du motif est intentionnelle, choisie par le forgeron au moment de l'élaboration de la pièce en provoquant des déformations soit par des techniques de forge libre, soit en estampant la barre de matériau composite des motifs recherchés. Les motifs possibles sont très nombreux suivant les types d'acier et l'habilité du producteur (formes simples comme des lignes parallèles, vagues, ronds, carrés... mais également des motifs élaborés tels de petits dessins[1]).

Dans les deux cas, ces motifs sont en général peu discernables à l'état brut du matériau et doivent être "révélés" par des traitements particuliers (en général chimiques).

Histoire et disparition du savoir-faire[modifier | modifier le code]

Les centres de production de l’acier étaient l’Inde et l'actuel Ouzbékistan. On produisait et exportait des lingots d'une teneur en carbone très hétérogène, appelés wootz, qui étaient ensuite transformés en armes dans les centres iraniens[réf. nécessaire].

Il existe trois grandes théories se recoupant relativement bien sur l'origine du nom de Damas donné à cet acier. L'une d'entre elles repose sur les textes d'Al-Kindi, qui fait explicitement référence à la fabrication de ce type d'acier à Damas. Certaines sources francophones pensent plutôt que l'acier de Damas était plutôt en partie d'origine iranienne et que l'on a peut-être appelé cet acier par référence à l’étoffe, car l'acier poli a le même aspect moiré que les étoffes de cette ville. Cet acier servait à faire les armes blanches, et les Iraniens ont particulièrement excellé dans la fabrication de cimeterres, cependant ces derniers étaient des lames recourbées alors que Damas était célèbres pour la fabrication d'épées droites à double tranchant, qui, contrairement à une opinion répandue, étaient très utilisées en Égypte et en Syrie jusqu'à l'époque mamelouke. La plupart de ces épées droites étaient en acier de Damas et y étaient donc en grande partie fabriquées, avec probablement quelque centre de production secondaire en Perse (Iran actuel).

Le wootz est un lingot d'acier de quelques kilos, exporté de l'Inde vers le Moyen-Orient. Issu d'une loupe métallique extraite d'un bas fourneau, un traitement d’homogénéisation grossière et de recarburation en faisait un demi-produit apte au forgeage. Tout le talent du forgeron consistait alors à mélanger les différentes zones du lingot, pour lisser la teneur en carbone.

La qualité de cet acier tient dans le fait qu'il alterne des couches d'acier à la fois hypoeutectoïde et hypereutectoïde (pauvre ou forte en carbone). L'aspect de l'acier variant avec sa teneur en carbone, l’alternance de très fines couches d'acier lui donnait un aspect mat avec un effet de moiré. En effet, ces couches microscopiquement fines, obtenues par pliages successifs, étaient très difficile à distinguer à l'œil nu : le grain des katanas japonais possède une structure comparable bien que loin d'être identique et de composition complètement différente (le wootz contient une quantité de carbures divers bien plus importante que l'acier japonais des katanas). Cet acier superplastique, ayant une structure de matériau composite, combinait la malléabilité des aciers faibles en carbone et la dureté des aciers plus riches en carbone, qui leur permettait de conserver leur tranchant.

L'originalité des lames vient donc de leur apparence esthétique, et de l'impossibilité des Occidentaux à le reproduire, ceux-ci n'ayant pas accès au wootz. Quant à reforger les épées à disposition, les forgerons y renoncent vite, le métal part en miette s'il est forgé trop chaud, devient cassant s'il est forgé trop froid, perd ses propriétés s'il est forgé trop longtemps (les carbures graphitisent alors)[D 1]. Les croisés célèbrent la qualité de ces armes autant à cause de leur aspect mystérieux, que pour vanter leurs adversaires, ce qui exaltait d'autant leurs combats. Les arabes, de leur coté, tenaient des propos identiques sur les épées franques[D 2]

La fabrication d'objets en acier damassé prit fin vers le XVIIe siècle, peut-être à cause de l'épuisement du minerai, ou des difficultés à maintenir actives les routes commerciales permettant de se fournir avec les métaux nécessaires, voire de l'insuffisante transmission des techniques de fabrication, tenues secrètes, et à coup sûr d'une conjonction de ces éléments. La dernière fabrication de lame de Damas semble se situer aux environs de 1750[réf. nécessaire].

Redécouverte de la technique[modifier | modifier le code]

Les progrès de la métallurgie, notamment au cours du XVIIIe siècle, donnent aux chercheurs français et aux expérimentateurs suédois les outils et les méthodes pour redécouvrir l'acier de Damas[2]. La redécouverte du procédé fascine les chercheurs :

« [ce] fut un stimulant extraordinaire pour la recherche, au moment où la chimie, avec Lavoisier se débarrassait de l'héritage des alchimistes, où Grignon et les Suédois s'intéressaient à la cristallisation des métaux, où de nouveaux éléments métalliques naissaient dans les cornues[2]. »

— Adrienne R. Weill, Encyclopædia Universalis : Métallurgie

Les tentatives de reproduction des forgerons occidentaux échouent jusqu’en 1823, où un dénommé Bréant[3] fut salué par toute la communauté scientifique en proposant un procédé d'élaboration d'un acier aux caractéristiques recherchées. Il parvient à reconstituer la fabrication du wootz, la forme du lingot, les conditions de la précipitation du carbure et explique l'effet du corroyage[2].

Cependant, les européens avaient très vite compris qu'un acier similaire — en apparence uniquement — à celui dit de Damas pouvait être obtenu par soudure à chaud et martelage de plusieurs bandes d'acier ou de fer à teneur en carbone différente, qui se substituaient à l'utilisation d'un lingot de teneur en carbone variable. C'est le damas soudé ou damas de corroyage.

Un procédé similaire de corroyage fortement simplifié fut employé au XIXe siècle pour forger des canons de fusil : des barres d'acier chauffées étaient enroulées autour d'un mandrin en rotation puis le tube en spirale était soudé puis rectifié aux dimensions voulues, ce qui donnait des canons peu fiables prompts à exploser lors d'un tir. Au début du XXe siècle, de nombreuses forges de la région liégeoise utilisaient encore ce procédé.

Aujourd'hui[Quand ?], le damas « moderne » obtenu par corroyage existe essentiellement pour la production de lames de collection et ce grâce à sa popularisation dans le milieu des forgerons artisans. L'alternance de couches d'acier est mise en valeur par l'application finale d'une solution corrosive attaquant certains alliages plus que d'autres et colorant ceux qui sont plus réactifs à la solution en question : les alliages inoxydables et le nickel pur seront peu affectées par la solution et révèlent une couleur brillante gris argenté contrairement aux alliages d'acier au carbone qui apparaîtront gris foncé ou noires, partiellement dissoutes en surface par la solution. Certaines lames, comme les kriss malais, alternent même des aciers riches en nickel (qui peuvent être d'origine météoritique), avec des aciers très chargés en carbone, pour un effet de contraste maximal[D 3].


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Page internet présentant des exemples de motifs plus ou moins élaborés http://www.iknifecollector.com/profiles/blogs/what-is-damascus
  2. a, b et c Adrienne R. Weill, « Métallurgie (Acier au creuset et fonte de qualité au XVIIIe siècle) », Encyclopædia Universalis (consulté en 06/08/2011)
  3. M. Bréant, « Description d'un procédé à l'aide duquel on obtient une espèce d'acier fondu semblable à celui des lames damassées orientales », Bulletin de la Société d'Encouragement de l'Industrie nationale, t. XXII,‎ 1823
  • Madeleine Durand-Charre, Les aciers damassés : Du fer primitif aux aciers modernes, Mines Paris ParisTech Les Presses, coll. « Collection histoire et sociétés »,‎ 2007, 206 p. (ISBN 978-2-911762-87-1 et 2-911762-87-8)
  1. p.  83
  2. p.  51
  3. p.  60

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Manfred Sachse, Damascus steel Éditions Verlag Stahleisen, Dusseldorf – 1993, (ISBN 978-3514005228)
  • Jean-Luc Soubeyras, Manuel de fabrication du damas, Éditions Émotions Primitive, Fontaine – 2008, (ISBN 978-2-35422-125-6)
  • (en) (it) E. Albericci, F. Galizzi, L. Pizzi, Damascus: Tecniche di forgiatura / Forging techniques, Éditions Rizzo, Lecce - 2010, (ISBN 978-8890335938)
  • (it) Oleg D. Sherby et Joffrey Wadsworth, « Gli acciai di Damasco », Le Scienze no 200, avril 1985 p. 50-58

Liens externes[modifier | modifier le code]

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