Achille Dauphin-Meunier

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Achille Dauphin-Meunier, alias Pierre Ganivet, est un intellectuel français du XXe siècle né le 28 juillet 1906 à Bourg-la-Reine et mort le 18 août 1984 à Cailly-sur-Eure. Il a été tour à tour employé de banque, syndicaliste, journaliste et universitaire. Ses idées ont connu une évolution de l'anarcho-syndicalisme à la Doctrine sociale de l’Église, en passant par le planisme et l’économie dirigée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Joseph Dauphin Meunier (18681927, poète, historien des Mirabeau, conservateur de la Bibliothèque administrative de la Ville de Paris) et de Claire Bouchard (18851957, fille de l'encadreur renommé de la rue Monsieur-le-Prince).

D’une intelligence précoce, il fait ses études à l’École Saint-Aspais de Melun et au Lycée Lakanal de Sceaux. Il passe son bac à 16 ans, en 1922. Il se lie, par des camarades de classe, à des maîtres de la pensée anarchiste comme Christian Cornélissen et Jean Grave et fréquente le milieu des anarchistes hongrois réfugiés en France. Il publie en 1926 son premier livre, consacré à La Commune hongroise et les Anarchistes (21 mars 1919 – 7 août 1919). Il tisse des contacts avec les milieux anarchistes de nombreux pays, en particulier avec ceux de la Catalogne, dont il prit un nom fréquent pour pseudonyme, Pierre Ganivet.

Dès l’automne 1922, il travaille, comme employé au service de la correspondance, à la Banque de Paris et des Pays-Bas. Il y développe une expertise technique, participe à la rédaction d’une encyclopédie en douze volumes sur La Banque et ses Services, publiés en 1931 et 1932, et reprend ses études, à la Faculté de droit et à l’École libre des sciences politiques, qu’il couronnera par une thèse de doctorat sur Mirabeau et l’Économie prussienne de son temps soutenue le 14 mars 1933.

Il s'écarte peu à peu des milieux anarchistes, milite dans le syndicalisme et participe à la fondation, en 1935, du premier syndicat d’employés de banque. Il collabore, sous son pseudonyme de Pierre Ganivet, à la "Commission du Plan" de la CGT, de sa fondation en mai 1934 jusqu'en 1938, et participe aux trois Conférences internationales planistes discutant des thèses de Henri De Man. Il siège, sous vrai nom, en 1936, au Comité des experts choisis par Vincent Auriol pour préparer la réforme des statuts et de la politique de la Banque de France consacrée par la loi du 24 juillet 1936, dont il fut extrêmement déçu. Il signe alors un ouvrage de synthèse sur La Banque de France. Il fonde en janvier 1934, sous le pseudonyme de Pierre Ganivet, L'Homme réel, Revue mensuelle du Syndicalisme et de l'Humanisme. Et en rédige les éditoriaux jusqu’en avril 1937René Belin, secrétaire de la CGT en 1935, lui succède à la direction de la revue. Il démissionne de ses fonctions à la Banque de Paris et des Pays-Bas, et se consacre définitivement à l'enseignement supérieur, à partir de la rentrée 1935, comme Assistant à l’Université de Paris puis Chargé de cours à celle de Toulouse. Il se présente vainement au concours d'Agrégation des Facultés de droit (section d’Économie politique). Les questions bancaires demeureront un de ses champs d’expertise jusque dans les années cinquante.

Mobilisé en août 1939, il mettait la dernière main à une monographie sur La Cité de Londres. Simple soldat, il se retrouve secrétaire d’état-major. Il se lie d'amitié avec l'un de ses compagnons d'armes, ecclésiastique, qui l'accompagne dans la "recherche théologique" qui le préoccupe alors : il lui doit, ainsi qu'à l’un de ses professeur du collège de Saint-Aspais, une grande part d'un retour à la Foi catholique qui se concrétise après-guerre. Il ne semble pas que sa pratique fut très régulière. Démobilisé le 15 août 1940, il reprend contact avec René Belin, devenu Secrétaire d’État à la Production industrielle et au Travail du cabinet Laval du 12 juillet 1940, rejoint l’entourage de Jean Bichelonne, qui deviendra Secrétaire d’État à la Production industrielle du cabinet Laval du 18 avril 1942, et se consacre par le journalisme et l’enseignement à dégager les voies de l’économie dirigée. Il publie, à l’été 1941, Produire pour l'Homme, L’Économie dirigée en France, dirige, à partir de mai 1941, l’École Supérieure d'Organisation Professionnelle qui formait les cadres des Comités d'organisation, et devient, à la rentré 1941, Maître de conférence à l’École libre des Sciences politiques et à l'Institut catholique de Paris.

Arrive la Libération. Il passe un long séjour au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire où il rédige une synthèse sur La Doctrine économique de l’Église qui sera publiée en 1950. Il reprend, à la rentrée 1946, ses enseignements à l'Institut catholique de Paris. Il relance la publication de la Revue d’Économie contemporaine, qu’il avait fondé durant la guerre, et participe activement à la fondation de l'Institut des Hautes Études Américaines qui diffuse différentes lettres d’informations spécialisées. Il participe, dans le cadre de l’UNESCO, à plusieurs missions d’expertise universitaires, dans les années 50 et 60. De 1955 à 1963, il est conseiller financier du Gouvernement royal du Cambodge, rédige les statuts de la Banque nationale du Cambodge et supervise l'émission des premiers Riels. Il rédigea le Que Sais-je ? sur l'Histoire du Cambodge.

En 1968, avant même les événements du mois de mai, l'Institut catholique de Paris ferme sa Faculté de droit et des sciences économiques. Achille Dauphin-Meunier fonde alors la Faculté Autonome et Cogérée d’Économie et de Droit, dite FACO. Il en assume la charge de Doyen jusqu'en 1978 et y dispense des enseignements jusqu'à sa mort. Il y aura animé un Centre d’Étude de la Doctrine Sociale de l’Église et fondé, en juin 1969, sur le modèle de l'Institut Supérieur ouvrier de la CGT d'avant-guerre ou des ISST contemporains, l'Institut Supérieur du Travail. Il continuera a publié jusque dans les dernières années de sa vie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Pierre Ganivet, La Commune hongroise et les Anarchistes (21 mars 1919 – 7 août 1919), Paris, Librairie Internationale,‎ 1926, texte intégral.
  • Mirabeau et l’Économie prussienne de son temps, Université de Paris, Faculté de Droit, thèse pour le doctorat en droit (sciences politiques et économiques), Paris, PUF, 1933 (ouvrage couronné par l'Académie des Belles-Lettres d'Aix-en-Provence)
  • La Banque de France, Paris, Gallimard, NRF, 1936
  • La Banque 1919-1935, Allemagne, Angleterre, France, préface d'E. Dolléans, Paris, Gallimard, NRF, 1936
  • La Banque à travers les âges, 2 vol., sous la direction technique de Louis Lair, préface d’Édouard Dolléans, iconographie rassemblée par Jean Boisseau : Éditions techniques et professionnelles (Banque Éditeur), Paris, 1936-1937
  • La Cité de Londres (préface de Louis Baudin), NRF, Gallimard, coll. Problèmes et Documents, Paris, 1940 (ouvrage couronné par l'Académie Française), réédition : La Cité de Londres et les grands marchés internationaux, préface de Louis Baudin, Paris, NEL, 1954
  • Produire pour l'Homme, L’Économie dirigée en France, Paris, Plon, coll. Présences, 1941 (Grand Prix de la Jeune France)
  • L’Économie allemande contemporaine, Paris, Fernand Sorlot, 1942
  • La Doctrine économique de l’Église, ouvrage couronné par l'Académie Française (prix Thiers) et l'Académie des Sciences morales et politiques (prix Audiffred), Paris, NEL, 1950
  • Albert de Mun, traduction italienne de Mario Bezzola, La Scuola, Brescia, Coll. "Maestri della dottrine sociali" diretta da Fransisco Vito, 1952
  • L’Église en face du Capitalisme, Paris, A. Fayard, coll. Ecclesia, 1955
  • L’Église et les Structures économiques du monde, Paris, A. Fayard, Coll. Je sais-Je crois, série Les Problèmes du Monde et de l’Église, 1957
  • Histoire du Cambodge, Paris, PUF, Que Sais-je ?, no 916, 1961, 2° éd. mise à jour, 1968
  • Histoire de la Banque, Paris, PUF, coll. Que Sais-je ?, no 456, 1951, 2° éd. 1959, 3°éd. 1964, 4°éd. 1968.
  • Le Cambodge de Sihanouk ou de la difficulté d'être neutre (lettre-préface de SAR le prince Norodom Sihanouk, chef de l'Etat du Cambodge), Paris, NEL, coll. Survol du Monde, 1965
  • Le Jeu de l'épargne et de l'investissement à l'âge industriel, Paris, Payot, Coll. Eudes et documents, série politique et économique, 1969
  • La Société industrielle contemporaine et les Enseignements pontificaux, CEDSE, Paris, NEL, coll. Liberté Economique et Progrès social, 1972

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud Pellissier-Tanon, « Notice sur la Vie et l'œuvre d'Achille Dauphin-Meunier (1906-1984) », Études sociales, no 125,‎ premier semestre 1997
  • Arnaud Pellissier-Tanon, « Bibliographie d'Achille Dauphin-Meunier », Études sociales, no 125,‎ premier semestre 1997

Notices[modifier | modifier le code]