Accident nucléaire de Goiânia

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L'accident nucléaire de Goiânia est un accident de pollution radioactive qui a eu lieu le 13 septembre 1987 à Goiânia, à 200 km au sud-ouest de Brasilia dans l'État brésilien de Goiás. Considéré comme un accident nucléaire important [1], il se produit après qu'un vieil appareil médical de radiothérapie contenant du cesium 137 a été récupéré par des ferrailleurs sur le site d'un hôpital abandonné de la ville[2]. Cet appareil est passé par de nombreuses mains, faisant quatre morts et contaminant 245 personnes selon l'AIEA[3]. La dispersion des radionucléides a été équivalente à celle d'une bombe radiologique de taille moyenne[4]. L'accident a été classé au niveau 5 de l'échelle INES[5].

Sommaire

La source [modifier]

Un appareil de radiothérapie, à base de roue, muni d'un collimateur allongé pour mettre au point le rayonnement. Le carré bleu représente la source rayonneuse, et le faisceau émanant de l'ouverture représente les rayons gamma

La source des rayonnements de l'accident fut une petite capsule qui servait aux traitements de cancers à l'hôpital de Goiânia. Cette capsule contenait dans son essieu environ 93 g d'un produit très rayonneur, le chlorure de césium, pris dans un bouclier en plomb et acier. La rotation de l'essieu au sein de la capsule permet de passer de sa position d'entreposage à la position d'enrayonnement. En 1971 on évalua à 74 terabecquerels (TBq) la radioactivité de la source. L'Agence internationale de l'énergie atomique décrit ce conteneur (de 51 mm de large et 48 de long) comme une capsule de norme internationale. L'activité précise du solide actif fut environ 814 TBq⋅kg−1 de césium 137 (ayant une demi-vie de 30 ans). La dose rayonnée à un mètre de la source atteignit 4,56 Gray par heure. Alors qu'on ignora le numéro de série de l'appareil, ce qui entrava une identification définitive, on estime qu'il était fabriqué aux États-Unis au laboratoire national d'Oak Ridge. L'AIEA déclara que la source contenait 50.9 TBq au moment du vol, dont 44 TBq furent récupérés lors des opérations de nettoyage. Bref, 7 TBq restèrent dans l'environnement, un chiffre qui aura diminué jusqu'à 3,9 TBq en 2012.

Le vol [modifier]

L'institut de radiothérapie privé, Instituto Goiano de Radioterapia (IGR), se situa à 1 km au nord-ouest de la cité administrative de Goiânia. En 1985 l'institut déménagea vers de nouveaux locaux, laissant un unité de téléthérapie à base de césium 137, acheté en 1977. Le destin du site abandonné fit l'objet de litiges devant les tribunaux entre IGR et la société de Saint Vincent De Paul, l'ancien propriétaire[6]. Le 11 septembre 1986, la Cour de Goiás se déclara consciente de la présence de matériel radiologique dans le bâtiment [6].

Le 4 mai 1987, quatre mois avant l'accident, Saura Taniguti, l'ancien directeur d'Ipasgo (l'institut d'assurance pour les fonctionnaires), recourt à la police pour empêcher un des propriétaires d'enlever les objets laissés sur place. Ensuite Bezerill avertit le président d'Ipasgo, Lício Teixeira Borges, qu'il devrait prendre la responsabilité du destin de la bombe à césium.

La cour affecta un garde chargé de protéger le matériel dangereux abandonné. Pendant ce temps, les propriétaires d'IGR écrivirent plusieurs lettres à la Commission Nationale de l'Énergie Nucléaire, la prévenant du danger de laisser un appareil rayonneur sur un site abandonné, mais une ordonnance du tribunal les interdisait de retirer le matériel eux-mêmes.

Le 13 septembre 1987, le garde de jour, Voudireinão da Silva, ne se pointa pas, se servant d'un arrêt maladie pour assister à une séance de La Coccinelle à Mexico au cinéma avec sa famille. Ce même jour, des pilleurs Roberto dos Santos Alves et Wagner Mota Pereira pénétrèrent dans l'institut en partie démoli, trouvèrent l'unité de radiothérapie - qui leur sembla avoir quelque valeur à la casse - et l'emmenèrent dans une brouette à la maison d'Alvès, à une distance d'environ 0,6 km au nord de la clinique, où ils se mirent à démanteler l'appareil. Le soir même, les deux commencèrent à vomir. Néanmoins, ils poursuivirent leurs efforts. Le lendemain, Pereira eut la diarrhée et des vertiges et une des mains commença à gonfler. Bientôt une brûlure se développa sur la main de la même taille et forme que l'ouverture de la machine. Un mois plus tard, il fallut l'amputer du bras. Le 15 septembre, Pereira se rendit à un cabinet médical où on diagnostiqua l'entoxication alimentaire, et lui conseilla de retourner chez lui pour récupérer. Cependant, Alves s'efforça d'achever le démantèlement du matériel, qui se trouva sous un manguier dans son arrière-cour. À force de s'y acharner, il réussit enfin de libérer la capsule de césium de sa tête protectrice.

Le 16 septembre, Alves réussit à percer l'ouverture de la capsule avec un tourne-vis, lui permettant d'apercevoir une lueur d'un bleu profond. Il enfonça le tourne-vis et put extraire une parcelle de la matière luisante. La croyant une sorte de poudre à canon, il essaya de lui mettre le feu, mais la poudre ne voulut pas prendre. Lors du rapport de l'AIEA, on ne comprenait pas le mécanisme précis qui avait généré la lueur, mais on le croyait soit une forme de fluorescence soit l'effet Vavilov-Tcherenkov lié à l'absorption d'humidité par la source rayonneuse. Une telle lueur bleuâtre avait été observé en 1988 au laboratoire américain d'Oak Ridge lors de la décapsulation d'une source à 137Cs.

Le 18 septembre, Alves vendit le matériel à un dépôt de ferraille voisin, où un des employés se rendit chez Alves pour les articles emporter dans une brouette. Ce soir-là, le propriétaire, Devair Alves Ferreira, qui vivait à côté du dépôt, entra dans son garage et aperçut la lueur bleuâtre de la capsule percée. Croyant son contenu de valeur ou même surnaturel, il le rentra toute de suite dans sa maison. Au cours des trois prochains jours, il invita des amis et de la famille pour voir le corps luisant et offrit une récompense à celui qui réussit à le libérer de la capsule. Il mentionna qu'il eut l'intention d'en faire une bague pour sa femme, Gabriela Maria Ferreira. Le 21 septembre au dépôt, un ami de Ferreira (sous le nom de EF1 dans le rapport de l'AIEA) arriva à dégager plusieurs grains de la matière luisante grâce à un tourne-vis. Il en partagea quelques-uns avec son frère, garda quelques-uns pour lui-même et se mit à les distribuer le reste à plusieurs amis et membres de sa famille. Ce jour-là, sa femme Gabriela Maria Ferreira, 37 ans, tomba malade. Le 25 septembre, Devair Ferreira vendit la ferraille à un autre dépôt.

Le 24 septembre, Ivo, le frère de Devair, enleva en grattant du poudre de la source et le prit à sa maison non loin de là, où il en étala une partie sur le sol en ciment. Plus tard, sa fille de six ans, Leide das Neves Ferreira, mangea un sandwich assise sur le sol. Elle s'émerveilla de la lueur bleue de la poussière, l'appliquant au corps, et la présenta à sa mère. Cette poussière rayonneuse tomba dans ce qu'elle mangeait: elle finit par manger 1,0 GBq, dose totale 6,0 Gy.

Gabriela Maria Ferreira fut la première à constate que de nombreuses personnes dans son entourages sont tombées malades en même temps. Il est fort probable que ses actions à partir de ce point allégeassent le bilan mortel. D'abord elle soupçonna une boisson qu'ils avaient partagée, mais un prélèvement ne montra rien de néfaste. Le 28 septembre 1987, 15 jours après la découverte de l'article, Gabriela se dirigea avec un de ses employés au dépôt rival qui détenait le matériel. Elle le réclama et l'amena en bus à l'hôpital dans un sac en plastique. Là le médecin Paulo Roberto Monteiro supposa avec raison qu'il fut dangereux. Il le posa sur une chaise dans son jardin pour l'éloigner. Parce que les restes de la source étaient restés dans un sac en plastique, le niveau d'enrayonnement à l'hôpital fut minimal.

Le 29 septembre 1987, au matin, un médecin en visite (nommé WF dans le rapport AIEA) se servit d'un scintillateur emprunté à NUCELEBRA (une agence gouvernementale engagée dans le cycle de combustible noyal) pour confirmer le présence d'activité rayonneuse. Il passa la plupart de la journée à confirmer les niveaux dangereux de rayonnement et à convaincre les autorités du besoin d'agir immédiatement. La ville, l'état et le gouvernement national furent tous conscients du cas à la fin de la journée, et les opérations de décontamination commencèrent le soir même.

Notes et références [modifier]

Voir aussi [modifier]

Lien externe [modifier]