Accident de Béryl

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

24° 03′ 55″ N 5° 03′ 23″ E / 24.06528, 5.05639 L'accident de Béryl (du nom de code de l'essai) est un accident nucléaire qui s'est produit le 1er mai 1962 lorsque la France réalisait son second essai nucléaire souterrain à In Ecker, au nord de Tamanrasset, dans le Sahara algérien, pour mettre au point sa bombe atomique. Tout est prévu pour que l'explosion soit confinée à l'intérieur de galeries creusées dans la montagne du Tan Affela, mais un défaut de confinement a conduit à libérer des éléments radioactifs associés à des laves et des scories, ainsi qu'à des aérosols[1]. Une centaine de personnes ont été exposées à une dose supérieure à 50 mSv, dont Pierre Messmer, alors ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

Le site choisi pour le test était In Ecker (Sahara algérien), à environ 150 km au nord de Tamanrasset. La montagne Taourirt Tan Afella, l'un des massifs granitiques du Hoggar (sud de l'Algérie), après avoir fait l'objet de sondages géotechniques (faussement présentés comme étant une prospection minière d'or et d'uranium)[réf. nécessaire] est retenue comme site de tir. Le site est aménagé à partir de 1961 (aérodrome construit au nord-est d'In Amguel et base vie entre le village targui de In-Amguel et le puits de In-Eker dont le bordj était alors contrôlé et occupé par les gendarmes). Une base dite DAM Oasis 1 puis Oasis 2 est alors construite de manière à ne pas être visible de la route à quelques kilomètres à l'est du Tan Afella[2].

Description de l'accident[modifier | modifier le code]

Un confinement défaillant[modifier | modifier le code]

La France, ayant dû abandonner les essais aériens et les remplacer par des essais souterrains moins polluants, a opté pour des essais souterrains en zone marine (atolls) ou désertique. Les tirs sahariens étaient ici réalisés « en galeries », celles-ci étant creusées horizontalement dans le Tan Afella sur le site d'In Ecker.

Ce type de galeries de tir était creusé de manière à se terminer en colimaçon. Cette forme de tunnel d'une part fragilise fortement le sol à cet endroit, et d'autre part freine en ce point l'expulsion des gaz, des poussières et des laves produits par la vitrification du sol. Selon les calculs des ingénieurs, en raison de ces deux facteurs, la galerie devait en ce point s'effondrer et se colmater. Elle était de plus refermée par un bouchon de béton. En fait 4 portes en acier très résistantes fermaient la galerie à différents niveaux recouvertes pour étanchéité de mousse de polyuréthane. Ces mesures étaient réputées permettre le meilleur confinement possible de la radioactivité, ce qui avait justifié qu'on ait invité de nombreux "officiels" à assister au tir.

Un nuage radioactif s'échappe[modifier | modifier le code]

Le 1er mai 1962, lors de ce deuxième essai souterrain, le colimaçon semble ne pas s'être effondré assez tôt et le bouchon a été pulvérisé. La porte fermant la galerie à son extrémité fut projetée à plusieurs dizaines de mètres laissant s'échapper un nuage radioactif de gaz et de particules hors de la galerie de tir. Une fraction de la radioactivité a été expulsée avec les gaz, laves et scories. Les laves se sont solidifiées sur le carreau de la galerie, mais les aérosols et produits gazeux ont formé un nuage qui a culminé à près de 2 600 m d'altitude, à l'origine d'une radioactivité détectable jusqu'à quelques centaines de kilomètres.

Selon le témoignage de Pierre Messmer, quelques secondes après le tremblement du sol provoqué par l'explosion, les spectateurs ont vu « une espèce de gigantesque flamme de lampe à souder qui partait exactement à l'horizontale dans notre direction [...] Cette gigantesque flamme s'est éteinte assez rapidement et a été suivie par la sortie d'un nuage, au début de couleur ocre, puis qui est rapidement devenu noir »[3].

L'enregistrement des appareils de mesures de radioactivité a été immédiatement mis sous secret-défense (témoignage france-inter le 25 octobre 2013 13h50 Louis Bulidon à l'époque service technique - mesures de radio-activité).

Contamination des spectateurs[modifier | modifier le code]

Le nuage radioactif était poussé par le vent vers l'est, avec dans cette direction, une contamination atmosphérique significative mesurée jusqu'à environ 150 kilomètres. Un certain nombre de personnalités, dont deux ministres (Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique) assistaient aux essais, ainsi que plusieurs militaires et des civils (au total un millier de personnes)[1].

Pierre Messmer s'est empressé de partir le soir même après décontamination. Il eut été plus digne au chef des armées de gérer l'accident (témoignage france-inter le 25 octobre 2013 13h50 Louis Bulidon à l'époque service technique - mesures de radioa-ctivité). Il nié toutes contaminations.

Le personnel du CEA paniqué s'est lavé frénétiquement.La cohue provoquée par la précipitation des participants aux opérations de décontamination donna lieu à des évènements peu dignes de la part de certains officiels d'après les témoignages du personnel Sodeteg (maître d'œuvre)[réf. nécessaire].

Fermeture de la galerie[modifier | modifier le code]

Ultérieurement la sortie de la galerie fut couverte de béton faute de meilleurs moyens de décontamination.


Conséquences sanitaires[modifier | modifier le code]

Gaston Palewski mourra à 83 ans, d'une leucémie, 22 ans plus tard, persuadé selon Pierre Messmer[4] que ce cancer a été causé par l'accident. P. Messmer est également mort d'un cancer, mais à un âge plus avancé, sans qu'il soit possible de lier ce cancer à cet accident. Selon les comptes rendus officiels disponibles, la plupart des militaires n'ont reçu qu'une irradiation externe[5]. Aucune information n'est en revanche disponible sur l'état de santé des populations civiles touareg du Sahara.

Effet sanitaire selon les rapports officiels[modifier | modifier le code]

Neuf personnes situées dans un poste isolé ont traversé la zone contaminée après avoir, au moins temporairement, ôté leur masque. Dès leur retour en base vie (H+6), elles ont fait l'objet d'une surveillance clinique, hématologique (évolution des populations cellulaires sanguines) et radiologique (spectrogammamétrie, mesures d'activité dans les excrétas). Les équivalents de dose engagée reçus par ces personnes ont été évalués à environ 600 mSv[6]. Ces neuf personnes ont été ensuite transportées à l'hôpital militaire Percy à Clamart pour surveillance et examens radiobiologiques complémentaires. Le suivi de ces neuf personnes n'a pas révélé de pathologie spécifique[6]. Des conséquences sanitaires sont envisageables pour la quinzaine de personnes fortement contaminées (à plus de 100 mSv) par l'essai Beryl. Les estimations donnent les chiffres suivants :

Contamination
Nombre de personnes Dose reçue
9 600 mSv[7]
15 >200 mSv
100 >50 mSv
~240 <2.5 mSv

Les équivalents de dose qui auraient été reçus par des populations présentes au moment de la retombée et qui auraient ensuite séjourné au même endroit ont été évalués. Les populations nomades du Kel Torha, les plus exposées (240 personnes évoluant à la frange nord de la retombée) auraient ainsi pu recevoir des équivalents de dose cumulée allant jusqu'à 2,5 mSv (de l'ordre de grandeur d'une année de radioactivité naturelle)[6].

Le nombre d'Algériens contaminés reste inconnu à ce jour, et la contamination éventuelle de la chaîne alimentaire suite à des ré-envols et/ou concentration locales de radionucléides ne semble pas avoir fait l'objet d'études. Le nuage radioactif formé était dirigé plein Est. Dans cette direction, la contamination atmosphérique était significative jusqu'à environ 150 km, distance sur laquelle il n'y avait pas de population saharienne sédentaire[8]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le téléfilm Vive la bombe !, réalisé par Jean-Pierre Sinapi en 2006, relate cet événement vécu par des militaires irradiés lors de cet incident. Il a été diffusé sur Arte le 16 mars 2007 puis sur France 2 le 28 avril 2009 et à nouveau sur Arte le 10 février 2010.

Le documentaire Gerboise bleue, réalisé par Djamel Ouahad et sorti en 2009, évoque largement cet accident, avec en particulier le témoignage poignant d'un rescapé.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le livre Les Irradiés de Béryl est un témoignage collectif de cinq auteurs paru aux Éditions Thaddée en 2010.

Le roman, L’affinité des traces, de Gérald Tenenbaum, évoque l’accident à travers les yeux d’une jeune secrétaire employée sur la base, qui choisit ensuite de vivre avec les Touaregs.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les essais nucléaires français au Sahara, CEA.
  2. Témoignage et photos relatifs à la Station météo de In Eker
  3. Article citant le témoignage de P.Messmer (extrait du compte rendu d'une réunion du Groupe d'Études français d'Histoire de l'Armement nucléaire) quant à l'accident de Béryl. L'article est intitulé « Quand un essai souterrain tourne mal... Messmer : «Nous avons été fortement irradiés » (1995 08 31). Pour en savoir plus, voir «Expériences nucléaires françaises»; IHRIC-GREPHAN, 1993.
  4. Voir la partie de cette page citant l'interview de P. Messmer (du 5 décembre 1995)
  5. Compte rendu fait au Sénat, relatant au paragraphe 5.1 "L'accident Béryl (1er mai 1962)"
  6. a, b et c Rapport sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France, rapport parlementaire de Christian Bataille, février 2001.
  7. Note : 600 mSv (soit 60 rem) : un dixième de la dose létale instantanée
  8. Rapport OPECST, incidence environnementales et sanitaires des essais nucleaires français, Bataille et Revol, février 2001.