Académie de Montauban et de Puylaurens

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L’ancienne Académie de Montauban.

L’Académie de Montauban et de Puylaurens est une université protestante fondée en 1598 et supprimée le .

Création de l'Académie et du collège de Navarre[modifier | modifier le code]

Lorsque le protestantisme s’était introduit à Montauban vers 1556, l’évêque Jean de Lettes avait adhéré à la foi réformée, d’abord en secret, puis en public, après son mariage. Sous l’épiscopat de son neveu et successeur Desprez (1556), qui résidait constamment à la campagne, le calvinisme se propagea rapidement dans la ville.

Après le traité de Nérac signé le 28 février 1579, les Consuls de Montauban demandèrent au roi Henri III l'autorisation d'ouvrir un collège pour que les écoliers présents à Montauban puissent reprendre leurs études. Henri III leur accorde par lettres-patentes d'octobre 1579 «pour l'instruction de la jeunesse aux bonnes lettres». L'évêque souhaitait que la création de ce collège lui permette de rétablir le culte catholique dans la ville mais les consuls trouvèrent l'appui d'Henri de Navarre, protecteur du parti huguenot. Par lettres-patentes du 6 décembre 1579, il permet aux consuls de construire un collège dans leur ville et accorde une pension de 200 livres «en témoignage de l'affection et bonne volonté qu'il a pour le bien, l'accroissement et la splendeur de cette ville». Les premiers cours ont été dispensés dans des maisons particulières comme la maison du pasteur Michel Bérault, au no 9 de la rue Armand-Cambon. La première pierre du collège de Navarre, rue de Las Clotes (situé au no 12 de la rue Armand-Cambon), à l'emplacement de l'hôpital médiéval de Parias, ne fut posée que le 14 octobre 1597, peu de temps avant la signature de l'édit de Nantes. Le collège fut soutenu par la reine Marguerite qui offrit le 28 octobre 1597 une pension de 200 livres pour son entretien. Le collège de Navarre n'ouvrit qu'en 1598[1].

Bien que située à une extrémité de la Guyenne, province où la Réforme comptait tant d’adhérents, Montauban offrait des avantages considérables pour l’établissement d’une académie dans ses murs. La grande majorité de ses habitants avait accueilli les idées nouvelles et témoignait d’un grand zèle pour la cause protestante. Un certain nombre d’églises réformées s’étaient fondées dans les environs. Par les vallées du Tarn, de la Garonne, de l’Aveyron, on pouvait facilement entretenir des communications avec l’Agenais, le Rouergue, l’Albigeois, Toulouse et Bordeaux. En outre, le climat était excellent et le pays très fertile.

L'Académie est jointe au collège en 1600 en application des décisions du synode de Montpellier de 1598. Cette académie, une université protestante, est inaugurée le 22 octobre 1600[2]. Le collège était divisé en sept classes : le principal était l’un des sept régents. Le personnel des professeurs était composé en 1600 de deux chaires en théologie, occupées par Serres et sans doute Michel Bérault ; une chaire de jurisprudence, de médecine, de mathématiques et de grec ; le ministre Tenant eut probablement l’hébreu, il y avait aussi deux professeurs de philosophie. Il est très probable que les chaires de mathématiques et de jurisprudence sont toujours restées vacantes. Il fallut, faute de ressources, réduire ce vaste plan et se borner à ce qui pour le moment était le plus nécessaire aux Églises réformées, à savoir l’enseignement de la théologie et des connaissances humaines qu’on en tient pour les auxiliaires indispensables, remettant à des temps meilleurs, qui ne vinrent jamais, le soin d’élargir le cercle des études, d’après le programme des règlements de 1600.

L’académie fut placée dans les vastes bâtiments du collège, qui put lui offrir l’hospitalité sans éprouver la moindre gêne : d’ailleurs elle n’avait besoin que de deux ou trois grandes salles pour les leçons, la bibliothèque et les séances des deux conseils académiques.

Partage du collège de Navarre avec les catholiques[modifier | modifier le code]

Cette académie, qui fut toujours florissante, n’en disparut pas moins au bout de soixante ans. Sa chute, ou plutôt son transfert à Puylaurens ne doivent être attribués qu’à un concours de circonstances fâcheuses, habilement exploitées par des ennemis qui ne pardonnaient point.

En 1629, date de la restauration du catholicisme dans la ville de Montauban par Richelieu, le premier soin de l’évêque, à son arrivée, fut de réclamer le droit, accordé par Henri III à ses prédécesseurs, de nommer les régents du collège. L’intendant de Verthamon comprit la bizarrerie de cette singulière revendication, si l’on considère que, depuis sa fondation, l’établissement était peuplé de protestants et entretenu exclusivement aux frais des réformés.

L’intendant proposa aux protestants de contribuer pour leur part à l’érection d’un collège destiné aux seuls catholiques, mais les réformés repoussèrent cette proposition et préférèrent céder la moitié de leur collège aux Jésuites. Les tristes résultats de ce nouveau régime ne tardèrent pas à se produire, et les bons rapports entre jeunes gens catholiques et réformés, appelés à vivre sous le même toit et à fréquenter des maîtres en parfait désaccord les uns avec les autres, furent difficiles à maintenir. Les rixes, les échauffourées se multiplièrent pour les motifs les plus futiles. La population huguenote de Montauban était réputée, même au sein des Églises réformées, pour son humeur prompte et la violence de ses opinions qui la distinguait de la grande majorité des communautés de la même religion en France[3].

Départ des protestants du collège de Navarre pour Puylaurens[modifier | modifier le code]

En 1659, une véritable émeute eut lieu. Les élèves catholiques, pour ajouter au lustre d’une fête solennelle de distribution de prix, avaient dressé dans la cour commune du collège un théâtre sur lequel ils comptaient jouer une tragédie. Les protestants, parmi lesquels les proposants se montraient les plus ardents, réclamèrent avec menaces la démolition de l’échafaud ; le ministre et professeur Gaillard était à leur tête. Les consuls des deux religions accoururent au bruit pour apaiser les uns et les autres ; mais ni eux ni les officiers du présidial ne furent écoutés. Gaillard, son collègue Verdier et quelques étudiants insultèrent ces derniers, ainsi que les chaperons catholiques : des syndics, les uns furent battus, les autres poursuivis à coups de pierres jusque dans l’église, où la messe se disait. Les officiers firent bien un prisonnier, mais les protestants revinrent une heure après, armés d’épées, démolirent le théâtre, en jetèrent les débris dans un puits et assiégèrent dans leurs maisons les pères jésuites, qui firent sonner les cloches pour appeler du secours.

L’ancienne Académie de Puylaurens.

L’émeute fut réprimée ; mais la population assaillit la prison, délivra les prisonniers, et l’intendant de Fontenay lui-même fut sur le point d’être tué. En représailles, Saint-Luc occupa militairement la ville, fit raser les murailles, abattre la tour de Lisié et quelques ravelins, et arrêter quantité de citoyens compromis. Deux des chefs furent pendus, deux condamnés aux galères perpétuelles, un autre au fouet, une trentaine exécutés en effigie ; Gaillard fut banni à perpétuité. Le nombre des réformés dans le conseil de ville fut réduit à dix sur quarante, le consulat mi-parti aboli, et le collège entier attribué aux Jésuites. L’académie fut transférée à Puylaurens par arrêt du conseil du roi, du 12 décembre 1659.

En vain les protestants envoyèrent-ils à Paris deux notables, Vicose et Pechels, pour obtenir de Louis XIV quelque adoucissement à des mesures si rigoureuses : leur éloquence, qui avait déjà ébranlé la cour, fut vaincue par les rapports des délégués catholiques Le Bret et Pierre de Berthier. La reine mère, le prince de Conti, le secrétaire d’État La Vrillière usèrent de leur influence en faveur de ceux-ci ; le roi voulait même par surcroît construire une citadelle, mais les délégués furent assez fins pour préférer un renfort de catholiques, et on alla demander à Cahors une colonie d’émigrants catholiques pour repeupler la ville. Enfin, la cour des aides de Cahors fut transférée à Montauban, malgré la double opposition des Cadurciens et des officiers du présidial de Montauban

Une fois transportée en bloc à Puylaurens, en 1660, l’académie, s’y maintint jusqu’en 1685, mais sans conserver l’éclat qu’elle avait jeté par intervalles à Montauban. Elle eut néanmoins des professeurs de grand mérite et continua à jouer, quoique dans un centre peu favorable, un rôle très important, jusqu’à sa suppression, dans l’histoire de l’Église réformée.

L’académie de Puylaurens eut son temps de prospérité lorsqu’on s’aperçut, dans la province, qu’un grand nombre de parents, profitant des grands avantages qui leur étaient offerts, envoyaient leurs enfants dans les collèges catholiques, en particulier chez les jésuites. Les synodes provinciaux, notamment ceux de Réalmont, du Milhau, de Caussade, de Mauvesin, de Saint-Antouin, défendirent, à diverses reprises, cette pratique de la façon la plus expresse, sous peine d’excommunication.

Il en résulta, bientôt, une affluence inusitée d’élèves dans l’académie de Puylaurens. Ces élèves eurent souvent des professeurs d’un vrai mérite, dont on connaît les noms de Jean Gominarc, Usson, Loquet, Trossières, Bon, Rainondou, Chabbert, Verdier, Théophile Arbussy, André Martel et le professeur d’hébreu Antoine Pérès.

« Chaque école de théologie avait deux professeurs de théologie dont l’un exposait ce qu’on appelait alors les loci communes (dogmatique) et l’autre expliquait l’Écriture sainte, un professeur d’hébreu, deux professeurs de philosophie et un professeur de langue grecque[4] ». Ces six professeurs formaient deux divisions : l’une, composée des deux professeurs de théologie et de celui d’hébreu, comprenait l’enseignement proprement dit de la théologie : le cours d’étude y était de trois ans ; — l’autre, composée des deux professeurs de philosophie et du professeur de grec, était comme une Faculté des lettres dans laquelle on se préparait, pendant deux ans, aux études théologiques. Les élèves ne passaient d’une division dans l’autre qu’après avoir subi un examen qui leur valait le titre de maître ès arts ; et dans les certificats qu’on leur délivrait à leur sortie de l’académie, il était fait mention non seulement de leurs progrès en théologie, mais encore de leurs connaissances en philosophie et en belles-lettres…

La pauvreté des Églises fit supprimer les chaires de langue grecque ; trois ans après, le synode national de Castres rétablit cet enseignement dans les académies mais, faute de fonds, il fut toujours en souffrance. À la révocation, Pérez, qui acquit un juste renom dans l’enseignement des langues orientales, sortit du royaume et mourut à Londres, en 1686.

Il sortit de bons élèves de cette Faculté. Quelques-uns même ont eu depuis un nom célèbre, entre autres : David Martin, Paul Rapin-Thoyras, André Dacier, Pierre Bayle, Jacques Abbadie.

L’académie de Puylaurens fut la dernière des académies protestantes françaises à disparaître, par arrêt du conseil, le 5 mars 1685, quelques mois avant l'édit de Fontainebleaau révoquant l'édit de Nantes qui avait été signé l'année de la décision de faire une académie à Montauban.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Henri Le Bret,Gabriel Ruck, Histoire de Montauban, volum 2, p. 378-394, Chez Retoré, Montauban, 1841
  2. Guy Astoul, Les chemins du savoir en Quercy et Rouergue à l'époque moderne, p. 42, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1999 (ISBN 2-85816-456-8) Extrait
  3. Persée : Victor Carrière, Le collège mixte de Montauban au début du règne de Louis XIV. Documents inédits, p. 63-68, Revue d'histoire de l'Église de France, année 1940, Volume 26, no 110
  4. Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, 2e année, Paris, Agence centrale de la Société, 1854, p. 157.

Références[modifier | modifier le code]

  • Michel Nicolas, Histoire de l'ancienne Académie protestante de Montauban (1598-1659) et de Puylaurens (1660-1685), Montauban, E. Forestié, 1885.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Daniel Bourchenin, Étude sur les académies protestantes en France au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, Grassart, 1882.

Articles connexes[modifier | modifier le code]