Abraham de Balmes

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Abraham de Balmes est un rabbin, médecin, traducteur et grammairien italien des XVe et XVIe siècles (Lecce, c. 1440 - Venise, 1523).
Homme de la Renaissance, il est l'un des passeurs de la science judéo-arabe dans le monde chrétien.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Abraham ben Meïr de Balmes naît dans le royaume de Naples. Sa vie est peu connue mais on sait par ses ouvrages qu'il officie, peu avant son décès, comme médecin ordinaire du cardinal Domenico Grimani à Padoue.

Il acquiert un grand renom dans le monde chrétien, tant par ses traductions latines d'ouvrages en hébreu que par ses conférences philosophiques. Il se fait également de nombreux disciples parmi les chrétiens dont, selon Heinrich Graetz[1], l'imprimeur vénitien Daniel Bomberg auquel il aurait appris l'hébreu. À sa mort, nombre d'hommages lui sont rendus par ses élèves.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Abraham de Balmes a réalisé de nombreuses traductions en latin d'ouvrages philosophiques, en particulier ceux d'Aristote et d'Averroès[2].
Ses traductions les plus connues sont celles qu'il a dédiées au cardinal Grimani :

Ces traductions sont conservées en manuscrit à la Bibliothèque du Vatican (MS. Vat. no 3897). La dédicace a été publiée dans la Revue des Études Juives (vol. v. p. 145).

Mikne Avraham[modifier | modifier le code]

Il est aussi l'auteur d'un manuel de grammaire d'hébreu biblique paru peu après sa mort. Le livre, intitulé Mikne Avraham (« Troupeau d'Abraham[3] ») et Peculium Abrae dans sa version latine (réalisée, à l'exception du dernier chapitre, par l'auteur lui-même), comprend 626 pages où version hébraïque et latine se font face. Il est divisé en huit chapitres[4] :

  • le premier chapitre, qui sert d'introduction, définit la grammaire et ses éléments, que l'auteur classe en simples (« lettres », c'est-à-dire consonnes, et « voyelles », c'est-à-dire signes de vocalisation) et en composés (syllabes, mots, etc. ) ; les éléments simples sont traités dans les deux chapitres suivants, les éléments composés font l'objet du reste du livre ;
  • le second chapitre traite des consonnes, leur nombre, leur nom, les formes écrites, les points d'articulation, leur classification (lettres-racines et lettres serviles, permutations et compensations, similitudes et différences, etc.) ;
  • le troisième chapitre traite des signes de vocalisation (nombre, formes, prononciation, etc.) ;
  • le quatrième chapitre effectue la classification des parties du langage, en commençant par la grammaire du nom et la classification des noms leur signification et leur motif nominal ;
  • le cinquième chapitre traite de conjugaison ;
  • le sixième chapitre traite des particules ;
  • le septième chapitre, intitulé Compositio et Regimen est la partie la plus originale du livre et la contribution la plus importante d'Abraham de Balmes à l'histoire de la grammaire hébraïque : il est le premier à traiter de la syntaxe hébraïque (pour laquelle il invente le terme de harkava, « composition »), utilisant pour ce faire les termes employés en grammaire latine.
  • le huitième chapitre traite de phonologie, d'accent tonique et du maqaf. Un appendice sur la cantillation hébraïque a été ajouté par un autre traducteur, Kalonymus ben David.

Le livre, qui cite abondamment le Perah Shoshan de Moshe ibn Habib, est l'une des dernières tentatives de traiter la grammaire hébraïque selon des critères conceptuels et philosophiques, sur le modèle de Profiat Duran et en opposition avec celui de David Kimhi.
Il est le premier à confronter la science philologique judéo-arabe avec le système grammatical du latin, adaptant à la grammaire hébraïque le modèle de présentation tripartite phonologie-morphologie-syntaxe.
Son chapitre sur la syntaxe présente de façon systématique des thèmes qui avaient été abordés jusque là de façon éparse comme l'usage des lettres faibles, l'accord pronominal, etc. Il aborde par ailleurs des sujets inexplorés avant lui comme la combinaison des noms avec les verbes, des noms avec les noms, l'accord du nom (sujet) et du verbe (prédicat), etc. Certains y voient donc l'œuvre de linguistique la plus importante depuis le Kitāb al-Lumaʿ de Yona ibn Jannah[4].
Cependant, le livre a été peu étudié, du fait de sa trop grande complexité et de sa terminologie difficilement abordable, en dépit de la traduction latine qui figure en vis-à-vis. Son influence sur l'étude de l'hébreu par les chrétiens est donc bien moindre que celle de son contemporain Elia Levita[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Graetz, Gesch. der Juden, vol. ix. p. 215
  2. Traductions d'Abraham de Balmes dans le catalogue de la Bibliothèque des Frères dominicains, consulté le 18/01/2010
  3. Cf. Genèse 13:7, 26:14, etc.
  4. a et b Linguistic Literature, Hebrew, un article de l’Encyclopedia Judaica, dans la Jewish Virtual Library
  5. Richard Gottheil & Wilhelm Bacher, GRAMMAR, HEBREW, un article de la Jewish Encyclopedia, éd. Funk & Wagnalls, New York 1901-1906

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Tené, ABRAHAM DE BALMES AND HIS GRAMMAR OF BIBLICAL HEBREW, in History of Linguistics 1996, vol. I, dir. par D. Cram, A. R. Linn & E. Nowak, John Benjamins Publishing Company, 1999, ISBN 978-90-272-4582-3, p. 249-267.
  • Saverio Campanini, Peculium Abrae. La grammatica ebraico-latina di Avraham de Balmes, in «Annali di Ca’ Foscari» XXXVI, 3 (1997), p. 5-49.

Aharonim Rishonim Gueonim Savoraïm Amoraim Tannaim Zougot