Aborigènes de Taïwan

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Aborigènes de Taïwan
臺灣原住民

Description de l'image  Kavalan.jpg.
Populations significatives par région
Population totale 474 919 (2006)[1]
Autres
Langues

Langues formosanes, langues malayo-polynésiennes

Religions

Christianisme à 64 %[2]

Ethnies liées

Autres peuples austronésiens

Les Aborigènes de Taïwan (chinois : 原住民; pinyin: yuánzhùmín, littéralement "les habitants originels") sont les peuples les plus anciens à habiter Taïwan, dont on estime qu'ils représentent environ 510 000 personnes en 2011, c'est-à-dire 2% de la population[3]. Des études récentes tendent à prouver qu'ils seraient venus par vagues successives du sud-est de la Chine ou du Sud-Est asiatique, durant les huit mille années précédant l'immigration des Hans qui commence au XVIIe siècle. Les aborigènes sont des peuplades austronésiennes, ce qui les lie linguistiquement et génétiquement avec les peuples des Philippines, de Malaisie, d'Indonésie, de Madagascar, de Polynésie et d'Océanie[4][5]. La différence entre leur identité ethnique et celle des Hans est un sujet souvent abordé dans le débat sur le statut politique de Taïwan.

Pendant plusieurs siècles, les aborigènes se sont opposés à des colons dans les domaines économiques et militaires. Les gouvernements centralisés encouragent une conversion linguistique et plus généralement une assimilation culturelle grâce au métissage qui sont responsables, à différents degrés, d'une extinction des langues et d'une perte d'identité ethnique. Ainsi, sur -approximativement- 26 langues originelles (généralement désignées sous le nom de langues formosanes), au moins dix ont disparues, cinq sont en danger, et plusieurs autres sont vulnérables[6].

Sous le nom de Gaoshan, ils constituent une des 56 minorités nationales que reconnaît la République populaire de Chine.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les aborigènes de Taïwan habitaient Taïwan plusieurs milliers d'années avant le commencement de la colonisation chinoise au XVIIe siècle. Les Aborigènes de Taïwan sont des peuples austronésiens avec des liens linguistiques et génétiques avec les autres groupes austronésiens [7].

Les Austronésiens sont un groupe composé de plus de 1 200 langues qui sont parlées dans une aire géographique allant de Taïwan à la Nouvelle-Zélande, à Hawaï et l’île de Pâques jusqu'à Madagascar. Les groupes se trouvant sur l’île de Taïwan parlent des langues du sous-groupe Formosan (langues formosanes). Elles sont divisées en trois sous-groupes : atayalique, tsouique et paiwanique, bien que cette classification ne donne pas entière satisfaction. Les Da'o vivant quant à eux sur l’île de Lanyu (l’île des orchidées), parlent une langue du sous-groupe malayo-polynésien, proche des langues Iban.

La grande diversité de langues que l’on peut trouver à Taïwan ainsi que des recherches récentes en génétique tendraient à démontrer que Taïwan serait le point de départ des peuples austronésiens dans leur migration dans le Pacifique, ou tout du moins un ancien site de migration. Sur la trentaine de langues qui devaient être parlées à Taïwan au XVIIe siècle on n'en dénombrerait aujourd'hui plus que 14, dont 5 en voie d’extinction[8], de nombreux jeunes aborigènes ne parlant plus que le Mandarin. Ces langues on une importance historique, puisque divers linguistes considèrent Taïwan comme le berceau des langues austronésiennes.

Durant des siècles, les aborigènes de Taïwan furent en compétition économique et militaire avec diverses forces colonisatrices. Les diverses politiques du gouvernement central, comme l'interdiction de pratiquer leurs langues et l'assimilation culturelle, ainsi que les contacts avec les colonisateurs à travers les échanges commerciaux, les mariages mixtes ainsi que d'autres processus interculturels, aboutirent à l'assimilation d'une partie des ces populations et à la destruction d'une grande partie de leurs cultures.

Les aborigènes de Taïwan étaient un peu plus de 470 000 fin 2006 ce qui représentait environ 2 % de la population de Taïwan. La majeure partie des aborigènes réside dans les montagnes et dans les villes [9]. Bien qu'ils bénéficient d'un ensemble de mesures sociales préférentielles, les aborigènes de Taïwan font face à des obstacles économiques et sociaux, un taux de chômage plus élevé ainsi qu'à une éducation de qualité inférieure.

Autrefois peu considérées par les Chinois, les cultures aborigènes ont eu, ces dernières années, un sursaut de vitalité dû aux luttes sociales menées par les aborigènes à partir des années 1980 afin de défendre leurs droits et de ne pas laisser mourir leur culture.

Des efforts sont en cours dans les communautés aborigènes pour faire revivre leur culture traditionnelle et préserver leurs langues. Plusieurs tribus aborigènes sont pleinement impliquées dans le tourisme et l'industrie de l'éco-tourisme afin d'augmenter leurs indépendances économiques envers l'état.

Les différents groupes aborigènes[modifier | modifier le code]

Répartition des différents groupes

Longtemps les Aborigènes de Taïwan ont été improprement divisés en deux groupes, les « aborigènes des plaines » et les « aborigènes des montagnes ». Cette division selon l'habitat est en réalité erronée : parmi les groupes dits des montagnes, les Amis, par exemple, ne vivent pas dans les montagnes mais dans les plaines de la côte est de Taïwan. Cela fait plutôt référence à une ancienne dénomination discriminatoire où l’on nommait les aborigènes « sauvages cuits » ou « sauvages crus », selon la vision chinoise des aborigènes, supposés sinisés (barbares cuits) ou non-sinisés (barbares crus). Les premiers groupes aborigènes en contact avec les étrangers, résidant sur les plaines de la côte ouest, sont les premiers à avoir été sinisés. Ils furent opposés aux groupes vivant dans les montagnes ou sur la côte est, et qui ont résisté plus longtemps à la pénétration culturelle étrangère.

De nos jours le gouvernement de la République de Chine reconnaît officiellement 14 groupes :

Cependant cette répartition ne correspond pas à une réalité concrète, car, à l’origine, les peuples vivant à Taïwan n’ont pas d’unité sociale ou politique. Ils vivent dans des villages indépendants, en guerre ou alliés selon les circonstances[10].

L’existence de ces groupes vient des autorités et des ethnologues, qui ont cherché à distinguer et classer les différentes ethnies. En réalité ces groupes sont constitués d’un regroupement de villages partageant une langue ou des pratiques culturelles communes[10], ce qui complique leur classification.

La liste des groupes varie selon les critères retenus, elle est sujette à caution et peut même parfois se révéler absurde.

  • Les Thao étaient classés dans le même groupe que les Tsou uniquement parce qu’ils étaient considérés trop peu nombreux pour former un groupe, et ne furent reconnus comme groupe indépendant qu’en 2001.
  • Les Seedeq furent également assimilés aux Atayal, alors qu’ils s'en distinguent de fait[11].
  • À l'inverse les Truku reconnus en 2004 comme un groupe à part entière pourraient être regroupés avec les Seedeq[12].
  • Les Kavalan reconnus en 2002, forment le premier groupe « des plaines » reconnu ; en 2007 les Sakizaya sont reconnus : ils étaient jusqu'alors englobés dans le groupe des Amis[13].
  • Le dernier groupe à avoir été reconnu sont les Seedeq qui étaient jusqu'alors englobés avec les Atayal[14].

La pertinence de la liste retenue par le gouvernement est remise en question, ainsi que la manière dont il s’y prend pour reconnaître tel groupe et pas tel autre, comme lors de la reconnaissance des Truku en tant que groupe indépendant[12].

À ces 14 groupes on pourrait en ajouter d’autres qui vivaient pour la plupart sur la côte ouest de Taïwan. Le nombre de ces groupes diffère selon les critères et les documents sur lesquels on se fonde pour l’établir[15], car ils ont disparu ou sont complètement assimilés, leurs descendants ne parlant même plus leur langue.

Une liste des groupes aborigènes restants, dits des « plaines » pourrait être :

Actuellement, différents groupes aborigènes essayent de faire renaître leur culture et demandent une reconnaissance officielle.

Les aborigènes représentent environ 2 % de la population de Taïwan, avec une population de près de 470 000 personnes, mais ce chiffre est sûrement sous-estimé car tous les aborigènes des plaines ne sont pas reconnus et le gouvernement a autrefois minimisé leur nombre, par mesure discriminatoire[11].

Ainsi en 1954, les Pingbu ou « aborigènes des plaines » perdent leur statut et ne sont plus reconnus[16]. Chen Shao-Hsing estime en 1950 la population des « aborigènes des plaines » à 60 000[17].

Aborigènes de Taïwan par groupe ethnique, « Council of Indigenous Peoples, Executive Yuan », 2006. Pas de statistiques pour les Sakizaya car n'ayant été reconnus qu'en début 2007, ainsi que pour les Seedeq dernier groupe reconnu.

Amis Atayal Bunun Da'o Kavalan Paiwan Puyuma Rukai Saisiat Truku Thao Tsou
166 769 79 024 47 585 2 977 1 023 81 123 10 441 11 123 5 402 22 266 602 6 335

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant la colonisation étrangère[modifier | modifier le code]

Homme de Zuozhen

Il y a environ 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de Chine méridionale, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit et à s'installer à Taïwan. Mais diverses vagues de migrations, à différentes époques, ainsi qu’une influence plus ou moins directe des cultures déjà existantes dans l’île, ont fini par donner naissance à diverses cultures, et enfin aux cultures que l’on trouve actuellement. Des recherches linguistiques et génétiques tendraient à démontrer que les Austronésiens se seraient répandus dans le Pacifique à partir de Taïwan. Les Da'o (Yami), quant à eux, sont apparentés aux habitants de Batan (Philippines), et seraient arrivés sur l’île des Orchidées il y a environ 1 000 ans.

Mais diverses cultures sur l’île de Taïwan existaient déjà, puisque la plus vieille trace humaine trouvée sur l’île remonte à environ 30 000 ans (l’homme de Zuozhen).

Sur l’île de Taïwan, on trouve de nombreux sites archéologiques correspondant à diverses cultures. La plus vieille découverte est la culture de Changbin (長濱文化). On trouve également d’autres cultures, sur l'ensemble de l'île, allant du paléolithique jusqu'à nos jours, comme la culture de Shisanhang au nord de l’île et les cultures de Peinan et Qilin au sud-est. Mais les liens directs qui relient ces différentes cultures aux groupes aborigènes actuels sont difficiles à établir.

L’ère hollandaise et espagnole[modifier | modifier le code]

Évangiles en Hollandais et en Xingang (新港)

Dans leur rivalité commerciale en Asie, les puissances européennes colonisent Taïwan afin d’asseoir leur suprématie sur leurs adversaires[réf. nécessaire]. Les Hollandais, comme les Espagnols, colonisent Taïwan au début du XVIIe siècle, par le biais de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ; ils arrivent les premiers en 1624 et s’installent à Tayouan (Anping, Tainan), où ils resteront jusqu’en 1662. Ils s'installent principalement au sud-ouest de Taïwan dans la région de l’actuelle ville de Tainan. Ils établissent cette base à des fins commerciales avec la Chine et le Japon, et ainsi mettent fin au monopole des Espagnols et Portugais.

Deux ans plus tard, les Espagnols, inquiets de l’installation des Hollandais à Taïwan et de la menace que cela représente pour leur commerce, établissent à leur tour une colonie au nord de Taïwan, à Keelung (1626-1642). Cependant ils n’arriveront jamais à s’imposer et auront à faire face à de nombreux conflits avec les aborigènes, n’ayant des rapports amicaux qu’avec huit villages. En 1636, après l’attaque de Fort Santo Domingo à Tamsui, leur intérêt pour Taïwan diminue[18]. Durant les 16 années que dure leur présence, ils propagent le catholicisme, construisent cinq églises et évangélisent 4 000 aborigènes[19]. Les Hollandais alliés avec des aborigènes les expulsent finalement en 1642.

Lorsque les Hollandais arrivent à Tayouan en 1624, ils rentrent directement en contact avec les Siraya, qui étaient divisés en différents villages qui se faisaient la guerre ou s’alliaient selon les besoins[20]. Les Hollandais viennent en aide au village de Sinckan (sinshih) qui était en guerre avec Mattau (madou) et son allié Bakloan. Après leur victoire contre Mattau, le village de Sinkang se trouve sous la protection des Hollandais et leurs relations sont d'abord amicales[réf. nécessaire]. En 1629, une expédition hollandaise qui va à la recherche de pirates chinois est massacrée par les guerriers de Mattau, et cela encourage d’autres villages à se rebeller contre les Hollandais[réf. nécessaire]. En 1635 les Hollandais reçoivent des renforts en provenance de Batavia (Jakarta). Entre fin 1635 et début 1636 ils se lancent dans une campagne militaire dans les environs de Tayouan afin de soumettre les aborigènes par la force, campagne qui sera suivie d’une autre au début des années 1640 dans le centre de Taïwan. La campagne de 1635-1636 a pour but de pacifier et de mettre fin aux attaques provenant des villages hostiles. Les Hollandais et leur alliés de Sinkang attaquent le village de Mattau et le brûlent. Les villageois de Mattau se rendent immédiatement. Mattau étant le plus puissant village dans la région, cette victoire impressionne les autres villages qui viennent se soumettre aux Hollandais, parmi lesquels des villages qui se trouvaient en dehors de leur zone d’influence.

C'est à cette époque que débute la domination hollandaise sur une vaste partie de Taïwan et met fin à des siècles de luttes entre villages. Cette période de paix permet aux Hollandais de construire des écoles et des églises dans le but de dominer les aborigènes et de les soumettre à leur autorité[réf. nécessaire]. Dans les écoles, une retranscription de la langue Siraya est enseignée sous forme romanisée. Cette écriture est utilisée tout du long du XVIIIe siècle[réf. nécessaire]. Peu de documents ont survécu dans cette écriture jusqu'à nos jours. En 1650, les Hollandais comptabilisent 68 567 aborigènes sous contrôle[21].

Rapidement les Hollandais se lancent dans le commerce très lucratif de peaux de daims[réf. nécessaire]. Le commerce de peaux de daims attire en premier lieu les Chinois mais vers 1642 la population de daims sur l'île diminue, ce qui réduit la prospérité des aborigènes[réf. nécessaire]. Simultanément à l'extension de la domination hollandaise dans le sud-ouest de Taïwan, de plus en plus de Chinois viennent s’installer à la recherche de terres cultivables. Cette migration est encouragée par les Hollandais pour mettre en valeur les terres qu’ils trouvent peu exploitées par les aborigènes. Cette exploitation agricole doit permettre d’acquérir l’auto-suffisance pour leur colonie et apporter une rentrée d’argent supplémentaire. Au fur et à mesure que la population chinoise croît à Taïwan, la pression se fait de plus en plus forte sur les populations aborigènes. Des conflits deviennent inévitables, on estime que la population chinoise à la fin de l’époque hollandaise est de 40 à 50 000 personnes[réf. nécessaire]. La colonisation hollandaise prend fin en 1662 lorsque Koxinga se replie à Taïwan avec ses forces afin d’en faire une base arrière et de repartir à la conquête de la Chine.

L’ère de Koxinga et de la dynastie Qing[modifier | modifier le code]

En 1661, Koxinga (Zheng Chenggong, 鄭成功) fidèle aux Ming et fuyant les Mandchous, se réfugie à Taïwan et en chasse les Hollandais en 1662. À partir de ce moment les Chinois commencent à administrer l’île et à y immigrer en masse. En 1661, les Mandchous, pour essayer de stopper cette émigration, promulguent un décret qui oblige la population à se replier à l’intérieur des côtes, Koxinga fait distribuer les terres aux Chinois au détriment des aborigènes. On estime alors la population chinoise à 120 000 habitants[22].

Le petit-fils de Koxinga se rend aux Mandchous (dynastie Qing) en 1683, et Taïwan est mise sous administration de la province du Fujian. Les Chinois continuent à émigrer sur l’île et atteignent le nombre de 2 millions en 1810 et 3 millions en 1860[23]. Beaucoup de Chinois prendront pour femme des aborigènes. Ce métissage était déjà effectif avant l’arrivée hollandaise où quelques marchands chinois étaient déjà mariés à des aborigènes.

L’administration Qing désigne les aborigènes par différents noms, mais qui n’ont rien à voir avec une distinction ethnique. Ils sont désignés en tant que sheng fan (barbares crus), ou non sinisés et shu fan (barbares cuits), ou sinisés. Ces classements discriminatoires faisaient référence à la vision qu’avaient les chinois des aborigènes, à savoir s’ils étaient plus ou moins « sauvages ».

L’arrivée de nombreux Chinois ne se fait pas sans problèmes. Les aborigènes sont l’objet de mauvais traitements : ils sont régulièrement brimés, exploités et spoliés de leurs terres par les Chinois. Il y a de nombreuses révoltes de la part des aborigènes, beaucoup migrent à l’intérieur même de Taïwan afin de trouver des contrées plus tranquilles. En 1758, un édit ordonne que les hommes aborigènes portent la natte mandchoue et un nom chinois.

L’ère japonaise[modifier | modifier le code]

Aborigènes sous l'occupation japonaise avec des habits traditionnels japonais

En 1895, la Chine perd la guerre contre le Japon et, par le traité de Shimonoseki, cède l’île de Taïwan ainsi que d’autres îles au Japon. La colonisation japonaise durera jusqu’en 1945.

Dès 1896, les Japonais commencent à classer les aborigènes selon divers critères ethniques, faisant varier le nombre total de groupes selon les listes. En 1935 une liste de 9 groupes est établie : Atayal, Saisiat, Bunun, Tsou, Rukai, Paiwan, Puyuma, Amis, Yami. Cette liste a perduré jusqu’à nos jours ; depuis lui ont été adjoints 4 autres groupes reconnus officiellement. Bien que le terme officiel de l'époque pour désigner les aborigènes soit « peuple de Takasago » (高沙族), les Japonais continuent à utiliser les termes de « barbares cuits » et « barbares crus ». Les Japonais veulent exploiter les ressources naturelles de l’île, ce qui les mènent à affronter les aborigènes de l’intérieur des terres. Les Japonais finissent quand même par contrôler l’île et entreprennent une assimilation de toute la population.

Les Japonais voulant développer Taïwan et l’intégrer à leur empire, la langue japonaise est imposée et des écoles sont construites. Vers 1940, 71 % des jeunes aborigènes sont scolarisés. Mais les Japonais interdisent de nombreuses pratiques culturelles et déstructurent en partie les sociétés aborigènes. Les discriminations et les brimades répétées de la part des fonctionnaires japonais entraînent de nombreuses révoltes comme la célèbre révolte de Wushe (霧社事件) en 1930, menée par Mona Rudao. Le 27 octobre, décidés à se venger des affronts répétés, 300 guerriers Atayal se jettent à l’assaut de l’école de Wushe où une cérémonie allait se dérouler. Les assaillants massacrent 134 Japonais et plus de 200 sont blessés. La révolte dure près de 2 mois durant lesquels les insurgés combattent en nombre inférieur. Les forces japonaises, pour réduire la résistance Atayal, utilisent de l’artillerie, de l’aviation ainsi que des armes chimiques. Ils ont également recours à des auxiliaires aborigènes afin de traquer les insurgés. Beaucoup sont tués ou se suicident comme le fit Mona Rudao.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, entre 4 000 et 8 000 aborigènes (selon les estimations) sont enrôlés dans l’armée impériale et combattent dans les mers du sud. Plus de la moitié périssent, le premier bataillon de « Volontaires de Takasago » est créé en 1942. Après la défaite japonaise, ces combattants ne recevront pas les compensations escomptées ni de reconnaissance, et se sentiront trahis. Par ailleurs, lorsque Taïwan sera cédé à la République de Chine, ils seront considérés comme des traîtres. En 1974, un soldat japonais fut retrouvé dans la jungle indonésienne, et fut appelé le dernier soldat japonais, en réalité il était un aborigène taïwanais enrôlé dans les Volontaires de Takasago. Parti avec le nom japonais de Nakamura Teruo (中村輝夫), à son retour il dut prendre un nom chinois Lee Guang-Hui (李光輝) à cause de la politique de sinisation du Guomindang. De son vrai nom Suniyon, il représente à lui seul les discriminations que purent subir les aborigènes[24].

L’ère de la République de Chine[modifier | modifier le code]

Les nationalistes chinois arrivent à Taïwan après la défaite des Japonais en 1945. En 1949, après sa défaite contre les communistes, Tchang Kaï-chek se réfugie à Taïwan. À partir de cette époque, on utilise l’expression Shandi Tongbao (山地同胞), « compatriotes des montagnes » pour designer les aborigènes ou bien plus couramment Gaoshanzu (高山族), « peuples des montagnes ». Le gouvernement mène une politique de sinisation de toute l'île afin d’effacer toute trace culturelle autre que chinoise. Ce qui entraîne de fait l’intégration des aborigènes et la destruction de leur culture. Le mandarin devient la langue officielle et la seule langue enseignée à l’école. Le gouvernement veut que les aborigènes deviennent des Chinois.

Au début des années 1950, on oblige les aborigènes à prendre des noms chinois sans tenir compte de leurs noms tribaux. Tout est fait pour minimiser le nombre des aborigènes en niant quasiment leur existence. En 1954, les « aborigènes des plaines » ne sont plus reconnus en tant que tels et deviennent Chinois.

La loi concernant la reconnaissance ethnique est alors discriminatoire. En effet, si le mari est chinois et sa femme aborigène, celle-ci perd son statut aborigène et est considérée comme chinoise, et leurs enfants sont considérés comme chinois. En revanche, si le mari est aborigène et la femme chinoise celle-ci est toujours considérée comme chinoise, leurs enfants sont considérés comme aborigènes mais peuvent être considérés comme chinois à la demande de leurs parents. C’est pour cela que le nombre total des aborigènes reste incertain ; aujourd’hui encore le nombre des aborigènes serait supérieur au nombre officiel.

À cette époque, de plus en plus de Chinois s’installent dans les villages aborigènes de la côte est, participant ainsi à l’acculturation de ceux-ci. Certains soldats venus avec Tchank Kai-Shek s’installent dans la partie est de l’île, dans les zones aborigènes. Nombre d’entre eux se marient avec des aborigènes[25]. De même durant les années 1970 et 1980, beaucoup d’aborigènes partent en ville afin de trouver du travail. Aujourd’hui près de 38 % des aborigènes sont répertoriés comme vivant dans les villes. Ce phénomène de migration contribua énormément à l’acculturation des aborigènes, la politique de sinisation avait fini par pratiquement éradiquer les cultures aborigènes.

À partir des années 1950, les catholiques comme les églises protestantes s’intéressent de plus en plus aux aborigènes et convertissent nombre d’entre eux. Les aborigènes trouvent là une occasion de bénéficier de certains avantages matériels, mais aussi un certain réconfort psychologique à la marginalisation qui était la leur dans la société taïwanaise.

Mouvements politiques aborigènes[modifier | modifier le code]

La politique de sinisation menée par le gouvernement nationaliste et les discriminations qu'ils subissaient ont fini par engendrer un sentiment de honte chez certains aborigènes qui finissaient par cacher leur origine. Cependant l’ouverture politique que va connaître Taïwan pendant les années 1980 et 1990, et notamment la fin de loi martiale en 1987 vont ouvrir de nouvelles portes aux aborigènes et leur permettre de pouvoir faire entendre leurs revendications.

Dès 1983, un groupe d’étudiants publie clandestinement la revue Gaoshan Qing, l’un d'eux n’est autre qu’Icyang Parod qui deviendra plus tard ministre. Cette revue dénonce les discriminations qu’ont subis les aborigènes depuis des siècles. En 1984, l’alliance des aborigènes de Taïwan (ATA, Alliance of Taiwan Aborigines) est créée par un groupe d’activistes aborigènes avec l’aide de l’Église Presbytérienne de Taïwan, afin de mettre en lumière les problèmes des aborigènes dans la société taïwanaise. L’ATA mène une série de campagnes pour défendre les droits des aborigènes, notamment les campagnes pour la reconnaissance de leurs noms aborigènes, pour sauver les jeunes aborigènes de la prostitution, pour retrouver leurs terres ancestrales ou pour la reconnaissance de tous les groupes aborigènes. De nombreux journaux parlant de la culture ou des problèmes des aborigènes voient le jour.

Ces différents mouvements portent leurs fruits et une série d’améliorations surviennent quant aux statuts que peuvent avoir les aborigènes dans la société taïwanaise.

En 1992, des changements entrent en vigueur en ce qui concerne la reconnaissance du statut ethnique. Désormais une femme aborigène qui épouse un chinois peut rester aborigène si elle le désire. En 1994, le nom de « compatriote des montagnes » est remplacé par le terme Yuanzhumin (原住民, aborigènes) à la suite d'un amendement constitutionnel, bien que le Guomindang eût préféré le terme 先住民ou 早住民, « le premier peuple », termes qui évoquent plus une migration historique sur l’île de Taïwan et faisant des aborigènes une vague migratoire parmi d’autres. Le terme Yuanzhumin implique plus une appartenance à une terre et donc des revendications sur celle-ci. En 1995, ils obtiennent le droit d’écrire les noms aborigènes, mais en utilisant des caractères chinois (6 au maximum). En 1997, la commission des affaires aborigènes, directement rattachée au conseil exécutif, est créée. En 2003, un amendement autorise les aborigènes à écrire leur nom avec des lettres latines[26].

En 2005, la loi fondamentale des aborigènes est votée. Un budget doit être prévu afin de financer le projet de l’autonomie. Aujourd’hui, les langues aborigènes peuvent être enseignées dans les écoles. Des aides sont attribuées aux aborigènes ainsi que pour promouvoir la culture aborigène. Une chaîne de télévision pour promouvoir la culture aborigène a été lancée en 2005.

Statut social des Aborigènes[modifier | modifier le code]

La culture aborigène est depuis la fin des années quatre-vingt très populaire à Taïwan : on trouve des références aux aborigènes un peu partout, jusque sur les publicités. Mais cela ne veut pas forcément dire qu'ils bénéficient d'une réelle reconnaissance de la part de la population d’origine chinoise. Leur image est dans une certaine mesure instrumentalisée par le pouvoir politique du DPP pour distancier Taïwan de la République populaire de Chine, en insistant sur les origines non-chinoises de sa première population.

Malgré de réels progrès dans leur statut, les aborigènes ont en général un niveau et des conditions de vie inférieurs à ceux de la moyenne, et ils n'ont que peu bénéficié du miracle économique de Taïwan. Leur espérance de vie est inférieure à la moyenne, de 10 ans pour les hommes et de 6 pour les femmes[27]. Leur taux de chômage est supérieur à la moyenne. Formant une grande part de la main-d’œuvre non qualifiée, ils sont sur-représentés dans les emplois difficiles tels que manœuvre de chantier ou personnel de service, et subissent depuis le milieu des années 1990 la concurrence de la main-d'œuvre immigrée originaire d'Asie du Sud-Est ou de Chine populaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Council of Indigenous Peoples
  2. Presbyterians and the Aboriginal Revitalization Movement in Taiwan [lire en ligne]
  3. http://www.taipeitimes.com/News/taiwan/archives/2011/03/05/2003497427 (en)
  4. Hill, Catherine, Soares, Pedro & Mormina, Maru, et al. (2007). A Mitochondrial Stratigraphy for Island Southeast Asia. American Journal of Human Genetics 291:1735–1737.
  5. Bird, Michael I, Hope, Geoffrey & Taylor, David (2004). http://palaeoworks.anu.edu.au/pubs/Birdetal04.pdf, Quaternary International 118–19:145–63 (en). Consulté le 18 avril 2014.
  6. Zeitoun, Elizabeth & Yu (2005). http://aclclp.org.tw/clclp/v10n2/v10n2a2.pdf, Computational Linguistics and Chinese Language Processing 10.2:167–200 (en).
  7. http://ecai.org/austronesiaweb/ECAIaustronesia/AustronesiaMaps.htm
  8. Elizabeth Zeitoun, « Les langues austronésiennes de Taïwan », perspectives chinoises n° 49, septembre octobre 1998
  9. Aborigènes en bord de ville [lire en ligne]
  10. a et b Shepherd 1993, Statecraft and Political Economy on the Taiwan Frontier 1600-1800
  11. a et b Fiorella Allio, La construction d’un espace politique austronésien, perspectives chinoises n° 47, mai-juin 1998, [lire en ligne]
  12. a et b Truku delighted at official recognition [lire en ligne]
  13. Les Sakiraya, nouvelle tribu aborigène [lire en ligne]
  14. Les Sediq sont reconnus comme la 14e tribu aborigène [lire en ligne]
  15. Listes des différents groupes des plaines
  16. Pingpu people want recognition [lire en ligne]
  17. Josiane Cauquelin, Les sociétés austronésiennes, Taïwan une enquête sur une identité, 2000, p99
  18. China's Island Frontier, Knapp, SMS publishing inc.,p14
  19. China's Island Frontier, Knapp, SMS publishing inc.,p20
  20. Voir pages 275-76 in Asia in the Making of Europe, Volume III: A Century of Advance - Book 1, Donald F. Lach & Edwin J. Van Kley, University of Chicago Press, 1993
  21. China's Island Frontier, Knapp, SMS publishing inc.,p36
  22. Taïwan : enquête sur une identité, Les sociétés Austronésiennes; de Josiane Cauquelin
  23. Taïwan l'art de la paix, de Alain S.de Sacy, p169-170
  24. WWII Aboriginal soldiers demand Japanese pay up [lire en ligne]
  25. Voir le documentaire de Hu Tai-Li, « Stone Dream »
  26. Fin octobre 2006, seulement un peu plus de 5000 aborigènes ont demandé à ce jour à changer de nom, de peur d'être discriminés et car les démarches ne sont pas faciles. Voir : Minister urges indigenous people to use traditional names [lire en ligne], Le nom, un héritage [lire en ligne]
  27. Legislators demand better health care for Aborigine towns [lire en ligne]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chen Chi-lu, Material Culture of the Fornosan Aborigines, SMC Publishing inc., 3e édition 1988
  • John Robert Shepherd, Statecraft and Political Economy on the Taiwan Frontier 1600-1800, SMC Publishing inc., Taipei 1995, (ISBN 957-638-311-0)
  • Bellwood, Peter, The Austronesians, 1995
  • Chantal Zheng, Les Austronésiens de Taïwan : à travers les sources chinoises, L'Harmattan 1995, Collection "Recherches asiatiques", (ISBN 2738434797)
  • Taïwan : enquête sur une identité, Karthala, Collection dirigée par Jean Copans, (ISBN 2845860870)
  • Perspectives chinoises, numéro 47, mai-juin 1998, La construction d’un espace politique austronésien, de Fiorella Allio [lire en ligne]
  • Perspectives chinoises, numéro 49, septembre-octobre 1998, Les langues austronésiennes de Taïwan Un bilan linguistique, de Elizabeth Zeitoun
  • Perspectives chinoises, numéro 57, janvier-février 2000, La conscience "Pingpu" dans la société taïwanaise contemporaine, de Pan Inghai
  • Perspectives chinoises, numéro 66, juillet-août 2001, Le site archéologique Peinan et le musée national de la préhistoire de Taïwan, de Chantal Zheng
  • Une maison sans fille est une maison morte, éditions de la maison des sciences de l'homme, sous la direction de Nicole-Claude Mathieu, (ISBN 9782735111299)
  • Chantal Zheng, Mythes et croyances du monde chinois primitif, Bibliothèque historique Payot, (ISBN 2228881899)
  • OPIUMS : Les plantes du plaisir et de la convivialité en Asie, L'Harmattan, Collection "Recherches asiatiques", Sous la direction de Annie Hubert et Philippe Le Failler, (ISBN 2738491235)

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