Abdullah ibn Saba

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Abdullah ibn Saba (600-670) est un personnage dont l'existence est remise en question et dont les avis à son sujet sont controversés. Il ne doit pas être confondu avec le savant juif converti à l'islam, `Abdullah ibn Salam qui résidait à Médine à l'époque de Mahomet.

La plupart des théologiens chiites nient l'existence même de Abdullah ibn Saba et voient en l'histoire de ce personnage une campagne de dénigrement de l'histoire de l'islam de la part des sunnites. Parmi les chiites contemporains, certains reconnaissant quand même l’existence d’Abdallah ibn Saba comme Mohammed ‘Ali al-Mu‘allim, dans son livre « Abdallah ibn Saba, la réalité ignorée[1] » cependant ils ne lui donnent pas le rôle de super espion comme chez les sunnites, il s'agit juste d'un menteur et d'un extrémiste qui n'a joué aucun rôle politique. La plupart des érudits musulmans salafistes déclarent qu'Ibn Saba' était un juif converti et qu'il est à l'origine des fondements de l'islam chiite, ce qui est largement nié par les chiites qui le considèrent quant à eux comme l'un des exagérateurs (ghulū) d'un groupe de la ville de Séleucie-Ctésiphon (Al-Mada'in (en)), groupe qui était venu voir `Ali ibn Abi Talib à Kufa et proclamèrent sa divinité. `Ali l'aurait fait brûler pour ces affirmations[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après certains sunnites, Abdullah ibn Saba était un rabbin originaire de Ṣan‘ā’ au Yémen de la tribu de Hayra et était le fils de Saba' ibn Shamūn, un juif converti qui habitait Médine à l'époque du second calife `Omar ibn al-Khattab et aurait conspiré à tuer ce dernier. Sa mère était une abyssine appelée Sawda' (arabe : السوداء). Il aurait prétendu se convertir à l'islam durant le califat de `Othman ibn Affan et jura de venger les exécutions de Harmuzan al-Majūsi (en) (le zoroastrien) ainsi que de Jafina al-Nasrani (le chrétien) tout en favorisant un amour exagéré (ghulū) pour `Ali, qui était à ce moment un des conseillers de `Othman, et lui conseilla d'exécuter `Obayd Allah ibn `Omar en lui faisant porter le chapeau.

Ensuite, ses insurgés vinrent d'Égypte et d'Irak pour contester `Othman ibn Affan. Ceux-ci essayèrent de rallier `Ali à leur mouvement. Un message intercepté par les insurgés agrandit la méfiance entre `Othman et `Ali. Portant le sceau d'`Othman mais ressemblant à l'écriture de Marwan ibn al-Hakam, cette lettre était adressée au gouverneur d'Égypte lui enjoignant de réprimer l'insurrection à la source.

Dans la fitna qui mena `Othman à son assassinat, Ibn Saba' joua un grand rôle d'après certains sunnites, ce serait lui qui était derrière les fameuses lettres. Cependant, selon Ibn Kathir et un grand nombre d'historiens sunnites, c'était plutôt Marwan[3].

La tradition rapporte que lorsque `Ali ibn Abi Talib prit le pouvoir, Ibn Saba' devint un de ses fervents partisans (chiites de `Ali). Il appela à la divinité de `Ali. Au départ, il ne prêcha pas ouvertement ses croyances mais lorsqu'il vit qu'il était suivi, il se lança dans une campagne de prédication vigoureuse[4]. Toutefois, lorsqu'Ibn Saba' fit valoir que `Ali était Dieu lui-même en disant : « Tu es celui qui est », `Ali le déclara hérétique, brûla une partie de ses partisans (saba'iyyoun) et l'expulsa à al-Mada'in (en)[5].

Après l'assassinat de `Ali ibn Abi Talib par les kharidjites, Ibn Saba' déclara que `Ali n'était pas mort mais vivant, qu'il n'avait jamais été tué, qu'une partie de la révélation (ou de la divinité) était cachée en lui, et qu'après un certain temps, il reviendrait pour remplir la terre de justice[réf. nécessaire]. En attendant, le caractère divin de `Ali devra rester caché à travers les Imams, qui prendront sa place temporairement[réf. nécessaire]. Pour les sunnites, il est facile de voir que toute l'idée repose sur celle du Messie en combinaison avec la prophétie d'Élie, un des prophètes de l'Ancien testament[6].

Selon des références historiques sunnites controversées[réf. nécessaire], c'est Ibn Saba' qui incita les musulmans à tuer 'Othman[7]. Il fit également subir beaucoup de dégâts aux armées d'Ali et de Muawiya qui furent adversaires dans la bataille du Chameau, forçant les deux belligérants à livrer bataille.

Ibn Saba' est donc considéré par quelques théologiens sunnites[réf. nécessaire] comme le fondateur de l'islam chiite[8], bien que la cause de son extrémisme est considérée par les chiites comme une accusation sans fondement[9]. Pour les sunnites, l'apôtre Paul et `Abdallah ibn Saba' sont vus comme des « agents juifs » ayant infiltré le christianisme et l'islam pour les détruire de l'intérieur[10].

Il faut rappeler que chez les sunnites, aucun récit évoquant le personnage de 'Abdallah ibn Saba n'est fiable car les historiens qui ont repris l'histoire d'ibn Saba comme Tabari ont copié les histoire de Sayf ibn 'Oumar qui est considéré comme un menteur par l'ensemble des savants du hadith.

Point de vue chiite[modifier | modifier le code]

Ce derniers temps, certains chercheurs musulmans ont mis en doute l'existence d'Ibn Saba'. Taha Hussein (sunnite), un écrivain d'origine égyptienne, a dit que le peu de sources dont on dispose montrant qu'Ibn Saba' étant présent à la bataille de Siffin prouvent qu'il s'agit d'une personne fictive[11]. Il suggère que histoire fut "fabriquée" par les « ennemis des chiites » et même que l'insertion d'un « élément juif » tendrait à discréditer encore un peu plus les chiites[11].

Nibras Kazimi, chercheur à l’Hudson Institute, a décrit l'histoire d'Ibn Saba' comme une « propagande sunnite » visant à créer des dissensions au sein même du chiisme[12] et cite le travail d'un autre érudit, Yitzhak Nakash, pour appuyer sa thèse.

En revanche, certains érudits chiites ont évoqué Abdullah ibn Saba dans leurs ouvrages. Parmi eux, Abu Muhammad al-Hassan ibn Moussa al-Nubakhti[13], Abu `Amr ibn Abdil `Aziz al-Kash-shi[14], Al-Hassan ibn `Ali al-Hilly[15], Al-Abadi Astra[16], As-Sadouq (en)[17], et Al-Nawbakhty (en)[18]. Ils affirment que Abdullah ibn Saba était de confession juive, puis converti à l'islam. Ils pensent que lors de sa conversion, Ibn Saba' se soit auto proclamé prophète et que `Alî était en fait Allah. `Alî aurait craint certaines récriminations à cause des croyances d'Ibn Saba et l'aurait enjoint à se rétracter. Lorsque Ibn Saba' refusa, `Ali pris les mesures nécessaires afin qu'il soit exilé ou exécuté[19], selon les avis. Étant donné que l'interprétation varie en fonction de chaque théologien, l'histoire exacte demeure inconnue mais certains récits d'origine juive semblent aller dans le sens de cette interprétation[20],[21],[22].

Le savant chiite Al-Bahrani dans son ouvrage "Al-Hadaaq Al-Nadhira" décrit ibn Saba comme étant un maudit que l'émir des croyants 'Ali a brûlé pour ses hérésies.

Donc même si certains érudits chiites reconnaissent l’existence d'Ibn Saba, il est peur eux un hérétique.

La plupart des savants chiites croient que toute l'histoire fut fabriquée et qu'elle est le fruit de l'imagination malveillante de Sayf Ibn Omar al-Tamimi, qui aurait fondé ces histoires sur des sources primaires disponibles à son époque, la plupart des savants sunnites affirment la même chose.

Sayf ibn `Omar[modifier | modifier le code]

Sayf ibn `Omar (ar) al-Dhabbi al-Usayyidi al-Tamimi a vécu au VIIIe siècle et mourut en 750 (170 AH). Al-Dhahabi dit que Sayf mourut durant le règne de Harun ar-Rachid à Bagdad. Au cours de sa vie, Sayf a écrit deux livres qui étaient déjà disponibles pendant le règne des Omeyyades:

  • Al-Futuh wa al-Riddah parle de la période juste un peu avant la mort du prophète Mahomet jusqu'à ce qu'`Othman prenne ses fonctions de troisième calife (et fasse de califat une règle dans le monde musulman ?).
  • Al-Jamal wa Masîri `Aisha wa `Ali, raconte la période de l'histoire à partir de l'assassinat d'Othman jusqu’à la bataille du chameau, lutte qui opposa `Ali ibn Abi Talib à `Aïcha, Talha et Zubayr[réf. nécessaire].

Les chiites affirment que les deux œuvres sont fabriquées et d'ailleurs, de nombreux savants sunnites disent la même chose comme Al-Hakim, Abu Dawud, as-Suyuti et An-Nassa'i. Al-Dhahabi mentionne Sayf ibn `Omar comme un faible narrateur en déclarant: « Sayf a deux livres qui ont été abandonnés par l'unanimité des savants[23] », mais il accepte quand même l'histoire d'Ibn Saba' relayé par Sayf Omar dans son livre.

Al-Dhahabi a dit dans son ouvrage Al-Moughni : « Sayf a deux livres qui ont été abandonnés par l’unanimité des savants. »

De nombreux savants sunnites confirment que Sayf ibn `Omar (ar) était un menteur bien connu et un personnage indigne de confiance :

  • Al-Hakim, (m. 405 AH) a écrit : « Sayf est accusé d'avoir une existence d'hérétique. Ses récits sont abandonnés ».
  • An-Nassa'i, (m. 303 AH) a écrit : « Les récits de Sayf sont faibles et ils devraient être négligés parce qu'ils étaient peu fiables et indignes de confiance ».
  • Ibn Maīn, (m. 233 AH) a écrit : « Les récits de Sayf sont faibles et inutiles ».
  • Abu Hatam, (m. 277 AH) a écrit : « Les ahadith de Sayf sont rejetés ».
  • Ibn Abi Hatam, (m. 327 AH) a écrit : « Les savants ont abandonné les récits de Sayf ».
  • Abu Dawud, (m. 316 AH) a écrit : « Sayf n'est rien. Il était un menteur ». Quelques-uns de ses Hadiths ont été véhiculés et la majorité niés ».
  • Ibn Hibban (en), (m. 354 AH) a écrit : « Sayf a attribué des traditions fabriquées à des bons rapporteurs de ahadith. Il a été accusé d'existence hérétique et de mensonge ».
  • Ibn Abd al-Barr (en), (m. 462 AH) mentionne dans ses écrits à propos d'Al-Qa'qa'a : « Sayf a rapporté qu'al-Qa'qa a dit : J'ai assisté à la mort du prophète Mahomet». Ibn Adb al-Barr continue : « Ibn Abu Hatam a dit : Sayf est faible. Donc, ce qu'il a relaté de la présence de al-Qa'qa à la mort du Prophète est rejeté ». Et encore plus loin : « Nous avons mentionné les traditions de Sayf seulement pour la connaissance ».
  • Al-Daraqutni, (d. 385 AH) a écrit : « Sayf est faible ».
  • Firuzabadi, (m. 817 AH) dans "Tuwalif" Il a mentionné Sayf et quelques autres en disant : « Ils sont faibles".
  • Ibn al-Sakan, (m. 353 AH) a écrit : « Sayf est faible ».
  • Safi Al-Din, (m. 923 AH) a écrit : « Sayf est considéré comme faible ».
  • Ibn Udai, (m. 365 AH) a écrit au sujet de Sayf : « Il est faible. Quelques-uns de ses récits sont célèbres mais la majorité sont honteux et non suivis ».
  • as-Suyuti, (m. 900 AH) a écrit : « Les ahadith de Sayf sont faibles ».
  • Ibn Hajar al-Asqalani, (m. 852 AH) après avoir relaté une tradition, écrit : « Beaucoup de rapporteurs de cette tradition sont faibles, et le plus faible parmi eux est Sayf[24] ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce livre est une réponse à un ouvrage composé par un chiite du nom Mortadâ al’Askary déniant l’existence de ‘Abdullah ibn Saba' et ayant pour titre ‘Abdullah ibn Saba' wa asâtîr ukhra (‘Abdullah ibn Saba' et autres fabulations)
  2. Lisan al-Mizan, par Ibn Hajar al-Asqalani, v3, p. 290
  3. Dans Tabari : La Chronique (Volume II, `Othmân), Actes-Sud, p. 315-318 (ISBN 2-7427-3318-3)
  4. Bihar al-Anwar, vol. 25, p. 286
  5. Heinz Halm, Shi'ism 2e Edition p. 155, (1987) 2004 Columbia University Press (ISBN 0231135874)
  6. Bibliography: Shatrastani al-Milal, pp. 132 et seq. (in Haarbrücken's translation, i. 200-201); Weil, Gesch. der Chalifen, i. 173-174, 209, 259.
  7. Othman bin 'Affaan
  8. Answering Shi'ism
  9. Moojan Momen, An Introduction to Shi`i Islam, Yale University Press, (1985) p. 46
  10. (en) Ahlus-Sunnah wal-Jama'at, « Historical Background of the Religion of Shiism » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  11. a et b al-Fitnat al-Kubra, Vol. II, p.90
  12. p.58,Yitzhak Nakash, "Zarqawi's anti-Shi'a Legacy: Original or Borrowed? Nibras Kazimi" found in Current trends in Islamist Ideology (en), volume 4, Hudson Institute, Inc 2006. (Nakash work is Yitzhak Nakash,Reaching for Power: The Shia in the Modern Arab World, (Princeton University Press, 2006, p.45)
  13. Book Firaq al-Shi'a: Nubakhti, pp.43,44
  14. Rijaal al-Kash-shi: Abu 'Amr bin Abdul Aziz al-Kash-shi, p.101 al-Mamaqaani, author of "Tanqeeh al-Maqaal", who is an authoritative Shi'i biogrophist quoted the like in his said book, p.184
  15. Kitaab al-Rijaal: al-Hilly, p.469, printed in Tehran, Iran 1383 h. From Ash-Shi'a wat-Tashayyu', p.56
  16. Manhaj al-Maqaal: al-Astar Abadi, p.203, from: Ash-Ashia wat-Tashayyu', p.56
  17. As-Sadouq (en), Man la yahduruhu al-Faqih 1/229
  18. Al-Shia page 19-20.
  19. M. G. S. Hodgson, ʿAbd Allāh ibn Sabaʾ, vol. 1, Brill Academic Publishers, Encyclopædia of Islam,‎ 1960, 2e éd. (ISBN 90-04-08114-3), p. 51
  20. Bibliography: Shatrastani al-Milal, pp. 132 et seq. (in Haarbrücken's translation, i. 200-201); Weil, Gesch. der Chalifen, i. 173-174, 209, 259
  21. ABDALLAH IBN SABA sur la JewishEncyclopedia
  22. KA'B AL-AḤBAR sur la JewishEncyclopedia
  23. Al-Mughni fi al-Dhu'afa', al-Dhahabi, p. 292
  24. Encyclopédie AHL UL BAYT Version 1.5 : Abdulhah Ibn Saba, chapitres 1 à 4 sur ma3soumines.free.fr