Abdallah Azzam

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Abdallah Youssouf Moustafa Azzam (arabe : عبد الله يوسف مصطفى عزام, ‘Abdu’llāh Yūsuf Muṣṭafā ‘Azzām), né en 1941 dans le district de Jénine (Palestine) et mort dans un attentat à la bombe le vendredi 24 novembre 1989 à Peshawar (Pakistan), est un terroriste religieux palestinien, décrit comme l'« imam du jihad » au sein du mouvement jihadiste en raison du rôle capital qu'il joua dans l'essor du « mouvement de jihad mondial » né de la guerre d'Afghanistan.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1941 à Silat al-Harithiyya, village situé près de Jénine, d'un père épicier, Abdallah Azzam est issu d'une famille croyante. Dans les années 1950, il se rapproche des Frères musulmans du fait de l'enseignement d'un membre de la confrérie, Chafiq Assad abd al-Hadi. Après ses études secondaires, il entre au collège agricole Al-Khadouriyya (خضوري, actuel PTUK), près de Toulkarem, où il fait une bonne scolarité. Il est nommé ensuite instituteur dans le village d'Adir, en Jordanie, puis l'année suivante à Bourqine, en Cisjordanie.

Séjour à Damas (1963-1966)[modifier | modifier le code]

En 1963, il se rend en Syrie afin de suivre des études religieuses. Il s'inscrit à la faculté de droit musulman de l'université de Damas où, en 1966, il obtient une licence en charia avec un mémoire qui porte sur « la dissolution du mariage dans la jurisprudence islamique et le droit civil », sous la direction d'Abd al-Rahman al-Sabouni. Lors de son séjour dans la capitale syrienne, il rencontre de nombreux clercs syriens qui deviendront par la suite des figures religieuses ou des dirigeants islamistes, tels Mohammad Adib Shah, Sa`id Hawwa (1935-1989), Mohammad Said Ramadan al-Bouti et le père de celui-ci, Mollah Ramadan Chaykh al-Chafia, et Marwan Hadid.

À l'issue de ses études, il retourne en Cisjordanie pour enseigner dans les écoles ou encore prêcher dans les mosquées avant d'émigrer, peu après la guerre des Six Jours, en Jordanie ; il s'installe avec sa famille et son épouse, une Palestinienne de Toulkarem épousée en 1965, dans le camp d'al-Roussayfa à al-Zarqa, puis à Amman, où il enseigne à l'École secondaire de filles d'al-Taj.

Le « jihad palestinien » (1967-1969)[modifier | modifier le code]

De la fin de 1967 au début de l'année 1970 s'ouvre une période peu claire : selon ses dires, il participe « durant un an et demi au jihad palestinien » ; il quitte son appartement du quartier d'al-Taj pour un taudis d'al-Zarqa. Il devient le chef de la base paramilitaire « Bayt al-Maqdis » dans le village d'al-Marw, près d'Irbid, base faisant partie du réseau de camps liés au Fatah, les « bases des cheikhs » (qawā‘id al-chuyūkh, قواعد الشيوخ). Il lance ainsi des opérations à travers la frontière, prétendument « en accord avec le mouvement islamique de Jordanie ». Dans le même temps, il s'inscrit à l'automne 1968 à l'université al-Azhar où il obtient une maîtrise en droit musulman avec mention très bien en 1969. Début 1970, il accepte un poste de professeur à l'université de Jordanie à Amman, décision motivée par la désillusion face au caractère laïque et nationaliste de la résistance palestinienne conduite par l'OLP et son désir de satisfaire ses ambitions intellectuelles.

Doctorat à al-Azhar (1971-1973)[modifier | modifier le code]

En 1971, il obtient une bourse de doctorat à al-Azhar et s'installe au Caire. Durant les deux années et demie qu'il passe dans la capitale égyptienne, il est plongé dans une ville marquée par l'ébullition islamiste qui a suivi l'exécution en 1966 de Sayyid Qotb et la répression des Frères musulmans par Nasser : il devient ainsi un des proches de la famille Qotb et rencontre très probablement Omar Abdel Rahman, le futur chef spirituel des islamistes militants en Égypte. Du fait de ces relations, il attire l'attention des services égyptiens qui n'arriveront cependant pas à prouver qu'il eût été l'auteur d'un télégramme anonyme envoyé de Palestine au gouvernement égyptien pour condamner la condamnation à mort de Sayyid Qotb.

Retour à Amman (1973-1980)[modifier | modifier le code]

Fin 1973, docteur en droit musulman de la prestigieuse université cairote, il quitte l'Égypte, non sans avoir tissé un solide réseau de relations dans le mouvement islamiste. Après une courte période au département de l'information du ministère jordanien des waqfs, il retourne dans la carrière universitaire et donne durant six années des cours de charia. Il exerce une influence conservatrice dans l'université, se montrant hostile à la mixité et incitant les étudiants à se laisser pousser la barbe. Son influence grandit : il donne des cours du soir dans les mosquées, reçoit des étudiants chez lui, prêche et enseigne à travers tout le pays ; des cassettes de ses conférences commencent à circuler et il est surnommé le « Sayyid Qotb jordanien ». Il gravit rapidement les échelons de l'organisation frériste jordanienne jusqu'à devenir à partir de 1975 l'un des cinq membres du conseil du majlis al-chūrā (ﻣﺠﻠﺲ ﺍﻠﺸﻮﺮى), approximativement le « bureau politique ».

Ainsi, vers la fin des années 1970, Abdallah Azzam est devenu une figure islamiste influente en Jordanie. Si les autorités s'accommodent relativement bien de la présence des Frères musulmans, l'apparition d'une opposition islamiste dans les pays voisins (Égypte, Syrie) et des cours de plus en plus politiques et critiques envers le gouvernement vont conduire à des pressions sur Azzam afin qu'il atténue ses prêches et à des menaces d'emprisonnement. Si la popularité d'Azzam rend improbable cette éventualité, un conflit avec le quotidien Al-Ra'y provoque finalement son renvoi début 1980 : outré par une caricature ridiculisant les religieux en les présentant comme des « espions américains » armés de M16, il exige des excuses ; devant le refus du directeur de la fondation Al-Ra'y, il l'insulte et le menace. Le fait ayant été rapporté aux autorités, celles-ci le renvoient de son poste. Cet épisode ne fut que le prétexte à une décision que le régime hachémite voulait prendre depuis longtemps afin de réduire au silence un opposant de plus en plus véhément.

L'épisode saoudien (1980)[modifier | modifier le code]

Azzam, conscient que sa liberté de manœuvre serait considérablement réduite par les services jordaniens, envisage un temps de rejoindre la lutte palestinienne mais y renonce et quitte le pays pour l'Arabie saoudite, terre d'accueil de nombre d'intellectuels islamistes. Il devient ainsi professeur à l'université du roi Abdulaziz de Djeddah au milieu de l'année 1980, sans doute grâce à ses relations au sein des Frères musulmans. Il est en effet probable que Mohammad Qotb, frère de Sayyid Qotb dont Azzam avait fréquenté la famille au Caire, qui enseignait alors à l'université du Roi-Saoud, ait facilité sa venue dans un royaume saoudien qui avait accueilli dans les années 1960 et les années 1970 nombre de Frères musulmans égyptiens et syriens fuyant les persécutions et qui y trouvèrent du travail, notamment dans l'enseignement supérieur nouvellement institué et manquant de ressources intellectuelles.

Cette même année 1980, Azzam croise la route d'un jeune étudiant en gestion plus pieux que les autres membres de sa famille et qui commençait à s'intéresser à la politique : Oussama ben Laden. Si Abdallah Anas, beau-frère d'Azzam, affirme que celui-ci et sa famille vivaient dans un appartement loué par Ben Laden[1], rien ne peut confirmer que les deux hommes se rencontrèrent et aucun des deux n'a affirmé qu'ils s'étaient rencontrés à Djeddah.

De plus, Azzam ne reste pas longtemps à l'université de Djeddah : en octobre 1980, il fait le pèlerinage à La Mecque, où il rencontre le cheikh Kamal al-Sananiri, membre des Frères musulmans égyptiens présent en Afghanistan dès 1979 et médiateur entre les différentes factions de moujahidines engluées dans des querelles intestines. Al-Sananiri est ainsi à l'origine de l'accord qui servit de base à la création de l'Union islamique des moujahidines afghans dirigée par Abd (Rabb) al-Rassoul Sayyaf et signée durant le pèlerinage de 1980.

Cette rencontre le convainc de se rendre lui-même en Afghanistan ; après avoir interrogé le recteur de l'université sur la possibilité d'aller enseigner dans la nouvelle Université internationale islamique d'Islamabad, il s'y rend en 1981, probablement à la fin de l'année universitaire.

Le jihad afghan[modifier | modifier le code]

Entré en contact avec les chefs militaires afghans après son arrivée au Pakistan, Azzam est le point de contact entre les moujahidines et le mouvement islamiste du Proche-Orient. Plutôt que comme un combattant, il se considère comme un écrivain et un penseur, en charge de la propagation de la foi (da`wa, دَعْوة), plutôt que du combat (qitāl, قِتَال) ; cette attitude lui vaut d'être présenté par ses camarades islamistes comme « le cœur et le cerveau » du jihad en Afghanistan.

Peu de choses sont connues sur ses activités entre 1981 et 1983, sinon qu'il enseigne au sein de l'Université islamique d'Islamabad, voyage régulièrement en Afghanistan, se lie aux chefs moujahidines et œuvre au développement de la sympathie pour la cause afghane au sein du monde musulman.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jonathan Randall, Oussama. La fabrication d'un terroriste, Albin Michel, 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Hegghammer, « Abdallah Azzam, l'imam du jihad », in Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli (dir.), Al-Qaida dans le texte. Écrits d'Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi (traductions de Jean-Pierre Milelli, introduction générale de Gilles Kepel), Presses universitaires de France, collection « proche Orient », septembre 2005, chapitre II, p. 115-137.