Abdelaziz Thâalbi

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Abdelaziz Thâalbi

Abdelaziz Thâalbi (عبد العزيز الثعالبي), né le 5 septembre 1876[1] à Tunis et mort le 1er octobre 1944 à Tunis[2], est un homme politique tunisien.

Il est le fondateur du Destour en 1920, parti politique duquel émerge le Néo-Destour du futur président de la République tunisienne Habib Bourguiba.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et débuts en politique[modifier | modifier le code]

Né d'un père notaire descendant du saint algérois Sidi Abderrahmane Thâalbi[réf. nécessaire], il suit une éducation traditionnelle et effectue ses études à la Zitouna de Tunis. En décembre 1895, il fonde le journal Sabil Errachad où se manifeste sa tendance pour des discussions religieuses ; le journal est interdit en avril 1896. Thâalbi quitte la Tunisie et visite la Turquie, l'Arabie et l'Égypte d'où il est expulsé en 1902. Il se réinstalle à Tunis en 1904 après un voyage en Algérie et au Maroc. En juillet 1904, il mène campagne contre des prédicateurs mais se voit condamné à deux mois de prison par la Driba pour attaques contre la religion[3]. Il milite aussi au sein du mouvement des Jeunes Tunisiens dès 1907. À partir du 8 novembre 1908, devenu le lieutenant d'Ali Bach Hamba, il rédige l'édition arabophone du journal Le Tunisien. Il est aussi le fondateur avec d'autres leaders du mouvement national tunisien d'une association sportive, le Stade africain (1915), dissoute en 1918 et qui réapparaît en 1920 sous le nom de Club africain.

Thâalbi prend part à tous les premiers combats du mouvement national. Ainsi, il prend part en 1910 à la protestation des étudiants de la Zitouna. En 1911, il participe à l'affaire du Djellaz et, en 1912, il s'illustre lors de l'affaire du boycott des tramways tunisois. Cet activisme lui vaut d'être à nouveau expulsé avec six dirigeants nationalistes en 1912. Il retourne en Tunisie en 1914 après un passage par la France et les Indes[Quoi ?][3].

Fondation du Destour[modifier | modifier le code]

Le 10 juillet 1919, Thâalbi quitte Tunis en état de siège pour Paris en tant que délégué des nationalistes. Il prend contact avec des militants de la gauche française et contribue à faire connaître la cause tunisienne à travers leurs journaux. Alors qu'il est à Paris, il reçoit un programme en neuf points rédigé par ses partisans à Tunis, qu'il remanie toutefois. Les revendications s'articulent autour de l'octroi d'une constitution (destour en arabe) à la Tunisie. C'est alors que naît le Parti libre constitutionnel tunisien, communément appelé Destour.

Avec Ahmed Sakka, il rédige et publie à Paris, en 1920, le manifeste La Tunisie martyre. Ses revendications[4]. En raison de ce manifeste, il est arrêté le 31 juillet et transféré à Tunis. Emprisonné, il passe devant le conseil de guerre pour complot contre la sûreté de l'État. Il bénéficie néanmoins d'un non-lieu et se voit amnistié le 1er mai 1921. Après sa libération, il préside le Destour à partir du 21 mai[5]. Menacé par des poursuites, Thâalbi quitte à nouveau la Tunisie en 1923.

Années d'exil[modifier | modifier le code]

Durant son exil, Thâalbi se rend en Italie, en Égypte et en Irak : il prend contact avec de nombreux leaders nationalistes et participe à de nombreux congrès panarabes, dont le congrès de Jérusalem (1931), et à de nombreux congrès panislamiques. Sa notoriété grandit et en fait l'un des leaders du mouvement panislamique. Il continue à parcourir plusieurs pays du monde musulman allant jusqu'aux Indes néerlandaises (actuelle Indonésie)[6].

Ami d'Albelhamid Ben Badis, président de l'Association des oulémas musulmans algériens, il continue à présider le Destour durant son exil. En Tunisie, les militants destouriens continuent à réclamer son retour qui se fait en juillet 1937, soit 14 ans après son départ forcé.

Retour en Tunisie et confrontation avec Bourguiba[modifier | modifier le code]

En rentrant en Tunisie, le 5 juillet 1937, son arrivée est fêtée par 10 000 personnes qui l'attendent. Thâalbi souhaite à son arrivée forger un grand parti nationaliste qui fédérerait les partisans du Destour et du Néo-Destour. En effet, le Destour avait connu en 1934 une scission qui avait fait émerger deux tendances dont la plus revendicative, celle du Néo-Destour, était conduite par Habib Bourguiba. En dépit d'une rencontre et d'une motion d'union le 5 août, les deux partis continuent à s'opposer et le projet d'union de Thâalbi échoue. Le jeune leader Bourguiba œuvre au contraire à discréditer Thâalbi lors de ses tournées de propagande. Lorsqu'il se rend au Sahel, fief de Bourguiba, Thâalbi est ainsi injurié et reçu à coups de pierres[7].

Le 25 septembre, Abdelaziz Thâalbi échappe de peu à un attentat dans la ville de Mateur, au nord de la Tunisie, alors qu'il entreprend une tournée de propagande. Le même jour, des affrontements entre les deux clans ont lieu dans la ville en présence de Thâalbi et font un mort et vingt blessés. Thâalbi appelle alors à éviter les affrontements avec le Néo-Destour[8].

Thâalbi a beau dénoncer les ambitions des dirigeants du Néo-Destour qu'il traite de voyous, sa notoriété est en perte de vitesse. Après de nouveaux affrontements à Béja avec les partisans de Bourguiba, souhaitant éviter une guerre fratricide, il se borne à reprendre la tête du Destour[9].

Mort le 1er octobre 1944, ses obsèques sont l'occasion pour les dirigeants du Néo-Destour d'être présents comme toutes les franges du mouvement national qui lui rendent hommage en voyant en lui l'un des pères-fondateurs du nationalisme tunisien[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ar) Ahmed Ben Miled, Abdelaziz Thaâlbi et le mouvement national, éd. inconnu, 1991
  • Moncef Dellagi, Abdelaziz Thaalbi. Naissance du mouvement national tunisien, éd. Cartaginoiseries, Carthage, 2013 (ISBN 978-9973-704-26-9)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ar) Biographie d'Abdelaziz Thâalbi (Islam Online)
  2. Abdesslem Ben Hamida, Le syndicalisme tunisien de la Deuxième Guerre mondiale à l'autonomie interne, éd. Université de Tunis, Tunis, 1989, p. 54
  3. a et b Roger Casemajor, L'action nationaliste en Tunisie. Du Pacte fondamental de M'hamed Bey à la mort de Moncef Bey. 1857-1948, éd. Sud Éditions, Tunis, 2009, p. 266 (ISBN 978-9938-01-006-0)
  4. Samya El Mechat, Le nationalisme tunisien. Scission et conflits. 1934-1944, éd. L'Harmattan, Paris, 2002, p. 101
  5. Roger Casemajor, op. cit., pp. 66-67
  6. a et b Roger Casemajor, op. cit., p. 267
  7. Roger Casemajor, op. cit., pp. 97-99
  8. (ar) Al Chourouk[réf. incomplète]
  9. Roger Casemajor, op. cit., p. 99