Abd-Allah ibn Ubayy

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Abd-Allah ibn Ubayy (arabe : عبد الله بن أبي بن سلول), appelé aussi ibn Salûl en référence à sa mère, était un des principaux chefs de la tribu des Banu Khazraj de Yathrib, la future Médine. Il se convertit à l'islam peu après l'arrivée de Mahomet à Yathrib. Selon Ibn Ishaq et Tabarî, Mahomet se méfie de lui, suspectant la sincérité véritable de cette conversion, et, selon la tradition, il est l'un des principaux "hypocrites" (Munafîqûn)[1].

Lors de ce que Ibn Ishaq appelle « L'affaire de Banû Qaynuqa[2] », en fait l'expulsion en l'an II de la première des trois tribus juives de Yathrib, en tant que chef des Banu Khazraj dont les Banu Qaynuqa sont les "clients" (voir Tribus musulmanes et juives de Yathrib), Abd-Allah ibn Ubayy intervient vigoureusement auprès de Mahomet, faisant valoir qu'il ne veut pas que soient anéantis « en une seule matinée quatre cents hommes sans cuirasses, et trois cents hommes cuirassés ». Allant jusqu'à menacer Mahomet, il obtient finalement satisfaction : « Alors, l'Envoyé d'Allâh lui répondit : « Ils sont à toi ! »

Au cours de la Bataille de Uhud, an II, un différend sur la stratégie[3] oppose Abd-Allah ibn Ubayy à Mahomet, le premier préconisant une stratégie défensive et unitaire (incluant les Juifs) des Médinois à l'intérieur de la cité. La défaite à Uhud, son avis n'ayant pas été entendu, lui permet de se prévaloir d'une compétence indéniable en matière militaire.

On le retrouve lors de l'expédition contre les Banu Nadir, an IV, où il soutient ceux-ci lors du siège qu'organise Mahomet, passant le message[4] aux assiégés : « Je suis prêt à vous soutenir avec deux mille hommes. »

Lors de la cabale contre Aïcha, Abd-Allah ibn Ubayy est l'un des principaux accusateurs et l'incident achève de le discréditer[5] et de lui enlever toute influence politique.

En l'an V (juin 626), à propos de femmes capturées destinées à être rendues contre rançon, mais dont certaines particulièrement belles sont convoitées pour usage personnel, le ton monte[6] entre Abd-Allah ibn Ubayy et Mahomet. Le premier, avant la venue de Mahomet à Médine, voyait une belle carrière de chef devant lui, ambitions désormais contrariée. Des rumeurs circulaient disant que Mahomet allait faire assassiner Abd-Allah, le propre fils d'ibn Ubayy, musulman très dévoué, se propose d'effectuer la besogne plutôt que de laisser un compagnon le faire. Mahomet le rassura disant qu'il n'avait pas l'intention de le tuer.

Peu après le retour de Mahomet, malade, de la Bataille de Tabuk, Abd-Allah ibn Ubayy meurt en 631. Mahomet suit l'enterrement et prie sur sa tombe[7]. Mais Dieu lui ordonna de ne pas suivre les funérailles de gens comme lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William Montgomery Watt, "`Abd Allah b. Ubayy", Encyclopaedia of Islam.
  2. Sira de référence (texte de Ibn Ishaq cité par Ibn Hicham), édition critique par Ferdinand Wüstenfeld, parue en 1858-1859 (tome 1 contenant le texte arabe) et 1860 (tome 2 contenant une introduction, des notes critiques et des indices). Dans le texte arabe : AR p. 545-547. Ibn Ishaq, Muhammad, traduction française de la Sira de référence par Abdurrahmân Badawî, introduction et notes par Abdurrahmân Badawî, éditions Al Bouraq (28 septembre 2001) : tome 1, 654 pages, ISBN 978-2-84161-153-9 ; tome 2, 608 pages, ISBN 978-2-84161-154-6. Dans le texte français, FR t.2 p. 14-17.
  3. Maxime Rodinson, Mahomet, poche, 284 pages, éditions du Seuil (février 1968), nouv. éd. rev. (3 mai 1994). ISBN 978-2-02-022033-0 ISBN 978-2-02-022033-0, p. 211-216.
  4. Tabarî, La Chronique t.2, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 1260 pages, éditions Actes Sud, collection Thesaurus (24 mai 2001). ISBN 978-2-7427-3318-7 ISBN 978-2-7427-3318-7. Dans l'édition Thesaurus : TH p. 214-219. Tabarî, Chronique. Histoire des Envoyés de Dieu et des rois (en un seul volume), 1186 pages, éditions Al-Bustane (1er septembre 2002), ISBN 978-2-910856-30-4 ISBN 978-2-910856-30-4. Dans cette édition : AB p. 578-581.
  5. Maxime Rodinson, Mahomet, op. cit., p. 234-238.
  6. Maxime Rodinson, Mahomet, op. cit., p. 230-232.
  7. Maxime Rodinson, Mahomet, op. cit., p. 315.