Abbaye de l'Épau

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Abbaye de l'Épau
Image illustrative de l'article Abbaye de l'Épau
Vue de l'église abbatiale et des bâtiments conventuels

Nom local Spallum
La Piété-Dieu
Diocèse Diocèse du Mans
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) DCII (602)[1]
Fondation 25 mars 1229
Début construction 1230
Fin construction 1365
Dissolution 1790
Abbaye-mère Abbaye de Cîteaux
Lignée de Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Ordre cistercien
Période ou style
Protection Logo monument historique Classé MH (1925, 1973, 2005)[2]

Coordonnées 47° 59′ 28″ N 0° 14′ 32″ E / 47.991134563714, 0.2420901969413847° 59′ 28″ Nord 0° 14′ 32″ Est / 47.991134563714, 0.24209019694138  [3].
Pays Drapeau de la France France
Province Maine
Région Pays de la Loire
Département Sarthe
Commune Yvré-l'Évêque
Site http://epau.sarthe.com/

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Abbaye de l'Épau

L'abbaye de l'Épau est une ancienne abbaye cistercienne fondée par la reine Bérangère en 1229. Elle est située aux portes de la ville du Mans, sur la rive gauche de l'Huisne, jouxtant la commune d'Yvré-l'Évêque. L'abbaye a failli disparaitre à de nombreuses reprises, tant par les guerres et les générations qu'elle a traversées, que par les problèmes financiers survenus à l'époque moderne. Elle est définitivement sauvée par le conseil général de la Sarthe en 1958.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'origine : une reine[modifier | modifier le code]

On peut considérer l'abbaye de Perseigne élevée aux confins du Maine-Normand par le puissant Guillaume III de Bellême, comme la plus ancienne abbaye cistercienne du Maine. Elle fut bâtie en 1145, elle est aujourd'hui située sur la commune de Neufchâtel-en-Saosnois. Il n'en reste aujourd'hui qu'un pan de mur. Mais durant le deuxième millénaire, la ville du Mans voit s'élever plusieurs abbayes. C'est l'essor de la foi dans la ville: les abbayes Saint-Pierre et Saint-Paul, mais aussi l'abbaye Saint-Vincent et celle bien connue de La Couture. Le plus souvent, les abbayes étaient tout de même installées de manière privilégiées aux confins de la forêt. Bérengère de Navarre se retrouve en 1199. Son mari, Richard Cœur de Lion est décédé de ses blessures d'un tir d'arbalète reçu au siège de Châlus en Haute-Vienne. La reine est écartée du pouvoir, usufruitière du comté du Maine elle vient s'installer dans la capitale plantagenêt en 1204. Selon la légende, elle se serait installée dans la fameuse maison de la reine Bérengère. Mais il n'en est rien car elle passera la totalité de son temps au palais des comtes du Maine. Il est communément rappelé que la reine trouva asile dans la ville, mais non le bonheur. Une partie des pouvoirs locaux, de mèche avec Aliénor d'Aquitaine ou Jean sans Terre, ne cessèrent de batailler contre elle afin de prendre possession de son douaire, légué par Philippe Auguste. Ce n'est qu'après vingt-six années d'exil dans la ville que la reine, à l'âge de 59 ans, décide de fonder une abbaye.

La construction de l'abbaye[modifier | modifier le code]

L'obligation régulière de Saint-Benoit veut que l'abbaye, si elle n'est pas installée au cœur d'une ville active, doive respecter l'ascétisme érémitique. La reine passe outre puisqu'elle choisit d'installer l'édifice entre forêt et ville, aux portes du Mans. La reine fit construire l'édifice pour son propre salut. L'histoire et la légende se sont rencontrées en laissant entendre que cette abbaye aurait été construite pour racheter l'existence dissolue de certains rois plantagenêts. Le 25 mars 1229, la reine ordonne la construction de Notre-Dame-de-l'Épau aux moines de Cîteaux. Elle est par ailleurs une bienfaitrice avérée de cet ordre régulier. Le choix des moines y résidant n'a donc pas été fait au hasard. La reine est d'ailleurs une grande amie d'Adam de Perseigne, abbé du monastère du même nom et ancien confesseur de Richard Cœur de Lion. Le père de la reine, Sanche VI avait lui-même fondé en 1140 l'abbaye de La Oliva (de).

Le lieu est d'abord choisi car très tranquille au bord d'une Huisne poissonneuse. Louis IX cède le terrain de l'Espal à la reine mais ce sont les petits frères hospitaliers de Coëffort qui mèneront la vie dure à Bérengère. Ces derniers demanderont compensation financière à la reine, prétendant que le terrain leur a été cédé par Arthur de Bretagne, neveu de Bérengère.

Le plan de l'abbaye est classique, la construction respecte l'unité de toutes les fondations cisterciennes. La période de construction s'étend de 1230 à 1365. Le début de la construction fut assez rapide. Quatre ans après le début des travaux, l'évêque du Mans Geoffroy de Laval effectue la dédicace du bâtiment monastique en le mettant sous le patronage à la fois de Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste. Les bâtiments principaux ne furent achevés qu'en 1280.

La guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

En mars 1365, en pleine guerre de Cent Ans, les Manceaux brûlent d'eux-mêmes l'édifice. Les moines ayant quitté l'abbaye, les habitants ont peur que les troupes ennemies ne prennent le bâtiment pour en faire un siège de garnison afin d'assaillir la ville. Ce sont les notables eux-mêmes qui poussent à l'action le peuple. L'église est la partie de l'abbaye ayant le plus souffert. Pourtant, dès l'année suivante, les bourgeois du Mans décident de reconstruire entièrement les parties endommagées. Ce ne sont pourtant pas ceux-là qui financent la rénovation. L'argent est rare dans la région et les donations concernent bien plus les ordres mendiants.

XIVe ‑ XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

Tous les bâtiments abîmés sont rénovés entre 1400 et 1444. Le financement provient d'une nouvelle taille imposée aux Manceaux par Charles VI, mais aussi à la réorganisation du temporel abbatial suivant le modèle d'une économie seigneurial de rentiers du sol. Convertis au fermages, les gestionnaires du domaine optent pour un type très contraignant de concession d'exploitations en fermage par des baux à une, deux ou trois vies au prix élevé, qui venait s'ajouter aux prestations seigneuriales coutumières[4]. L'un des principaux artisans de la renaissance de l'abbaye est Guillaume de Bonneville.

XVIIIe ‑ XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Au début de la Révolution, l'édifice est transformé en gigantesque hangar agricole. Sa valeur patrimoniale fut déjà reconnue sous l'ancien régime, notamment grâce à son église abbatiale, sa sacristie et surtout son escalier du XVIIIe siècle.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Le 18 décembre 1925, un grand chambardement de restauration est lancé sur l'église par l'École des Beaux-Arts. La Seconde Guerre mondiale stoppe les travaux en 1938. Après la guerre, l'ensemble des élus Sarthois et Mayennais votent à l'unanimité le rachat et la restauration d'une abbaye ayant vécu pendant cinq siècles au rythme de la vie monastique. L'édifice est acquis en 1958 par le Conseil général de la Sarthe pour onze millions de francs anciens[5]. Elle a fait l'objet d'une longue restauration dans un strict respect du style architectural du XIIIe siècle. On a notamment vu la participation et le contrôle des instituts des Beaux Arts du Mans et de Paris. L'église, la sacristie, la salle capitulaire, l'escalier et le cellier étant déjà classé depuis 1925, les façades et toitures furent classés une première fois en 1961 avant que ce classement ne fut annulé pour un classement plus général en 1973 et étendu en 2005[2]. C'est alors que l'abbaye devient également un lieu d'accueil et de visites. Entre 1965 et 1990, l'abbaye devient un lieu propre aux manifestations culturelles, surtout pour les concerts de musique classique, les conférences ou les expositions. Le lieu est également l'endroit où siège l'assemblée départementale, tout particulièrement dans l'aile XVIIIe siècle. La rénovation de cette dernière fut achevée en 1990. En 1991, on comptait au total une dépense de soixante millions de francs nouveaux pour l'ensemble des rénovations.

Le gisant de la reine[modifier | modifier le code]

Gisant de Bérengère de Navarre dans la salle capitulaire.

Bérengère de Navarre tint à sa mort, à se faire inhumer au sein même de l'abbaye. Le doute demeure quant à l'endroit exact où elle s'est fait inhumer, car si son gisant est bien là aujourd'hui, on ne sait avec certitude où son corps fut déposé. Pierre Térouanne trouva en 1960, un squelette de femme complet et intact dans le sous-sol de la salle capitulaire. Une petite boîte de chêne a toujours suivi le gisant de la reine, malgré ses multiples pérégrinations depuis la Révolution. Sur cette boîte était marqué « Ossa Berangeria / 1230-1672-1821-1861 ». Pourtant, la reine est décédée alors même que l'abbaye n'a pas fini de sortir de terre. La seule possibilité aurait été celle de l'inhumation dans l'abbatiale. Sa dépouille serait ainsi située sous le gisant actuel, une œuvre d'art médiéval du milieu du XIIIe siècle. Le style du gisant est proche de celui d'Aliénor d'Aquitaine à l'abbaye de Fontevrault. La reine est couchée sur le dos, vêtue d'une longue robe resserrée à la taille par une ceinture. La couronne royale est posée sur sa tête, elle-même reposant sur un coussin. À ses pieds est représenté un lion terrassant un lévrier. La couronne et le lion sont les symboles de la royauté alors que l'escarcelle se situant près de sa ceinture, représente la générosité. Entre ses mains, repliées sur sa poitrine, la reine tient un livre dont la couverture représente son propre gisant. En 1365, l'incendie a beaucoup atteint l'édifice et le gisant fut certainement déplacé dans la salle capitulaire. Il fut, et c'est une certitude, amené dans l'abbatiale en 1672. Il y demeura jusqu'à la Révolution et jusqu'à la revente de l'édifice comme bien national du clergé. Le bâtiment devint une gigantesque grange agricole et le gisant fut vulgairement enfoui sous la paille. Il fallut l'intervention de Charles Albert Shotard, envoyé spécialement d'Angleterre pour veiller aux gisants des Plantagenêts, pour que le tombeau soit respecté. Le propriétaire de la grange abbatiale, Pierre Thoré, se résoudra à se séparer du gisant quelque temps après. Il sera transféré dans le croisillon Nord de la Cathédrale en décembre 1821. En 1861, le gisant est déplacé vers le croisillon sud pour laisser place au gisant de monseigneur Bouvier. En 1920, le gisant fait machine arrière et est de nouveau transféré dans le croisillon nord, pour faire place au monument des prêtres du diocèse morts pour la France. C'est en 1970 que le gisant est finalement ramené à l'abbaye de l'Épau, dans la salle capitulaire. On le plaça au-dessus du mystérieux tombeau trouvé par Pierre Terouanne. Ce squelette indique que la femme morte ici devait avoir une soixantaine d'années, soit l'âge de la reine au moment de sa mort. Reste à savoir ce qui se trouve vraiment dans la boite « attachée » au gisant de la reine.

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Composition architecturale[modifier | modifier le code]

  • Arcatures sur la façade sud
  • Porte du réfectoire du XIIIe siècle
  • Salle capitulaire composée de 9 travées, arcs doubleaux et diagonaux
  • Salle des moines ou scriptorium avec des voûtes d'arêtes du XVIIIe siècle
  • Parloirs et escaliers de fer forgé du XVIIIe siècle
  • Rosace
  • Fresques du XIVe siècle
  • Charpente de châtaignier du XVe siècle

Événements[modifier | modifier le code]

Lieu institutionnel et culturel, l'abbaye accueille notamment le fameux Festival de l'Épau organisé sous l'égide du Conseil général ; Il se déroule tous les ans au mois de mai. Il s'agit de l'un des festivals « classique » les plus attractifs de la région, avec la folle journée de Nantes.

Les réunions de l’Assemblée départementale du Conseil Général de la Sarthe se tiennent dans cette abbaye.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod,‎ 1877, 491 p. (lire en ligne), p. 325.
  2. a et b « Ancienne abbaye de l'Épau », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Épau, l' », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 4 novembre 2013).
  4. Vincent Corriol, "Heurts et malheurs d'une abbaye : l'abbaye de l'Epau à la fin du Moyen Âge (v. 1350-v. 1450)", Les cisterciens dans le Maine et dans l'Ouest au Moyen Âge, Ghislain Baury, Vincent Corriol, Emmanuel Johans et Laurent Maillet (dir.), Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 120, n° 3, septembre 2013, p. 29-47.
  5. Jules Bréau, L'abbaye de l'Épau, p. 3

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]