Abbaye de Saint-Sever

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Sever (homonymie).
Ancienne abbaye de
Saint-Sever
Image illustrative de l'article Abbaye de Saint-Sever
Présentation
Culte Catholique romain
Type Ancienne Abbaye
Église paroissiale depuis 1795
Rattachement Paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel
Diocèse d'Aire et Dax
(Bénédictins avant la Révolution)
Début de la construction XIe siècle
(après incendie de l'édifice antérieur)
Fin des travaux XIe siècle (restaurations aux XVe et XIXe siècles)
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1911)
 Patrimoine mondial (1998)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Aquitaine
Département Landes
Commune Saint-Sever
Coordonnées 43° 45′ 35″ N 0° 34′ 27″ O / 43.759722, -0.57416743° 45′ 35″ Nord 0° 34′ 27″ Ouest / 43.759722, -0.574167  

Géolocalisation sur la carte : Landes

(Voir situation sur carte : Landes)
Ancienne abbaye deSaint-Sever

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Ancienne abbaye deSaint-Sever

L’abbaye de Saint-Sever dans les Landes est une abbaye bénédictine fondée par le comte de Gascogne Guillaume Sanche à la fin du Xe siècle.

L'église abbatiale est classée monument historique le 18 novembre 1911[1] et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

L’abbatiale de style roman est étonnamment vaste et ses dimensions sont impressionnantes : 71 m de long, 31 m de large pour la nef et 41 m pour le transept. Elle présente un chœur à six absidioles de profondeur décroissante, suivant un plan bénédictin. Les colonnes de marbre du chœur et du transept proviennent du palais des gouverneurs romains de Morlanne, situé non loin de là. Une partie du cloître appartient à des particuliers[3].

L'abbatiale possède un des plus beaux chevets à sept absides échelonnées. Seules deux églises en France ont conservé cette forme inspirée de Cluny II, car la forme la plus courante est celle à trois absides. Saint-Sever reste le seul exemple en France, avec l'église Saint-Genès de Châteaumeillant, de ce type de chevet[3].

On accède par les tribunes du transept à des chapelles d’étage. Le transept et les bas-côtés permettaient d’accueillir une foule importante de fidèles et de pèlerins attirés par cette étape de la voie limousine vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Historique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Au Ve siècle, Severus, le futur saint Sever, est envoyé par le pape pour évangéliser la Novempopulanie. Il est martyrisé et décapité selon la légende sur la côte de Brille par les Wisigoths . Au VIIIe siècle, les bénédictins édifièrent une chapelle pour recueillir sa dépouille.


Après sa victoire à la bataille de Taller vers 982 - 983, le duc Guillaume Sanche de Gascogne achète en 988 la terre et décide d’y édifier un monastère. À l’époque, la région compte en effet de nombreuses et riches villae romaines telles que la villa du Gleyzia d'Augreilh, mais aucune cité importante. La fondation d’une abbaye, non loin du site antique de la butte de Morlanne, qui domine la vallée de l’Adour, est à la fois un acte politique et religieux qui permet aux ducs de Gascogne de mieux asseoir leur autorité.

L’abbaye bénédictine de Saint-Sever va connaître, dans tous les domaines, une expansion et un rayonnement exceptionnels, Ses innombrables possessions s’étendent dès le XIe siècle du Médoc jusqu’à Pampelune en Espagne. Grégoire Montaner, moine de Cluny, règne sur l’abbaye de 1028 à 1072. C’est sous son abbatiat que commence la reconstruction de l’église sur le modèle de Cluny après un incendie survenu en 1060, avec des maîtres d'œuvre et des sculpteurs aussi remarquables par leur expérience que par leur esprit novateur, et des enlumineurs, parmi lesquels Stephanus Garsia, l’auteur des miniatures du Beatus[3].


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Apogée[modifier | modifier le code]

La renaissance gasconne du XIe siècle, qui fait suite aux invasions barbares, tient pour une bonne part à la multiplication des monastères. On leur doit le défrichement des terres vacantes et des forêts et le regroupement des paysans autour des abbayes et prieurés (voir sauveté). Parallèlement, évêques et abbés s’emploient à reconstruire les villes ruinées par les Vikings : Oloron, Nogaro, La Réole, Saint-Sever leur doivent l’existence ou la résurrection[3].

Dans tous les domaines, qu’ils soient religieux, administratif, social, économique et culturel, la Gascogne connaît un renouveau grâce à l’abbaye qui s’impose à toute la province comme une véritable puissance foncière. À son apogée, dès la fin du XIe siècle, un vaste domaine entoure le monastère qui possède également dans le diocèse d’Aire-sur-Adour de nombreuses villae de l’époque romaine, terres et églises, dans un rayon de 35 km. Hors de ce diocèse, le monastère acquiert des domaines en Agenais, Bazadais et Pays de Born (Prieuré de Mimizan). Au-delà, Saint-Sever détient une église en Navarre près de Pampelune, ainsi que des biens en Médoc, dont la basilique Notre-Dame de Soulac — possession contestée par l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux. En Gascogne, la plupart des possessions de Saint-Sever correspondent à une situation stratégique de l’époque : site défensif, zone de passage sur la Garonne ou l’Adour, axe de circulation. Distantes d’au maximum une trentaine de kilomètres l’un de l’autre, ces possessions constituent pour les pèlerins des jalons et gîtes d’étape. Dans le choix des acquisitions, on tient également compte de la fertilité des terrains. La vallée de l’Adour, les côtes de Buzet, les possessions en Armagnac, les vignes en Bordelais dévoilent des centres d’intérêt et les préoccupations économiques des moines qui plantent des vignes non loin des monastères.

Déclin[modifier | modifier le code]

Le déclin s’amorce avec la fin du duché de Gascogne et se précipite avec la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion.

L'abbaye subit d'abord de graves dommages liés à un tremblement de terre en 1372 et à de nombreux sièges au cours de la guerre de Cent Ans, période où la Gascogne est un enjeu entre la France et l’Angleterre. Le monastère en particulier est plusieurs fois détruit et incendié par les Français. Les bas-côtés sont alors reconstruits en partie.

En 1569, les protestants rasent les bâtiments conventuels. Ils ne seront reconstruits qu’à la fin du XVIIe siècle. Avec la Révolution française, les moines sont chassés. L’église est par la suite rendue au culte mais les bâtiments monastiques sont occupés par la mairie et diverses administrations[3].

Puis viennent les guerres de Religion, avec les massacres des années 1569 et 1570 et le saccage et la ruine du monastère par les huguenots de Montgomery, pourchassés par les troupes catholiques de Montluc[5]. Il faut attendre plus d’un siècle avant que la congrégation de Saint-Maur n’entreprenne des travaux de réfection de l’abside et des bâtiments conventuels.

À la Révolution française, l'abbaye est désaffectée et les bâtiments conventuels attribués et vendus, avant d'être rendue au culte en 1795. Les restaurateurs du XIXe siècle redécorent la nef et les façades en style néo-roman, pastiche conforme au goût de l’époque pour l’architecture médiévale[3].

Éléments remarquables[modifier | modifier le code]

Le reliquaire[modifier | modifier le code]

Le reliquaire de Saint-Sever

L’abbaye de Saint-Sever possédait au Moyen Âge de nombreuses reliques dont la plus célèbre était le chef (autrement dit la tête, le crâne) de saint Sever. Cette dernière fut détruite lors des guerres de religion qui firent des ravages dans la région. Aussi, après avoir patiemment reconstruit le sanctuaire vandalisé en 1569 (l’autel fut restauré en 1681), les moines se préoccupèrent de trouver une relique insigne[3].

L’église Sainte Eulalie de Bordeaux possédant, selon une tradition immémoriale, les restes de saint Clair et de ses compagnons (dont saint Sever), une ambassade obtint de l’archevêque la permission de retirer du reliquaire bordelais une partie des reliques de saint Sever en 1714. Le retour officiel eut lieu en 1716, en grandes pompes. Le reliquaire actuel date de 1783 et a été offert par monseigneur Playcard de Raygecourt, évêque d’Aire-sur-l'Adour. Ce reliquaire est le témoignage de la volonté de l’évêque de rester fidèle au goût baroque français, en opposition au goût néo-classique[3].

Les chapiteaux[modifier | modifier le code]

On dénombre 150 chapiteaux dont 77 authentifiés comme étant gallo-romains et romans. Les chapiteaux polychromes à décor de lions datent du XIe siècle. Les chapiteaux corinthiens côtoient des chapiteaux à décors figurés et des chapiteaux historiés. Ces derniers avaient pour fonction d'enseigner la culture chrétienne. Précipité dans une fosse aux lions, le prophète Daniel est un symbole de la résurrection : laissé indemne par les lions, il a vaincu la mort, comme le Christ le fera après lui. Une des particularités de l'abbatiale est que les lions semblent sourire alors que les oiseaux présentent un air féroce[13]


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Le Beatus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Beatus de Saint-Sever.

Le Beatus de Saint-Sever, du nom de son auteur le moine Béat du monastère de Liébana dans les Asturies, dit aussi Apocalypse de Saint-Sever, est un commentaire de l’Apocalypse, le dernier livre du Nouveau Testament. Ce commentaire a été rédigé au VIIIe siècle, vraisemblablement dans le cadre d’un débat théologique. Il a été recopié une vingtaine de fois en Europe dans le courant du Moyen Âge[3].

L’exemplaire de l’Abbaye de Saint-Sever a été réalisé au milieu du XIe siècle, environ cinquante ans après la fondation de l’abbaye, par les copistes et enlumineurs, réunis autour du maître Stephanus Garsia, œuvrant sous l’abbatiat de Grégoire de Montaner. Chaque abbaye avait en effet un atelier d’écriture, ou « scriptorium », pour recopier, décorer et conserver les livres précieux[3].

Ce manuscrit, richement imagé, relate les visions de saint Jean. Unique exemplaire en France, mais inspiré de Beatus espagnols, il témoigne non seulement de l’érudition et du génie créateur du maître mais aussi de la vitalité intellectuelle et artistique du monastère de Saint-Sever au XIe siècle[3].

La carte, qui représente le monde connu, fait la part belle à la Gaule, à l’Aquitaine et à Saint-Sever. Ce document a été préservé des Guerres de Religion par des mains pieuses. On le retrouve dans les collections du cardinal archevêque de Bordeaux François de Sourdis au début du XVIIe siècle puis à Paris, à l’Arsenal, dans ce qui allait devenir la Bibliothèque nationale, où il est toujours[3].


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Le grand orgue[modifier | modifier le code]

Le grand orgue

En 1885, on confia à Aristide Cavaillé-Coll la reconstruction complète de l'orgue de Dom Bédos (1762). C'est donc dans le buffet du dix-huitième siècle que sera construit l'instrument que nous connaissons aujourd'hui. Il fut inauguré par Alexandre Guilmant le 9 octobre 1898. C'est le plus important orgue Cavaillé-Coll d'Aquitaine et aussi un des plus authentiques au monde car il n'a jamais été modifié. Il est classé dans la base Palissy des monuments historiques.

Il comporte 3 claviers et pédalier, 36 jeux et 2,124 tuyaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Classement de l'abbaye de Saint-Sever », base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 22 août 2009
  2. Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France: Patrimoine mondial de l'humanité, site de l'Unesco
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Panneaux de présentation de l'abbaye de Saint-Sever
  4. Saint-Sever, Cap de Gascogne, guide de découverte, édité par l'Office de tourisme du Cap de Gascogne, consulté en 2011
  5. Voir les guerres de religions dans les Landes
  6. les noms des 21 premiers abbés sont extraits des Chartes et Documents Hagiographiques de l'Abbaye de Saint Sever (ISBN 978-2-9501584-8-2) de Jean Cabanot et Georges Pon
  7. Les noms des 13 abbés suivants sont issus du manuscrit de Dom du Buisson (Mairie de Saint Sever cote GG 28 et Archives Départementales des Landes microfilm cote 1 MI 16)
  8. Les noms des abbés commendataires sont issus de la Bibliothèque nationale de France Gallica (Historiae monastérii S. Severi Libri X auctore D Pietro Daniele du Buisson). On trouvera à la page 374 les noms des 6 derniers abbés commendataires (après la mort de Dom du Buisson).
  9. a et b le nom cité ne figure pas dans la liste du moine Dom du Buisson (vers 1680)
  10. Source : Gallia Christiana
  11. a et b les noms des curés de l'abbatiale, depuis 1567, sont issus des archives de Saint Sever 40500
  12. les commentaires sont pour l'essentiel issus de la petite histoire de Saint-Sever (ISBN 2-84618-324-4), une famille en Chalosse 1723-1852 à la BNF et En Chalosse notes historiques (ISBN 2846187258) par André de Laborde-Lassalle
  13. Chapiteaux, panneau de présentation de l'abbaye, consulté sur site le 22 décembre 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]