Abbaye de Lucelle

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Abbaye de Lucelle
Image illustrative de l'article Abbaye de Lucelle
L'abbaye de Lucelle vers 1792
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Protection  Inscrit MH (1996)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Alsace
Département Haut-Rhin
Commune Lucelle
Coordonnées 47° 25′ 17″ N 7° 14′ 47″ E / 47.421264, 7.24643747° 25′ 17″ Nord 7° 14′ 47″ Est / 47.421264, 7.246437  

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Abbaye de Lucelle

L'abbaye de Lucelle, traduit par « ermitage des bois[2] » ou « monastère de lumière[3] »[4], est une ancienne et illustre abbaye cistercienne, situé pratiquement sur la frontière entre la France et la Suisse actuelle (département français du Haut-Rhin et canton suisse du Jura)

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine des terres[modifier | modifier le code]

La rivière la Lucelle séparait aux XIe et XIIe siècles les comtés de Sogren, de Ferrette et d'Oltingen. La famille d'Oltingen avait acquis d'immense domaines le long du revers méridional du Jura jusqu'au bassin de l'Ajoie. Au XIe siècle une alliance était conclue entre les Oltingen et les Neuchâtel par le mariage d'Emma de Glâne, fille de l'union de Pierre de Glâne et d'une fille de Conon d'Oltingen, avec Rodolphe Ier de Neuchâtel.

Bourcard de Fenis[5], évêque de Bâle, obtient de l'héritage paternel les terres dans les "franches-montagnes" et en Ajoie. Mangold Ier de Neuchâtel, frère de Bourcard, mariera sa fille à Amédée Ier de Montfaucon et de cette union naîtra Richard II de Montfaucon. Ce dernier, avec l'aide de ses cousins, va fonder l'abbaye de Lucelle.

La fondation de l'abbaye se fera grâce à Berthold de Neuchâtel, évêque de Bâle et parent de Bourcard, qui renoncera à sa charge et se retira à l'Abbaye de Lucelle. En 1123 sous son épiscopat il cède à ses neveux Hugues et Amédée, tous deux fils de Welf de Montfaucon, et à leur cousin Richard II[6], fils du seigneur Amédée Ier de Montfaucon (puissante famille des seigneurs de Montfaucon) du Comté de Bourgogne[7], le terrain pour ériger l'abbaye la dotant d'un important domaine. La même année, la première pierre de l'église est bénie selon la légende par saint Bernard lui-même et elle devient ainsi la première abbaye cistercienne à s'installer en Alsace. Pons, abbé de Bellevaux, y envoya une colonie de douze premiers moines sous la direction d'Étienne qui devint le premier abbé de Lucelle.

La naissance de Lucelle[modifier | modifier le code]

Armoiries : D'argent, à l'église de même et un toit de gueules, et à la bordure d'azur chargée d'étoiles d'or[8].

Armoiries variantes : Ecartelée au premier et au quatrième des deux armoiries propres à Lucelle, au troisième de Montfaucon-Montbéliard, au quatrième de Citeaux[8].

Après la donation des terres par les Montfaucon et la bénédiction de Bernard de Clairvaux, l'abbé Étienne se voyait pourvu de la lourde tâche de faire vivre cette abbaye. Formé à l'abbaye de Morimond en 1115 puis à celle de Bellevaux en 1119, deux abbayes cistercienne qu'il verra sortir de terre, l'abbé Étienne s'attache l'aide du prieur Albéric. Tous deux vont réussir à faire venir jusqu'à 60 moines ce qui permettra de peupler les trois premières filles de Lucelle. Le successeur et compagnon d'Étienne s'attache lui à faire au plus vite confirmer les privilèges du monastère et à pourvoir les abbayes de Frienisberg, Salem et Pairis. En 1138 il se voyait chargé de la direction du couvent de Petit-Lucelle qu'Oudelard de Sogren venait de fonder. En 1124 l'église abbatiale est consacrée par Achéric, archevêque de Besançon.

L'âge d'or de Lucelle[modifier | modifier le code]

Très vite l'abbaye eu une telle renommée que plus de 200 moines y résidaient à la fin du XIIe siècle. parmi eux le jeune Henri de Horbourg se préparait à monter sur le siège épiscopale de Bâle. Sous Conrad IV le titre de vicaire-général de l'ordre de Citeaux en Germanie est donné à l'abbé de Lucelle.

Au cours des ans l'abbaye va obtenir la propriété de maisons à Bâle, Mulhouse, Altkirch, Cernay, Ensisheim, Porrentruy (nommée « la cour des moines »). Des receveurs administrait les biens du monastère à Bâle, Neubourg, Mulhouse, Thann, Cernay, Ensisheim, Kientzheim, Altkirch, Mornach, Oltingen et Porrentruy. Elle possède des droits de dîmes dans plus de 80 localités. et devient propriétaire de la seigneurie de Löwenbourg[9] en 1526.

Sur ses terres d'une surface considérable, l'abbé avait des droits régaliens sur la chasse, la pêche, les cours d'eau, l'exploitation de mines de fer, la justice (un officier civil en assurait l'exercice et un gibet était dressé à Löwenbourg). Elle possède un haut fourneau et une forge ainsi qu'une tuilerie, des moulins et des métairies. Plusieurs vastes forêts et de grands prés fournissaient le bois et le fourrage nécessaire. Elle possèdera une quinzaine de « granges » en Alsace et dans l'évêché de Bâle qui seront réunies par la suite en prieuré-fermes.

La protection des puissants[modifier | modifier le code]

L'empereur Henri V confirmait les possessions de l'abbaye en 1125 et la prenait sous sa protection. En mars 1283 c'est au tour de Rodolphe Ier du Saint-Empire de faire de même. Puis Charles IV en 1370 et Louis XIV en 1645. Sa renommée et son statut auprès des souverains firent de Lucelle un lieu favori pour les enfants de la noblesse de la région qui voulaient embrasser la vie monastique. Les Asuel, les Pleujouse, les Bonfol, les Montbéliard, les Sogren, les Mersperg et les Montjoie, parmi d'autres, la dotèrent et lui confièrent leurs cadets.

Essaimage de Lucelle[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Lucelle sera à l'origine de nombreuses abbayes cisterciennes du Saint-Empire romain germanique :

Sous sa direction elle aura la gestion de plusieurs couvents et prieurés :


Les grandes catastrophes[modifier | modifier le code]

Suite à un séisme, le couvent doit être reconstruit et la nouvelle abbatiale gothique est consacrée en 1346. L'église, entièrement réservée aux moines, mesurait 62 m de longueur et 20 m de largeur. En 1525, elle ne compte pas moins de 18 autels.

Incendié par les Suisse après la bataille de Dornach en 1499, puis dévasté par un incendie en 1524 l'abbaye devait voir fondre sur elle la révolte des paysans d'Alsace l'année suivante. Endommagée durant la guerre de Trente Ans, qui voit les moines quitter Lucelle pour aller se réfugier au Petit-Lucelle alors situé en territoire soleurois, et par un incendie en 1699, l'abbatiale est dotée d'un riche mobilier baroque, de nouvelles cloches et de nouvelles orgues.

En 1792, l'abbaye, alors la plus riche abbaye cistercienne d'Alsace, est fermée. Le couvent était dirigé par Dom Benoît Noblat et comptait 45 moines. Elle est vendue le 11 mai de cette année à un particulier pour la somme de 42 912 Livre tournois. L'abbaye fut démolie en grande partie et le mobilier baroque vendu aux enchères publiques, se retrouvant ainsi aujourd'hui dans plusieurs communes du Haut-Rhin ou de Haute-Saône. Seul un bâtiment fut conservé pour servir de douane. Le 28 février 1801 un haut fourneau était érigé sur le site.

Hameau actuel[modifier | modifier le code]

L'actuel hameau de Lucelle s'est développé sur le site de l'ancienne abbaye ; il est partagé entre la commune française de Lucelle et la commune suisse de Pleigne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00085507 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. de « luci cella » (lucus = bois)
  3. de « Lux cella » (lucis = lumière)
  4. La toponymie alsacienne, page 44
  5. nommé aussi Boucard d'Oltingen ou d'Hasenbourg/Hasenburg ou d'Asuel
  6. La légende veut que ces trois fondateurs aient été enseveli sous la tour primitive de l'abbaye. C'est à cet endroit qu'en 1679 lors de travaux il a été découvert trois corps
  7. des chartes du 8 janvier 1125 et du 28 mai 1139 de Konrad III confirme la fondation de l'abbaye par « Hugonis de Calmillis (Hugues de Charmoilles), Amideo de Novo Castro (Amédée de Neuchâtel), Ricardo de Montefalconis (Richard de Montfaucon) », (en) Charles Cawley, « Burgundy kingdom nobility », sur Medieval Lands, Foundation for Medieval Genealogy,‎ 2006-2014
  8. a et b Revue d'Alsace, vol. 15, p. 444-449
  9. Le château de Löwenbourg est situé sur la commune de Pleigne
  10. couvent d'Augustins proche de l'abbaye. Fondé peu de temps après la première par un comte de Ferrette. Réuni en 1264 à un couvent du même ordre à Bâle puis en 1505 à Lucelle (Histoire par Ordre de Seigneuries des Villes, Villages et Hameaux de la Basse Alsace ou du Landgraviat Inférieur, page 16)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Schweitzer, La toponymie alsacienne, Jean-paul Gisserot,‎ 2001 (lire en ligne), p. 44
  • J.B. Chauffour, Histoire par Ordre de Seigneuries des Villes, Villages et Hameaux de la Basse Alsace ou du Landgraviat Inferieur, Decker,‎ 1829 (lire en ligne), p. 16
  • Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, Revue d'Alsace, vol. 15,‎ 1864 (lire en ligne), p. 258 à 272, 321 à 333, 337 à 344, 385 à 402, 444 à 449
  • André Chèvre, Lucelle : histoire d'une ancienne abbaye cistercienne, Delémont, 1973.
  • François Kohler, « Lucelle », dans Bernard Prongué (dir.), Le Canton du Jura de A à Z, Porrentruy, Office du patrimoine historique, 1991.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]