Abbaye de Créteil

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L'Abbaye de Créteil ou groupe de l'Abbaye, était un groupe littéraire et artistique. Formé sur le mode d'un phalanstère, le groupe est fondé à Créteil à l’automne 1906 sous l'impulsion du poète Charles Vildrac et de son ami l'écrivain Georges Duhamel, entourés d'une dizaine de personnes. Il fut fermé par ses membres le 28 janvier 1908. Le groupe a également créé une maison d'édition communautaire du même nom entre 1907 et 1908.

Historique[modifier | modifier le code]

S’inspirant notamment de l’Abbaye de Thélème imaginée par Rabelais dans Gargantua, Charles Vildrac est le principal initiateur du projet lors d'une réunion d'amis en décembre 1905 à son domicile de la rue Victor-Massé[1]. Après plusieurs mois de recherches, ils s’installèrent à l'automne 1906, au 35-37 de la rue du Moulin à Créteil, dans une maison entourée d’un parc le long de la Marne, plus précisément du bras-mort dit « bras du Chapitre ». Leur projet était d'échapper à la « commercialisation de l'esprit et de la création artistique » en fondant un lieu de liberté et d’amitié, propice à la création, loin des modes et des conventions de leur époque[1].

Autour des fondateurs se rassembla un premier groupe composé des écrivains René Arcos, Henri-Martin Barzun et Alexandre Mercereau, du peintre Albert Gleizes, du musicien Albert Doyen, et du graveur Berthold Mahn[1]. Henri-Martin Barzun mit sa fortune au service de ses amis pour acheter la minerve d'impression et payer le loyer ; ils fondèrent une société civile composée de Vildrac, Barzun, Arcos, Duhamel, Gleizes[1]. Les artistes, accompagnés de leurs épouses, se donnèrent un but concret : créer une maison d'édition susceptible de leur garantir un revenu. Elle était gérée essentiellement par Vildrac et Arcos[2]. C’est le typographe Lucien Linard, un ami de régiment de Gleizes et d'Arcos, qui apporta les compétences techniques à la mise en place de l’imprimerie. De janvier 1907 à janvier 1908 une vingtaine de livres furent imprimée par l’Abbaye.

Des dizaines d’écrivains et artistes, femmes et hommes, vinrent enrichir le groupe[1] : les poètes Pierre Jean Jouve, Valentine de Saint-Point, Georges et Cécile Perrin, Luc Durtain (qui sera marqué par cet esprit communautaire), les peintres Henri Doucet et Jacques d'Otémar, Léon Balzagette. Les écrivains Jules Romains, fondateur de l’unanimisme, et Alfred Jarry furent des amis du groupe, auxquels se joignirent aussi des proches de la toute jeune Nouvelle Revue française tel Jean-Richard Bloch. On y croisait aussi Georges Chennevière, le dessinateur et graveur belge Frans Masereel, F. T. Marinetti ou encore, l’ami de Marcel Proust, le singulier Robert de Montesquiou qui sera publié par l’Abbaye.

« Et c'est justement la nouvelle génération qui était le plus attaché à cette idée européenne. À Paris je trouvai rassemblé autour de mon ami Bazalgette tout un groupe de jeunes hommes qui, au contraire de la génération précédente, avaient répudié tout nationalisme étroit et tout impérialisme agressif : Jules Romains, qui écrivit plus tard, en pleine guerre, son grand poème Europe, Georges Duhamel, Charles Vildrac, Durtain, René Arcos, Jean-Richard Bloch, tous rassemblés à l'« Abbaye », puis à l'« Effort libre », étaient des pionniers passionnés d'un européanisme à venir et inébranlables, comme l'épreuve du feu le montra durant la guerre, dans leur haine de tout militarisme, - une jeunesse telle que la France en a rarement engendré de plus vaillante, de plus doué, de plus moralement résolue ». »

— Le monde d'hier. Stefan Zweig

Malgré l’intérêt suscité par leur entreprise, les jeunes gens manquèrent d’argent et furent obligés de fermer leur Abbaye, également en raison de dissensions fortes entre certains membres du groupe. La maison d’édition survécut quelque temps avec l'atelier qui poursuivit encore quelques mois son activité au no 7 de la rue Blainville à Paris. Mais surtout les amis continuèrent à se réunir une fois par mois lors d’un « dîner des copains ».

Cette expérience communautaire est décrite en détail par Georges Duhamel dans Le Désert de Bièvres, le cinquième volume de sa Chronique des Pasquier. Par ailleurs, c'est à l'abbaye que Duhamel fit la connaissance de l'actrice Blanche Albane[1] qui devint sa femme quelques années plus tard.

Quelques œuvres imprimées par les éditions de l’Abbaye[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f L'Unanimisme et l'Abbaye de Créteil émission de l'ORTF du 6 juin 1971.
  2. Dont la grande phrase marquante était « cette maison est un gouffre ! ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Mercereau, L'Abbaye et le Bolchevisme, Créer, no 3, septembre-octobre 1922
  • Christian Sénéchal, L’Abbaye de Créteil, éditions Delpeuch, 1930

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]