Abbaye de Chevetogne

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Abbaye de Chevetogne
Image illustrative de l'article Abbaye de Chevetogne
Présentation
Nom local Monastère de l'Exaltation de la Sainte Croix
Culte Catholique oriental
Type Abbaye
Rattachement Ordre bénédictin
Début de la construction XIXe siècle
Fin des travaux 1988
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Département Drapeau de la province de Namur Province de Namur
Commune Ciney
Coordonnées 50° 13′ 05″ N 5° 07′ 57″ E / 50.218056, 5.132550° 13′ 05″ Nord 5° 07′ 57″ Est / 50.218056, 5.1325  

Géolocalisation sur la carte : Belgique

(Voir situation sur carte : Belgique)
Abbaye de Chevetogne

L'abbaye de Chevetogne est une abbaye bénédictine située à Chevetogne, village appartenant à la ville de Ciney, dans la province de Namur en Belgique.

Le monastère présente la particularité de comporter deux églises : une église de rite latin, dédiée au Saint Sauveur, et une église de rite byzantin, dédiée à l'Exaltation de la Sainte Croix. Ce monastère unique a été voulu placé sous le signe de l'œcuménisme par son fondateur, Lambert Beauduin, même si la communauté est uniquement composée de moines catholiques rattachés directement (extra congregationes) à la Confédération bénédictine[1].

Situation[modifier | modifier le code]

L'abbaye se situe à 11 km au sud du centre-ville de Ciney, à 20 km à l'est de Dinant et à 40 km au sud-est de Namur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

Le corps du monastère était à l'origine un château construit au XIXe siècle par le bourgmestre de Chevetogne, Charles Delvaux de Fenffe.

Sa vocation monastique date de 1901 quand les moines bénédictins de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé viennent trouver refuge en Belgique, après avoir été chassés de France suite à la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association qui entraîne la dissolution de centaines de congrégations religieuses[2]. Ils acquièrent le bâtiment occupent les lieux jusqu'en 1923[3]. Le château fut ensuite loué à des particuliers puis il servit de refuge à des jésuites espagnols qui avaient quitté leur pays en raison de la séparation de l'Église et de l'État voulue par la Seconde République espagnole.

C’est en juin 1939 que la communauté fondée par Dom Lambert Beauduin à Amay (province de Liège) s’y installe.

À chaque extrémité des bâtiments, s'élève actuellement une église : au sud, l'église byzantine, et au nord, l'église latine[4] :

  • L'église byzantine a été édifiée de 1955 à 1957. Elle est construite selon les principes de la tradition byzantine selon laquelle une église veut offrir à travers son architecture et sa décoration intérieure comme un condensé du cosmos[5]. Elle est composée de quatre parties : un exonarthex (ou narthex extérieur), le narthex, dans lequel se tiennent les catéchumènes pendant la liturgie eucharistique, la nef, le lieu des baptisés, et enfin, séparé du reste de l'édifice par l'iconostase, le sanctuaire, où le clergé se dispose autour de l'autel lors des célébrations.
    La peinture de l'iconostase due au peintre russe Georges Morozov (1900-1993) et les fresques sont l'œuvre de deux peintres grecs, Rhallis Kopsidis et Georges Chochlidakis, qui se sont inspirés de l'école macédonienne (XIe-XIVe siècle) et de l’école crétoise (XIVe-XVIIe siècle). La décoration du plafond du narthex et des chapiteaux des colonnes est l'oeuvre d'un artiste local, Joseph ROBERT (1912-1982)[5].
  • L'église latine a été construite ensuite, entre 1981 et 1988. Elle est construite sur un plan basilical (narthex, nef et sanctuaire).
    Sa construction est aussi un symbole d'unité des chrétiens puisque la première pierre, provenant du Mont Sion à Jérusalem, a été posée le 2 novembre 1981 par l'archevêque de Cantorbéry et chef spirituel de la Communion anglicane, Robert Runcie, et le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines et primat catholique de Belgique. De plus, l'église est ornée de deux fresques d’inspiration romane dues au moine iconographe russe orthodoxe, l'archimandrite Zénon[6].

Le monastère héberge une bibliothèque œcuménique, riche d'environ 150 000 volumes. Elle est spécialisée dans les domaines de l'Orient chrétien et de l'Œcuménisme. Des fonds particulièrement riches concernent le Mont Athos, l'iconographie et l'histoire de l'Église russe[7].

La communauté[modifier | modifier le code]

En 1909, Dom Lambert Beauduin (1873-1960), alors moine de l'abbaye du Mont César de Louvain, initie le Mouvement liturgique qui lance le renouveau liturgique en Belgique, notamment à travers la revue Les Questions Liturgiques et Paroissiales, dont la publication commence en 1910[8]. La rencontre de l'Orient chrétien a rendu Lambert Beauduin conscient de la division des Églises et a inspiré son projet de fonder un monastère dédié à l'unité des chrétiens. En 1924, le pape Pie XI adresse la lettre Equidem Verba à l'Abbé primat de l'Ordre bénédictin afin d’attirer son attention sur la question de l'unité ; cette lettre est le déclencheur qui conduit Dom Beauduin à réaliser ce projet[9]. C'est en 1926 qu'est fondé le « prieuré pour l'Unité des Églises » à Amay (diocèse de Liège). Lambert Beauduin en est le premier prieur. C'est de là que paraît en 1926 le premier numéro de la revue Irénikon qui est toujours éditée par le monastère[10].

La communauté déménage à Chevetogne (diocèse de Namur) en 1939. Mais Dom Beauduin n'en est déjà plus le prieur. En effet, dès 1928 avec la publication par Pie XI de l'encyclique Mortalium Animos particulièrement critique sur le développement de l'œcuménisme[11], des affrontements se font jour quant à la vocation de la communauté. Alors que Lambert Beauduin veut l'affirmer comme un essai de véritable communion, les autorités épiscopales, dont Mgr d'Herbigny, souhaitent avancer dans un sens plus prosélyte, et constituer un monastère uniate. Cette vision ne correspond pas à celle de Beauduin, réputé pour son caractère bien trempé, ce qui l'amène à être exclu de l’abbaye en 1932. Il commence alors un exil de près de 20 ans pendant lesquels il deviendra le véritable pionnier de la cause œcuménique. Ce n’est qu’en 1951 qu’il réintègre sa communauté, avec le statut d'hôte. Dom Thomas Becquet, un de ses anciens élèves, en est alors le prieur[10].

La renommée du prieuré s'est cependant fortement développée, grâce à des contacts avec des personnalités des différentes Églises chrétiennes (orthodoxie, anglicanisme, protestantisme), à travers l’accueil des hôtes, la célébration liturgique selon les traditions liturgiques byzantine et latine et, surtout, l'organisation de colloques théologiques depuis 1942. La communauté de Chevetogne fait ainsi figure de pionnier dans l'unité des chrétiens. Elle a contribué à faire évoluer l'attitude de l'Église catholique romaine en faveur de l'œcuménisme (recherche de l’unité entre les Églises par un dialogue sur pied d'égalité), qui deviendra sa doctrine officielle lors du IIe concile œcuménique du Vatican (Concile Vatican II), ouvert par le Bienheureux Jean XXIII en 1962[9].

Le 11 décembre 1990, le prieuré de Chevetogne a été élevé au rang d'abbaye, en reconnaissance du rôle éminent joué par les moines sur le plan œcuménique. Dom Michel Van Parys (né en 1942), prieur depuis 1971, en devient le premier Père Abbé. Il occupera cette fonction jusqu'à sa démission le 12 juillet 1997[12]. C'est depuis le TR Père Abbé Dom Philippe Vanderheyden qui lui succède.

Un de ses moines, le P. Nicolas Egender, est élu abbé de la Dormition de Jérusalem en 1979.

L'œcuménisme à Chevetogne[modifier | modifier le code]

Célébration dans l'église byzantine
Célébration dans l'église latine

La vocation œcuménique de l'abbaye se traduit au quotidien dans le déroulement des célébrations. Les moines se répartissent en deux groupes liturgiques, l'un célébrant selon la tradition de l'Occident, l'autre selon la tradition de l'Orient byzantin. La spécificité du projet monastique de Chevetogne tient à ce que les deux rites ont été adoptés en vue de la réconciliation de l'Orient et de l'Occident chrétiens, par delà les ruptures confessionnelles, pour donner corps ainsi à la primauté de la prière. L'office byzantin est célébré en slavon tandis que l'eucharistie est parfois célébrée en grec[13].

La communauté a, bien évidemment, des relations soutenues avec les églises anciennes orientales. Elle a aussi développé des liens très forts avec les autres églises chrétiennes : la Communion anglicane et les églises issues de la Réforme.

Plan du labyrinthe de l'église latine

Activités et productions[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Dès la fondation de la communauté, les chants liturgiques de l'orthodoxie russe ont été en usage pour la célébration de l'office byzantin. Les moines de l'abbaye sont rapidement devenus une référence musicale en la matière et de nombreux enregistrements ont été réalisés depuis les années 1960, tout d'abord sous la direction de Dom Grégoire Bainbridge puis sous celle de Dom Philippe Bär. À partir de 1984 le monastère de Chevetogne a commencé à produire une série de CD sous son propre label en collaboration avec les studios Art et Musique à Angers, spécialisés dans l'édition de musique sacrée[14]. L'ensemble est alors dirigé par le Père Maxime Gimenez, puis par le Père Thomas Pott[15].

Accueil d'hôtes[modifier | modifier le code]

Les moines du monastère de Chevetogne accueillent pour quelques jours des hôtes qui souhaitent passer chez eux un moment de retraite en lien avec la spiritualité du monastère. Trois maisons sont réservées à l'accueil des hôtes. Une hôtellerie réservée aux hôtes masculins est située à l'intérieur du monastère. Une deuxième hôtellerie, destinée aux dames et aux familles, est la maison de Béthanie. Une troisième maison, Emmaüs, permet l’accueil de groupes plus ou moins autonomes[16].

Productions artisanales[modifier | modifier le code]

L'abbaye produit également divers objets artisanaux, souvent liés aux traditions orthodoxes russes. Ils produisent ainsi des objets en bronze émaillé, de nombreuses reproductions d'icônes et divers objets de culte[17]. À l'origine destinée uniquement à la liturgie du monastère, une petite production d'encens est également en vente, avec diverses senteurs disponibles.

Éditions[modifier | modifier le code]

Divers livres religieux sont en vente aux éditions de Chevetogne. La collection Diaconie Apostolique, fondée par le Père Denis Guillaume, regroupe de nombreuses traductions en français des offices de rite byzantin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Contrairement, par exemple, à la Communauté de Taizé, fondée en 1940 par Frère Roger, où se retrouvent des religieux issus de différentes communautés chrétiennes
  2. voir Association loi de 1901
  3. Source : Historique de l'abbaye de Ligugé
  4. Source : Visite guidée de l'abbaye de Chevetogne
  5. a et b Source : Présentation de l'église byzantine de Chevetogne
  6. Source : Présentation de l'église latine de Chevetogne
  7. Source : Présentation de la bibliothèque œcuménique de Chevetogne
  8. Source : Histoire de l'abbaye du Mont César sur le site http://www.keizersberg.be (nl)
  9. a et b Source : Histoire de la communauté de Chevetogne
  10. a et b Source : Biographie de Lambert Beauduin par Ph. Molac sur le site de par l'Institut catholique de Toulouse
  11. Le pape écrit notamment dans cette encyclique : « De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu'elles s'appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables […]. En vérité, les partisans de cette théorie s'égarent en pleine erreur […]. La conclusion est claire : se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c'est s'éloigner complètement de la religion divinement révélée. » Rome, le 6 janvier 1928
    Source : Texte intégral de l'encyclique (fr) sur le site du Vatican
  12. Source : Abbaye de Chevetogne : démission du Père Abbé, dépêche de l'agence belge CIP.
  13. Source : L'œcuménisme à Chevetogne
  14. Voir le catalogue des œuvres musicales de l'abbaye éditées par Art et Musique
  15. Source : La musique à Chevetogne
  16. Hospitalité à l'abbaye
  17. Voir le magasin en ligne de l'abbaye

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source : Catalogue Bn-Opale Plus

Ouvrage sur le monastère
  • Dom J.-B. Van der Heijden, L'église orientale de Chevetogne, architecture, décoration, symbolisme, Éditions de Chevetogne, Chevetogne, 1962, 64 p.
Ouvrages de Lambert Beauduin
  • Lambert Beauduin, Les Pères de l'Église, Albin Michel, Paris, 1941, 32 p.
  • Lambert Beauduin, Antoine Chavasse, Pierre Michalon & Maurice Villain, Église et unité : réflexions sur quelques aspects fondamentaux de l'unité chrétienne, Catholicité, Lille, 1948, 160 p.
  • Lambert Beauduin, Mélanges liturgiques recueillis parmi les œuvres de Lambert Beauduin à l'occasion de ses 80 ans, Abbaye du Mont César, Louvain, 1954, 296 p.
Biographie de Lambert Beauduin
  • Jacques Mortiau et Raymond Loonbeck, Dom Lambert Beauduin, visionnaire et précurseur (1873-1960), un moine au cœur libre, Éditions du Cerf, Paris, 2005, 280 p. ISSN 0769-2633
Colloques œcuméniques de Chevetogne
  • Journées œcuméniques de Chevetogne 1961, L'Infaillibilité de l'Église, Éditions de Chevetogne, Chevetogne, 1963, 268 p.
  • Journées œcuméniques de Chevetogne 1968, Écriture et tradition : constitution conciliaire sur la Révélation, Éditions de Chevetogne, Chevetogne, 1970, 107 p.
  • Colloque Lambert Beauduin 1976, Veilleur avant l'aurore, Éditions de Chevetogne, Chevetogne, 1978, 296 p.
  • Albert Verdoodt, Les Colloques œcuméniques de Chevetogne, 1942-1983, et la réception par l'Église catholique de charismes d'autres communions chrétiennes, Éditions de Chevetogne, Chevetogne, 1986, 88 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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