Abbaye de Barbeau

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Abbaye de Barbeau
Image illustrative de l'article Abbaye de Barbeau
Vue générale de l'édifice

Diocèse Archidiocèse de Sens
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CCLXXX (280)[1]
Fondation 1147
Dissolution 1791
Abbaye-mère Abbaye de Preuilly
Lignée de Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Ordre cistercien
Période ou style baroque

Coordonnées 48° 28′ 01″ N 2° 46′ 33″ E / 48.466875364963, 2.7758775120111 ()48° 28′ 01″ Nord 2° 46′ 33″ Est / 48.466875364963, 2.7758775120111 ()  [2]
Pays Drapeau de la France France
Province Comté de Champagne
Département Seine-et-Marne
Commune Fontaine-le-Port

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Abbaye de Barbeau

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Abbaye de Barbeau

L’abbaye de Barbeau est une ancienne abbaye de l'ordre cistercien, située en France à huit kilomètres au sud-est de Melun ; elle avait été fondée par Louis VII qui y fut inhumé. Elle a été totalement détruite au XIXe siècle. Elle se trouvait sur le territoire de Fontaine-le-Port.

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts à Seine-Port[modifier | modifier le code]

Des ermites ayant fondé la chapelle de saint-Acyre en bord de Seine entre Melun et Corbeil sur l'actuelle commune de Seine-Port, ils la cédèrent en 1145 à l'abbaye cistercienne de Preuilly sise à Égligny, à condition que ses moines y construisent un monastère qui serait nommé Saint-Port - ce qui fut fait. En 1147 Louis VII érigea ce monastère en abbaye, avec pour premier abbé un moine de Preuilly nommé Marlin[3]. L'abbaye est dédicacée à la Sainte Vierge et baptisée Sainte-Marie de Barbeau[4].

Transfert à Barbeaux[modifier | modifier le code]

En 1156 l'abbaye était transférée à Barbeaux sur une terre donnée par Louis VII le long de la Seine entre Melun et Fontainebleau. Le titre de sa fondation lui donne le nom de Sacer Portus (Port Sacré, dans la même ligne de pensée que Saint-Port), Sequanae Portus (Seine-Port) et Barbellus (Barbeaux) ; en 1500 on trouvera encore le nom de monastère de Notre-Dame de Saint-Port, dit de Barbeaux dans quelques titres. En 1160 Louis VII fait don à l'abbaye de deux arpents de terre et un clos de vigne à Fontaines[3].

L'église de l'abbaye fut consacrée en mars 1178[3] par l'archevêque de Sens Guy de Noyers. Les autels furent consacrés par ses suffragants, celui de Saint Denis par l'évêque de Paris Maurice de Sully, et celui de Saint Martin par Manassès évêque d'Orléans. L'abbaye est désignée officiellement du nom de Sacer Portus de Barbello, « Port Sacré de Barbeau ».

Une ancienne légende dit qu'un pêcheur aurait remonté de la Seine à cet endroit un barbeau à l'intérieur duquel il aurait découvert un diamant — ou selon d'autres versions une bague précieuse que saint Loup, archevêque de Sens, aurait fait tomber dans la Seine ou dans l'Yonne.

Ascension de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Le patronage de Louis VII en fit dès l'origine une abbaye importante, richement dotée par le roi, et dans laquelle Louis VII fut enterré en 1180 ; la reine Adèle lui fit élever un riche mausolée orné d'or, de pierres précieuses, et de perles[3]. Les moines cisterciens possédaient ainsi plusieurs propriétés dans les environs. Au XIIIe siècle, ils possédaient aussi une maison à Melun près de l'église Saint-Aspais rue du Franc-Mûrier. A son apogée, l'abbaye abritait de 40 à 50 moines[3].

Vers 1420 l'abbaye fut occupée par les Anglais, conduits par le roi Henri V, qui incendièrent les bâtiments, tandis que les moines avaient trouvé refuge à Melun. Ils revinrent sur les lieux vers 1460 et l'abbaye fut reconstruite. En 1546 le cardinal Jean du Bellay en fut le premier abbé commendataire. Charles IX, de passage, eut la curiosité de faire ouvrir le tombeau de Louis VII ; lui et les princes de sang qui l'accompagnaient prirent les bagues et la croix sur collier de la dépouille de Louis VII[3]. Au cours du XVIe siècle la discipline d'origine de la communauté semble s'être fort relâchée, et elle fut rétablie strictement en 1640.

En 1695, le cardinal Guillaume-Egon de Fürstenberg, abbé commendataire, fit reconstruire le tombeau de Louis VII et les bâtiments conventuels. Au milieu du XVIIIe siècle l'abbaye avait perdu la plupart de ses moines, mais rapportait à l'abbé une rente de 20 000 livres[3], et versait une taxe de 4266 livres à la Cour de Rome. Le clos de vigne donné par Louis VII produisait 400 pièces de vin dans les bonnes années, et la forêt de Fontainebleau fournissait tout le bois nécessaire - mais la chasse y était prohibée sous peine d'exil dans une lointaine dépendance de l'abbaye. En 1785, le trésor de Barbeaux incluait de nombreux reliquaires et présents royaux ; 22 calices d'argent témoignaient de son statut de maison-mère[3].

Déclin et fin[modifier | modifier le code]

Le déclin de l'abbaye, qui la mena en un demi-siècle à sa destruction finale, commença en 1791 quand l'abbaye fut expropriée. En 1793 une troupe de sans-culottes menée par l'ancien prêtre défroqué Métier envahit l'abbaye et détruisit l'église avec son tombeau royal. Récupérés par l'État, les bâtiments conventuels furent donnés en 1810 à l'Institution de la légion d'honneur qui en fit une maison d'éducation pour les orphelines des membres de l'ordre, dirigée par madame de Lézeau. Sous la Monarchie de Juillet, la légion d'honneur les revendit en 1837 à un certain Blondat, négociant, qui les fit démolir pour y construire sa demeure.

De l'ancienne abbaye il ne reste plus aujourd'hui qu'une glacière.

Le tombeau du roi Louis VII[modifier | modifier le code]

Tombeau de Louis VII au milieu du chœur de l'abbaye de Barbeau

Le roi Louis VII fut enseveli dans l'église de l'abbaye le 19 septembre 1180. Son tombeau est ainsi décrit :

« La Reine son épouse fit poser dessus et au niveau du carreau une grande pierre de marbre blanc, avec une inscription convenable. Sur ce marbre était la statue couchée de Louis VII. Cette statue représentait le roi en habits longs, avec un manteau qui descendait jusqu'aux talons. Il portait sur la tête une couronne ouverte, entourée de simples trèfles ; il tenait à la main un sceptre surmonté d'une pomme de pin. Enfin, la reine sa femme, dit un ancien historien, fit faire sur lui, une tombe d'or et d'argent, ornée de pierres précieuses et de merveilleuse œuvre et riche[5]. »

En 1566, le roi Charles IX de France fit ouvrir ce tombeau et y aurait prélevé le mobilier funéraire le plus précieux (une couronne et un sceptre d'or, une croix d'or contenant un morceau de la Vraie Croix et des anneaux d'or).

En 1695, le cardinal Guillaume-Egon de Furstenberg fit reconstruire ce tombeau en marbres de couleurs, et y replaça le gisant d'origine. Il y fit mettre une inscription latine qui se traduit ansi : « Au Très-Pieux roi des Francs Louis VII, enseveli ici le 19 septembre 1180, la reine Adèle son épouse avait érigé un mausolée autrefois magnifique que reconstruisit pour recueillir ses précieux restes, après qu'il eut été détruit par la vétusté, le Très Éminent, Très Révérend et Très Haut Prince Guillaume Egon, Landgrave de Fürstenberg, Prince-Évêque de Strasbourg, Abbé de ce Monastère royal, en l'an 1695. »

Peu avant la destruction de l'église et du mausolée royal par les sans-culottes en 1793, les restes de Louis VII avaient été mis en sécurité par le procureur de l'abbaye nommé Lejeune, qui sera plus tard curé de Chartrettes ; il les fit remettre dans leur tombeau en 1813, puis obtint leur transfert à la basilique Saint-Denis par le roi Louis XVIII en 1817.

Dans l'église de l'abbaye, jusqu'en 1793, se trouvaient également les tombeaux d'Anselme et d'Amaury, évêques de Meaux, respectivement morts en 1207 et 1223, des jumeaux Jean de Sancerre et Thibaud, fils d'Étienne II de Sancerre, appartenant à la famille royale et tous deux morts noyés au cours d'une baignade dans la Seine[6], avant 1236. Leur sœur Constance de Sancerre confirma à l'Abbaye de Barbeau, le mercredi avant la fête de Saint-Pierre-aux-Liens 1260 les aumônes que leur père, y avait faites[7]. On pouvait y voir également le tombeau du peintre Martin Fréminet mort en 1619. Depuis sa fondation, cette abbaye comptait une soixantaine d'abbés, et le dernier fut M. Chapt de Rastignac, nommé en 1746.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L. Michelin, Essais historiques et statistiques sur le département de Seine et Marne, Melun (Michelin) - Paris (Dumoulin) 1841, p. 428-432.
  • Luc Colpart, « l'Abbaye de Barbeau au Moyen Âge », Paris et Ile-de-France - Mémoires, 46 (1995).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne,‎ 1877, 491 p. (lire en ligne), p. 204.
  2. « Barbeau », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 11 octobre 2013).
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Voyage de Champeaux à Meaux, fait en 1785, Abbé Henry Goudemetz, 1892. Chapitre Histoire des environs de Champeaux – décembre 1785. Barbeaux, p. 166-169, [lire en ligne]
  4. H. Fisquet, La France pontificale, Paris, Édition Repos,‎ 1864, p. 212.
  5. Ivan Gobry, « Louis VII le jeune ou le pieux », sur http://www.tombes-sepultures.com/, Tombes et sépultures dans les cimetières et autres lieux,‎ 2002 (consulté le 13 juin 2014).
  6. Père Anselme II-848. Jean Adhemar, Les tombeaux de la collection Gaignière – Dessins d’archéologie du XVIIe siècle, t. I, p. 36, présente deux gravures (152 et 154) magnifiques des tombeaux de Thibaud et Jean de Sancerre.
  7. Vingt-troisième génération

Liens externes[modifier | modifier le code]