Abandon des ampoules à incandescence

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Ampoule électrique 230/240 V à culot à vis Edison E27 (27 mm)

Différents parlements ont adopté des mesures pour abandonner les ampoules à incandescence classiques. Dans certaines juridictions cela a été fait au travers d'une législation, alors que d'autres pays ont adopté des mesures volontaristes. L'argument avancé pour promouvoir cette mesure est l'amélioration du rendement énergétique en phase de consommation (par opposition aux phases de production et de recyclage) en utilisant des technologies d'éclairage alternatives telles que les lampes fluorescentes compactes (LFC) et les lampes à LED.

Des alternatives aux lampes à incandescence existent, avec un meilleur rendement lumineux, comme les lampes « fluocompactes » et les diodes électroluminescentes. Elles offrent aux industriels des prix et des marges assez intéressantes pour qu’ils soient favorables à la substitution.

La production de lampes classiques a été, comme quantité d’autres produits, largement délocalisée : les pays « développés » n’ont plus d’industrie locale à protéger. La réduction de la consommation d’énergie est passée au premier plan, pour des raisons économiques (prix croissant de l’énergie) et écologiques (la production d’énergie est une composante majeure au niveau environnemental).

En France, le passage aux lampes basse consommation devrait permettre d'économiser quelque TWh par an, soit 1,5 % de la consommation nationale d'électricité en 2010.

Selon les régions ou pays, le coût environnemental de la production d'électricité comparé à l'émission de mercure des lampes fluocompactes, reste à étudier, afin de définir s'il présente un bilan environnemental positif. Dans les régions où l'électricité est produite au charbon, par exemple, la lampe fluocompacte peut être intéressante, car sa faible consommation se répercute par une importante diminution d'émanations (dues à la combustion du charbon). Cependant, dans les régions où l'électricité est produite de manière plus écologique, comme par exemple l'hydro-électricité ou l'électricité produite par éolienne ou énergie solaire, le bilan peut être négatif : le mercure nécessaire au fonctionnement d'une lampe fluocompacte peut causer plus de pollution que les activités nécessaires à la production électrique requise à son fonctionnement au cours de sa durée de vie. De tels désavantages ne peuvent être compensés que par une action volontaire des consommateurs qui rapporteraient leurs lampes usagées à un dépôt de recyclage dédié, à défaut de quoi, le mercure se retrouverait libéré dans la nature.

Évolutions locales[modifier | modifier le code]

Amérique[modifier | modifier le code]

Cuba[modifier | modifier le code]

Cuba a remplacé toutes les ampoules à incandescence par des LFC, et interdit leur vente et importation dès 2005[1]. C'est moins une mesure de protection de l'environnement qu'une mesure d'économie d'énergie. Le gouvernement veut économiser de l'énergie électrique parce que la production à Cuba est chroniquement faible.

Venezuela et Argentine[modifier | modifier le code]

Le Venezuela a interdit les ampoules dès 2005[1]. En Argentine, vendre et importer des ampoules à incandescence est interdit depuis le [2].

Canada[modifier | modifier le code]

En avril 2007, Dwight Duncan du Ministère de l'énergie de l'Ontario annonce l'intention du gouvernement provincial d'interdire leur vente en 2012[3].

Le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse indique en février 2007 qu'il envisage l'abandon de ces ampoules[4].

Le ministère fédéral de l'environnement John Baird annonce en avril 2007 un plan de l'abandon des ampoules inefficaces à la consommation dès 2012. D'après le ministère, le Canada économisera (en importation ? ou dans son budget ?) entre 3 et 4 milliards de dollars canadiens sur la durée de vie des nouvelles ampoules[5].

Le règlement sur l'efficacité énergétique est disponible sur le site de Ressources Naturelles Canada[6]. La partie sur les lampes à incandescence reprend de nombreuses réglementations adoptées par les États-Unis. Les lampes exemptées sont entre autres à peu près les mêmes. Les interdictions seront par contre adoptées un peu plus rapidement, et devraient être toutes en vigueur au 1er janvier 2013.

États-Unis[modifier | modifier le code]

George W. Bush, alors président des États-Unis, adopte en 2007 un projet de retrait des lampes à incandescence. Le plan doit être appliqué le . Il inclut l'interdiction de fabrication et d'importation de presque toutes les lampes incandescentes ne répondant pas à une augmentation d'au moins 30 % de leur efficacité, c'est-à-dire atteindre au moins 16 lm/W. Certains produits, comme la gamme de lampes EcoVantage, fabriquée par Philips Lighting, répondait déjà à cette réglementation. General Electric prévoyait aussi lancer une gamme de produits similaires (les HEI ou High Efficiency Incandescent lamps), mais le projet est abandonné fin 2009.

Le plan de retrait des lampes incandescentes se divise en trois parties.

La première étape concerne les lampes GLS (General Service Lamps), ou lampes de service (ou d'usage) général. La plupart des lampes spécialisées, comme les lampes décoratives, d'électroménager, de couleur, trois intensités et les lampes émettant moins de 310 lumens sont exemptées. Cette première étape se déroule en trois temps :

  1. dès le 1er janvier 2012, retrait des lampes de 100 W et des lampes de puissance supérieure émettant moins de 2 500 lumens ;
  2. dès 2013, retrait des lampes de 60 W ;
  3. en 2014, retrait des lampes de 40 W.

La deuxième étape prend place en 2020. Toutes les ampoules incandescentes dans la gamme des 310-2 500 lumens doivent être 30 % plus efficaces. Là encore, les lampes spécialisées, décoratives et celles de moins de 310 lumens ou de plus de 2 500 lumens sont exemptées.

La troisième étape n'a pas encore été décrite.

Cette loi ne touche que la fabrication et l'importation des lampes. Leur vente et utilisation ne sont nullement interdites, ce qui permet d'écouler les stocks existants.

Australie[modifier | modifier le code]

Le gouvernement australien a annoncé le , l’interdiction de vendre des lampes à filament pour 2010.

Asie[modifier | modifier le code]

Philippines[modifier | modifier le code]

En février 2008, le président Gloria Macapagal Arroyo appelle à un abandon des ampoules à incandescence en 2010 en faveur des ampoules à DEL et des ampoules fluorescentes[7].

Union européenne[modifier | modifier le code]

Les États de l'Union européenne (UE) ont approuvé le l'interdiction progressive des lampes à incandescence à partir du avec un abandon total en 2012. Le passage à des méthodes d'éclairage moins dépensières en énergie permettrait selon l'UE d'économiser à l'échelle européenne environ 40 TWh, soit 11 millions de ménages européens, et ainsi réduire les émissions de dioxyde de carbone de 15 millions de tonnes par an[8].

calendrier d'arrêt de mise en vente des lampes à filament
Date puissance
30 juin 2009 ≥ 100 W
31 décembre 2009 ≥ 75 W
30 juin 2010 ≥ 60 W
31 août 2011 ≥ 40 W
30 décembre 2012 ≥ 25 W

Le watt remplacé par le lumen[modifier | modifier le code]

Avec les lampes à incandescence, il faut une ampoule de 60 à 90 W pour certaines pièces de vie, et pour une veilleuse pour la lecture, des ampoules de 40 W.

L'intensité lumineuse d'une ampoule se mesure en lumens.

Si les fabricants affichent parfois des équivalences watts/lumens approximatives, les spécialistes estiment l'efficacité lumineuse des ampoules à incandescence entre 12,6 et 17,5 lm/W [9].

Equivalence watts/lumens pour les ampoules à incandescence
Puissance de l'ampoule
en watts (W)
Flux lumineux
en lumens (lm)
Rendement lumineux
en lumens/watt (lm/W)
Rendement lumineux
40 505 12,6 1,86 %
60 870 14.5 2,13 %
75 1190 15.9 2,33 %
100 1750 17.5 2,6 %

Solutions de remplacement[modifier | modifier le code]

Comparatif[modifier | modifier le code]

Comparatif des solutions de remplacement[10]
Type: Lampe Fluo Compacte Lampe halogène « haute efficacité » Lampe LED
Principe
Lampe fluo-compacte
Excités par une décharge électrique, des atomes de mercure émettent des rayons ultraviolets. Ils sont convertis en lumière visible lorsqu'ils traversent une poudre fluorescente tapissant les parois du tube.
Lampe à incandescence halogène montée dans un culot à vis E27.
C'est une lampe à incandescence améliorée : la lumière est produite par l'échauffement d'un filament dans un gaz de la famille des halogènes (iode ou brome par exemple).
Lampes à LED CEI GUI10 blanches
Un matériau semi-conducteur traversé par un courant électrique émet une couleur bleue. Un composé chimique luminophore convertit ensuite une partie de cette lumière jaune : l'œil perçoit donc une lumière blanche.
Qualité de lumière À flux lumineux égal, sa lumière diffuse, paraît plus douce que celle d'une lampe à incandescence. Le spectre émis comporte des trous pour certaines longueurs d'ondes (entre le bleu et le vert notamment). Les couleurs sont moins vives : l'indice de rendu des couleurs (IRC) est d'environ 80 contre 100 pour la lumière du jour. Brillante, parce qu'elle émane d'une source ponctuelle : le filament. Elle balaie tout le spectre lumineux, du violet au rouge (IRC=100). Très variable, car la qualité du spectre émis dépend du luminophore utilisé. L'indice de rendu des couleurs de cette ampoule à diode électro-luminescente varie selon les modèles, de 80 pour les bonnes à 100 pour les meilleures.
Température de couleur De 2700 (la couleur de la lumière du soleil le soir) à 6500 kelvins (celle du soleil à midi) selon les modèles. Pour recréer l'ambiance des lampes à incandescences classique, choisir 3 000 kelvins. 2700 kelvins exactement, soit la température de la lumière solaire le soir. Réservée aux lieux ou une bonne vision des couleurs est importante. De 2700 à 6500 kelvins selon les modèles. Idéal pour éclairer les pages d'un livre sans éblouir pour autant.
Flux lumineux De 150 à 2500 lumens De 150 à 2500 lumens De 40 à 810 lumens
Prix 7-8 € 4-5 € 40-60 €
Durée de vie De cinq à dix ans (5000 à 10000 h) selon les évaluations. La durée de vie est réduite par les interruptions fréquentes. Le flux lumineux baisse de 20 % avec l'usure. Deux ans environ, (soit 2000 h) De dix à 25 ans (de 10000 à 25000 h)
Rendement énergétique De 45 à 70 lm/W (trois à six fois plus que la lampe à incandescence). Elle produit 14 lm/W. De 50 à 80 lm/W (très variable suivant les modèles).
Empreinte écologique Doivent être recyclées. Verre, métal plastique : elle ne contient aucun produit dangereux. Une filière de retraitement a été jugée plus polluante que le produit lui-même, elle se jette donc avec les ordures ménagères. Le germanium devrait notamment être récupéré, mais il y en a encore trop peu pour mettre en place une filière de recyclage spécifique. Seuls le verre et les matériaux qu'elle contient sont recyclés.
Risque sanitaire Elles contiennent du mercure, un métal toxique qui impose le retour chez le vendeur en fin de vie pour recyclage. Si la lampe se casse, aérer la pièce 15 minutes et revenir essuyer avec du papier absorbant. Plusieurs études ont montré que les ampoules sont sans risque, dans un usage normal (distance 30 cm), pour les caractéristiques pour lesquelles elles étaient pointées du doigt, mercure, champ électromagnétique, rayons UV. Néant. Le rayonnement bleuté des LED pourrait abîmer la rétine, on évite donc de les regarder directement.
Vitesse d'allumage Environ 0,5 s pour les plus rapides, jusqu'à 2 minutes pour les autres. Instantanée Instantanée

Critiques[modifier | modifier le code]

Les inconvénients des ampoules basse consommation sont nombreux et non des moindres. Citons avant tout le mauvais rendu des couleurs, quoique des ampoules de luxe vendues très cher présentent des caractéristiques améliorées mais toujours inférieures à celles des lampes à incandescence. La majorité d'entre elles ne peut pas être utilisée avec un variateur, alors que ce dispositif permet d'ajuster la puissance lumineuse au juste besoin. Il faut également noter leur inadéquation pour l'éclairage de courte durée (une ou deux minutes), par exemple dans les caves, les escaliers, les couloirs, les réfrigérateurs, etc.

De nombreuses critiques se sont élevées contre l'abandon obligatoire des ampoules à incandescence. Ainsi, les ampoules appelées ampoules basse consommation, qui en remplacent la plus grande partie, ont été critiquées car elles contiennent un gaz à base de vapeur de mercure, or cet élément est toxique. En outre, les émissions électromagnétiques de ces ampoules basse consommation sont beaucoup plus importantes que celles des ampoules à incandescence[11].

Enfin, l'ampleur de l'économie d'énergie est contestée, en particulier pour les régions froides où les gains énergétiques dus à une meilleure efficacité des ampoules seront compensés par une augmentation correspondante du chauffage domestique. Ainsi au Québec, le passage aux ampoules basse consommation pourrait paradoxalement causer une augmentation des émissions de CO2 de l'ordre de 220 000 tonnes/an[12] .

À l'inverse, il est évident que l'utilisation d'ampoules basses consommations dans les locaux climatisés (logements, commerces, ateliers, administrations, etc.) va réduire doublement la consommation, puisque, outre le gain d'énergie sur l'éclairage, il y aura également un gain sur le système de climatisation qui devra évacuer moins d'énergie thermique du local. Le temps d'allumage des lampes fluorescentes compactes par basse température peut toutefois les rendre rédhibitoires.

Fiabilité des étiquettes[modifier | modifier le code]

Une directive impose que l'emballage de lampes fasse mention des informations suivantes :

  • durée de vie ;
  • flux lumineux ;
  • température de couleur ;
  • vitesse d'allumage : délai pour atteindre 60 % du flux d'allumage ;
  • quantité de mercure.

Des tests réalisés en France, par l'Institut national de la consommation (INC), montrent que la durée de vie des lampes est largement sur-évaluée. Deux études réalisées aux Pays-Bas, par l'Institut national de métrologie, l'autre, en France, par le Laboratoire national d'essai, le Centre technique du bâtiment et le CEA-Leti, montrent que la qualité des lampes à LEDs varie énormément selon les modèles et qu'en gros, selon le délégué général de l'agence française de l'éclairage, Bernard Duval, « Le marché serait pourri par des fabricants opportunistes qui vendent des produits de très mauvaise qualité ! »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lampe fluorescente#Inconvénients

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) David Derbyshire, « Revolt! Robbed of their right to buy traditional light bulbs, millions are clearing shelves of last supplies », The Daily Mail,‎ 7 janvier 2009 (consulté le 8 janvier 2009)
  2. Clarín.com: Adiós a las lamparitas: las claves antes de cambiarlas
  3. "Old bulbs off shelves by 2012", The Globe and Mail, April 18, 2007
  4. Nova Scotia ponders light-bulb switch, CBC News, 28 février 2007
  5. Tenille Bonoguore, Critics blast environment plan as out of sync with science, The Globe and Mail, 28 avril 2007
  6. le site de Ressources Naturelles Canada
  7. "Philippines to Ban Incandescent Bulbs," "The Associated Press," February 8, 2008.
  8. (fr) Jean-Charles Batenbaum, « L'Union européenne a fixé le calendrier de fin de vie des lampes traditionnelles », sur Actualites-news-environnement.com,‎ (consulté le 9 décembre 2008)
  9. « The Nature of Light » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  10. Science et Vie avril 2011, d'après des valeurs moyennes, tirée de l'étude menée par l'INC et confirmée par deux spécialistes : Bernard Duval et Nicolas Poucet, membres de la commission internationale de l'éclairage
  11. L’arnaque des ampoules basse consommation et les solutions à LED, Christophe Nowicki, 7 août 2009.
  12. Switching off incandescents a no-brainer?, Tyler Hamilton, The Star

Liens externes[modifier | modifier le code]