Aaron Swartz

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Aaron Swartz

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Aaron Swartz (22 ans),
à la rencontre Wikipédia du 19 août 2009, à Boston.

Nom de naissance Aaron H. Swartz
Naissance 8 novembre 1986
Chicago, Illinois
Décès 11 janvier 2013 (à 26 ans)
Crown Heights, Brooklyn, New York, État de New York
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Profession Informaticien
Activité principale Développeur
Autres activités

Aaron Hillel Swartz (né le 8 novembre 1986 à Chicago, mort le 11 janvier 2013 à New York[1]) est un informaticien américain, écrivain, meneur politique et militant de l'Internet.

Swartz s'est impliqué dans le développement du format de flux Web RSS[2], l'organisation Creative Commons[3], le framework de site Web web.py[4] et le site d'actualités Reddit, dans lequel il est devenu associé après fusion avec sa compagnie, Infogami[Notes 1].

Les travaux de Swartz ont également porté sur la sociologie, l'éducation civique et l'activisme[5],[6]. Il a aidé à lancer le Progressive Change Campaign Committee (en) en 2009, afin d'en apprendre plus sur le cybermilitantisme et son efficacité. En 2010, il est devenu chercheur au laboratoire « Safra » de recherche sur la corruption institutionnelle de l'Université de Harvard, dirigé par Lawrence Lessig[7],[8]. Il a fondé le cyber-groupe Demand Progress, connu pour sa campagne contre le Stop Online Piracy Act (SOPA).

Biographie[modifier | modifier le code]

Aaron Swartz en 2002 aux côtés de Lawrence Lessig à l'occasion du lancement de Creative Commons.

Aaron Swartz naît le 8 novembre 1986 à Chicago. Il est le fils de Susan et Robert Swartz, ce dernier étant le fondateur d'une entreprise éditant des logiciels. Sa famille vit à Highland Park (Illinois). Très tôt, Swartz s'intéresse à l'informatique, à Internet et à la culture qui leur sont associés. À 12 ans, il crée The Info Network, une encyclopédie éditée par les internautes, sorte d'ancêtre de Wikipédia [9]. À 13 ans, il reçoit le ArsDigitaPrize, qui récompense les jeunes gens ayant créé des sites non commerciaux « utiles, éducatifs et collaboratifs »[10]. Le titre lui donne droit à un voyage au MIT, où il rencontre des personnalités importantes du web. Il participe, à l'âge de 14 ans, à l'élaboration de la spécification 1.0 du format RSS. C'est seulement âgé de 16 ans qu'il entre à l'université de Stanford, une des plus prestigieuses du monde[2].

En 2002, il lance le Google Weblog, le premier blog non officiel sur Google (www.google.blogspace.com)[11] et, en 2005, il rejoint Alexis Ohanian (en) et Steve Huffman (en), les fondateurs de Reddit, site d'actualités qu'ils lancent ensemble cette même année. Lorsque Reddit est racheté par Condé Nast, une incompatibilité de principes ou de visions le force à vendre ses parts et à quitter son poste[11].

En 2007, il crée le site Jottit[12], un site permettant de créer une page Web le plus simplement possible (entrer un titre, un texte, et cliquer sur publier)[13]. Il devient par la suite membre du W3C et du RDF Core Working Group et élabore, avec John Gruber, le langage Markdown.

Wikipédia[modifier | modifier le code]

Aaron Swartz était un wikipédien actif[14]. En 2006, il s'est présenté à l'élection du conseil d'administration de la Wikimedia Foundation et a publié sur son blog un texte intitulé « Qui écrit Wikipédia ? »[15], dont la conclusion résumait en quelque sorte sa profession de foi. Tout en réfutant rigoureusement l'analyse de Jimmy Wales selon laquelle l'essentiel de l'encyclopédie est écrite par une minorité d'experts très productifs, les « insiders », tandis que la majorité des autres intervenants n'effectuent que des modifications mineures et ponctuelles, Aaron Swartz plaidait pour un élargissement de la base de ces « outsiders » minoritaires. Encourager et faciliter le travail des contributeurs ponctuels devrait même, selon lui, constituer un objectif pour les « insiders », afin de garantir que l'encyclopédie en ligne reste à la fois experte, de qualité, et « wiki », ouverte.

« If Wikipedia is written by occasional contributors, then growing it requires making it easier and more rewarding to contribute occasionally. Instead of trying to squeeze more work out of those who spend their life on Wikipedia, we need to broaden the base of those who contribute just a little bit. »[15]

Affaire JSTOR[modifier | modifier le code]

A. Swartz participant à une manifestation contre le SOPA, en 2012.

Le 19 juillet 2011, il est accusé d'avoir téléchargé 4,8 millions d'articles scientifiques disponibles dans JSTOR[16],[17] (soit la quasi-totalité du catalogue) et suspecté de vouloir les mettre en ligne pour un accès payant ce qui aurait été considéré comme vol pour recel (en réalité le but de cette action n'a jamais été expliqué par Aaron Swartz). L'organisation JSTOR n'a pas pris l'initiative d'une telle démarche judiciaire, c'est le procureur des États-Unis Carmen M. Ortiz[18] qui a engagé des poursuites contre Aaron Swartz dans le but de le faire arrêter[19].

D'après la plainte[20], c'est entre le 24 septembre 2010 et le 6 janvier 2011 que Swartz utilise plusieurs méthodes pour récupérer les documents. Il entre notamment dans la salle de câblage informatique du MIT. La quantité de téléchargements aurait fait s'effondrer plusieurs serveurs de JSTOR, conduisant à un blocage de l'accès des utilisateurs du MIT au réseau.

Alex Stamos, témoin expert engagé aux côtés d'Aaron Swartz dans l'affaire, révèle sur son blog[21] les circonstances et les modalités de l'action du jeune homme :

  • Le réseau du MIT offrait aux étudiants (au moment des faits) une adresse IP routable via un DHCP non identifié, sans contrôle des abus. Chacun pouvait donc s'identifier sur le réseau et se voir confier une adresse IP, ce qui est très rare pour un réseau de campus.
  • Cette organisation était le résultat d'une politique explicite de l'établissement, ce que le directeur de la sécurité des réseaux de l'université a admis face aux représentants de Swartz au cours du procès en décembre. L'université avait choisi de ne pas protéger le réseau d'abus éventuels, comme le téléchargement d'un grand nombre de fichiers simultanément.
  • Toujours au moment des faits, JSTOR autorisait un nombre illimité de téléchargements par les membres du réseau du MIT. Le site n'avait mis en place aucun outil pour empêcher les téléchargements abusifs (comme la mise en place de CAPTCHA, l'enregistrement pour le téléchargement de plusieurs fichiers, ou encore un avertissement pour l'utilisateur). Techniquement, Swartz n'a donc pas « hacké » le site JSTOR : il a seulement mis en place un script Python qui listait les URLs des articles de revues, puis en envoyait la requête au serveur.
  • Swartz n'a rien fait pour dissimuler son identité, n'a usé d'aucun système de chiffrement et n'a même pas effacé son historique de navigation. Il a cependant changé son adresse MAC et fourni une fausse adresse mail (via Mailinator), se déclarant comme « Gary Host » (abrégé en « Ghost » - « fantôme » en anglais).

Après la révélation de ses agissements, Aaron Swartz retourne les disques durs contenant les articles, en promettant de ne pas les diffuser. JSTOR décide alors de ne pas entamer de poursuites judiciaires, le bureau du procureur et le MIT maintiennent cependant leurs poursuites[22].

Décès[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier 2013[23],[24], Swartz s'est suicidé par pendaison[1] dans son appartement de Brooklyn. Son procès fédéral en lien avec ces accusations de fraude électronique devait débuter le mois suivant. En cas de condamnation, il encourait une peine d'emprisonnement pouvant atteindre 35 ans[25] et une amende s'élevant jusqu'à 1 million de dollars[25].

Le lendemain, le MIT annonce l'ouverture d'une enquête interne pour déterminer le rôle joué par l'institution dans le suicide du jeune homme « depuis le moment où des activités inhabituelles ont été détectées sur le réseau à l'automne 2010 jusqu'à aujourd'hui ». Elle sera menée par Hal Abelson, fondateur des Creative Commons et également directeur au sein de l'université[26].

Le même jour, la famille et les proches de Swartz mettent en place un site web à sa mémoire, sur lequel ils déclarent notamment[27] :

« Aaron’s death is not simply a personal tragedy. It is the product of a criminal justice system rife with intimidation and prosecutorial overreach. Decisions made by officials in the Massachusetts U.S. Attorney’s office and at MIT contributed to his death. The US Attorney’s office pursued an exceptionally harsh array of charges, carrying potentially over 30 years in prison, to punish an alleged crime that had no victims. Meanwhile, unlike JSTOR, MIT refused to stand up for Aaron and its own community’s most cherished principles. »

« La mort d'Aaron n'est pas seulement une tragédie personnelle. C'est le résultat d'un système judiciaire où l'intimidation et les poursuites excessives abondent. Les décisions prises par le bureau du procureur du Massachusetts et le MIT ont contribué à sa mort. Le procureur des États-Unis l'a poursuivi pour un nombre de chefs d'accusation particulièrement sévères, menaçant de plus de 30 ans de prison, pour punir un crime allégué qui n'a pas fait de victime. Tandis que, et contrairement au JSTOR, le MIT a refusé de défendre Aaron et ce faisant les principes mêmes, ceux-là les plus chéris, de sa communauté. »

— Traduction libre.

Plusieurs initiatives voient le jour à la suite de son décès : sur Twitter, plusieurs chercheurs publient notamment leurs travaux en accès libre en forme d'hommage à son engagement[28], et une archive contenant une grande part des documents issus de JSTOR est mise en ligne sur The Pirate Bay, ce qui peut être vu comme une manifestation de l'Effet Streisand. Une pétition est également mise en place sur le site de la Maison-Blanche pour réclamer la démission de la procureur à l'initiative de l'affaire[29], signée par plus de 10 000 personnes au lendemain du décès. Le site du MIT subit un défacement de quelques heures affichant un message de soutien d'Anonymous, qui dénonce les pressions du gouvernement américain et appelle à une réforme du système du copyright et de la propriété intellectuelle[30]. Le 19 janvier 2013, WikiLeaks indique qu'Aaron Swartz faisait partie de ses sources, sans toutefois pouvoir le prouver[31].

En février 2013, l'hacktiviste Jeremy Hammond, emprisonné pour avoir hacké l'entreprise Stratfor et transmis les informations à WikiLeaks, écrit une lettre ouverte dans laquelle il condamne le gouvernement américain pour sa responsabilité dans la mort d'Aaron Swartz[32],[33].

Le 26 juillet 2013, Hal Abelson remet au président du MIT le rapport de l'enquête interne initiée après le suicide de Swartz. Celui-ci conclut que le MIT a eu une attitude neutre pendant la période qui a suivi l'arrestation de Swartz, ne cherchant ni à ce qu'une procédure criminelle soit lancée contre lui ni à le défendre. Les rapporteurs notent que, par sa position de neutralité dans cette affaire, le MIT n'a sans doute pas été à la hauteur de son rôle de leader dans la technologie de l'information[34].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Swartz a été décrit comme cofondateur de Reddit, mais ce titre est source de controverse. Après la fusion d'Infogami et de Reddit, Swartz est devenu copropriétaire et directeur de la compagnie mère « Not A Bug, Inc. », en même temps que les cofondateurs de Reddit Steve Huffman et Alexis Ohanian. Swartz a été décrit comme « cofondateur » dans la presse et par l'investisseur Paul Graham (qui a recommandé la fusion) ; Ohanian l'a décrit comme « copropriétaire ».

Hommage et distinction[modifier | modifier le code]

En août 2013, Aaron Swartz est admis, à titre posthume, au temple de la renommée d'Internet, dans la catégorie des innovateurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Associated Press, « Aaron Swartz, un des créateurs du RSS, s'est suicidé », La Presse, 12 janvier 2013.
  2. a et b Damien Leloup, « Aaron Swartz, itinéraire d'un enfant du Net », Le Monde,‎ 30 juin 2014 (lire en ligne)
  3. Lawrence Lessig, « Remembering Aaron Swartz », sur Creative Commons,‎ 12 janvier 2013 : « Aaron was one of the early architects of Creative Commons. As a teenager, he helped design the code layer to our licenses... »
  4. Rick Grehan, « Pillars of Python: Web.py Web framework », sur InfoWorld,‎ 10 août 2011 : « Web.py, the brainchild of Aaron Swartz, who developed it while working at Reddit.com, describes itself as a ‘minimalist’s framework.’ »
  5. Aaron Swartz, « Sociology or Anthropology », Raw Thought (consulté le 16 janvier 2013)
  6. Aaron Swartz, « Simplistic Sociological Functionalism », Raw Thought,‎ 13 mai 2008 (consulté le 16 janvier 2013)
  7. Bianca Seidman, « Internet activist charged with hacking into MIT network », Public Broadcasting Service, Arlington, Va.,‎ 22 juillet 2011 : « [Swartz] was in the middle of a fellowship at Harvard's Edmond J. Safra Center for Ethics, in its Lab on Institutional Corruption »
  8. « Lab Fellows 2010-2011: Aaron Swartz », Edmond J. Safra Center for Ethics, Harvard University,‎ 2010 : « During the fellowship year, he will conduct experimental and ethnographic studies of the political system to prepare a monograph on the mechanisms of political corruption. »
  9. [1]
  10. (en) « ArsDigita Prize », sur Internet Archive.
  11. a et b (en) « A chat with Aaron Swartz », Blogoscoped, 7 mai 2007.
  12. (en) « Aaron Swartz's Jottit has been officially released », News Ycombinator.
  13. (en) [vidéo] « Aaron Swartz - Jottit - HyveUp » sur YouTube, court interview vidéo.
  14. Son compte totalisait 5 000 contributions à la date de son décès, selon (it) NonnaWiki, « Wikipédia expliqué à ma grand-mère », 14 janvier 2013. [2].
  15. a et b (en) « Who Writes Wikipedia », sur www.aaronsw.com,‎ 4 septembre 2006 (consulté le 5 août 2014)
  16. (en) John Schwartz, « Open-Access Advocate Is Arrested for Huge Download », NYT, 19 juillet 2011.
  17. Damien Leloup, « Aaron Swartz, itinéraire d'un enfant du Net »,‎ 30 juin 2014 (consulté le 30 juin 2014).
  18. (en) United States Attorney Carmen M. Ortiz District Of Massachusetts - Justice.gov
  19. (en) « JSTOR Statement: Misuse Incident and Criminal Case », JSTOR, 19 juillet 2011.
  20. (en) Alleged Hacker Charged with Stealing over Four Million Documents from MIT Network - Justice.gov
  21. (en) The Truth about Aaron Swartz’s “Crime” - Unhandled
  22. Guillaume Champeau, « Suicidé, Aaron Swartz devient martyr de la libre diffusion du savoir », Numerama,‎ 14 janvier 2013 à 09h50 (consulté le 14 janvier 2012)
  23. Anthony Nelzin, « Aaron Swartz (RSS, Markdown, Reddit) est mort », Mac génération (macg.co), 12 janvier 2013.
  24. (en) « Aaron Swartz commits suicide », The Tech, 12 janvier 2013.
  25. a et b (en), « Aaron Swartz’s suicide: Was he being unfairly targeted? », Firsport, 13 janvier 2013.
  26. (en) MIT announces internal investigation into its role in Aaron Swartz's prosecution - The Verge
  27. (en) Official statement from family and partner of Aaron Swartz - Remember Aaron Swartz
  28. (en) Academics share copyrighted journal articles on Twitter to honor Aaron Swartz - The Verge
  29. (en) Remove United States District Attorney Carmen Ortiz from office for overreach in the case of Aaron Swartz - White House
  30. (en) Anonymous replaces MIT websites with Aaron Swartz memorial, calls for copyright reform - The Verge
  31. LeMonde, « WikiLeaks dit "croire" qu'Aaron Swartz était l'une de ses sources », Le Monde,‎ 21 janvier 2013 (lire en ligne)
  32. Jeremy Hammond - Criminalisation de la Dissidence Numérique. Jeremy Hammond, mars 2013
  33. Criminalisation de la dissidence numérique, Rezoanonymous
  34. Report to the President - MIT and the Prosecution of Aaron Swartz. Consulté le 30 juillet 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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