Aaron Swartz

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Aaron Swartz

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Aaron Swartz (22 ans),
à la rencontre Wikipédia du 19 août 2009, à Boston.

Nom de naissance Aaron H. Swartz
Naissance
Chicago, Illinois
Décès (à 26 ans)
Crown Heights, Brooklyn, New York, État de New York
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Profession Informaticien
Activité principale Développeur
Autres activités

Aaron H. Swartz (né le à Chicago, mort le à New York[1]) est un informaticien et militant de l'Internet, intéressé aussi par la sociologie, l'éducation civique et l'activisme, connu entre autres comme cofondateur de DemandProgress.org et du Progressive Change Campaign Committee (en), du langage Markdown.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aaron Swartz en 2002 aux côtés de Lawrence Lessig à l'occasion du lancement de Creative Commons.

Aaron Swartz naît le 8 novembre 1986 à Chicago. Il est le fils de Susan et Robert Swartz, ce dernier étant le fondateur d'une entreprise éditant des logiciels. Sa famille vit à Highland Park (Illinois). Très tôt, Swartz s'intéresse à l'informatique, à Internet et à la culture qui leur sont associés. À 13 ans, il reçoit le ArsDigitaPrize, qui récompense les jeunes gens ayant créé des sites non commerciaux « utiles, éducatifs et collaboratifs »[2]. Le titre lui donne droit à un voyage au MIT, où il rencontre des personnalités importantes du web. Il participe, à l'âge de 14 ans, à l'élaboration de la spécification 1.0 du format RSS.

En 2002, il lance le Google Weblog, le premier blog non officiel sur Google (www.google.blogspace.com)[3] et, en 2005, il rejoint Alexis Ohanian (en) et Steve Huffman (en), les fondateurs de Reddit, site d'actualités qu'ils lancent ensemble cette même année. Lorsque Reddit est racheté par Condé Nast, une incompatibilité de principes ou de visions le force à vendre ses parts et à quitter son poste[3].

En 2007, il crée le site Jottit[4], un site permettant de créer une page Web le plus simplement possible (entrer un titre, un texte, et cliquer sur publier)[5]. Il devient par la suite membre du W3C et du RDF Core Working Group et élabore, avec John Gruber, le langage Markdown.

Wikipedia[modifier | modifier le code]

Aaron Swartz était un wikipédien actif[6]. En 2006, il s'est présenté à l'élection du conseil d'administration de la Wikimedia Foundation et a publié sur son blog[7] un texte intitulé « Qui écrit Wikipédia ? », dont la conclusion résumait en quelque sorte sa profession de foi. Tout en réfutant rigoureusement l'analyse de Jimmy Wales selon laquelle l'essentiel de l'encyclopédie est écrite par une minorité d'experts très productifs, les « insiders », tandis que la majorité des autres intervenants n'effectuent que des modifications mineures et ponctuelles, Aaron Swartz plaidait pour un élargissement de la base de ces « outsiders » minoritaires. Encourager et faciliter le travail des contributeurs ponctuels devrait même, selon lui, constituer un objectif pour les « insiders », afin de garantir que l'encyclopédie en ligne reste à la fois experte, de qualité, et « wiki », ouverte.

« Si Wikipédia est écrit principalement par des collaborateurs occasionnels, sa croissance implique de faciliter ces contributions occasionnelles et de les rendre plus gratifiantes. Au lieu d'essayer d'extorquer davantage de travail à ceux qui passent leur vie sur l'encyclopédie en ligne, il faut élargir la base de ceux qui ne contribuent que de temps en temps. »[réf. nécessaire].

Affaire JSTOR[modifier | modifier le code]

A. Swartz participant à une manifestation contre le SOPA, en 2012.

Le , il est accusé d'avoir téléchargé et mis à disposition en ligne 4,8 millions d'articles scientifiques disponibles dans JSTOR[8] (soit la quasi-totalité du catalogue). L'organisation JSTOR n'a pas pris l'initiative d'une telle démarche judiciaire, c'est le procureur des États-Unis Carmen M. Ortiz[9] qui a engagé des poursuites contre Aaron Swartz dans le but de le faire arrêter[10].

D'après la plainte[11], c'est entre le 24 septembre 2010 et le 6 janvier 2011 que Swartz utilise plusieurs méthodes pour récupérer les documents. Il entre notamment par effraction dans la salle de câblage informatique du MIT via les conduits de ventilation, en portant un casque de vélo pour dissimuler son identité. La quantité de téléchargements aurait fait s'effondrer plusieurs serveurs de JSTOR, conduisant à un blocage de l'accès des utilisateurs du MIT au réseau.

Alex Stamos, témoin expert engagé aux côtés d'Aaron Swartz dans l'affaire, révèle sur son blog[12] les circonstances et les modalités de l'action du jeune homme :

  • Le réseau du MIT offrait aux étudiants (au moment des faits) une adresse IP routable via un DHCP non identifié, sans contrôle des abus. Chacun pouvait donc s'identifier sur le réseau et se voir confier une adresse IP, ce qui est très rare pour un réseau de campus.
  • Cette organisation était le résultat d'une politique explicite de l'établissement, ce que le directeur de la sécurité des réseaux de l'université a admis face aux représentants de Swartz au cours du procès en décembre. L'université avait choisi de ne pas protéger le réseau d'abus éventuels, comme le téléchargement d'un grand nombre de fichiers simultanément.
  • Toujours au moment des faits, JSTOR autorisait un nombre illimité de téléchargements par les membres du réseau du MIT. Le site n'avait mis en place aucun outil pour empêcher les téléchargements abusifs (comme la mise en place de CAPTCHA, l'enregistrement pour le téléchargement de plusieurs fichiers, ou encore un avertissement pour l'utilisateur). Techniquement, Swartz n'a donc pas « hacké » le site JSTOR : il a seulement mis en place un script Python qui listait les URLs des articles de journaux, puis en envoyait la requête au serveur.
  • Swartz n'a rien fait pour dissimuler son identité, n'a usé d'aucun système de chiffrement et n'a même pas effacé son historique de navigation. Il a cependant changé son adresse MAC et fourni une fausse adresse mail (via Mailinator), se déclarant comme « Gary Host » (abrégé en « Ghost » - « fantôme » en anglais).

Après la révélation de ses agissements, Aaron Swartz retourne les disques durs contenant les articles, en promettant de ne pas les diffuser. JSTOR décide alors de ne pas entamer de poursuites judiciaires, le bureau du procureur et le MIT maintiennent cependant leurs poursuites[13].

Décès[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier 2013[14],[15], Swartz se serait suicidé par pendaison[1] dans son appartement de Brooklyn. Son procès fédéral en lien avec ces accusations de fraude électronique devait débuter le mois suivant. En cas de condamnation, il encourait une peine d'emprisonnement pouvant atteindre 35 ans[16] et une amende s'élevant jusqu'à 1 million de dollars[16].

Le lendemain, le MIT annonce l'ouverture d'une enquête interne pour déterminer le rôle joué par l'institution dans le suicide du jeune homme « depuis le moment où des activités inhabituelles ont été détectées sur le réseau à l'automne 2010 jusqu'à aujourd'hui ». Elle sera menée par Hal Abelson, fondateur des Creative Commons et également directeur au sein de l'université[17].

Le même jour, la famille et les proches de Swartz mettent en place un site web à sa mémoire, sur lequel ils déclarent notamment[18] :

« Aaron’s death is not simply a personal tragedy. It is the product of a criminal justice system rife with intimidation and prosecutorial overreach. Decisions made by officials in the Massachusetts U.S. Attorney’s office and at MIT contributed to his death. The US Attorney’s office pursued an exceptionally harsh array of charges, carrying potentially over 30 years in prison, to punish an alleged crime that had no victims. Meanwhile, unlike JSTOR, MIT refused to stand up for Aaron and its own community’s most cherished principles. »

« La mort d'Aaron n'est pas seulement une tragédie personnelle. C'est le résultat d'un système judiciaire où l'intimidation et les poursuites excessives abondent. Les décisions prises par le bureau du procureur au Massachusetts et le MIT ont contribué à sa mort. Le procureur des États-Unis a poursuivi pour un nombre de chefs d'accusation particulièrement sévères, menaçant de jusqu'à plus de 30 ans de prison, pour punir un crime allégué qui n'a pas fait de victime. Tandis que, et contrairement au JSTOR, le MIT a refusé de défendre Aaron et ce faisant les principes mêmes, ceux-là les plus chéris, de sa communauté. »

— Traduction libre.

Plusieurs initiatives voient le jour à la suite de son décès : sur Twitter, plusieurs chercheurs publient notamment leurs travaux en accès libre en forme d'hommage à son engagement[19], et une archive contenant une grande part des documents issus de JSTOR est mise en ligne sur The Pirate Bay (ce qui peut être vu comme une manifestation de l'Effet Streisand). Une pétition est également mise en place sur le site de la Maison-Blanche pour réclamer la démission de la procureur à l'initiative de l'affaire[20], signée par plus de 10 000 personnes au lendemain du décès. Le site du MIT subit un défacement de quelques heures affichant un message de soutien d'Anonymous, qui dénonce les pressions du gouvernement américain et appelle à une réforme du système du copyright et de la propriété intellectuelle[21]. Le 19 janvier 2013, WikiLeaks indique que Aaron Swartz faisait partie de ses sources, sans toutefois pouvoir le prouver[22].

En février 2013, l'hacktiviste Jeremy Hammond (emprisonné pour avoir hacké l'entreprise Stratfor et transmis les informations à WikiLeaks) écrit une lettre ouverte dans laquelle il condamne le gouvernement américain pour sa responsabilité dans la mort d'Aaron Swartz[23],[24].

Le 26 juillet 2013, Hal Abelson remet au président du MIT le rapport de l'enquête interne initiée après le suicide de Swartz. Celui-ci conclut que le MIT a eu une attitude neutre pendant la période qui a suivi l'arrestation de Swartz, ne cherchant ni à ce qu'une procédure criminelle soit lancée contre lui ni à le défendre. Les rapporteurs notent que, par sa position de neutralité dans cette affaire, le MIT n'a sans doute pas été à la hauteur de son rôle de leader dans la technologie de l'information[25].

Publications[modifier | modifier le code]

Hommage et distinction[modifier | modifier le code]

En août 2013, Aaron Swartz est admis, à titre posthume, au temple de la renommée d'Internet, dans la catégorie des innovateurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Associated Press, « Aaron Swartz, un des créateurs du RSS, s'est suicidé », La Presse, 12 janvier 2013.
  2. (en) « ArsDigita Prize », sur Internet Archive.
  3. a et b (en) « A chat with Aaron Swartz », Blogoscoped, 7 mai 2007.
  4. (en) « Aaron Swartz's Jottit has been officially released », News Ycombinator.
  5. (en) [vidéo] « Aaron Swartz - Jottit - HyveUp » sur YouTube, court interview video.
  6. Son compte totalisait 5 000 contributions à la date de son décès, selon (it) NonnaWiki, « Wikipédia expliqué à ma grand-mère », 14 janvier 2013. [1].
  7. (en) « Who Writes Wikipédia ? » [2]
  8. (en) John Schwartz, « Open-Access Advocate Is Arrested for Huge Download », NYT, 19 juillet 2011.
  9. (en) United States Attorney Carmen M. Ortiz District Of Massachusetts - Justice.gov
  10. (en) « JSTOR Statement: Misuse Incident and Criminal Case », JSTOR, 19 juillet 2011.
  11. (en) Alleged Hacker Charged with Stealing over Four Million Documents from MIT Network - Justice.gov
  12. (en) The Truth about Aaron Swartz’s “Crime” - Unhandled
  13. Guillaume Champeau, « Suicidé, Aaron Swartz devient martyr de la libre diffusion du savoir », Numerama,‎ 14 janvier 2013 à 09h50 (consulté le 14 janvier 2012)
  14. Anthony Nelzin, « Aaron Swartz (RSS, Markdown, Reddit) est mort », Mac génération (macg.co), 12 janvier 2013.
  15. (en) « Aaron Swartz commits suicide », The Tech, 12 janvier 2013.
  16. a et b (en), « Aaron Swartz’s suicide: Was he being unfairly targeted? », Firsport, 13 janvier 2013.
  17. (en) MIT announces internal investigation into its role in Aaron Swartz's prosecution - The Verge
  18. (en) Official statement from family and partner of Aaron Swartz - Remember Aaron Swartz
  19. (en) Academics share copyrighted journal articles on Twitter to honor Aaron Swartz - The Verge
  20. (en) Remove United States District Attorney Carmen Ortiz from office for overreach in the case of Aaron Swartz - White House
  21. (en) Anonymous replaces MIT websites with Aaron Swartz memorial, calls for copyright reform - The Verge
  22. Le Monde Technologie, 21 janvier 2013,http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/01/21/wikileaks-dit-croire-qu-aaron-swartz-etait-l-une-de-ses-sources_1819778_651865.html
  23. Jeremy Hammond - Criminalisation de la Dissidence Numérique. Jeremy Hammond, mars 2013
  24. http://www.rezoanonymous.eu/IMG/pdf/jeremy-hammond_aaron-swartz_criminalisation-de-la-dissidence-numerique.pdf
  25. Report to the President - MIT and the Prosecution of Aaron Swartz. Consulté le 30 juillet 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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