441 lignes

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Le 441 lignes est un standard de télévision.

Historique[modifier | modifier le code]

Le 441 lignes fut utilisé dans plusieurs pays à partir de la fin des années 1930 et, en France, jusqu'au début de 1956.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, après une phase expérimentale au standard de 343 lignes à partir de l'Empire State Building, la NBC, (filiale de la RCA) fait des démonstrations remarquées en 441 lignes lors de la Foire de New York en 1939. Le standard, également utilisé par la station expérimentale des Industries DuMont, prend fin prématurément avec l'adoption officielle, en 1941, du 525 lignes par l'autorité de régulation FCC sur recommandation du NTSC (National Television System Committee).

Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne nazie, après une courte expérimentation au standard de 375 lignes lors de la retransmission des Jeux olympiques d'été de 1936, Joseph Goebbels créé dès 1937 une station en 441 lignes émettant avec du matériel Telefunken à Berlin et dans sa périphérie, et devant à terme prendre la suite de celle fonctionnant depuis 1935 en 180 lignes avec des moyens mécaniques, mais relayée par un réseau de câbles dans des cinémas reconvertis en « salles publiques de télévision » à Berlin, Hambourg, Munich Leipzig et Bayreuth.

À la suite d'un bombardement sur la capitale, qui détruit ses antennes en 1943, l'émetteur 441 lignes doit cesser d'émettre, mais la station continue de fonctionner sur le réseau câblé distribuant le signal dans les « salles de télévision ».

Dans les années d'après-guerre, l'Allemagne abandonne le standard 441 lignes sous la pression des États-Unis et adopte officiellement le 625 lignes, variante européenne sur secteur électrique à 50 Hz du 525 lignes américain sur secteur à 60 Hz.

Italie[modifier | modifier le code]

En Italie et en France, pays alliés ou occupés de l'Allemagne nazie, celle-ci encourage l'adoption de son standard 441 lignes en vue de la constitution, à terme, d'un réseau de télévision européen dans l'esprit du régime hitlérien.

À Turin, l'ingénieur Castellani qui travaillait en 343 lignes comme la NBC (voir plus haut), adopte le 441 lignes pour les stations expérimentales du régime fasciste à Rome et à Turin. Comme en Allemagne, les émissions cessent et laissent la place, au début des années 1950, au standard 625 lignes allemand qui bénéficie du soutien des Américains.

France[modifier | modifier le code]

À Paris, Georges Mandel, Ministre des PTT, avait encouragé, dès 1931, la Compagnie des Compteurs (CDC) à procéder à des essais de télévision mécanique en mettant à la disposition de l'ingénieur René Barthélémy un studio rue de Grenelle. Après une montée en puissance progressive de 30 à 60, puis à 180 lignes en 1935, l'émetteur de la tour Eiffel passait au standard de 455 lignes en 1938 et devenait le plus puissant du monde (30 kW).

En juin 1940, la Résistance le sabote pour éviter sa reprise par les Nazis. Mais en 1942, ces derniers décident le rapatriement du matériel pour leur station de Berlin (voir plus haut). Le lieutenant Kurt Hinzmann réussit néanmoins à créer une station Fernsehsender Paris alias « Paris Télévision » installée dans un ancien dancing, le « Magic City » situé rue Cognacq-Jay et fonctionnant à la norme allemande de 441 lignes, en français et en allemand, officiellement à l'intention des militaires blessés ou convalescents hospitalisés en région parisienne.

En août 1944, désobéissant aux ordres de sabotage, Hinzmann confie la station intacte à ses subordonnés français, permettant à la Radiodiffusion française (R.D.F.) de reprendre, en 441 lignes, les émissions dès octobre 1945 avec une des plus belles installations de télévision de l'époque. Il est par la suite officiellement remercié par les autorités françaises, dont il représente les intérêts des industriels en Allemagne, sans succès, lorsque celle-ci décide d'adopter le 625 lignes dérivé du 525 lignes américain.

De 1946 à 1949, le 441 lignes règne en maître dans les locaux de la Radiodiffusion française (R.D.F.) puis de la nouvelle Radiodiffusion-télévision française (R.T.F.) avec la création du journal télévisé par Pierre Sabbagh ou l'arrivée en direct du Tour de France, jusqu'à l'adoption d'une définition plus performante destinée à créer un réseau national de télévision. Afin d'éviter de payer de coûteuses redevances aux États-Unis et à l'Allemagne, François Mitterrand, chargé du dossier, adopte la définition de 819 lignes mise au point par Henri de France (qui inventera plus tard le système couleur SECAM), avec un son en AM (au lieu de la FM chez les Américains et les Allemands) et la polarité positive de l'image (au lieu de la négative utilisée avec le 525 et le 625 lignes).

En 1949, un émetteur 819 lignes est inauguré à la tour Eiffel, fonctionnant sans aucun lien avec celui en 441 lignes, en l'absence de toute solution permettant d'émettre une même image sur les deux définitions. Certaines émissions de plateau accueillent ainsi à la fois des caméras (et leurs régies) dans les deux définitions, provoquant parfois des incidents entre les équipes techniques.

Il est décidé que le standard 441 lignes cesserait officiellement le 1er janvier 1958. Aussi, la R.T.F. emploie les grands moyens pour le 819 lignes pour en assurer le développement maximum, en faisant l'acquisition de matériels de prises de vues extérieures (autocars, camions HF etc), donnant aux téléspectateurs 441 lignes le sentiment de ne plus avoir assez de considération de la part de la R.T.F. qui ne leur propose plus que des émissions de plateau ou des vieux films.

Une solution est enfin trouvée. Et en juillet 1952, à l'occasion d'une semaine franco-britannique diffusée depuis Paris[1], les images 819 lignes sont converties en 405 lignes pour être diffusées sur le réseau de la BBC[2], mais aussi en 441 lignes pour le petit millier de téléspectateurs les plus anciens de la capitale. Grâce à un moniteur 819 lignes équipé d'un tube cathodique spécial, et à une caméra 441 lignes également adaptée, cette dernière en filme l'écran en direct, permettant enfin aux téléspectateurs, quel que soit leur standard, de partager les mêmes programmes, notamment les grands directs sportifs et les émissions en Eurovision (couronnement de la Reine Élisabeth II, etc.).

À l'issue d'une longue soirée de couverture des élections législatives, dans la nuit du 3 janvier 1956, un incendie détruit la majeure partie des équipements de l'émetteur 441 lignes au sommet de la tour Eiffel, plongeant ses quelques dernières centaines de téléspectateurs dans un noir qui allait s'avérer irrémédiable. Face au montant nécessaire pour le reconstruire alors qu'il devait s'arrêter définitivement deux ans plus tard, le gouvernement préfère retenir la solution d'une indemnisation des téléspectateurs lésés avec des facilités pour l'achat d'un nouveau récepteur en 819 lignes. La place ainsi libérée au sommet de la tour Eiffel allait d'ailleurs permettre, quelques années plus tard, d'y installer un émetteur expérimental en 625 lignes UHF destiné à diffuser la future deuxième chaîne.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'émetteur parisien en 441 lignes avait les caractéristiques techniques suivantes[3] :

  • porteuse vidéo : 42,00 MHz (polarité +) ;
  • porteuse audio : 46,00 MHz (AM) ;
  • polarisation des antennes : verticale ;
  • désignation du canal dans les documents de l'UER : « canal S » ou « canal spécial » ;
  • puissance rayonnée : 30 kW.

Les feeders et les antennes étaient séparés pour l'image et pour le son.

L'émetteur avait une portée théorique de 80 à 100 km environ. Mais dans la revue Télévision Pratique, des publicités des années 1950 proposaient des récepteurs en garantissant la réception à 150 km de Paris. Des téléspectateurs étaient connus à la RTF pour recevoir les émissions avec une certaine stabilité à Auxerre (Yonne) et même Vichy (Allier).

Pendant la Seconde Guerre mondiale des techniciens radar britanniques installés à Beachy Head, dans le sud-ouest de l'Angleterre, captaient les émissions de Fernsehsender Paris avec un téléviseur 405 lignes modifié en 441 lignes et relié à un rideau de pas moins de 32 antennes (dont chaque dipôle avait une longueur d'environ trois mètres)[4].

Grâce à la portée exceptionnelle de l'émetteur et à la robustesse de son signal, les services secrets britanniques ont ainsi pu étudier en direct les actualités cinématographiques Wochenschau (de) allemande et France Actualités de Vichy donnant des informations très utiles aux Alliés pour leurs opérations sur le continent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. archives.television.free.fr
  2. archives.television.free.fr
  3. le sommet de la Tour Eiffel en 1949 archives.television.free.fr
  4. Pour avoir une idée de la taille monumentale que devait avoir cette installation, voir un modèle d'antenne classique captant la BBC en 405 lignes mais aussi l'émetteur 441 lignes de Paris. Imaginez 32 antennes de ce type, encore plus sophistiquées et connectées ensemble le long d'une falaise.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]