2A46

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2A46 / D-81TM
Image illustrative de l'article 2A46
Caractéristiques de service
Type canon antichar
Production
Année de conception 1969
Constructeur établissement d'artillerie Motovilikha
Caractéristiques générales
Poids du canon et de l'affût 2500 kg
Support T-64, T-72, T-80, T-84, T-90, PT-91 Twardy et Zulfiqar
Calibre 125 mm
Cadence de tir 8 coups par minute
Portée pratique Jusqu'à 4000 m avec un obus-flèche
Portée maximale 12 200 m
Munitions charge et projectile séparés
Alimentation chargeur automatique
Hausse -5 à +15°
Syst. d'absoprtion du recul 370 mm

Le canon 2A46, ainsi que son successeur, le 2A46M, est l'armement principal des chars de combats soviétiques (aujourd'hui russes) depuis le début des années 1970. Il est issu du canon de 125 mm 2A26 équipant les premiers T-64A. Le 2A46 est également construit sous licence en Ukraine et en Chine.

Développement[modifier | modifier le code]

Char de combat T-64 équipé du canon 2A46.
T-72 équipé du canon 2A46.

Le canon de 125 mm 2A46 fut développé pour équiper les chars de combat T-64 et T-72. Son développement fut entrepris car l'état-major soviétique ne jugeait plus suffisantes les performances du 115 mm à âme lisse qui équipait les T-62 ainsi que les versions de présérie du T-64. Le canon fut développé par l'institut Spetstekhnika à Iekaterinbourg tandis que la production était assurée par l'établissement d'artillerie Motovilikha de Perm.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Le 2A46 est un canon à âme lisse, pouvant supporter de très hautes pressions et doté d'une grande vitesse initiale. D'un calibre de 125 mm, il mesure 6,383 m, pèse 2,5 t. L'âme du canon est chromée et le tube peut être équipé d'un manchon thermique, bien que cette configuration ne soit pas retenue sur tous les blindés équipés de ce canon. Il est capable de tirer des obus antichars de type flèche (APFSDS) ou à charge creuse (HEAT), des obus explosifs (HE) ainsi que des missiles antichars AT-11 Sniper.

Le 2A46 a spécifiquement été conçu pour être utilisé avec un chargeur automatique qui alimente le canon selon le principe des charges séparées : le projectile et la charge propulsive sont introduits successivement dans la culasse et ne constituent pas une munition unique. Bien entendu, les missiles antichars, qui ne sont pas fractionnables sont chargés en une seule fois.

Maladies de jeunesse et développement du 2A46M[modifier | modifier le code]

Lors de sa mise en service, le 2A46 était en mesure de perforer le blindage frontal de n'importe quel blindé existant à une distance de tir de 2 000 m. Il était notamment capable de perforer le char britannique Chieftain, qui était probablement le blindé le mieux protégé de l'époque. Toutefois, face aux progrès réalisés en matière de blindage, le canon, en règle générale, s'est progressivement trouvé en position délicate pour percer le blindage des nouveaux chars mis en services.

En ce qui concerne le 2A46, le principal problème venait de la qualité de fabrication des premiers modèles. En effet, l'extraordinaire pression subie lors du départ du coup ainsi que la longueur du tube impliquaient, pour fonctionner correctement, que le canon soit construit selon des normes de qualité que l'industrie soviétique de l'époque n'était pas toujours en mesure de garantir. Le 2A46 a ainsi souffert de phénomènes de flexion du tube, de déformations de pièces et de fuites de gaz propulsifs dus à l'utilisation de matériaux de mauvaise qualité ou de tolérances d'usinages trop grandes.

Ces défauts ont conduit à la mise en service de canons qui présentaient une trop grande dispersion à grande distance ou qui étaient incapable de tirer des obus flèches (APFSDS) avec une vitesse initiale suffisante pour percer les chars les mieux blindés. Ces problèmes ont été pris en compte par les ingénieurs soviétiques qui ont entrepris la conception du 2A46M. Cette nouvelle version est caractérisée par une qualité de fabrication accrue, un revêtement intérieur en chrome plus résistant ainsi que la possibilité de changer le tube directement sur le champ de bataille. À peine disponible, le nouveau canon fut monté en priorité sur les blindés les plus modernes qui constituaient les montures des régiments blindés d'élite de l'Armée rouge : le T-64B et le T-80. Ce n'est que plus tard qu'il fut monté sur les T-72.

De nos jours, le dernier blindé russe entré en service utilise une version encore améliorée de ce canon, le 2A46M-2.

Le chargeur automatique[modifier | modifier le code]

Coupe d'une tourelle de T-72, l'équipage est assis au-dessus du carrousel de chargement des obus.

Le canon est alimenté par l'intermédiaire d'un système de chargement automatique qui contient 28 coups prêts à l'emploi. Il faut noter qu'il y a deux systèmes différents. Le T-64 et le T-80 utilisent un modèle à fonctionnement hydraulique tandis que le T-72 et le T-90 sont équipés d'un modèle électro-mécanique.

Les munitions sont disposées sur un carrousel rotatif situé autour du panier de tourelle. Une fois le type de coup sélectionné, celui-ci est amené en position devant un bras automatique qui le prélève et l'introduit dans la culasse. La charge propulsive est alors introduite à son tour, puis la culasse se ferme. Le canon est alors prêt à faire feu. Le chargement prend entre 3 et 18 secondes, en fonction de l'emplacement du coup sélectionné sur le carrousel. La cadence de tir de l'ensemble est d'environ 8 coups à la minute.

Le système de chargement automatique des blindés soviétiques a été beaucoup décrié par les experts occidentaux qui lui reprochent un fonctionnement difficile et une fiabilité aléatoire. Cette opinion doit être nuancée par le fait que le bon fonctionnement d'un système complexe sur le champ de bataille dépend beaucoup de l'entraînement de l'équipage et de l'entretien réalisé en vue du maintien du matériel en conditions opérationnelles. Ainsi les équipages russes ou des différents pays de l'ex-Pacte de Varsovie utilisateurs de T-72 considèrent ce système comme fiable. Toutefois, il est certain que toutes les armées utilisant des T-72 n'ont pas les mêmes impératifs d'entraînement et d'entretien, ce qui peut expliquer les problèmes rencontrés avec ce système.

Tout solution technique a des avantages et des inconvénients. Le chargement automatique permet avant tout de se passer du chargeur et de réaliser des tourelles biplaces, ce qui permet à son tour de concevoir des chars plus compacts et donc mieux protégés à poids égal. Il permet également de maintenir une cadence de feu plus élevée dans la durée. En effet, un chargeur bien entraîné peut charger 3 obus dans les 15 premières secondes d'un engagement mais il ne peut soutenir cette cadence longtemps. Enfin, le chargeur automatique permet au char de tirer en mouvement, ce qui est beaucoup plus difficile avec un chargeur humain, particulièrement lorsque le char avance en tout-terrain à bonne vitesse.

Par contre le système de chargement à carrousel avec stockage vertical des munitions du 2A46 présente deux inconvénients majeurs : En premier lieu, il limite la longueur des obus à la hauteur disponible en tourelle, ce qui bride le développement d'obus flèches plus performants. En second lieu, le stockage des munitions à flanc de tourelle s'avère très dangereux au combat dans la mesure ou, si le blindage latéral (plus faible) du char est percé, le risque est énorme que les munitions n'explosent dans le compartiment de l'équipage, provoquant sa mort et arrachant la tourelle hors du châssis. De nombreux T-72 ont été détruits de cette façon lors de la bataille de la Bekaa et de l'opération Tempête du Désert. Ce problème existe moins sur les blindés occidentaux comme le M1 Abrams, le Challenger britannique ou le Leopard 2 à chargeur humain car les obus sont stockés en nuque de tourelle dans un compartiment isolé et sécurisé par une construction anti-souffle. Le char français Leclerc qui adopte également un chargeur automatique emporte également ses obus dans un compartiment protégé en nuque de tourelle.

L'avenir du 2A46[modifier | modifier le code]

L'effondrement de l'Union soviétique a conduit un certain nombre de clients traditionnels de l'armement soviétique à se tourner vers du matériel européen ou américain. En ce qui concerne les canons de chars, le calibre 125 mm du Pacte de Varsovie est de plus en plus concurrencé par le 120 mmm au standard OTAN. De plus, l'image de ce calibre souffre des performances désastreuses du T-72 contre les chars israéliens et américains lors de la bataille de la Bekaa et de l'opération Tempête du Désert. Il ne faut pas pour autant oublier que les soviétiques ont souvent fourni à leurs alliés les moins fiables des matériels aux performances très dégradées. Ainsi les Irakiens n'avaient que des munitions âgées, généralement avec des pénétrateurs en acier de type 3VBM8/3BM17/18 alors que les obus flèche en tungstène 3B42 et 3B42M utilisées par l'Armée rouge étaient eux, capable de perforer les blindages les plus épais de l'époque, notamment le M1A2, comme l'ont prouvé des essais réalisés en ex-RDA en 1991 par l'armée américaine et révélés par Jane's International Defense review.

De nombreux experts considèrent que le canon 2A46M-2 reste une arme redoutable. C'est d'ailleurs l'armement choisi par la Russie pour son nouveau T-90 et il faut remarquer que l'Ukraine, l'Inde, le Pakistan et la Chine continuent de faire confiance à ce canon et à ce calibre. On notera que la Chine a annoncé avoir développé un canon autochtone dans ce calibre pour son char Type 99.

Deux solutions sont possibles pour l'avenir : soit le maintien du calibre 125 mm utilisé en conjonction avec un chargeur automatique de nuque sécurisé et permettant l'utilisation de munitions plus longues ou le développement d'un nouveau canon d'un plus fort calibre, probablement 152 mm, pour armer le prochain char russe.