21 avril (expression politique)

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En France, dans le domaine politique, l'expression « 21 avril » est utilisée pour évoquer le dimanche 21 avril 2002, date du premier tour de l'élection présidentielle française de 2002, à laquelle les Français ont connu un véritable traumatisme : en effet, Jean-Marie Le Pen se qualifia pour le second tour avec Jacques Chirac, battant de moins d'un point le candidat de gauche Lionel Jospin. C'était la première fois qu'un candidat d'extrême droite dépassait le stade du premier tour. Ce résultat, qui n'était pas du tout prévu, provoqua un choc, et la peur du Front national que la majorité des Français ressentaient provoqua une très forte mobilisation de la part des hommes politiques, des médias et de l'opinion publique, et favorisa une victoire facile de Jacques Chirac, qui l'emporta avec plus de 82 % des voix le 6 mai suivant.

Depuis, l'expression « 21 avril » désigne un choc politique, un résultat auquel personne ne s'attendait et qui surprendrait toute la France, les médias comme l'opinion publique.

Le choc du 21 avril 2002[modifier | modifier le code]

Le Pen au second tour[modifier | modifier le code]

La présence de Jean-Marie Le Pen aux second tour de l'élection de 2002 provoqua un véritable choc.

Cette expression est utilisée pour désigner l'élection présidentielle française de 2002, mettant en lice seize candidats (nombre record favorisant un éparpillement des votes), qui avait vu l'accession au second tour du candidat Jean-Marie Le Pen (16,86 % des suffrages exprimés), président du FN, et l'élimination du Premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin, placé juste derrière (16,18 % des suffrages exprimés) ; le Président de la République sortant, Jacques Chirac, arrivait premier avec 19,88 % des suffrages exprimés[1],[2].

Une véritable surprise[modifier | modifier le code]

Cet événement avait provoqué un véritable « séisme »[3] politique en France, les sondages n'ayant jamais prévu ni même laissé entrevoir un tel résultat[4]. C'était la première fois depuis l'élection du Président au suffrage universel qu'un candidat d'extrême droite se qualifiait pour le second tour. De même, c'était la première fois que la gauche était éliminée dès le premier tour depuis 1969[5].

Réactions[modifier | modifier le code]

Ce second tour fut aussi terrible pour la gauche française, et précipita le retrait de la vie politique du candidat socialiste Lionel Jospin.

Dès l'annonce des résultats, des manifestations débutèrent à Paris et dans d'autres grandes villes françaises. Elles se poursuivirent pendant deux semaines. Elles atteignirent leur apogée le 1er mai, traditionnellement jour de manifestation syndicale, qui s'était transformée en mobilisation « anti-FN » rassemblant environ 1 500 000 personnes[6],[7], manifestant dans près de 400 cortèges à travers la France[8]. Les principales forces politiques françaises de gauche comme de droite appelèrent à voter pour Jacques Chirac, représentant du RPR (ancêtre de l'UMP), à l'exception de Lutte ouvrière, parti mené par la candidate Arlette Laguiller (5,72 % des voix), qui recommanda à ses électeurs de voter « blanc ou nul », et du Mouvement national républicain, conduit par le candidat Bruno Mégret (2,34 % des voix), qui appela à voter pour Le Pen[8]. Au second tour, Jacques Chirac fut réélu avec plus de 82 % des suffrages, résultat considéré par certains comme singulier dans une démocratie moderne[5].

Une « claque » pour la gauche[modifier | modifier le code]

Considérée par beaucoup comme une « claque » ou un « coup de tonnerre », le 21 avril 2002 marque pour certains, notamment à gauche, la naissance de la conscience politique d'une partie de la génération née dans les années 1980 et 1990[9]. Le 21 avril 2002 est parfois mis en parallèle avec le 10 mai 1981[9], date primordiale pour la gauche des générations précédentes.

Conséquence[modifier | modifier le code]

À l'élection présidentielle de 2007, par peur d'un nouveau « 21 avril », de nombreux électeurs ont préféré voter « utile », c'est-à-dire pour le principal candidat de leur camp politique. En conséquence, les « petits candidats » ont tous réalisé des scores très faibles (inférieurs à 3 %) à l'exception d'Olivier Besancenot[10].

Reprise de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression « 21 avril » est aussi parfois utilisée pour désigner une possible victoire du nouveau leader de l'extrême droite, Marine Le Pen, à l'élection présidentielle.

En 2005, la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne fut qualifiée par certains journalistes et hommes politiques de « réplique du 21 avril » ou de « 21 avril bis ». Elle fut, en effet, elle aussi marquée par la défaite des deux grands partis de gouvernement — l'UMP et le PS — face au FN et à la gauche antilibérale notamment. Mais pour Pierre Tevanian, il s'agissait au contraire d'un « anti-21 avril » pour trois raisons majeures : cette campagne était basée non pas sur l'insécurité mais contre le libéralisme ; la participation fut, contrairement à 2002 plutôt bonne pour ce type de scrutin ; enfin les sondages prédisaient ce résultat[11].

L'expression « 21 avril à l'envers » a été utilisée par François Fillon, après les élections régionales de 2004[12], lorsque la gauche remporta 20 des 22 régions métropolitaines. Six ans plus tard, les socialistes et leurs alliés gagnèrent 21 des 22 régions, ce qui fit dire au sénateur UMP Josselin de Rohan : « Ce n'est pas un 21 avril à l'envers, c'est un 11 septembre »[12].

Début mars 2011, un sondage Harris Interactive plaça Marine Le Pen (fille de Jean-Marie Le Pen et nouvelle présidente du FN) en tête des intentions de vote pour le premier tour de l'élection présidentielle française de 2012 à 24 %, devant Dominique Strauss-Kahn (PS) à 23 %, le Président sortant (UMP) Nicolas Sarkozy, étant, avec 20 %, éliminé dès le premier tour. D'autres sondages, à la fin du mois, placèrent à nouveau Nicolas Sarkozy en troisième position derrière Dominique Strauss-Khan et Marine Le Pen[13]. Depuis, l'expression « 21 avril à l'envers » est souvent employée par les médias ou les hommes politiques pour évoquer un hypothétique duel entre le candidat socialiste et Marine Le Pen au second tour[14],[15]. Mais, littéralement, un véritable « 21 avril à l'envers » opposerait en réalité un candidat d'extrême gauche à un candidat de la gauche, à l'inverse du 21 avril 2002 qui avait opposé un candidat d'extrême droite à un candidat de la droite[16],[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Déclaration du 24 avril 2002 relative aux résultats du premier tour de scrutin », sur site du Conseil constitutionnel (consulté le 17 janvier 2012)
  2. « Résultat des deux tours de la présidentielle de 2002 », sur CEVIPOF (consulté le 17 janvier 2012)
  3. Michel Winock, « Radiographie de l'élection présidentielle de 2002 », L'Histoire,‎ avril 2003 (lire en ligne)
  4. Clarisse Vernhes, « Les instituts de sondages mis en cause », RFI,‎ 23 avril 2002 (lire en ligne)
  5. a et b Pierre Martin, « Les élections de 2002 constituent-elles un « moment de rupture » dans la vie politique française ? », Revue française de science politique, vol. 52,‎ mai 2002, p. 593-606 (DOI 10.3406/rfsp.2002.403740, lire en ligne)
  6. Francine Quentin, « 21 avril-5 mai : deux semaines de bouleversements », RFI,‎ 4 mai 2002 (lire en ligne)
  7. « Fiche média : Manifestation à Paris le 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen », sur INA,‎ 1er mai 2002 (consulté le 17 janvier 2012)
  8. a et b Claude Dargent, François Platone et Martine Jouneau, « L'éphéméride : Chronologie de l'élection présidentielle », sur CEVIPOF (consulté le 17 janvier 2012)
  9. a et b L.EQ., « Chacun ses souvenirs politiques: pour certains, le 10 mai 1981, nous c’est le 21 avril », Libération,‎ 21 avril 2011 (lire en ligne)
  10. Nonna Mayer, Les votes Le Pen du 21 avril 2002 au 22 Avril 2007, CEVIPOF, coll. « Le Panel Électoral Français 2007 : 1re vague – 29 mars - 21 avril 2007 » (lire en ligne), p. 2
  11. Pierre Tevanian, « « Le 21 avril » : Usages et mésusages », Le Monde,‎ juin 2005 (lire en ligne)
  12. a et b Éric Mandonnet, « Les régionales, « ce n'est pas un 21 avril à l'envers, c'est un 11 septembre » », L'Express,‎ 23 mars 2010 (lire en ligne)
  13. « Sondages Présidentielle 2012 publiés en Mars 2011 », sur Sondages-election.com,‎ 5 avril 2011 (consulté le 17 janvier 2012)
  14. Arnaud Leparmentier, « 21 avril à l’envers pour Sarkozy face à DSK et Marine Le Pen, selon Harris Interactive », Le Monde,‎ 7 mars 2011 (lire en ligne)
  15. « Copé à Borloo : « La menace du 21 avril à l'envers est réelle » », L'Express,‎ 26 mai 2011 (lire en ligne)
  16. « Pour un 21 avril à l’envers », Le Grand Soir, 15 avril 2012.
  17. Le vrai « 21 avril à l'envers », en 2012, ce ne serait donc pas Marine Le Pen contre François Hollande mais, par exemple, Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou contre François Hollande.