Œnothérapie

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Le bon samaritain : Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture...

L’œnothérapie est la médecine par le vin. La médecine populaire prétend que le vin doit conserver sa place dans le cadre d'une médecine préventive, mais il s'agit seulement du vin rouge, les vins blancs ou rosés n'auraient aucun intérêt du point du vue de la santé. La consommation d'un à deux verres de vin rouge par jour assurerait une réelle prévention. On notera qu'il n'y a aucun service d'œnothérapie dans un hôpital, qu'il n'y a pas d'enseignement spécialisé dans les universités et que les études qui sortent sont souvent commandées et analysées par des personnes ayant un intérêt dans le secteur viticole.

Historique[modifier | modifier le code]

Hippocrate, père de la médecine moderne, considérait que « Le vin est une chose merveilleusement appropriée à l'homme si, en santé comme en maladie, on l'administre avec à propos et juste mesure, suivant la constitution individuelle »[1]. Galien, son digne successeur, dans une lettre datée du 4 janvier 175, adressée à Marc Aurèle, lui rappelant qu'il avait soigné les gladiateurs dans sa jeunesse[2], dont il désinfectait les plaies au vin rouge[3] , lui prescrit « Au moins bois un peu de vin avant de te coucher, cela fait dormir et pourrait te dispenser de la thériaque »[4], et se citant en exemple, lui indique « J’irai me coucher, l’esprit en paix, le corps imbibé de vin d’Aquitaine, ma dernière trouvaille. Je te le conseille vivement, avec du miel et quelques épices. À coup sûr, c’est l'antidote contre nos soucis »[5].

Portrait d'Arnald[us] de villa noua, gravure sur bois de la Chronique de Nuremberg, 1493

Constantin l'Africain contribua à la réintroduction de la médecine de la Grèce antique dans l’Europe chrétienne. Ses traductions d’Hippocrate et de Galien furent les premières a donner au monde occidental une vue d’ensemble de la médecine antique[6]. Prenant exemple sur ces grands maîtres, Arnaud de Villeneuve, se plut à constater : « Le vin est merveilleux pour les mélancoliques, les colériques et les cardiaques, pour ceux qui ont des problèmes au niveau du foie, de la vessie, de la circulation et particulièrement des artères. Le vin guérit de la dépression, il apporte le joie en ramenant l'homme à la raison et calme le rythme cardiaque. Il soulage une brutale élévation de température et même une fièvre prolongée. À ceux qui en font usage, il donne une attitude raisonnable de l'âme et il les fait rajeunir par la volonté de Dieu »[7].

À l'exemple de Théophraste[1], le médecin catalan concocta toute une série de vins médicinaux : vin cordial, à base de bourrache, mélisse et épices[8], vin aux coings, selon le recette de Dioscoride[9], vin romariné, dont « les propriétés sont admirables »[10], vin sauvage, à base de choux rouges et d'ortie pour soigner les plaies[11], vin d'extintion d'or dans lequel une feuille d'or est plongée quarante fois[12], vin râpeux, dans le moût duquel a été plongé du raifort et qui se prend en apéritif[13], vin d'euphraise, pour les yeux[14], vin de campanule[15], vin de sauge[16], vin hysopique[17], vin de fenouil[18], vin anisé[19], vin au chiendent[20], vin dyamon, valant pour la reproduction[21], vin de chardon[22] et vin de girofle[23].

Article détaillé : Vin aromatisé.

Et bien sûr, maître François Rabelais, reçu docteur en la Faculté de médecine de Montpellier venta les vertus thérapeutiques du vin en notant que « Le jus de la vigne clarifie l'esprit et l'entendement, chasse tristesse, donne joie »[1].

Effets positifs du vin rouge[modifier | modifier le code]

Le vin cordial, donné comme remontant, durant la Première Guerre mondiale

Le vin rouge pris sans excès semble, selon certaines études, présenter différentes vertus médicinales, notamment grâce aux tanins contenus dans celui-ci. Les tanins assoupliraient les artères et veines, et préviendraient un certain nombre d'incidents cardiaques, pour des raisons différentes des effets favorables attribués à l'huile d'olive. Plus précisément, plusieurs études scientifiques ont montré cet aspect positif sur l'organisme du vin rouge lorsqu'il est consommé en faible proportion[24].

Parmi les phénols, dont on connaît le rôle antiradicalaire depuis les années cinquante, des molécules de faible masse moléculaire, comme la quercétine et le resvératrol, sont présentes en faible quantité dans les vins mais ne peuvent être responsables du French Paradox. Toutefois, selon des chercheurs de l'université de Glasgow le potentiel thérapeutique du resvératrol demeure prometteur[25]. D'autres composés ont été étudiés, comme la catéchine, présente à des concentrations de l'ordre de plusieurs dizaines de mg/l ; son rôle potentiel a été confirmé grâce à son identification dans le sang, après absorption de vin.

D'autres études plus récentes ont été menées sur les composés phénoliques majoritaires des vins, les tanins, constitués de plusieurs unités de catéchine liées entre elles. Elles ont montré que les vins les plus riches en tanins, les vins rouges, possèdent un pouvoir antiradicalaire certain. Les vins blancs, naturellement pauvres en tanins, peuvent augmenter leur pouvoir antiradicalaire grâce à l'élevage en barriques qui leur apporte les tanins du bois.

Cependant, l'effet bénéfique d'une consommation modérée de vin et plus généralement d'alcool pourrait provenir d'une erreur méthodologique consistant à ranger les anciens alcooliques devenus abstinents dans la catégorie des abstinents. Les études qui ne font pas cette erreur ne retrouvent pas d'effet positif d'une consommation modérée d'alcool, ni sur le cancer ni sur les maladies cardiovasculaires[26]. Au contraire une consommation même modérée d'alcool serait un facteur de risque pour de nombreux cancers[27].

Effets du champagne[modifier | modifier le code]

Pour le vin de Champagne, chaleureusement recommandé par ses promoteurs comme antidépresseur et anxiolytique. Par sa teneur en alcool, la consommation excessive de vin de Champagne peut être nuisible pour la santé. Sa consommation est spécialement déconseillée aux femmes enceintes, en raison des effets possibles de l'alcool sur le développement du fœtus[28]. Également comme toute boisson alcolisée, il peut engendrer une dépendance à l'alcool. L'OMS reconnaît l'alcoolisme comme une maladie et le définit comme des troubles mentaux et troubles du comportement liés à l'utilisation d'alcool.

Cependant, le vin de Champagne fut longtemps chaleureusement recommandé en œnothérapie au motif qu'il « dissipe les états nauséeux et soutient le moral ». Le chanoine Godinot en 1718, dans son traité sur les vins de Champagne, assurait : « De tous les vins, il n'en est pas de meilleur pour la santé qu'un vin gris de Champagne, ou couleur œil de perdrix ».

Ses qualités :

  • Son gaz carbonique provient uniquement de la seconde fermentation et n'est pas artificiel, comme l'est celui de certains vins mousseux et des boissons gazéifiées.
  • Le champagne n'irrite pas l'estomac malgré un pH très faible, il ne nuit pas à la digestion, mais l'améliore, en dissolvant les graisses et en évitant les ballonnements.
  • Comme tous les vins blancs secs, il est diurétique et aide à éliminer les excès.
  • Il est riche en sels minéraux assimilables, en particulier en potassium, en calcium, en magnésium et en soufre, et possède donc des propriétés dépuratives, détoxicantes et anti-inflammatoires. Il agit ainsi sur les rhumatismes, les rhumes et les allergies.
  • Il contient aussi des oligo-éléments, dont le zinc, utile à la régulation de l'influx nerveux, et avant l'utilisation des anxiolytiques, le champagne était reconnu comme antidépresseur et anxiolytique. Il contient aussi du phosphore et du lithium importants pour la régulation des humeurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les pouvoirs du vin depuis l'Antiquité consulté le 24 juin 2010
  2. Lettre de Galien à Marc Aurèle, Rome, 4 janvier 175, p. 13. consulté le 24 juin 2010
  3. Bruno Halioua, Histoire de la médecine, Éd. Masson, Paris. consulté le 24 juin 2010
  4. Lettre de Galien à Marc Aurèle, Rome, 4 janvier 175, p. 16. consulté le 24 juin 2010
  5. Lettre de Galien à Marc Aurèle, Rome, 4 janvier 175, p. 18.consulté le 24 juin 2010
  6. Constantine the African consulté le 24 juin 2010
  7. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 12.
  8. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 13.
  9. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 17.
  10. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 19.
  11. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 23.
  12. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 25.
  13. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 28.
  14. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 29.
  15. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 30.
  16. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 31.
  17. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 32.
  18. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 34.
  19. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 35.
  20. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 40.
  21. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 42.
  22. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 43.
  23. Arnaud de Villeneuve, op. cit. p. 44.
  24. La Voix du Nord le 5 juin 2008
  25. « L'effet préventif du vin rouge » (consulté le 4 août 2009)
  26. (en) Moderate alcohol use and reduced mortality risk: Systematic error in prospective studies, Kaye Middleton Fillmore, William C. Kerr, Tim Stockwell, Tanya Chikritzhs, Alan Bostrom, Addiction Research & Theory, Volume 14, Issue 2 April 2006, pages 101-132
  27. (fr) Communiqué du 11 décembre 2007 de l'Institut National Du Cancer
  28. (Consommation d'alcool et femmes enceintes)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]