Île d'Anticosti

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Île d’Anticosti
Image satellite de l’île d’Anticosti.
Image satellite de l’île d’Anticosti.
Géographie
Pays Drapeau du Canada Canada
Archipel Aucun
Localisation Golfe du Saint-Laurent (océan Atlantique)
Coordonnées 49° 30′ N 63° 00′ O / 49.5, -6349° 30′ N 63° 00′ O / 49.5, -63  
Superficie 7 892,52 km2
Côtes 530 km
Point culminant non nommé (312 m)
Géologie Île continentale
Administration
Statut Forme la municipalité de L'Île-d'Anticosti

Province Québec
Région administrative Côte-Nord
Municipalité régionale de comté Minganie
Démographie
Population 266 hab. (2001)
Densité 0,03 hab./km2
Plus grande ville Port-Menier
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC-5

Géolocalisation sur la carte : Canada

(Voir situation sur carte : Canada)
Île d’Anticosti
Île d’Anticosti
Îles du Canada

L’île d'Anticosti est une île naturelle du golfe du Saint-Laurent faisant partie de la région québécoise de la Côte-Nord. Elle se trouve face à Havre-Saint-Pierre, séparée de la Côte-Nord par le détroit de Jacques-Cartier et de la Gaspésie par le détroit d'Honguedo.

Anticosti est la plus grande île du Québec avec 7 900 km², soit une taille comparable à la Corse. Mesurant 222 km de long et 16 à 48 km de large, elle est plus grande que la province canadienne de l'Île-du-Prince-Édouard, mais très faiblement peuplée (environ 300 habitants, quoique ce nombre puisse doubler durant la période de l'exploitation forestière ou de la chasse), principalement dans le village de Port-Menier, sur la pointe ouest de l'île, où se situe le port et l'aéroport. Elle est accessible par bateau à partir de Sept-Îles ou Rimouski. On peut aussi s'y rendre par avion, à partir de Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre ou Mont-Joli. L'île est un milieu où la nature règne. Elle est reconnue pour ses activités de plein air, sa pêche, sa chasse (plus de 150 000 chevreuils sont sur l'île) et son pétrole de schiste (peut-être entre 30 et 46 milliards de barils[1],[2]). On y retrouve aussi de l'exploitation forestière dans certains secteurs. Le gouvernement de Phillipe Couillard envisage d'extraire du pétrole en raison des grandes réserves du sous-sol de l'île.

Géographie[modifier | modifier le code]

Réserve de pêche et de chasse, Anticosti est couverte d'une forêt d'épinettes et de sapins. Les cours d'eau tranquilles coulant au fond des gorges peuvent se transformer, à la fonte des neiges, en de furieux torrents, telle la rivière Vauréal dont les chutes s'élancent d'une hauteur de 76 mètres.

L'île jouit d'un climat sud-boréal plus tempéré que celui du continent. En été, le thermomètre oscille entre 15 et 25 °C et en hiver de 0 à -20 °C.

Histoire[modifier | modifier le code]

De la préhistoire jusqu'aux explorations européennes[modifier | modifier le code]

Depuis des centaines d'années, les Amérindiens du continent utilisaient l'île comme zone de chasse. Les Innus l'appelaient Notiskouan, ce qui se traduit par « où les ours sont chassés » (en raison du grand nombre de ces plantigrades à l'époque) et les Micmacs l'appelaient Natigôsteg qui signifie « l'avant-terre ».

Il existe plusieurs théories, parfois plus des légendes, sur la présence de plusieurs peuples européens, africains ou même asiatiques au Québec avant l'arrivée de Jacques Cartier. Un récit de Sextius Sullus rapporté par Plutarque en 75 av. J.-C. rapporte que des pèlerins partent à tous les trente ans de l'Angleterre vers le refuge de Cronos, le père de Zeus, qui pourrait être à l'île du Cap-Breton ou à l'île d'Anticosti[3]. Ce récit a été recueilli à Carthage, et on sait que les Carthaginois se sont rendus jusqu'à la mer des Sargasses[3]. En fait, l'archéologue Thomas Lee annonce en 1975 la découvertes de pierres avec des inscriptions phéniciennes près de la rivière Saint-François. Des recherches subséquentes ont toutefois prouvées que ces marques sont d'origine géologique[3].

Ancien régime[modifier | modifier le code]

Jacques Cartier fut le premier européen à mentionner l'île lors de son voyage en 1534. Puis, le 15 août 1535 contournant à nouveau l'île, il la nomma, en l'honneur de la fête du jour, Assomption[4]. En 1680, les premiers colons arrivent et le seigneurie de l'archipel Mingan et l'île est offerte à Louis Jolliet par Louis XIV en récompense de son exploration du Mississippi et de sa découverte de la région des Grands Lacs. De la taille du quart de la Belgique, c'est la plus grande île à avoir été possédée par un particulier.

« Ce Fleuve a 20. ou 21. lieues de largeur à son embouchure au milieu de laquelle on voit l'Isle d'Anticostie, qui en a vingt de longueur. Elle appartient au Sieur Joliet, Canadien, qui y a fait faire un petit Magasin fortifié, afin que les marchandises et sa famille soient à l'abri des surprises des Eskimaux, dont je vous parlerai dans la suite: c'est avec d'autres Nations Sauvages savoir les Montagnois & les Papipanachois, qu'il trafique d'armes & de munitions pour des peaux de Loups Marins, & quelques autres Pelleteries. »

— Baron de Lahontan, 1728


À la mort de Louis Jolliet, l'île est léguée à ses trois enfants qui s'en départissent à la suite d'un long procès.

Régime britannique[modifier | modifier le code]

Après la conquête britannique, l'île est annexée en 1763 à la colonie de Terre-Neuve puis à la province de Québec en 1774.

Province de Québec[modifier | modifier le code]

Aucun développement ne s'ensuit sauf la construction de trois phares. En 1874, une société incorporée tente d'établir une population nombreuse, mais c'est un fiasco.

Propriété de Henri Menier[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'à partir de 1895 que l'île connaît vraiment son développement. À cette date, elle est vendue pour la somme de 125 000 dollars au riche chocolatier français Henri Menier qui en fait une réserve de chasse et de pêche personnelle. Il fait rechercher en Amérique du Nord des espèces animales pouvant s'adapter au rude climat de l'île  : castors, lièvres d'Amérique, orignaux, cerfs, bisons, visons, rennes et wapitis. Au nord de l'île, il fait construire le petit village de Baie Sainte-Claire, nommé ainsi en l'honneur de sa mère. Puis, vu la grande difficulté pour les bateaux d'y accoster en raison du récif, plate-forme rocheuse s'avançant parfois à quelques kilomètres de la rive, Henri Menier fait déménager tout le village à une vingtaine de kilomètres de là. Port-Menier voit le jour, où son fondateur fait bâtir un château et équipe le village pour la pêche au poisson en attendant de pouvoir en exploiter les ressources minières et forestières ainsi que la tourbe. En 1913, la mort subite d'Henri Menier fait basculer le projet qu'il avait développé et planifié avec Georges Martin-Zédé. Son frère Gaston hérite de l'île. La jugeant peu rentable, il la vend en 1926 à une firme forestière canadienne, la Wayagamack Pulp and Paper Company (devenue la Consolidated Paper Corporation Ltd en 1931).

La Wayagamack[modifier | modifier le code]

La Wayagamack Pulp and Paper Company deviendra quelques années plus tard la Consolidated Bathurst. Sous la gestion de Frank Wilcox, employé de la dite compagnie, l'île fait l'objet d'un « haut risque d'incendie ». Ainsi, sous le prétexte de mesures préventives, Wilcox ordonne que l'édifice appelé « château Menier » par les insulaires et autres employés de la compagnie, soit incendié. Ce fut un jour bien triste pour les habitants de l'ile, que ce magnifique manoir dont un des murs était décorée avec une fenêtre d'une quinzaine de pieds de haut en forme de Fleur de lys, soit incendié[5]. Le 3 octobre 1953, Wilcox lui-même et son assistant répandent de l'essence sur les planchers de cette somptueuse résidence, ce bien culturel qui témoignait de l'esprit d'entreprise français.

Rachat par le gouvernement du Québec[modifier | modifier le code]

En 1974, l'île est rachetée par le gouvernement du Québec pour environ 25 millions $. Aujourd'hui, le principal village, Port-Menier, compte près de 250 habitants.

En 1982, le gouvernement du Québec procède au découpage du territoire, attribuant 40 % des terres aux insulaires, qui y ont aménagé trois pourvoiries privées d'une superficie totale de 2 052 km² ainsi qu'une zone résidentielle de 352 km² autour de Port-Menier. Le reste du domaine est géré par la SÉPAQ.

Vers la fin des années 2000, alors que l'industrie forestière (principal moteur économique de l'île avec le tourisme de chasse et d'aventure) décline, les nouvelles méthodes de fracturation hydraulique permettent d'entrevoir une éventuelle exploitation pétrolière de l'île, le pétrole de schiste. En 2013, le sujet est toujours débattu, notamment à cause des risques environnementaux d'une telle entreprise.

Faune[modifier | modifier le code]

Pêcheur au saumon sur la rivière à l'Huile.

Le cerf de Virginie y a été introduit par Henri Menier au nombre de 220 individus et s'est multiplié sur l'île, qui est reconnue pour sa chasse (plus haut taux de succès à la chasse au cerf de Virginie en Amérique du Nord, avec plus de 85 %). En 1897, 150 cerfs de Virginie sont commandés au trappeur Boulay de Cap-St-Ignace et amenés par le vapeur Savoy qui assurait la liaison avec Québec. La population du cerf de Virginie est estimée entre 160 000 et 200 000 bêtes, alors que celle de l'orignal (également introduit par Menier) ne dépasse pas 1 000. La très forte densité de population de cerfs entraîne même parfois des problèmes de régénération du sapin baumier, qui constitue l'une des bases de l'alimentation de l'animal. Menier fit également introduire le castor, la gélinotte huppée et quelques autres espèces encore visibles aujourd'hui.

La Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) gère environ la moitié des territoires pour la chasse et la pêche (au saumon surtout) ainsi que le Parc national d'Anticosti. Des pourvoiries privées et une appartenant aux Anticostiens gèrent le reste du territoire. L'île est aussi fréquentée par des paléontologues, des ornithologistes, des chasseurs, des pêcheurs à la ligne et des randonneurs.

Lieux connus[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Shields, « Pétrole - Gisement de classe mondiale à Anticosti », Le Devoir,‎ 15 décembre 2011 (lire en ligne)
  2. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201402/13/01-4738630-quebec-enclenche-lexploration-petroliere-sur-anticosti.php
  3. a, b et c Marcel Moussette et Gregory A. Waselkov, Archéologie de l'Amérique coloniale française, Montréal, Lévesque Éditeur,‎ 2014, 458 p. (ISBN 978-2-924186-38-1), p. 19-26
  4. Municipalité de L’Île-d’Anticosti - Histoire
  5. Le paradis retrouvé, Anticosti / Donald MacKay ; adapt. de l'anglais par Willie Chevalier. Éditeur Montréal : La Presse, 1983. p.95
  6. Fonds Georges Martin-Zédé (P186) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Lionel Lejeune. Époque des Menier à Anticosti, 1895-1926. (1987) Éditions JML, Saint-Hyacinthe. ISBN 2-89234-029-2
  • (fr) Documentaire par Jean-Claude Labrecque (1999) : Anticosti, au temps des Menier.
  • (fr) Essai par Charlie McCormick. Anticosti. (1979) Les éditions JCL, Édition révisée: 1982, 1996. ISBN 978-2-89431-152-3
  • (fr) Le paradis retrouvé, Anticosti / Donald MacKay ; adapt. de l'anglais par Willie Chevalier. Éditeur Montréal : La Presse, 1983.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]