Évasion d'Alcatraz de 1962

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37° 49′ 36″ N 122° 25′ 24″ O / 37.82667, -122.42333 ()

Photographie aérienne du complexe pénitentiaire d'Alcatraz (vue du sud).

L’évasion d'Alcatraz de 1962 est l'évasion qui eut lieu la nuit du 11 juin 1962 de trois détenus de la prison fédérale de haute sécurité d'Alcatraz, laquelle est à l'époque le pénitencier le plus célèbre des États-Unis. Frank Morris et les frères Clarence et John Anglin prennent la fuite à bord d'un radeau de fortune après avoir creusé le mur de leur cellule. Allen West, un quatrième complice, n'a pu se joindre à eux en raison d'un contretemps.

Malgré l'important dispositif pour les capturer, ils ne sont pas retrouvés. Les enquêteurs supposent qu'ils se sont noyés dans la baie de San Francisco[1]. Malgré cette hypothèse, les trois fugitifs restent toujours recherchés par les autorités.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Alcatraz.
Situation de l'île d'Alcatraz

Le complexe pénitentiaire d'Alcatraz est une prison construite sur une île de la baie de San Francisco, en Californie, dans l'ouest des États-Unis. Forteresse militaire (1850-1909), puis prison militaire (1909-1933) et prison fédérale de haute sécurité (1934-1963), Alcatraz est, en 1962, depuis plus de vingt ans un établissement modèle, offrant un maximum de sécurité[2] et une prison dont la réputation est internationale[2] grâce à l'accueil de prisonniers célèbres comme le gangster de Chicago Al Capone[2], le ravisseur de l'homme d'affaires Charles Urschel George « Machine Gun » Kelly Barnes, et les criminels Henri Young et Robert Stroud[2], rendus célèbres à la fin du XXe siècle respectivement grâce au films Meurtre à Alcatraz (1995) et Le Prisonnier d'Alcatraz (1962). L'environnement extérieur était dissuasif avec des courants forts[2] et une eau fraîche entre 10 et 12°C[3] ce qui avait incité l'administration pénitentiaire à faire prendre systématiquement aux détenus des douches chaudes afin qu'ils aient des difficultés à s'accoutumer à l'eau froide en cas d'évasion[4], un luxe dans les pénitenciers de l'époque. Alcatraz eu une population moyenne d'environ 260 à 275 détenus et ne dépassa jamais les 336 prisonniers. Milieu relativement clos, l'île était aussi le lieu de vie des gardiens et de leurs familles.

Sur 29 ans (1934-1963), 36 prisonniers (dont deux qui tentèrent de s'évader par deux fois) ont effectué 14 tentatives d'évasion différentes[2],[5]. Sur ces 36 évadés, 23 furent rattrapés, six furent tués par balle et trois se sont perdus en mer et ne furent jamais retrouvés[5]. Aucun détenu n'est jamais parvenu à s'évader totalement d'Alcatraz en rejoignant le continent, bien qu'au total cinq soient « manquants ou présumés noyés »[5].

Participants[modifier | modifier le code]

Rangées de cellules à Alcatraz.

Les frères Anglin, Clarence Anglin (né le 11 mai 1931) et John Anglin (né le 2 mai 1930) sont nés à Donalsonville en Géorgie, et ont travaillé comme agriculteurs et ouvriers. Ensemble, ils ont commencé avec leur autre frère Alfred à braquer des banques[6] en Géorgie et ont été arrêtés en 1956. Clarence et John ont eu 15-20 ans de prison et ont été envoyés au pénitencier fédéral d'Atlanta (où ils rencontrent Frank Morris et Allen West), la prison d'État de Floride et pénitencier fédéral de Leavenworth. Clarence et John ont fait plusieurs tentatives pour s'échapper du pénitencier fédéral d'Atlanta et ont par conséquent été envoyés à Alcatraz[6]. John est arrivé sur l'île le 21 octobre 1960 sous le matricule « AZ1476 » et Clarence est arrivé le 10 janvier 1961 sous le matricule « AZ1485 »[6].

Frank Morris est né le 1er septembre 1926 à Washington DC. Il a passé une grande partie de son enfance à passer d'une famille adoptive à une autre[6]. Reconnu coupable de son premier crime à l'âge de treize ans[6], et à la fin de son adolescence, il était déjà arrêté pour des crimes allant de la possession de stupéfiants au vol à main armée[6]. Morris avait un long passé criminel, et plusieurs évasions d'autres pénitenciers à son actif[7] avant d'arriver à Alcatraz en janvier 1960[7] sous le matricule « AZ1441 »[6]. Il a été envoyé au pénitencier fédéral d'Atlanta à la suite de l'une de ses arrestations et y rencontra les frères Anglin et Allen West.

Allen West est né vers 1929. Il a été envoyé au pénitencier fédéral d'Atlanta et la prison d'État de Floride comme un voleur de voitures. Il a été envoyé à Alcatraz en 1957 et est devenu prisonnier « AZ1335 ». West a été le seul des quatre conjurés qui n'a pas participé à la dernière phase de l'évasion, car il fut incapable de sortir de sa cellule à temps[2],[8]. Au moment où il a enfin réussi, les autres étaient partis. Sans aucun moyen de quitter l'île, West n'a pas eu d'autre choix que de rester dans sa cellule jusqu'à ce que l'évasion soit découverte le lendemain matin. Interrogé par le Federal Bureau of Investigation et les autorités pénitentiaires, il joua un rôle important dans la compréhension de l'enchaînement de l'évasion, fournissant des détails sur celle-ci[2]. Négociant probablement la clémence des autorités contre son témoignage, West n'a jamais été inculpé pour avoir tenté d'échapper à Alcatraz.

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Préparatifs[modifier | modifier le code]

La grille de ventilation retirée dans la cellule et la fausse tête en place.

Les frères Anglin, Clarence et John, Frank Morris et Allen West s'étaient déjà rencontrés dans un précédent pénitencier. L'idée d'une évasion commune germa rapidement. Frank Morris, habitué des évasions[7], est le « cerveau » du groupe[6] et il est supposé d'une intelligence supérieure[6], bien que West, lors de son témoignage, s'accordait l'essentiel du crédit du plan d'évasion[7]. Malgré leur plan, les hommes ne se font pas spécialement remarquer durant leur incarcération sur l'île[7].

Les préparatifs de l'évasion ont pris plusieurs mois[6] et nécessitaient premièrement la fabrication de fausses têtes[6] pour simuler leur présence dans leur cellule individuelle après leur départ, mais aussi tromper les gardiens pour retarder l'alerte, et deuxièmement d'un radeau de fortune[6] pour maximiser les chances de traversée de l'île à la côte. Ces préparatifs ont commencé en décembre 1961[6], date où ils trouvent plusieurs vieilles lames de scie[2]. Les conjurés ne pouvaient pas beaucoup communiquer entre eux et la cantine devint presque le seul moyen pour échanger des nouvelles et communiquer un plan d'évasion.

Pendant près de deux ans, les frères Anglin creusèrent le contour de la grille de ventilation près du sol au fond de leurs cellules B-150 et B-152[9]. S'entraidant, l'un creuse pendant qu'un autre monte la garde pour prévenir des rondes régulières des gardiens[6],[9]. Le « travail » s'étalait généralement de 17 h 30 à 21 h[9], avant l'extinction des lumières pour la nuit[6] et en journée où de l'accordéon pouvait masquer une partie des bruits de l'opération. Morris et West, dans les cellules proches B-138 et B-140 font de même[9],[6]. Les morceaux de murs retirés étaient conservés dans leurs pantalons puis disséminés lors des promenades[9].

Les outils disponibles pour creuser n'étaient pas légion mais avaient pu être récupérés aux ateliers de la prison[7], où Morris travaillait[7]. Certains étaient fabriqués main[8] et un moteur électrique d'aspirateur permit même de fabriquer une petite perceuse[2] qui fut cependant peu efficace et trop bruyante[8]. À chaque temps-mort, ils camouflaient le trou du fond de leur cellule en replaçant la grille de ventilation[8] et faisant illusion auprès des gardes dans les cellules mal éclairées. West, qui travaillait dans l'équipe chargée de la peinture de la prison, a pu visualiser les topographies des lieux et apercevoir la décrépitude des murs[7]. Celle-ci était notamment renforcée par la corrosion de l'eau salée utilisée pour les toilettes[9].

Le couloir de service longeant le bloc B.

Le trou du fond des cellules fait, ils avaient accès à un couloir de service de moins d'un mètre de large non gardé[2] longeant le bloc B et des conduites qui permettaient de rejoindre le toit après le retrait d'un ventilateur[8], tout cela sans être vus[7]. Les fausses têtes sont faites de papier toilette mélangé avec du savon[6] pour faire une sorte de papier mâché, de peinture[6] et de cheveux récupérés chez le coiffeur de la prison[6] où Clarence Anglin travaillait[7]. Ils préparèrent aussi un radeau de fortune confectionné grâce à de la colle volée[8] et une cinquantaine d'imperméables[2] provenant d'autres détenus, donnés ou volés[6]. Ceci fut facilité par le fait que John Anglin travaillait à la blanchisserie de la prison[7]. Ils avaient bricolé une pompe à air grâce à un accordéon et des pagaies en bois[2]. De forme triangulaire, cette embarcation mesurait environ 1,80 m de large pour 4,25 m de long[2]. Tout ce matériel était consciencieusement caché derrière le mur de la cellule. Une fois le ventilateur du toit assez endommagé pour être retiré, Morris indiqua la date de la tentative d'évasion : le 11 juin 1962[7],[8].

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Évasion[modifier | modifier le code]

À 21 h 30, juste après l'extinction des lumières[8], les trois fugitifs placèrent leurs mannequins rudimentaires dans leurs lits pour tromper les gardes[8]. Allen West ne put sortir de sa cellule faute d'avoir assez creusé sa grille et malgré l'aide de Clarence Anglin depuis les conduites, West doit être laissé derrière eux[8]. Après s'être introduits dans les conduits situés derrière les murs et avoir grimpé le long d'un tuyau de 9 mètres pour atteindre le toit[8], ils traversent celui-ci sur une trentaine de mètres[8], évitant la lumière des projecteurs[10], et descendent le long d'une conduite de quinze mètres[8]. Après avoir franchi les grilles barbelés[2] d'environ 4,50 m[4] et atteint la rive nord de l'île[2], les trois hommes déployèrent leur radeau de fortune[2]. L'heure officielle de l'évasion est 23 h[11]. Les frères Anglin et Franck Morris ne sont plus revus par la suite[8].

Découverte et enquête[modifier | modifier le code]

Avis de recherche du FBI à l'encontre de John Anglin

Ce n'est que le matin que l'évasion fut constatée, lors de l'appel matinal quotidien[2] de h[12]. Les gardes n'arrivant pas à réveiller certains prisonniers, arrivent à leurs cellules et découvrent les fausses têtes[12] avant de sonner l'alerte. Allen West se serait manifesté de lui-même pour revendiquer la paternité de l'évasion[12]. En effet, West avait réussi tout de même à sortir vers h[10] mais les autres fugitifs étant partis, il fut obligé de retourner dans sa cellule[8]. Les autres prisonniers l'auraient entendu sangloter[10].

À h, un signalement fut envoyé dans toute la région[12]. Des chiens sont amenés de la prison d'État de San Quentin pour essayer de suivre leurs traces, qui mènent à la mer[12]. Dans les jours qui suivent, de nombreux prisonniers sont interrogés[13] et West indique leur plan et leur direction vers Angel Island[13],[8], une île située à quelques kilomètres du pénitencier, et de rejoindre ensuite le continent en traversant le détroit de Raccoon en direction de la péninsule de Tiburon[2] à l'opposé de la ville de San Francisco par rapport à Alcatraz. Après le vol d'une voiture et de vêtements[2], ils se seraient séparés[8]. Angel Island correspond au chemin pris par les hommes vers le nord d'Alcatraz qu'indiquent les chiens[13].

Des recherches furent lancées dans la région : les moyens de recherche déployés furent les plus importants depuis le kidnapping du bébé de Charles Lindbergh. Avions, bateaux, chiens et policiers furent réquisitionnés afin de retrouver le trio d'évadés. Les jours suivants une pagaie de bois[2],[11] et des effets personnels dans un sac imperméable[13] sont retrouvés près d'Angel Island, mais pas de traces des évadés sur l'île[13]. D'après les indices retrouvés et l'absence de vols ou d'agressions pouvant leur être attribués dans le comté de Marin les douze jours suivants l'évasion, les autorités affirmèrent que les trois évadés s'étaient vraisemblablement noyés dans la baie de San Francisco[8] et sont donc présumés morts[1], faute de pouvoir avoir la preuve de leur présence sur la terre ferme. De plus, aucun de leurs proches n'a de nouvelles d'eux[8] et aucun ne semblait avoir les moyens d'assurer financièrement leur cavale[8],[2]. Sans argent, sans nourriture, sans vêtements secs, difficile de croire à leur survie[13].

Une conduite au premier plan et la cour de promenade au fond.

Le fait de ne pas retrouver de corps est courant dans la baie de San Francisco à cause des forts courants marins[3]. Ceci en plus du fait que la marée était particulièrement haute la nuit du 11 juin[13]. Néanmoins, le 17 juillet 1962, un corps fut trouvé dans la baie par un bateau mais, tellement détérioré, l'identification ne fut pas possible. Seule la présence du corps dans l'eau depuis cinq semaines fut découverte[3], ce qui incite les enquêteurs à présumer qu'il peut s'agir d'un des évadés[3].

Mirador à Alcatraz.

Les archives du FBI comptent 1 757 pages pour ce dossier[1]. Une grande partie est cachée par de l'encre noire, en particulier pour effacer le nom du quatrième complice Allen West et protéger les témoins. L'enquête du FBI s'est poursuivie 17 années jusqu'au 31 décembre 1979 avant son classement et son transfert au United States Marshals Service qui reprend la compétence s'il obtient des preuves que le trio est toujours en vie[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Un livre de J. Campbell Bruce en 1963 puis un film L'Évadé d'Alcatraz en 1979, sont en partie basé sur cette évasion[14]. Dans ce dernier, Frank Morris est interprété par Clint Eastwood[6],[3], John Anglin par Fred Ward, Clarence Anglin par Jack Thibeau et Allen West par Larry Hankin bien que le nom du personnage ait été renommé Charley Butts[14].

En 2003, l'émission américaine MythBusters — filmée dans la région de San Francisco — testa la possibilité de fuir Alcatraz avec des conditions similaires à celles des évadés afin de tenter d'élucider ce mythe (« Était-il possible de s'échapper de la prison d'Alcatraz et d'y survivre ? »)[15]. L'essentiel de ce test consistait à reproduire le canot fabriqué par les évadés, et à tenter la traversée dans les mêmes conditions de marée et de courant. Au lieu d'arriver à Angel Island, ils arrivèrent à Marin Headlands, mais démontrèrent que cette évasion était « plausible »[15].

La prison ferme en 1963 et le complexe d'Alcatraz est reconverti en un site historique géré par le service des parcs nationaux des États-Unis. Dans les années 2000, plus d'un million de visiteurs font escale annuellement à Alcatraz[16],[3]. L'évasion de 1962 joue un rôle prépondérant dans la renommée du lieu puisque les cellules des évadés sont reconstituées et visibles lors de la visite de la prison, avec notamment les trois cellules avec les mannequins et les bouches d'aération forcées.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Susan Sloate, Mysteries Unwrapped: The Secrets of Alcatraz, Sterling Publishing Company, Inc.,‎ 2008, 96 p. (ISBN 9781402735912)
  • (en) J.Campbell Bruce, Escape From Alcatraz, Ten Speed Press,‎ 2005, 240 p. (ISBN 1580086780)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) « Alcatraz Escape », sur fbi.gov, Federal Bureau of Investigation (consulté le 13 avril 2010)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w (en) « A Byte out of History: Escape from Alcatraz », sur fbi.gov, Federal Bureau of Investigation (consulté le 13 avril 2010)
  3. a, b, c, d, e et f (en) « The Greatest Escape from Alcatraz - Continued (3) », sur alcatrazhistory.com, Alcatraz History (consulté le 13 avril 2010)
  4. a et b (en) « Bay City Guide : about Alcatraz », CityBay.com (consulté le 13 avril 2010)
  5. a, b et c (en) « Alcatraz Escape Attempts », sur alcatrazhistory.com, Alcatraz History (consulté le 13 avril 2010)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u (en) « Alcatraz Escape - June 11, 1962 », sur alcatrazhistory.com, Alcatraz History (consulté le 13 avril 2010)
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Susan Sloate, Mysteries Unwrapped, p. 49
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t (en) « The Greatest Escape from Alcatraz - Continued (2) », sur alcatrazhistory.com, Alcatraz History (consulté le 13 avril 2010)
  9. a, b, c, d, e et f Susan Sloate, Mysteries Unwrapped, p. 50
  10. a, b et c Susan Sloate, Mysteries Unwrapped, p. 53
  11. a et b (en) [PDF] « Alcatraz Escape (1) », sur fbi.gov, Federal Bureau of Investigation (consulté le 13 avril 2010)
  12. a, b, c, d et e Susan Sloate, Mysteries Unwrapped, p. 54
  13. a, b, c, d, e, f et g Susan Sloate, Mysteries Unwrapped, p. 55
  14. a et b (en) L'Évadé d'Alcatraz sur l’Internet Movie Database
  15. a et b (en) « MythBusters Episode 8: Escape From Alcatraz, Duck Quack, Stud Finder », sur mythbustersresults.com, MythBusters (consulté le 13 avril 2010)
  16. (en) « Alcatraz – The Darkness Within », Grief Tourism,‎ 10 juillet 2006 (consulté le 11 avril 2010)