Évariste Huc

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Évariste Huc

Régis Évariste Huc ou plus simplement Évariste Huc (né le 1er juin 1813 à Caylus (Tarn-et-Garonne) - mort le 27 mars 1860 à Paris 7e) est un religieux français de l'ordre des Lazaristes, qui fut missionnaire en Chine au XIXe siècle. Il effectue des missions d'exploration à travers la Chine, la Mongolie (Tartarie) jusqu'au Tibet en 1844-1846, dont il rend compte dans un livre, publié pour la première fois en 1850.

Depuis les voyages de l'Anglais Thomas Manning[1] au Tibet (1811-1812)[2], aucun Européen n'avait visité Lhassa. Les récits du père Huc vont stimuler l'intérêt des Européens pour l'Asie centrale et ouvrir la voie aux études asiatiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carte de la Chine et des états tributaires, avec son trajet en noir. Illustration hors-texte de l'édition de 1850 des « Souvenirs d'un voyage… »
Dessin de Huc et Gabet
Lithang dans les années 1840

Né à Caylus (Tarn-et-Garonne) d'une famille originaire de Martinique, il fait ses études au petit séminaire de Toulouse. Ayant ressenti l'appel à une vocation missionnaire, il se rend à Paris en 1837 afin d'entrer dans la Congrégation des Lazaristes. Au bout de deux ans, il prononce ses vœux et est ordonné en février 1839.

Départ pour la Chine[modifier | modifier le code]

Il part peu après pour la Chine et passe 18 mois au séminaire lazariste de Macao. La persécution sévit alors contre les chrétiens et L'abbé Perboyre, lazariste et compatriote du nouveau missionnaire, est arrêté et mis à mort après un long martyre (11 septembre 1840). C'est revêtu d'un vêtement de cet abbé que Régis-Evariste Huc – qui avait pris le costume chinois – se met en route vers la Tartarie. Affecté en 1840 au vicariat nouvellement créé de Tartarie-Mongolie, il doit parcourir sept cent lieues pour rejoindre son nouveau poste. Le Père Huc séjourne trois ans à Si-Wan, gros village de 800 âmes, aux frontières avec la Mongolie, résidence des missions catholiques qui avaient dû quitter Péking en 1827.

Le voyage en Tartarie[modifier | modifier le code]

Puis l'abbé Huc est désigné par le Vicaire apostolique de la Tartarie pour aller reconnaître les limites du Vicariat et on lui recommande de pousser aussi loin qu'il pourra son exploration[3].

Il part donc le 3 aout 1844 accompagné du R.P. Joseph Gabet pour un voyage d'exploration destiné à étudier les habitudes des tribus mongoles en vue de leur évangélisation. Ils quittent leur « domicile » en compagnie du jeune lama Samdadchiemba[4], originaire du Gansu, qu'ils ont converti. Le Père Huc ne possède pour se guider qu'une boussole et une carte géographique française de la Chine. Samdadchiemba ouvre la marche, monté sur un petit mulet noir, suivi de deux chameaux chargés des bagages. Le Père Joseph Gabet vient ensuite, monté sur une grande chamelle, et le Père Huc sur un cheval blanc. « La petite caravane avait résolu de vivre entièrement à la mode tartare, mais on n'apprend point en un jour la vie nomade, et ce ne fut qu'au bout de quelque temps que les voyageurs surent dresser leur tente de grosse toile bleue, allumer des feux en plein vent, faire cuire leur thé et leur riz, et marcher de longs jours sans boire »[5].

Ils passent par Dolon-nor, Guihuacheng (Kwei-hwa-ch'eng, (桂花城 ?)), le pays Ordo, le Ningxia (Ning-hia), la ligue d'Alxa (Ala-shan), franchissent la Grande Muraille et atteignent Xining (Si-ning, actuellement dans la province du Qinghai), alors situé dans la province du Gansu (Kan-Su).

Leur qualité de « Lamas d'Occident » leur donne le droit de loger dans les couvents bouddhistes et c'est ainsi qu'ils passent quelque six mois à la célèbre lamasserie de Kounboum où ils perfectionnent leur pratique de l'écriture tibétaine, étudient le bouddhisme et la langue tibétaine. À la fin de leur séjour, ils se joignent à l'ambassade du dalaï-lama qui revenait de Pékin.

En passant par le lac Qinghai ou Kokonor en mongol (Ku-ku-nor), le Qaidam (Tsaidam) et la Cordillère de Bayan Har (montagnes de Bayan-Kara), ils parviennent enfin à la ville sainte de Lhassa, le 20 janvier 1846, après 18 mois de voyage. Ils sont les premiers étrangers à se rendre à Lhassa depuis Thomas Manning en 1811-1812, et précèdent de 85 ans le passage de la première femme occidentale, Alexandra David-Néel.

Ils y demeurent à peine deux mois : ils sont bien traités par les Tibétains et reçus avec courtoisie par le Régent (le dalaï-lama est alors un enfant de 8 ans, tandis que le Roi vient d'être élu et n'a que 18 ans) qui met à leur disposition une de ses maisons. « Les missionnaires eurent ainsi leur chapelle, leurs prières publiques, des conférences suivies avec les plus éminents personnages et bientôt se forme autour d'eux un groupe de fervents néophytes. Sans la malveillance du délégué extraordinaire de la cour de Péking — un mandarin qui résidait à Lhassa sous le prétexte de protéger le Dalaï Lama - la jeune chrétienté se fût sans doute rapidement développée. »[6]. En effet l'amban mandchou Ki-shan — envoyé extraordinaire de Péking — qui avait une dent contre les Occidentaux[7] - invoque les ordres généraux de l'empereur et les fait expulser le 26 février sous la garde d'un escorte chinoise. Commence alors une longue et pénible route qui les ramène en Chine car on leur a refusé l'autorisation de rejoindre les Indes. Pendant leur voyage via Chengdu, Chongqing et Wuhan, bien qu'en réalité prisonniers des chinois, ils sont traités comme des fonctionnaires en voyage officiel. Ils arrivent à Canton fin septembre 1846 puis à Macao — où on les croyait morts — en octobre 1846. Le Père Gabet rentre en Europe pour faire trancher par Rome le différend qui oppose sa congrégation aux Missions étrangères. Il meurt au Brésil en mars 1853.

Retour en France[modifier | modifier le code]

Nommé responsable de la maison des Lazaristes à Macao, en 1852, le Père Huc y rédige le récit de ses aventures mais doit renoncer à retourner en Tartarie. A demi-paralysé, il est contraint de rentrer en France pour raison de santé et quitte la Chine le 1er janvier 1852. Son voyage de retour sur des navires de guerre français le fait passer par l'Inde, l'Égypte et la Palestine.

Le récit du Père Huc, « Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Tibet », est publié à Paris. L'auteur est reçu par Napoléon III, qui le nomme chevalier de la Légion d'honneur et en fait son conseiller sur la Chine. Ses opinions eurent une part dans la décision de l'empereur de poursuivre la colonisation de la Chine (il y fait notamment bombarder l'Ancien palais d'été et installe des comptoirs à Shanghai, Canton et Wuhan) et de l'Indochine. L'empereur fait imprimer à l'Imprimerie nationale une édition spéciale de son étude sur « L'Empire chinois » en 1854, qui connaît un grand succès.

Affecté par son ordre dans une maison d'enseignement, le père Huc demande à être relevé de ses vœux pour devenir prêtre séculier. Malgré le soutien de la famille impériale, il ne peut obtenir une charge ecclésiastique et rentre dans la vie civile. Il rédige alors son dernier ouvrage « Le Christianisme en Chine et au Thibet », ouvrage historique (1858), qui fut reçu avec indifférence.

Le Père Huc meurt à Paris le 25 mars 1860 à l'âge de 46 ans.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846, 2 volumes, Adrien Leclère, Paris, 1850 ; 2e édition avec une préface de l'auteur, 1853 ; nombreuses rééditions du vivant de l'auteur.
  • L'Empire chinois, 2 volumes, Gaume, Paris, 1854 ; 3 rééditions du vivant de l'auteur.
  • Le Christianisme en Chine, en Tartarie et au Thibet, 4 volumes, Paris, 1857-1858.
  • Réédition moderne en un volume des Souvenirs et de L'Empire : Éditions Omnibus, Paris, 2001, (ISBN 978-2258057548).
  • Joseph Gabet, Évariste Huc, Lettres de Chine et d'ailleurs : 1835-1860, édition critique par Jacqueline Thévenet, Les Indes savantes, Paris, 2005, (ISBN 978-2846540841).
  • Jacqueline Thevenet, Le Lama d'Occident, Évariste Huc, de France en Tartarie et du Tibet en Chine, 1813-1860, Seghers, Paris, 1989. Réédition : Un lama du ciel d'Occident : Évariste Huc (1813-1860), Payot, Paris, 2004, (ISBN 978-2228898621).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Elizabeth Baigent, « Manning, Thomas (1772–1840) », Oxford Dictionary of National Biography
  2. (en) Clements Robert Markham, Narratives of the Mission of George Bogle to Tibet and of the Journey of Thomas Manning to Lhasa], London (1876); Asian Educational Services (1999), (ISBN 81-206-1366-X).
  3. Le Père Huc. « Un Français à Lhassa », Éditions Montsouris, collection Dauphine, Paris XIV°
  4. Il s'agit de bSam-gtan-'dzin-pa (1816-1900), voir Patrick Taveirne, Han-Mongol Encounters And Missionary Endeavors, p. 204.
  5. Introduction à « Un Français à Lhassa », op. cit.
  6. Introduction à « Un français à Lhassa », op. cit.
  7. Il avait été condamné à mort puis amnistié pour ses relations avec les Anglais pendant la guerre de l'opium.