Étymologie de religion

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Article principal : Religion.

La littérature latine de l'Antiquité a transmis deux étymologies de religion : relegere signifiant « relire » et religare signifiant « relier ».

L'étymologie relegere (relire) se trouve dans le traité De la nature de dieux rédigé par Cicéron en 44 av. J.-C[1]. Pour Cicéron, une attitude authentiquement religieuse devait être comparable à une attitude philosophique, attentive et consciencieuse. Le religieux est celui qui « relit » les rites effectués lors d'un culte, puis estime en être quitte, contrairement au superstitieux qui passe son temps à les refaire. Cicéron oppose ainsi la religion à la superstition comme la mesure à l'excès ou une vertu à un vice. Indiquant cette étymologie, il précise que la religion est pour lui de l'ordre de l'« intelligence », de la « diligence » et de l'« élégance », termes formés sur le verbe lego/legere, comme relegere[2].

Contemporain de Cicéron, Lucrèce n'a pas directement donné d'étymologie de religion, mais un vers de son De Rerum Natura est invoqué en faveur de l'étymologie religare (relier). Lucrèce y déclare : « je viens défaire les nœuds dont la religion nous entrave ». Dans ce vers affleure l'idée selon laquelle la religion de l'ordre des liens ou des obligations sociales, idée que l'on peut déduire de l'étymologie religare.

Au début du IVe siècle Lactance a contesté l'argument de Cicéron sur l'étymologie relegere. Pour Lactance, peu importe la manière dont le culte est effectué, ce qui compte c'est ce à quoi, ou celui à qui, il est adressé. Lactance considère à ce sujet que la religion est ce qui « relie » à Dieu. En rapport avec cette thèse il affirme que religio vient de religare (relier) et non pas de relegere (relire)[3]. Un siècle plus tard, Augustin d'Hippone qui déclarait préférer l'étymologie religare admettait aussi l'étymologie relegere (relire) et semble considérer que les deux reviennent au même. S'appuyant sur l'étymologie religare pour affirmer que « la religion relie à Dieu et à lui seul »[4], Augustin récuse l'idée selon laquelle la religion puisse à bon droit être considérée comme de l'ordre des liens de société ou des obligations civiques[5]. Concernant l'étymologie relegere, orthographiée religere à son époque, Augustin estime que si le mot religio pourrait aussi en dériver, c'est parce qu'il s'agit d'une méditation comme une « relecture » de Dieu en soi, ou parce qu'elle relève d'une attitude opposée à la négligence (neg-legere), ou bien encore, par un jeu de mots, la religion consisterait à « re-élire » Dieu (re-elegere), c'est-à-dire à le choisir sans cesse. Les étymologies relegere/religere et religare ont par la suite fait l'objet d'autres commentaires par Isidore de Séville[6] et Thomas d'Aquin[7] qui ne se sont pas préoccupé plus qu'Augustin de savoir quelle étymologie est la vraie.

Les discussions sur la question de savoir laquelle des deux étymologies est la vraie ont débuté au XVIIIe siècle. Ces discussions s'inscrivent dans un débat plus large sur la nature de la religion et l'origine de cette idée. L'ensemble des occurrences du terme religion dans les textes latins les plus anciens ont alors été étudiées pour y découvrir l'origine de l'idée de religion. Il en est ressorti que le terme religio aurait été originellement connoté de l'idée de « crainte superstitieuse » ou de « scrupule de conscience ». L'idée de scrupule a dès lors été associée à l'étymologie relegere, notamment par Salomon Reinach puis par Émile Benveniste. Ce dernier jugeait en outre l'étymologie religare « fausse » et « d'invention chrétienne »[8]. Il n'y a cependant aucun argument décisif pour trancher la question de savoir laquelle des deux étymologies est la vraie, ni pour déterminer si l'une est plus romaine ou chrétienne que l'autre. Dans les études francophones c'est l'étymologie relegere qui est considérée comme généralement admise, tandis que dans les études anglophones c'est plutôt celle de religare.

Jacques Derrida estimait que les deux étymologies ne sont pas opposées l'une à l'autre et qu'elles « se laissent reconduire au même »[9]. En ce sens les deux étymologies permettraient d'établir une problématique à partir des termes « relire » et « relier », posés comme la thèse et l'antithèse d'une dialectique qui correspondrait depuis toujours au problème de la nature de la religion.

Daniel Dubuisson considère que la démarche consistant à s'appuyer sur les étymologies pour déterminer l'origine de l'idée de religion, pour habituelle qu'elle soit, « a tendance à minimiser ou à annuler le rôle de l'histoire, de ses continuels modifications et infléchissements, en cherchant à préserver un lien essentiel entre l'acception actuelle, vivante, d'un mot et son hypothétique acception première élevée au rand de donnée fondatrice originelle[10]. » Il est de fait impossible de connaître l'origine du mot religion en scrutant les sources latines, car l'origine étant toujours « avant » ce qu'il est possible de connaître par ces sources, elle est hors de portée de l'histoire et de ses méthodes. Par contre il est possible de connaître les diverses significations qu'a eues le terme religio dans la littérature de l'Antiquité, tout en considérant que c'est pour étayer les thèses qu'ils avançaient sur la religion que Cicéron, Lactance et Augustin ont formulé leurs arguments étymologiques. De cette façon ils ont pourvu a posteriori le terme qu'ils utilisaient de fondations étymologiques, interprétant de différentes manières les idées de relecture ou de lien.

Sommaire

[modifier] Étymologies de religion dans la littérature latine

Article connexe : Religion (histoire des idées).

[modifier] Étymologie de Cicéron

Un culte à Rome.

Le passage du De Natura Deorum dans lequel Cicéron donne cette étymologie conclut un développement visant à montrer que la critique des mythes par les philosophes grecs a pour équivalent le rejet de la superstition chez les Latins. Opposant religion et superstition, Cicéron propose de penser que le fait d'être religieux chez les Romains est une qualité comparable à celle d’être philosophe chez les Grecs :

« Ce ne sont pas les philosophes seuls, ce sont aussi nos ancêtres qui ont distingué la religion de la superstition. Ceux qui, des journées entières, adressaient des prières aux dieux et leur immolaient des victimes pour que leurs enfants leur survécussent (superstites essent) on les a qualifiés de superstitieux (superstitiosi) ; ce mot a pris plus tard un sens plus étendu. Ceux qui en revanche s’appliquaient avec diligence au culte des dieux, en le reprenant et en le relisant, méritaient le qualificatif de religieux qui vient de relire (religiosi ex relegendo) comme élégant d'élire (elegantes ex eligando), diligent d’être zélé (ex diligendo diligentes), intelligent d'entendre (ex intelligendo intelligentes). On retrouve dans tous ces mots l'idée d'un legendi[11] comme dans religieux. Entre superstitieux et religieux, il y a donc cette différence que le premier de ces vocables désigne une faiblesse (vitii : vice, défaut), le second un mérite (laudis : vertu, qualité). »

— Cicéron, De la Nature des dieux, 2, 28, 71[12].

L’argument concernant la superstition met celle-ci en rapport à une attitude scrupuleuse qui pousse à toujours recommencer les rites à cause d’une crainte exagérée de la mort. Celui concernant la religion est plus développé. Cicéron propose le verbe relego/relegere (relire) comme étymologie de religion. La relecture se comprend ici comme une vérification des rites qui ont été effectués. Au sens littéral, elle peut désigner la relecture de comptes rendus de cérémonies qui accompagnaient l’effectuation de certains rites de la religion romaine. Il s’agit de procès verbaux qui précisent qui a fait quoi et qui permettent, dans une religion dont les actes avaient une valeur juridique importante, de s’assurer de la validité des cultes en cas de contestation[13]. Par opposition au superstitieux qui recommence toujours les rites par crainte qu’une erreur ou une omission les invaliderait, celui qui est religieux est celui qui accomplit les rites, les relit pour vérifier qu’il les a bien faits, puis considère qu’il est quitte. La différence entre le religieux et le superstitieux serait de l’ordre de celle entre le consciencieux et le scrupuleux[14].

Dans sa forme, l'argument étymologique de Cicéron donne une origine supposée du terme religion afin de d'introduire les termes d'intelligence, d'élégance et de diligence. Ce que vise Cicéron n'est donc pas la pratique qui consiste à vérifier que les rites ont été effectués correctement, mais les qualités qu'il associe à l'idée de religion et qu'il oppose aux excès des superstitieux. Selon Jean Grondin, Cicéron, en employant une série de termes précieux que sont l'intelligence, la diligence et l'élégance, présente la religion comme « un rapport réfléchi, prudent et raisonné au culte des dieux », c'est « une conception rigoureusement philosophique de la religion que défend Cicéron » avec cet argument étymologique[15].

Insistant sur le fait que dans l'antiquité gréco-romaine, la religion ne peut être envisagée à partir de l'idée de croyance, Pierre Gisel relève dans l'étymologie relire de Cicéron l'idée d'une attitude « de respect et de vénération opposée à la démesure ou à l'hubris. » Il s'agit pour les Romains d'accomplir les rites selon ce que la tradition a établi et selon l'ordre cosmique. Cette manière d'être religieux est foncièrement rituelle. En toute situation, « il y a un rite a accomplir, sans engagement croyant, ni reprise sur soi. » La relecture dont parle ici Cicéron ne consiste donc pas en une méditation, comme une relecture intérieure. Cette manière de comprendre le sens de l'étymologie relegere sera proposée plus tard[2].

[modifier] Étymologie de Lactance

Visage du Christ, détail du Don de la loi, Basilique Sainte Constance, Rome, mosaïque, début IVe siècle.

À la fin du IIIe siècle siècle, Lactance contesta l'étymologie relegere proposée par Cicéron en écrivant : « C’est par le lien de piété que nous sommes reliés (religati) et rattachés (obstetrici) à Dieu. C’est de là que religion a reçu son nom, et non pas, comme Cicéron l’a expliqué, du mot relegere. (IV,28,3) »[3]. Ce n'est pas seulement l'étymologie relegere qui est ici récusée par Lactance mais aussi l'étymologie en tant que « jeu de mots », c'est-à-dire cette façon qu'avait eut Cicéron de glisser d'une idée à une autre en parlant d'élégance, d'intelligence et de diligence, termes de la même famille que relegere mais dont les significations sont finalement assez différentes. Pour qu'il n'y ait aucun doute sur ce dont il parle ici, Lactance donne un synonyme de religare : obstetricare « rattacher », mot qui ne présente aucune consonance avec le précédent mais qui lève toute ambiguïté : la religion doit être ce qui relie et rattache à Dieu et rien d'autre.

La contre-proposition étymologique de Lactance se trouve dans le quatrième livre des Institution divines. Les livres précédents traitaient principalement de la philosophie comme recherche de la sagesse pour les savants et du respect de la religion comme guide de la conduite des ignorants. Pour Lactance : « les savants se dirigent vers la véritable sagesse et les ignorants vers la véritable religion (I,1.7) ». Cependant, les savants n’ayant pas la vraie religion ne peuvent atteindre la vraie sagesse et les ignorants, par manque de sagesse, tombent dans de fausses religions. Ces derniers ne sont pas foncièrement coupable, « les ignorants et les sots tiennent pour vraies de fausses religions parce qu’ils ignorent la vraie et ne comprennent pas les fausses (II,3,22) ». Lactance prend plutôt leur défense contre des philosophes qui dénonce la sottise de la religion : « on hésiterait à dire lesquels sont les plus stupides, ceux qui adoptent une religion fausse ou ceux qui n’en adoptent point ». Lactance considère qu'il ne peut être question de choisir entre la religion et la recherche de la sagesse, car on ne peut prétendre à l’une sans l’autre. Il expliquer cette double nécessité en comparant les philosophes à des esclaves et ceux qui respectent la religion à des fils. Le philosophe cherche à obéir à la sagesse comme à son maître tandis que la religion est de l'ordre du respect d'un fils pour son père (III,4). Pour Lactance il faut être à la fois philosophe et religieux sans quoi on n'est ni l'un ni l'autre. L'argument étymologique de Lactance s'inscrit ainsi dans un discours visant à affirmer la nécessité de la philosophie en religion et inversement[16].

Selon Pierre Gisel, le motif du lien mis en avant dans l'étymologie de Lactance correspond à l'évolution de la religiosité dans l'Antiquité tardive. Le christianisme fait partie des composantes de la vie religieuse de cette époque, mais c'est la société dans son ensemble qui est passée d'une religion essentiellement rituelle à une religion ou une philosophie de l'interrogation sur soi en « lien » avec ce qui n'est pas soi. L'individu n'est plus seulement une part du cosmos incité à la sagesse pour préserver l'équilibre du tout, il est membre d'une communauté qui n'est pas toute la cité, il a son réseau de relation, il peut se convertir, avoir ses dieux ou son Dieu : « dans l'Antiquité tardive, la nouvelle forme du religieux dont participe le christianisme est donc centrée sur l'humain, l'individu ou la personne, et le divin lui est directement rapporté ; réciproquement d'ailleurs : l'humain est polarisé par le divin. »[2]

[modifier] L'opposition de Lactance à Cicéron

Lactance pensait comme Cicéron que la religion est le fait de se soucier de la nature divine et il défend lui aussi une conception philosophique de la religion. Cependant pour Lactance la nature divine c'est Dieu et lui seul, tandis qu'il reprend les arguments des philosophes selon lesquels les dieux n'existent pas. Pour Lactance ce qui montre que l'étymologie de Cicéron est « inepte » est la faiblesse de l'argumentation qui l'accompagne. Lactance relève que Cicéron a jugé la superstition comme un défaut parce qu'elle consiste a répéter de nombreuses fois les mêmes actes, tandis que le religieux se contenterai de bien les faire une seule fois. Pour Lactance s'il est bien de prier une fois, il est tout aussi bien de prier dix fois, et s'il est mauvais d'adresser une prière à des dieux qui n'existent pas de nombreuses fois, ce n'est pas mieux de le faire ne serai-ce qu'une seule fois. Lactance prend ensuite la défense des femmes qui veulent que leurs enfants survivent et que Cicéron qualifiait de superstitieuses. Il estime plutôt qu'elle devrait être louées de les aimer davantage et qu'il est de leur devoir de faire tout ce qu'elles jugent utile pour qu'ils vivent, même si elles se trompent en se tournant vers de faux dieux. Pour lactance, la différence entre religion et superstition n'est donc pas comme Cicéron l'a décrite : « La différence est en ce que la religion a la vérité pour objet, au lieu que la superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. » Lactance relève ainsi un problème dans l'argumentation de Cicéron et il en fait état sans égard particulier pour lui ou son autorité. Au passage Cicéron est gratifié d'avoir donné une explication « inepte » (IV,28,3), mais il reste relativement épargné par rapport aux traitement que Lactance a réservé à d'autres philosophes[16].

Lactance à lui-même rédigé un épitomé des Institutions divines, c'est-à-dire un résumé condensant en un volume ce qu'il avait développé sur sept livres[17]. Dans cet épitomé, Lactance répète l'étymologie qu'il propose, à savoir que religion vient de « relier », cependant il supprime toute référence à Cicéron, tandis qu'avec la contraction de son texte, sa proposition étymologique se trouve rapportée à une évocation de Platon. Ceci est l'occasion pour Lactance de préciser un point de son argumentation : il ne s'agit pas de s'opposer aux philosophes mais d'aller au bout de leur logique :

« Les philosophes ont donc bien vu ce point, mais ils n’en ont pas vu la conséquence : l’homme lui-même Dieu l’a fait pour lui. Puisque Dieu a fait de si grandes œuvres pour l’homme, […] il était logique […] qu’il lui rendit un culte […]. C’est ici que Platon s’est fourvoyé, ici qu'il a perdu la vérité qu'il avait commençé à saisir, quand il garda le silence sur le culte du Dieu qu'il reconnaissait comme « créateur et père du monde », et ne compris pas que l’homme avait été relié à Dieu par les chaînes de la piété - d’où le nom même de religion -, et que c'est la seule raison pour laquelle les âmes sont crées immortelles[17]. »

— Lactance, Épitomé des Institutions divines, 64,5.

Lactance n'avait rien d'un contestataire solitaire, il était rhéteur à la cour de l'Empereur et jouissait d'une grande autorité de son vivant[18]. La manière dont il parle des philosophes peut légitimement laisser penser à une entreprise de destruction de la philosophie plutôt qu'à un prolongement de leur pensée, cependant Lactance est lui-même un philosophe qui se battait contre d'autres philosophes avec des arguments philosophiques[16]. Lactance semble avoir été assez austère. Vivant pauvrement bien qu'il était établit à la cour de l'Empereur[19], il prend systématiquement la défense des ignorants contre les savants. Il identifiait largement les riches aux méchants, les pauvres aux justes, les justes aux chrétiens et les non-chrétiens aux méchants. Ennemis déclaré des artifices littéraires il considérait toutes les joliesses d'écritures comme des séductions trompeuses et il s'opposait sans retenue à ce qu'il jugeait faux[20]. Converti au christianisme, il s'en est fait un farouche défenseur tout en continuant à pratiquer son métier de rhéteur. La manière d'écrire de Lactance a cependant été épinglée par saint Jérôme au VIe siècle siècle. Dans une formule laconique, il lui reproche le manque d'enracinement de ses écrits dans le christianisme comparé au zèle dont il a fait preuve pour s'attaquer aux doctrines des non chrétiens : « [L'œuvre de] Lactance est comme un fleuve d'éloquence cicéronienne, si seulement il avait pu affirmer notre [doctrine] autant qu'il a facilement détruit celle des autres[21]. »

L'étymologie « relire » continuera à circuler sans être systématiquement associée au nom de Lactance. Il reste que, sur un plan grammatical, cette étymologie n’est pas compatible avec celle de Cicéron. En effet le verbe religare est d’un autre groupe verbal que ceux qui se conjuguent comme les verbes formés sur la racine du verbe legere. Cicéron étant la plus grande autorité littéraire du monde latin, c'est sa proposition étymologique qui prévaudra. Cependant, au delà du problème grammatical, l'idée selon laquelle la religion est ce qui « relie » à Dieu fut reprise conjointement avec l'étymologie de Cicéron suite à la position de synthèse établie par Augustin entre ces deux thèses étymologiques.

[modifier] La synthèse des étymologies chez Augustin

Dans divers passages de son œuvre Augustin fait référence à deux étymologies du mot religion : religare et religere[22]. Lorsque qu'il évoque ces étymologies il ne nomme ni Lactance, ni Cicéron, mais il connaissait ces auteurs et leurs œuvres car il les a citées par ailleurs. On remarque d'autre part qu'Augustin n'a pas écrit relegere mais religere. Selon le dictionnaire étymologique de Bréal et Bailly, il s'agit d'une variante orthographique admise dans l'antiquité tardive pour ce terme[23]. Augustin ne donnerait donc pas ici une autre étymologie que celle de relegere que l'on trouve chez Cicéron. Augustin affirme que cette étymologie est donnée par des « études autorisées de la langue latine », mais il ne précise pas lesquelles. Il est possible de penser que l'autorité en question soit celle de Cicéron, mais il pourrait aussi s'agir de celle du philosophe et grammairien Varron, le plus grand spécialiste des étymologies dans l'Antiquité[24], qu'Augustin a par ailleurs lu et commenté. Les œuvres de Varron sont cependant perdues et c'est sur la base des quelques indices laissés par Augustin, qu'il peut être question d'une étymologie relegere/religere de Varron qui aurait été reprise par Cicéron comme par Augustin[25].

Dans les Rétractations, Augustin revient sur une phrase du traité De vera religione parce qu’il éprouve le besoin de se justifier d’y avoir employé l’étymologie religare, celle qui avait été défendue par Lactance. Il déclare préférer cette dernière tout en reconnaissant qu'il existe une autre étymologie plus autorisée, celle de religere :

« J’ai écrit en un autre endroit « Tendons vers le même Dieu, et reliant (religantes) nos âmes à lui seul, ce qui est, à ce que l’on croit, l’étymologie du mot religion, abstenons-nous de tout culte superstitieux[26]. » Je préfère l’étymologie que je cite. Pourtant, il ne m’a pas échappé que des études autorisées de la langue latine ont proposé pour ce mot une autre origine, c'est-à-dire que l’on dise religio à cause de religitur (ce qui est réélu ou relu). Ce mot est un composé de legendo, comme l’est eligendo (élisant / choisissant), de sorte qu’en latin religo (je relis ou je réélis) soit comme eligo (j’élis / je choisis) »

— Augustin, Rétractations, I, 13, 9.

Dans ce bref commentaire de ce qu’il avait lui-même écrit quelques année plus tôt, Augustin cherche à montrer qu'il revient au même d'employer l'étymologie religare ou religere. Pour ce faire, il utilise le même procédé que celui employé par Cicéron en indiquant trois verbes du même groupe verbal que legere :

« En l’élisant (eligentes), mieux : en le réélisant (religentes), car négligeant (neglegentes) que nous sommes, nous l’avions perdu –, en le choisissant de nouveau (religentes) – d’où vient, dit-on, religio – nous tendons vers lui par l’amour, afin que l’atteignant, nous trouvions en lui le repos. »

— Augustin, Civ. Dei, X, 3.

Le mot religentes est ici traduit par réélire. Lucien Jerphagnon le traduit par choisir, ce qui est synonyme[27]. Ce terme reste cependant ambigüe. Une traduction du XIXe siècle semble considérer que le terme signifie autant « relier » que « relire ». Une note du traducteur indique : « Dans ce passage étrange, saint Augustin parait faire allusion à Cicéron, qui dérive quelque part religio de relegere ». Il propose cette traduction :

« Nous liant donc à lui, ou plutôt nous y reliant, au lieu de nous en détacher pour notre malheur, le méditant et le relisant sans cesse – d’où vient, dit-on, le mot religion – nous tendons vers lui par l’amour, afin de trouver en lui le repos et de posséder la béatitude en possédant la perfection. »

— Augustin, Civ. Dei, X, 3, trad. Raulx, éd. Guérin 1864-1873.

Augustin insiste ici sur les termes eligere signifiant choisir, ce qui fait que le terme relegere ou religere peut se comprendre non seulement comme une relecture, mais aussi comme une réélection. Augustin reprend ici une idée donné par Cicéron. Ce dernier avait employé le terme elegere, dans le sens d'une distinction, quelque chose qui serait élu, choisit ou distingué, comme nous disons en français que ce qui est distingué est élégant. Augustin semble donc vouloir démontrer dans ce passage que l'étymologie proposée par Cicéron revient au même que celle défendue par Lactance[28]. Cependant Augustin transforme radicalement l'étymologie de Cicéron car il donne un objet à la relecture et cet objet c'est Dieu. La religion comprise comme relecture en soi est en même temps relation à Dieu, à ce titre elle peut se concevoir comme un exercice spirituel ou une méditation intérieure. Ceci relève de ce que Pierre Gisel énonce comme « l'une des caractéristique de l'Antiquité tardive : l'intériorisation du religieux ». Il décrit ainsi la religiosité de cette époque : « La religion se fait chemin d'approfondissement ou d'élévation. Elle est exercice spirituel, comme la philosophie du temps. [...] Le christianisme participe de cette conjoncture : ni appartenance à une cité, ni généalogie familiale ; et religion sans sacrifice externe, polarisée au contraire par une question touchant à la vérité de l'accomplissement de soi[29]. »

[modifier] Commentaires des étymologies par Isidore de Séville, Thomas d'Aquin et Calvin

Après Augustin, des auteurs ont cité les étymologies de Cicéron et de Lactance comme un unique argument tout en se référant à l'interprétation d'Augustin. Dans Les étymologies Isidore de Séville écrit ainsi : « Ce que l'on nomme religion est le lien de servitude par lequel nous relions (religare) notre âme au Dieu unique dans le culte divin. Ce mot est formé à partir de relegendo, c'est-à-dire eligendo, de sorte que les Latins concevaient la religion comme un choix (une élection). »[30] Isidore évoque d'abord l'idée de Lactance en parlant de la religion comme de ce qui relie l'âme à Dieu puis il s'appuie sur l'étymologie de Cicéron pour dire comme Augustin que la religion est un choix.

Dans la Somme théologique Thomas d'Aquin reprend rapidement l'ensemble des ces sources chez Cicéron, Augustin et Isidore de Séville, mais il ne cite pas Lactance. Il distingue trois propositions étymologiques sensiblement différentes, à savoir : la relecture, le choix et le lien. Thomas interprète l'étymologie relegere de Cicéron comme renvoyant à l'idée d'une méditation, il distingue ensuite l'étymologie religere rapportée par Augustin comme une hypothèse distincte de la première, enfin, il attribut l'étymologie de religare à saint Augustin. Pour Thomas, ces trois étymologies tendent vers la même idée :

« Pour définir la religion, Isidore adopte l'étymologie suggérée par Cicéron : « L'homme religieux, c'est celui qui repasse et pour ainsi dire relit ce qui concerne le culte divin. » Religion viendrait donc de « relire », ce qui relève du culte divin, parce qu'il faut fréquemment y revenir dans notre cœur ; selon Proverbe (Pr 3,6): « En toutes tes démarches pense à lui. » Mais on peut aussi entendre la religion du devoir de « réélire » Dieu comme le bien suprême délaissé par nos négligences, dit S. Augustin. Ou bien encore, toujours avec saint Augustin, on peut faire dériver religion de « relier », la religion étant « notre liaison au Dieu unique et tout-puissant ». Quoi qu'il en soit de cette triple étymologie, lecture renouvelée, choix réitéré de ce qui a été perdu par négligence, restauration d'un lien, la religion au sens propre implique ordre à Dieu. Car c'est à lui que nous devons nous attacher avant tout, comme au principe indéfectible ; lui aussi que, sans relâche, notre choix doit rechercher comme notre fin ultime; lui encore que nous avons négligé et perdu par le péché, et que nous devons recouvrer en croyant, et en témoignant de notre foi. »

— Thomas d'Aquin, Somme de théologie, IIa IIae, Q.81.

Dans l'interprétation de Thomas, l'idée de relecture venant de Cicéron est sensiblement détournée ou augmentée. Il cite à l'appui de cette idée un verset biblique du livre de Proverbes « en toutes tes démarches pense à lui ». La relecture dont Cicéron n'avait pas indiqué ce sur quoi elle portait est clairement comprise ici comme une méditation de Dieu.

Jean Calvin a lui aussi commenté l'étymologie du mot religion. Il ne retient que l'hypothèse de Cicéron qu'il estime juste, mais mal argumentée. Calvin se montre ici avoir été un lecteur assez attentif de Cicéron pour reprendre à nouveau frais ce qui était le problème soulevé par Cicéron dans son argument étymologique, à savoir celui du rapport entre religion et superstition comme du rapport entre une qualité et un défaut ou l'excès et la modération :

« Quant au mot de Religion, même si Cicéron le déduit très bien du mot de Relire, la raison qu'il en donne est toutefois forcée et prise de trop loin. C'est [pour Cicéron] que les serviteurs de Dieu ont toujours relu et diligemment médité ce qui convenait de faire. Or j'estime plutôt que ce mot est opposé à la trop grande et excessive licence que la plupart du monde se permet, c'est-à-dire qu’ils prennent à la volée tout ce qui se présente à eux, et butinent légèrement çà et là. Religion, donc comporte plutôt comme une retraite et une discrétion mesurée et bien fondée. La vraie piété, en effet, pour avoir certaines décisions fermes, se recueille en ses limites. De la même manière, il me semble que le nom de superstition vienne de ce que l’on ne se contente pas de ce qui est ordonné par Dieu, la superstition consistant à faire un amas superflu de choses vaines[31]. »

— Jean Calvin, L'institution de la religion chrétienne, 1541, §66.

[modifier] Discussions modernes sur les étymologies

[modifier] Les étymologies dans les dictionnaires et les manuels du XIXe siècle

Au début du XIXe siècle la question de l'étymologie semble avoir été l'objet de quelques confusions. Ainsi en 1827, dans ses Leçons sur la philosophie de la religion, Hegel affirmait que l'étymologie donnée par Cicéron était tout a fait dans l'esprit des Romains, et qu'à ce titre elle caractérisait bien leur religion, cependant il attribuait à Cicéron l'étymologie religare qui est de Lactance[32]. Dans des dictionnaires et des manuels du début du XIXe siècle l'étymologie religare est aussi revenue au premier plan tandis que l'étymologie relegere était parfois omise. Par exemple dans un Dictionnaire étymologique de la langue française établit par un membre diverses académies des lettres et paru en 1829, la religion est ainsi définie :

« Religion, culte rendu à la divinité ; foi, croyance aux mystères, aux objets de ce culte ; chose à laquelle on se croit indispensablement obligé. Du latin religio, dont la racine est ligare, lier, attacher, qui a former religare, lier plus fortement[33]. »

— Jean-Baptiste-Bonnaventure de Roquefort, Dictionnaire étymologique de la langue française, 1829.

L'étymologie religare qui est ici admise, de manière semble-t-il indiscutable, est la même que celle qui est alors enseignée au catéchisme, que ce soit dans chez les protestants ou chez les catholiques, où l'on apprend que « la religion est ce qui relie l'homme à Dieu ». Ainsi, l'Abbé Guillois, dans son explication du catéchisme écrit :

« Que faut-il entendre par religion ? Réponse - La religion, suivant la force du terme, est le lien qui attache l’homme à Dieu. Explication. – Le mot religion dérive, selon Lactance du mot religare, qui signifie lier. Généralement adoptée, cette étymologie fait naître l’idée d’un accord réciproque entre Dieu et l’homme, et, par là même, met en lumière le vrai caractère de la religion, le seul qui conduise à une conception exacte de l’idée exprimée par le mot, celle du lien mystérieux qui unit l’homme à la divinité[34]. »

— Ambroise Guillois, Explication du catéchisme, 1869.

Au milieu du XIXe siècle la question des étymologies est étudiée plus précisément et les voix qui se prononcent en faveur de l'étymologie relegere se font plus nombreuses. Deux dictionnaires français-latin dont les articles religion allaient en ce sens furent ainsi successivement publiées sur la base de des travaux du philologiste allemand Wilhelm Freund (en) (1806-1894). Le premier est celui de Jean-François-Napoléon Thiel qui paraît en 1852[35]. Le dictionnaire faisant référence en français et qui est couramment appelé « le Freund », est le Grand dictionnaire de la langue latine paru en 1865[36]. Avec plus de 2700 pages réparties dans trois volumes grand format, il reste le plus complet des dictionnaires latin-Français. L'article religio affirme une préférence pour l'étymologie relegere tout une produisant un relevé de la quasi-totalité des occurrences du terme religio dans la littérature latine antique. En 1885 le dictionnaire étymologique de Bréal et Bailly situe sans ambiguïté le mot religio parmi ceux formés sur legere et non pas ligare[37]. Ces outils de travail ont renversé l'opinion majoritaire sur l'étymologie de religion dans les études francophones. D'autre part, le terme qui y est le plus fréquemment proposé pour traduire religio est « scrupule ».

En 1907, dans un livre de vulgarisation, Salomon Reinach a proposé de définir la religion comme « scrupule » en conclusion d'un raisonnement qui commence par l'examen des étymologies. Son raisonnement suit le plan des articles de dictionnaire de latin. Il commence par rejeter l'étymologie religare en écrivant : « C'est à tort qu'on a voulu dériver religio de religare « relier », comme si la religion était essentiellement le lien qui rattache la divinité à l'homme. » Il se montre par contre favorable à « celle que recommandait déjà Cicéron : religio vient de relegere, qui s'oppose à neglegere, comme le soin vigilant (nous disons : un soin religieux) au laisser-aller et à la négligence. » Y joignant l'examen du sens que pouvait avoir le terme religion dans différentes occurrences anciennes, il conclut que la religion est : « Un ensemble de scrupules qui font obstacle au libre exercice de nos facultés »[38].

Côté allemand, la réflexion sur l'étymologie marquée d'une préférence pour celle de relegere s'est poursuivie avec Walter F. Otto (1874-1958) et Johann Baptist Hofmann (de) (1886-1954). C'est dans la lignée de leur travaux que Jacques Derrida a situé les positions tenues par Emile Benveniste en 1965 dans le Vocabulaire des institutions indo-européennes[9].

[modifier] Arguments pour ou contre l'une ou l'autre étymologie

Dans une bibliothèque, Carl Spitzeg, 1850

Le débat sur l'étymologie est souvent présenté comme ayant lieu « depuis l'Antiquité »[39]. Entre l'Antiquité et l'époque moderne, le fait qu'il y ait plusieurs étymologies n'avait cependant pas posé de problème tandis que les traces d'un débat dans l'Antiquité sont peu nombreuses. Seul Lactance s'est explicitement opposé à l'étymologie de Cicéron, tandis qu'Augustin a jugé nécessaire de se justifier d'avoir employé l'étymologie religare alors qu'il estimait « autorisée » celle de relegere. Enfin, dans son commentaire de l'Enéide, Servius a mentionné l'étymologie religare plutôt que celle de Cicéron[40].

En 1853, l'article Religio du dictionnaire de Napoléon Thiel signalait cependant que Lactance, Servius et Augustin avaient « combattu » l'étymologie de Cicéron[35]. Cette exagération ne se trouve pas dans le Freund qui indique plutôt que « les anciens étaient partagés », que Lactance, Servius, Augustin « font dériver religio de religare » et que « les étymologistes modernes adoptent de préférence » l'étymologie religare[36].

Se présentant comme des sommes d'érudition, les dictionnaires publiés à la fin du XIXe siècle ont fait aussi appel à des passages d'œuvres latines antiques qui n'avaient pas été envisagés jusque là comme relevant d'un débat sur les étymologies. En plus de Cicéron, Lactance et Augustin, ces article « Religio » mentionnent ainsi des passages de Lucrèce, et Aulu-Gelle comme des arguments du débat. Ces auteurs n'ont fait état d'aucune étymologie de religion mais leurs écrits sont invoqués « pour » ou « contre » l'une ou l'autre étymologie parce qu'il s'y trouve des phrases à propos de la religion qui, lues dans leur contexte, permettent de penser que l'une ou l'autre hypothèse est plus probable. Emile Littré a fait remarquer à ce sujet que la même œuvre a pu être invoquée en faveur de l'une ou l'autre position. C'est le cas des Nuits Attiques d'Aulu-Gelle dont deux passages permettent de plaider dans un sens ou dans l'autre.

En faveur de l'étymologie relegere, le Freund et le Littré mentionnent un vers ancien, rapporté et commenté par Aulu-Gelle dans Les Nuits Attiques : « religentem esse oportet, religiosum nefas[41] ». Il n'y a aucune hypothèse étymologique ni dans ce vers, ni dans ses commentaires par Aulu-Gelle, mais, puisque l'étymologie relegere offre une hypothèse de traduction acceptable, ce vers est retenu comme un argument en faveur de l'étymologie de Cicéron. Ensuite, bien qu'il préférait l'étymologie religare et qu'il ait été présenté comme un adversaire de l'autre étymologie, c'est Augustin qui a laissé le principal argument en faveur de l'étymologie relegere/religere en affirmant qu'elle se trouvait dans des « études autorisées de la langue latine ». Mais il n'a pas dit qui étaient les auteurs de ces études.

En faveur de l'étymologie religare, outre son attestation formelle chez Servius, Émile Littré signale un passage des Nuits Attiques où Aulu-Gelle a écrit que le peuple pourrait se « lier » (alligare) à une fausse religion en nommant un dieu au lieu d'un autre[42]. Toujours en faveur de l'étymologie religare il est possible de faire valoir un vers de Lucrèce où il est question des « nœuds de la religion » et qui incite à penser la religion comme étant de l'ordre des liens : « Artis religionum animum nodis exolvere prego. » Le Freund traduit : « Je cherche à libérer les âmes des liens étroits de la religion. » Ce vers est de quelques années plus ancien que le texte dans lequel Cicéron donne son étymologie.

Tout en affirmant sa préférence pour l'étymologie relegere, le Freund révoque un argument produit contre l'étymologie de religare : selon les lois de la dérivation des mots latins à partir de leur racine, le verbe religare aurait dû donner religatio et non pas religio de même que cogitare a donné cogitatio et non pas cogitio. Si cet argument était exact, il disqualifierait l'étymologie religare. Il existe cependant en latin de nombreuses exceptions à la règle envisagée, ainsi religare aurait pu donner religio de même que optare a donné optio et non pas optatio[36].

[modifier] Émile Benveniste et l'invention d'une idée de religion par les chrétiens

Émile Benveniste (1902-1976) s'est intéressé à l'origine du terme religion dans Le vocabulaire des institutions indo-européenne publié en 1967. Il y commente les étymologies de Cicéron et de Lactance qui, dans son interprétation, correspondent à deux conceptions concurrentes de la religion. Benveniste combat ainsi l'étymologie religare qu'il dit « historiquement fausse » et « inventée par les chrétiens »[8]. Selon Jean Grondin c'est « parce qu'il l'estime chrétienne » qu'Émile Benveniste combat l'étymologie religare[15].

L'opposition identifiée par Benveniste entre une conception romaine et une conception chrétienne de la religion repose sur une distinction entre deux types de subjectivités. La première, celle des Romains et dont relève l'étymologie de Cicéron, serait de l'ordre d'une reprise sur soi. La seconde serait tournée vers l'autre, la religion étant présentée par « les chrétiens » comme le lien avec cet autre. Benveniste envisage ainsi à partir de l'étymologie relegere une religion comme une démarche de recueillement. La « relecture » est en ce sens une manière de recueillir par les yeux et une attention méticuleuse à ce que l'on fait. La subjectivité de la religion romaine est prise aussi à partir du verbe retractare synonyme de relecture ou de révision et employé par Cicéron lorsqu'il présente son étymologie. La conception chrétienne de la religion, celle qui selon Benveniste correspond à l'étymologie religare, serait quant à elle de l'ordre de l'obligation, du lien d'attachement et de dépendance par rapport à la divinité. L'opposition entre ces deux manières d'être religieux est argumentée sur la base de l'opposition qu'exprime les expressions « votre religion » et « notre religion » et que l'on trouve sous les plumes d'Arnobe et de Tertullien.

Ce qu'a écrit Benveniste a eu une influence importante dans la mesure où il a été fréquemment cité par des études qui s'appuient sur son autorité pour opposer les étymologies de Cicéron et de Lactance. C'est par exemple le cas de l'article « Religion » de l’Encyclopaedia Universalis qui explique que « À la suite de Lactance, de Tertullien, les auteurs chrétiens se plaisent à expliquer le latin religio par les verbes ligare, religare, lier, relier. [...] Une autre origine est plus probable, signalée par Cicéron, appuyée de son autorité. Religio se tire de legere, cueillir, ramasser, ou de religere, recueillir, recollecter. »[43]

En 1998, Daniel Dubuisson, dans L'Occident et la religion, s'opposait à l'idée selon laquelle l'étymologie relegere recèlerait le sens premier ou primordiale de la religion. Selon Daniel Dubuisson le succès des étymologies dans les discours modernes sur la religion relève d'une la naïveté selon laquelle il serait possible de découvrir dans l'origine d'un mot un sens premier et univoque. Il juge cette façon de procéder « peu scientifique » car cela revient a postuler que ce terme pourrait avoir une signification intemporelle et idéale, sans égards suffisants pour l'histoire et ce qui s'y passe. Une observation similaire a été faîte par Jacques Derrida qui considère à ce sujet que « rien ne se règle à la source »[9]. Cependant, c'est en se référant à Benveniste, que Daniel Dubuisson développe la thèse d'une invention chrétienne de l'idée de religion et de sa spécificité occidentale. Il affirme ainsi que « la religion en tant que concept désignant, selon l'énergique définition de Benveniste, un « domaine distinct », profondément distinct, radicalement différent de ce qui l'entoure, est une création exclusive et originale des premiers penseurs chrétiens de langue latine. »[44]

[modifier] Jacques Derrida contre Emile Benveniste

Jacques Derrida a parlé d'une « inconséquence logique » à propos des analyses de Benveniste sur les étymologies. En cherchant à décrire ce que signifiait le terme ancien de religio, Benveniste entendait y discerner « l'essentiel » de la religion tout en affirmant qu'à cette époque le terme religion ne signifiait pas ce qui sera entendu plus tard comme religion. Par conséquent, l'essentiel de la religion des Romains que Benveniste a opposé à la conception chrétienne de la religion est aussi l'essentiel de la religion chrétienne comme de ne n'importe quelle phénomène pensé comme religion. Le projet de Benveniste était, selon Jacques Derrida, de penser une idée de religion d'avant l'idée de religion pour pourvoir « penser une situation dans laquelle, comme ce fut un jour le cas, il n'existera peut-être plus, comme il n'existait encore pas de terme indo-européen commun pour religion »[9].

L'opposition établie par Benveniste ne permet donc pas de distinguer deux sortes de religions : celle marquée par le christianisme et celle d'avant, mais revient à séparer les termes dans lesquels se posent la problématique de la religion. Pour Derrida, ce que Benveniste a décrit comme religion des Romains d'une part et religion des chrétiens d'autre part correspondent aux pôles à partir desquels se pense, de toute façon, la religion, comme les foyers d'une même ellipse ou comme « deux sources » qui mêlent leurs eaux : « Quiconque ne reconnaîtrait ni la légitimité de ce double foyer ni la prévalence chrétienne qui s'est imposée à l'intérieur même de la dite latinité devrait refuser les prémisses même d'un tel débat ». Ainsi, la ligne de démarcation établie par Benveniste entre « religion des Romains » et « religion chrétienne » pour situer le christianisme dans un camp et pouvoir l'affronter, passerait au milieu de l'une et de l'autre plutôt qu'entre les deux. Dans le même sens, Jean Greisch considère que la double étymologie fournie « la matrice » de toute réflexion sur la religion[45].

Jacques Derrida considère qu'Emile Benveniste a pu tirer d'une étude des mots latins deux conception radicalement distinctes et opposées de la religion parce qu'il a fait « semblant de savoir » ce qu'ils signifient exactement :

« La tentation de croire au savoir, ici par exemple la précieuse autorité de Benveniste, ne saurait aller sans quelques craintes et tremblement. Devant quoi ? Devant un science reconnue, sans doute, et légitime et respectable, mais aussi devant la fermeté avec laquelle, s'autorisant sans trembler, lui, de cette autorité, Benveniste (par exemple) avance avec le couteau tranchant de la distinction assurée. »

— Jacques Derrida, Foi et savoir, p.49

.

Pour Jacques Derrida la prétention de Benveniste à identifier le « disparu » ou « l'essentiel qui reste » des conceptions anciennes de la religion situait a ses yeux « les abîmes au-dessus desquels un grand savant s'avance d'un pas tranquille, comme s'il savait de quoi il parle, mais aussi en avouant qu'il n'en sait au fond pas grand chose ».

[modifier] Autres critiques de Benveniste et nouvelles perspectives sur les étymologies

John Scheid a, comme Emile Benveniste, tendance à opposer une conception chrétienne de la religion à un concept de religion qui permettrait de penser la religion des Romains. Il entend a cet égard débarrasser l'étude de la religion des Romains de ses « préjugés chrétiens »[46]. Cependant, contrairement à Benveniste et aux dictionnaires de latin, pour qui la religio des romains est essentiellement de l'ordre du scrupule de conscience, John Scheid attribue au christianisme de conduire à penser la religion selon la subjectivité et le sentiment, tandis qu'il veut pouvoir penser la religion des Romains de l'époque républicaine comme religion civile, la situant dans la sphère du lien social, du devoir et des obligations rituelles[47]. Pour John Scheid, « la crainte superstitieuse individuelle de certains romains, que tous les citoyens pieux et bien pensant condamnaient » n'a rien à voir avec « la religio proprement dite ».

Jean Grondin, a fait remarquer que Benveniste semble avoir pu déduire l'idée de « scrupule » ou de « scrupule de conscience » directement de l'étymologie de Cicéron. Il constate aussi que cette association d'idée est « inlassablement répétée à la suite d'Emile Benveniste » bien qu'il ne soit nulle part question de « scrupule » dans le texte de Cicéron. Jean Grondin invite donc à « relire attentivement » ce qui concerne l'étymologie relegere dans l'œuvre de Cicéron et à ne pas confondre cette étymologie avec une définition donnée par Cicéron.

Jean Greisch s'est interrogé sur la façon dont l'idée de scrupule pouvait être réfléchie sur le texte de Cicéron mais il envisage les choses d'une manière qui suggère un contre-sens dans l'interprétation de Benveniste. Dans la mesure ou le scrupule est une « petite chose » qui arrête quelqu'un et l'empêche d'avancer, - en latin un scrupulus est un petit caillou pointu ou le vingtième d'une once - c'est plutôt, d'après Jean Greisch, le superstitieux dont parle Cicéron qui devrait être dit scrupuleux, tandis que les scrupules du superstitieux seraient précisément ce qui le distinguerait du religieux, ce dernier pouvant être dit consciencieux mais pas scrupuleux[45].

Dans un sens proche des analyses de John Scheid sur la religion des Romains, Pierre Gisel, évoque l'étymologie relegere comme relevant d'une religiosité « sans reprise sur soi ni engagement croyant ». Pour Pierre Gisel, la relecture dont il est ici question est une vérification des rites effectués. Quant à l'étymologie de Lactance, elle exprime, selon Pierre Gisel la disposition de la religiosité à l'époque de Lactance, une religiosité dont fait partie le christianisme. Pierre Gisel dispose en faveur de ses interprétations, d'un changement de perspective dans l'appréciation de ce en quoi consiste une étymologie. Une hypothèse étymologique peut ne pas être considérée comme relevant du sens premier et originel d'un terme car si la signification d'un mot se forge dans l'histoire, sa signification la plus originelle se trouver pas dans le passé mais dans les usages courants. Ainsi l'hypothèse étymologique est « vraie », dans la mesure où elle renvoie à l'usage courant. Selon Richard King :

« Il n'est pas possible d'attribuer seulement à Lactance la transformation chrétienne du sens du terme religion, car son étymologie (comme toute étymologie) est une tentative de justifier l'usage courant du mot en respectant des conventions de langage établies depuis longtemps. Il faut donc reconnaître que Lactance a pourvu le terme religio de fondations étymologiques après coup, comme Cicéron l'avait fait avant lui, car ses écrits sont autre chose qu'un effort d'imagination visant à codifier et légitimer les usages et les pratiques des chrétiens à partir d'une origine étymologique supposée[48]. »

— Richard King, Orientalism and Religion, p.37

[modifier] Compléments

[modifier] Références

  1. Cicéron, De Natura Deorum, 2, 28, 71.
  2. a, b et c Pierre Gisel, Qu'est qu'une religion ?, Paris, Vrin, Chemins philosophiques, 2007, pp. 54-57. (ISBN 978-2-7116-1875-0)
  3. a et b Lactance, Institutions divines, IV, 28, 3-16. Lecture sur le site de L'antiquité grecque et latine
  4. Augustin, Les Rétractations I, XIII, 9.
  5. Augustin, La Cité de Dieu, X, 1 : « Le mot de religion semblerait désigner plus distinctement, non toute sorte de culte, mais le culte de Dieu, et c’est pour cela qu’on s’en est servi pour rendre le mot grec treskeia. Toutefois, comme l’usage de notre langue fait dire aux savants aussi bien qu’aux ignorants, qu’il faut garder la religion de la famille, la religion des affections et des relations sociales, il est clair qu’en appliquant ce mot au culte de la déité, on n’évite pas l’équivoque ; et dire que la religion n’est autre chose que le culte de Dieu, ce serait retrancher par une innovation téméraire l’acception reçue, qui comprend dans la religion le respect des liens du sang et de la société humaine. »
  6. Isidore de Séville, Étymologies, livre VII, II, 2-3.
  7. Thomas d'Aquin, Somme de théologie, IIa IIae, Q.81.
  8. a et b Émile Benveniste, Le Vocabulaires des institutions indo-européennes, t. 2, « Pouvoir, droit, religion », Paris, éditions de minuit, 1969, pp. 265 ss. (ISBN 978-2707300669)
  9. a, b, c et d Jacques Derrida, Foi et savoir, Paris, Seuil, Points-Essais, 2001, (1re éd. 1996), pp.49-59 (ISBN 978-2-02-047986-8)
  10. Daniel Dubuisson, L'Occident et la religion, Bruxelles, Complexe, 1998, p. 40
  11. Legendi, Gérondif génitif de lego, ere, legi, lectum. Ce verbe a de nombreuses significations possibles parmi lesquelles : assembler, lier, relier, cueillir, recueillir, passer en revue, parcourir, suivre, choisir, élire, recueillir par les yeux, lire, etc. Cf., Félix Gaffiot, Dictionnaire latin-français, Hachette.
  12. CICÉRON, De Natura Deorum, 2, 28, 71. « Non enim philosophi solum, verum etiam maiores nostri superstitionem a religione separaverunt. Nam qui totos dies precabantur et immolabant, ut sibi sui liberi superstites essent, superstitiosi sunt appellati, quod nomen patuit postea latius; qui autem omnia, quae ad cultum deorum pertinerent, diligenter retractarent et tamquam relegerent, sunt dicti religiosi ex relegendo, ut elegantes ex eligendo, ex diligendo diligentes, ex intellegendo intellegentes. His enim in verbis omnibus inest vis legendi eadem, quae in religioso. Ita factum est in superstitioso et religioso alterum vitii nomen, alterum laudis. »
  13. Les romains établissaient des procès verbaux après avoir effectué leur rites. Les plus connus sont les Actes des Frères Arvales dont de nouveaux fragments ont été découverts au XX° siècle. Cf. John Scheid, Quand faire c'est croire; Religion et piété à Rome, voir aussi « Pour une archéologie du rite », Annales HSS, mai-juin 2000, n°3, pp. 615-622.
  14. Jean Greisch, Le buisson ardent et les lumières de la raison, t.I, pp.15-16.
  15. a et b Jean Grondin, La philosophie de la religion, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 2009, pp.70-71. (ISBN 978-2-13-056960-2)
  16. a, b et c Sur le rapport de Lactance à la philosophie en général et à celle des épicuriens en particulier, cf. Jean-Yves Guillaumin, « Arts Libéraux et philosophie », in Autour de Lactance, Hommage à Pierre Monat, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2003, pp. 27-42. (ISBN 2848670290).
  17. a et b Lactance, Epitomé des Institutions divines, 64,5, Trad. Michel Perrin, Cerf, Sources chrétiennes 335, Paris, 1987.
  18. Pour un biographie de Lactance, cf. Pierre Monat, « Lactance » in Lactance, les institutions divines, livre V.
  19. Le Chronicon est une chronologie établie par Eusèbe de Césarée, contemporain de Lactance, puis reprise et complétée par saint Jérôme. C'est une source importante de la biographie de Lactance. On peut y lire pour l'année 317 : « Crispus et Constantinus, fils de Constantin, ainsi que l'adolescent Licinius, fils de Licinus Augustus et de la sœur de Constantin, furent faits Césars. Parmi eux, Crispus reçu de Lactance, l'homme le plus éloquent de son époque, l'enseignement de la littérature latine. Toutefois, Lactance vivait pauvrement, à ce point qu'il manquait même du nécessaire. » Cf. Chronicon de saint Jérôme sur « Tertullian.org » en latin ou en anglais.
  20. Lactance, Inst. Div. IV, 1-2
  21. Saint Jérôme, Lettre à saint Paulin, 10 : « Lactantius quasi quidam fluvius eloquentiae Tullianae, utinam tam nostra affirmare potuisset, quam facile aliena destruxit. »
  22. Augustin, La Cité de Dieu, X, 3 ; Les Rétractations I, XIII, 9 ; De la Vraie Religion, 55, 111 et 113, Quant. Anim., 36, 80.
  23. Bréal et Bailly, Dictionnaire étymologique latin, pp. 156-157
  24. François Desbordes, Idées grecques et romaines sur le langage, Travaux d'histoire et d'épistémologie, Lyon, ENS édition, 2007, pp. 122-123. (ISBN 978-2-84788-108-0).
  25. Anne Levallois et Dominique Iogna-Prat estiment que cette étymologie relegere/religere se trouvait précisément dans les Antiquité divines de Varron : « Dans les Antiquités divines, Varron propose l'étymologie relegere/religere. » Ils reconnaissent ainsi l'étymologie religere donnée par Augustin et celle relegere donnée par Cicéron comme une seule étymologie attribuable à Varron. Ensuite ils expliquent le sens qu'avait certainement voulu donner Varron au terme religion dans cette œuvre disparue. Cf. Dictionnaire des faits religieux, « Religion (approche historico-philologique », Paris, PUF, Quadrige, 2010, p. 1027.
  26. Ver. Rel., 55, 111.
  27. Augustin, La cité de Dieu, trad. Lucien Jerphagnon, Paris, Gallimard, 2000. « En le choisisant, lui - mieux : en le choisissant de nouveau, car négligeants que nous sommes, nous l'avions perdu -, en le choisissant de nouveau, religentes (d'où vient dit-on, « religion »), nous tendons en lui par l'amour, afin que, l'atteignant, nous trouvions en lui le repos. » Texte latin sur Augustinus.it
  28. Des auteurs signalent que jusqu'à une époque relativement récente les commentateurs des étymologies ne voyaient pas d'opposition entre les différentes hypothèses : Jean Greisch, Le Buisson ardent t.1, p. 17 ; Jean Grondin, La philosophie de la religion, p. 74.
  29. Pierre Gisel, Qu'est-ce qu'une religion ?, pp. 57-58.
  30. Isidore de Séville, Etymologies, livre VII, II, 2-3. « Religio appellata, quod per eam uni Deo religamus animas nostras ad cultum divinum vinculo serviendi. Quod verbum conpositum est a relegendo, id est eligendo, ut ita Latinum videatur religio sicut eligio. »
  31. Jean Calvin, L'institution de la religion chrétienne, 1541, §66. Français modernisé. Texte original : « Quant au mot de Religion, combien que Cicéron le déduise très bien du mot de Relire, toutesfois la raison qu'il ameine est forcée et prise de trop loin, c'est que les serviteurs de Dieu ont tousjours relu et diligemment médité ce qui estoit de faire. Or plustost j'estime que ce mot est opposé à la trop grande licence et excessive, que la pluspart du monde s'est permise, c'est de prendre à la volée tout ce qui luy venoit au devant, mesme de voltiger légèrement çà et là. Religion donc emporte autant comme une retraite et discrétion mesure et bien fondée : car la vraye piété, pour avoir certain arrest et ferme, se recueille en ses limites : comme il me semble que la superstition a esté nommée, de ce qu'en ne se contentant pas de ce qui estoit ordonné de Dieu, elle a fait un amas superflu de choses vaines. »
  32. Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion 588, tome II : les religions antiques, africaines et orientales, La religion déterminée, Paris, Vrin, 2001, (ISBN 978-2711622948), (tome 2-2 dans l'édition Vrin de 1959, La religion déterminée, les religion de l'individualité spirituelle, p. 184). En anglais, Hegel, Lectures on the Philosophy of Religion : Determinate Religion, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1995, p. 697. (ISBN 0-520-20372-0). Lecture sur Google book
  33. Jean-Baptiste-Bonnaventure de Roquefort, Dictionnaire étymologique de la langue française, t.2, Paris, 1829, p. 312.
  34. Abbé Ambroise Guillois, Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du cathéchisme, t. I, Paris, éd. Adolphe Josse, 1869, Leçon III, p.19.
  35. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Thiel.
  36. a, b et c Grand dictionnaire de la langue latine, 1865, art. « Religio », t.3, p.71. Lecture en ligne sur Gallica.
  37. Michel Bréal et Anatole Bailly, Les mots latins groupés d'après le sens et l'étymologie, Paris, Hachette, 1885, « lego », pp. 155-158, lecture sur Google book.
  38. Salomon Reinach, Orpheus, Histoire générale des religions, 1907, réed. 2002, Paris, l'Harmattan, coll. Les introuvables, (ISBN 2-7475-2636-4). Lecture en ligne de l'édition de 1907 :Orpheus. Les dictionnaires parlent de « scrupule » à la suite de leur notice sur les étymologies sans toutefois établir de lien logique entre les deux. Dans le Freund Le terme « scrupule » est l'équivalent le plus fréquemment proposé pour les multiples occurrences anciennes du terme religio.
  39. Daniel Dubuisson remarque ainsi qu'« Il n'est pas rare que des articles ou des ouvrages consacrés à la religion s'ouvrent encore aujourd'hui sur un ou plusieurs paragraphe destinés à rappeler l'étymologie discutée depuis l'Antiquité, du mot latin religio. » Cf. Daniel Dubuisson, L'Occident et la religion, Bruxelles, Ellipse, 1998, pp.39-43
  40. Servius, Commentaire de l'Enéide, livre VIII, v. 345 : « religio id est metus, ab eo quod mentem religet dicta religio. »
  41. Aulu-Gelle, les Nuits attiques, II,28
  42. Aulu-Gelle, les Nuits attiques, IV,9
  43. Encyclopaedia Universalis, article religion. Tertullien a vécu un siècle avant Lactance et il fut l'un des premiers auteurs à avoir revendiqué pour des chrétiens le droit d'avoir une religion face à la religion romaine. Il n'a laissé dans son œuvre aucune trace d'une opinion sur l'étymologie de religion, mais, dans l'Apologétique, il a revendiqué pour les chrétiens le droit d'avoir une religion (24,1), et il a opposé la religion de ceux qui adorent des faux-dieux et demandent de mentir (dire que l'on est pas chrétiens même si on l'est pour échapper à la mort) à la « religion du vrai Dieu ». À la suite d'Emile Benveniste, l'Encyclopædia Universalis situe Tertullien dans le parti des défenseur de l'étymologie religare. Voir aussi Jacques Derrida, Foi et Savoir p. 54.
  44. Daniel Dubuisson, L'Occident et la religion. Mythes, sciences et idéologies, Bruxelles, Complexe, 1998, p.42. (ISBN 2-87027-696-6)
  45. a et b Jean Greisch, Le buisson ardent et les lumières de la raison, L'invention de la philosophie de la religion, t. I « Héritages et héritiers du XIXe siècle », Paris, Cerf, coll. « Théologie & philosophie », 2002, pp.15 ss. (ISBN 2-204-06857-8)
  46. John Scheid, Religion et piété à Rome, pp. 19-27.
  47. Scheid John. « Le délit religieux dans la Rome tardo-républicaine », in Le délit religieux dans la cité antique. Actes de la table ronde de Rome (6-7 avril 1978). Publications de l'École française de Rome n°48, Rome, École Française de Rome, 1981. pp. 117-171.
  48. Richard King, Orientalism and Religion, Post-Colonial Theory, India and "The Mystic East", Londres, Routledge, 1999, p.36-37. (ISBN 0-415-20257-4). Traduit de : « We cannot attribute the Christian transformation of the term to Lactancius alone since his etymology (like all etymologies) is merily an attempt to justify current usage according to a long established linguistic convention. Thus we should acknowledge that Lactancius construct the etymological fondation of religio somewhat after the fact (as ideed did Cicero before him), since his writting is little more than an imaginative attempt to codify and legitimate christian usage and practice with an authorithy based upon supposedly ancient etymolgical origins. » Lecture en ligne sur Google books

[modifier] Bibliographie

[modifier] Répertoire des sources de l'étymologie de religion

Cicéron

  • De la nature des dieux, II, 28, 71.

Lactance

  • Les Institutions divines, IV, 27, 3-16.
  • Epitomé des Institutions divines, 64,5

Maurus Servius Honoratus

  • Commentaire de l'Enéide, Livre VIII, 349. « religio id est metus, ab eo quod mentem religet dicta religio. »

Augustin d'Hippone

  • La Cité de Dieu, livre X, §3.
  • Les Rétractations, livre I, §13,9.
  • De la Vraie Religion, §55 ; §111 et §113.
  • Quant. Anim., 36,80.

Isidore de Séville (env.565 - 636)

  • Les étymologies, Livre VII, chap. II, 1-7

Thomas d'Aquin

  • Somme de Théologie, IIa IIae, Q.81.

Jean Calvin

  • Institution de la religion chrétienne, 66.

[modifier] Articles connexes

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