Études de Chopin

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Études op. 10, no 2, partition avec le doigté annoté par Chopin.

Les Études de Chopin sont deux cahiers chacun de douze études pour le piano que le compositeur polonais Frédéric Chopin publia dans les années 1830 : le premier, l'opus 10, dédié « à son ami F. Liszt » et le deuxième, l'opus 25, dédié « à Madame la Comtesse d'Agoult ». Mais on doit encore ajouter à cela, pour faire le tour de toutes les études proprement dites de Chopin, les Trois nouvelles études, sans numéro d'opus, que le compositeur écrivit pour la Méthode des méthodes de piano de Ignaz Moscheles et François-Joseph Fétis. Cet article aura donc pour tâche de traiter de ces 27 études pour piano seul.

Premières études à être aussi de véritables morceaux de concerts, elles sont pourtant rarement jouées en public dans leur intégralité, étant (spécialement les douze premières) réputées pour leurs difficultés en tous genres.

Études op. 10[modifier | modifier le code]

Elles ont été composées de 1829 (Chopin avait 19 ans) à 1832, puis publiées en 1833.

no 1 en ut majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 1.

Parfois surnommée « La cascade », ou « Les escaliers ». Le virtuose Vladimir Horowitz explique à propos des études de Chopin : « Pour moi, l'étude la plus difficile est celle en ut majeur, la première, op. 10, no 1 »[1].

Cette étude a pour but le travail des extensions de la main droite, celle-ci alternant très rapidement d'une position ouverte de la main à une position plus fermée. D'une écriture à la fois très simple et harmoniquement très virtuose, cette étude se joue dans la nuance forte. Tandis que la main gauche ponctue chaque mesure par de profondes basses en octaves, la main droite parcourt tout le clavier, en montant et en descendant, avec toujours le même type d'articulation, en variant progressivement la tonalité des arpèges, laissant l'impression d'entendre des vagues. La difficulté principale de cette étude réside dans la détente de la main droite, très difficile à réaliser.

no 2 en la mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 2.

Parfois dite « Chromatique ». Considérée par beaucoup de pianistes comme la plus difficile du lot. Cette étude a pour but le travail des doigts faibles de la main droite, soit le majeur, l'annulaire, et l'auriculaire. Cependant, à l'origine, Chopin voulait que l'on exécutât la partie chromatique du haut, uniquement avec les quatrième et cinquième doigts (annulaire et auriculaire), mais devant la difficulté, la plupart des pianistes s'aident du troisième doigts (majeur).

Cette étude ne paraît pas très difficile quand on l'écoute. En fait, les accords venant ponctuer chaque temps sont partagés entre la main droite et la main gauche, et il faut souligner que la main droite, en plus de ces accords, joue une gamme chromatique perpétuelle avec les doigts faibles. Cette étude réclame à la main droite la plus haute agilité, ses doigts faibles se chevauchant dans une position très inconfortable et surtout très inhabituelle pour effectuer ces chromatismes.

Par ailleurs, le pianiste Boris Berezovsky propose de travailler la main droite en triolets, en accentuant chaque première note du triolet, tout en jouant la main gauche normalement. Cet exercice permet de mettre en place parfaitement les accords de la main gauche par rapport à la main droite. Il est fortement déconseillé au pianiste qui l'étudie, de travailler cette étude plusieurs heures d'affilée, car le risque de crispation et, plus grave, de tendinite, est élevé.

no 3 en mi majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 3.

Sous-titrée « Tristesse » (par un des éditeurs en raison de la grande beauté de la mélodie dont Chopin aurait dit qu'il n'écrirait jamais quelque chose de plus beau), ou parfois « L'intimité ». C'est une étude avant tout mélodique. Sa difficulté principale est l'indépendance des doigts de la main droite, qui jouent à la fois la mélodie et un accompagnement de celle-ci.

Cette mélodie est reprise par Edgardo Donato dans le tango La Melodia del Corazón, par Tino Rossi dans la chanson Tristesse et par Serge Gainsbourg dans son Lemon Incest. Elle apparaît également dans les films L'Insoumise en 1938 et Celles qu'on n'a pas eues en 1981, et dans le téléfilm David Copperfield en 1999. Elle figure également dans l'anime Fullmetal Alchemist (2003) où elle fait une apparition lors du dernier épisode sous le nom de Wakare no kyoku, la « Chanson de l'adieu », ainsi que dans le dernier épisode de la saison 7 de Futurama. On la retrouve également dans le film Un été italien (2008) et The Master (2012). Elle a également fortement inspiré Muse pour le prélude de la chanson Survival sur l'album The Second Law (hymne officiel des Jeux olympiques d'été de 2012 à Londres).

no 4 en ut dièse mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 4.

Parfois surnommée « Le Torrent », ou « Sol fa mi ré do ». Il s'agit là d'une étude de vélocité pure où mains droite et gauche se répondent un peu à la manière d'un prélude de Bach, et ce dans un mouvement extrêmement rapide (« 88 à la blanche »). Chaque main semble vouloir rattraper l'autre sans jamais y parvenir. L'étude se termine mains ensemble, au mouvement le plus rapide que puisse assurer l'interprète. Cette étude, que beaucoup de pianistes surnomment d'après ses premières notes, compte parmi les plus exigeantes quant aux difficultés techniques qu'elle impose à l'interprète.

no 5 en sol bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 5.

Surnommée « La Négresse », ou parfois « Sur les touches noires ». En effet, durant toute la durée de la pièce, la main droite joue uniquement sur les touches noires à l'exception d'une seule note faisant partie d'un accord de la 66e mesure. C'est une étude très aérienne et scintillante.

no 6 en mi bémol mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 6.

Cette étude, second morceau lent du cycle, demande une parfaite maitrise de la polyphonie avec un chant plein de gravité à la main droite accompagné d'un mouvement constant de doubles croches.

no 7 en ut majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 7.

C'est une brillante toccata dont le but est d'obtenir la précision dans l'attaque des tierces et des sixtes.

no 8 en fa majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 8.

Débutant par un trille sur le quatrième temps, cette étude permet d'augmenter l'agilité du pouce et du quatrième doigt de la main droite. Extrêmement rapide (blanche à 88), la principale difficulté est de garder à la fois un caractère léger et dansant à la main gauche et une clarté et précision à la main droite. L'étude se termine en apogée sur des arpèges en fortissimo.

no 9 en fa mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 9.

Cette étude est utile pour travailler l'extension de la main gauche qui accompagne le chant haletant de la main droite. Liszt s'est inspiré de cette page ressemblant à un nocturne pour son étude d'exécution transcendante no 10 dite « Appassionata » en fa mineur elle-aussi.

no 10 en la bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 10.

Étude technique composé de plusieurs parties (thème en la bémol, 2e thème en mi, pont, ré-exposition 2e thème en la majeur, etc.)

Cette étude requiert une agilité et une souplesse au niveau de la main, du poignet et du bras.

Le premier thème utilise 3 techniques différentes (chant au 5e, chant au pouce, tous piquée avec chant au 5e) permettant de mettre en valeur le thème sous plusieurs forme. La main gauche ponctue à la blanche pointée au noir pointée.

Elle ne doit pas être prise à la légère, malgré sa facilité, pour que toutes les notes ressortent.

no 11 en mi bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 11.

Parfois dite « Aux arpèges ».

no 12 en ut mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 10, no 12.

Surnommée « La révolutionnaire » (ou « Étude sur le bombardement de Varsovie » ou parfois « La chute de Varsovie ») en raison de son caractère tempétueux et de son contexte historique (Chopin l'aurait composée à Stuttgart juste après avoir appris la reconquête de Varsovie par les troupes russes pendant l'insurrection de novembre 1830).

Il apprend avec douleur la prise de Varsovie le 8 septembre 1831 ; agité de ces événements il écrit à sa famille restée en Pologne : « Dieu, Dieu. Motion de la terre, dévorent les gens de cet âge. Soit le plus dur châtiment tourmenté les Français, que nous n'avons pas venu pour aider. »[2]

Cette étude, probablement l'une des plus connues, est particulièrement difficile pour la main gauche

Études op. 25[modifier | modifier le code]

Composées de 1832 à 1836, publiées en 1837, elles sont dédiées à la maîtresse de Liszt, la comtesse Marie d'Agoult.

no 1 en la bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 1.

Surnommée « La harpe éolienne » en citant Schumann[3], ou parfois « Le petit berger » en citant Chopin[4].

no 2 en fa mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 2.

Parfois surnommée « Les abeilles », ou « Le baume ». Schumann l'a qualifiée de « douce comme la chanson d'un enfant endormi »[3].

no 3 en fa majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 3.

Parfois surnommée « La roue » ou « Le cavalier ».

no 4 en la mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 4.

Cette étude est destinée à l'étude du staccato et aux sauts de la main gauche.

no 5 en mi mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 5.

Parfois surnommée « La fausse note » en raison des nombreuses dissonances volontairement glissées dans chaque harmonie par Chopin. On peut noter le splendide passage, très harmonieux et mélodique, qui se situe au milieu de cette pièce et introduit un grand contraste avec le reste de l'œuvre (disparition temporaire des dissonances et tonalité de mi majeur !).

no 6 en sol dièse mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 6.

Parfois dite « En tierces ». Cette étude est réputée comme étant la plus difficile.

no 7 en ut dièse mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 7.

Cette étude permet à l'interprète de développer sa technique polyphonique. L'œuvre est d'un caractère très sombre et lent, entrecoupée de quelques traits virtuoses ; la partie centrale est, elle, extrêmement délicate et poétique, presque onirique, mais très brève et reconduit vite au thème initial.

no 8 en ré bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 8.

Parfois dite « En sixtes ». Ses redoutables sixtes ont fait dire à Hans von Bülow que c'était l'exercice le plus utile de toute la littérature des études.

no 9 en sol bémol majeur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 9.

Parfois surnommée « Le papillon », cette pièce légère et rapide fait partie des études les plus connues. La difficulté technique se cache au détour de mesures à 2/4, dans lesquelles la main droite enchaîne incessamment un accord et quelques octaves sur un thème aérien, dans un jeu tour à tour lié et détaché. La main droite ponctue le chant d'accords piqués discrets tout d'abord, puis de plus en plus marqués. La force du morceau atteint son apogée dans un appassionato retentissant, avant qu'il ne s'achève sur une poignée de notes scintillantes.

Cette étude permet entre autres de développer la souplesse du poignet pour la main droite, tout en offrant des exemples de liaisons difficiles (d'une touche noire à une autre…).

no 10 en si mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 10.

C'est une étude traitant des octaves. Les octaves de la première partie, que le pianiste virtuose Hans von Bülow comparait à une « sauvagerie asiatique » contrastent fortement avec les octaves douces de la deuxième partie, en si majeur.

no 11 en la mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 11.

Surnommée « Le vent d'hiver ». Elle permet de développer un chromatisme tourbillonnant pour la main droite. La mélodie principale est exposée par la main gauche.

C'est une étude très virtuose, qui nécessite une solide technique pour le chromatisme et les arpèges.[pertinence contestée]

no 12 en ut mineur[modifier | modifier le code]

Études op. 25, no 12.

Parfois surnommée « L'océan ».

Cette pièce clôt à la fois l'opus 25 de Chopin et l'ensemble opus 10 + opus 25, en cela qu'elle peut être vue comme l'étude « symétrique » à l'opus 10 no 1. En effet, il s'agit du même ton (ut), transposé au mode mineur, et la technique employée est similaire, à ceci près que, cette fois-ci, ce sont les deux mains qui tracent, sur l'étendue du clavier, de lourds arpèges (comparables aux vagues de l'océan, d'où le surnom) à opposer avec ceux, légers et aériens, de l'opus 10.

Trois nouvelles études[modifier | modifier le code]

Composées en 1839, elles furent publiées en 1840.

Article détaillé : Trois nouvelles études.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) David Dubal, Evenings with Horowitz: a personal portrait, Amadeus Press, 2004, ISBN 978-1-57467-086-8
  2. Adam Czartkowski, Zofia Jeżewska, Fryderyk Chopin, Warszawa 1975, p. 163.
  3. a et b Schumann cité par Theodor Kullak dans Chopin: the Man and His Music, cf #Liens externes
  4. Chopin cité par Kleczynski, dans Chopin: the Man and His Music, cf #Liens externes

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Liens externes[modifier | modifier le code]