Étoile des neiges

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Étoile des neiges, Fliege mit mir in die Heimat dans sa version originale en allemand, est une chanson composée et enregistrée à la radio une première fois en 1944 par l'Autrichien Franz Winkler et sa soeur Albertine. Elle est reprise ensuite en plusieurs langues et dans plusieurs pays, dont la France, où la chanson a connu un beau succès.

Version originale[modifier | modifier le code]

Fliege mit mir in die Heimat (Envole-toi avec moi vers notre pays) est une chanson composée et enregistrée à la radio une première fois en 1944 par l'Autrichien Franz Winkler (1906-1962), alors musicien aux armées, et sa sœur Albertine[1]. En 1948 il enregistra à nouveau la chanson, cette fois avec son épouse Ingeborg, pour Decca (7/48 Decca 16006). Cette chanson sentimentale, exprimant au plus haut point le mal du pays, eut un grand succès, en particulier parmi les millions d'Allemands expulsés des territoires perdus de l'Est et du centre de l'Europe. Le texte de la chanson allemande se compose de deux strophes et d'un refrain. Les couplets rapportent l'histoire, peu vraisemblable, d'un aviateur allemand survolant Rio alors qu'une petite fille crie sur la plage son mal du pays ; il l'emmène au pays, le seul bruit des moteurs, c'est déjà le pays. Telle qu'elle s'est imposée dans les mémoires, la chanson perd le couplet des moteurs, ne restent plus que Rio, l'aviateur et la petite fille ainsi que le refrain : « envole-toi avec moi vers notre pays, monte dans l'avion, envole-toi avec moi dans le ciel... » La mélodie des couplets sera celle du refrain des adaptations anglo-saxonne et française et celle du refrain deviendra celle des couplets.

Reprises[modifier | modifier le code]

Jacques Hélian et les Hélianes : premier succès en France[modifier | modifier le code]

Le succès de la chanson n'est pas immédiat en France. Il aura fallu attendre que Jacques Hélian fasse des recherches documentaires dans le but de trouver une idée de chanson destinée à un groupe vocal féminin, Les Hélianes, qu'il crée en 1949 dans le cadre de son « Grand orchestre ». C'est effectivement à cette occasion qu'il tombe sur une mélodie allemande dont les ventes n'avaient pas marqué l'année 1948 en France. Pourtant, l'air le séduit à la première écoute, si bien que le soir même il appelle son parolier Jacques Plante et lui fait part de sa découverte. L'été se passe, et le parolier reprend contact avec le chanteur pour lui présenter son texte adapté de la version anglo-saxonne, qu'il vient de titrer : Étoile des neiges. Mais les paroles ne conviennent pas à Jacques.

S'entame alors une discussion quant au thème dont devra traiter les nouvelles paroles, dans le but de faire de la chanson un succès populaire :

« Que voulais-tu que je raconte ?

- Je ne sais pas... je dis n'importe quoi... la montagne, la Savoie ; en Savoie, y a des ramoneurs. Un ramoneur est fauché. Comme il veut se marier, il s'en va gagner des sous, ça existe, non ? Et quand il a la bourse pleine, il radine au pays. Et c'est la noce... Ding, dong, les cloches !

- Mais c’est con ton histoire

- C’est peut-être con, mais c’est ça qu’il faut ! ».

René Beaux assure l'arrangement orchestral et quelques voix masculines viennent en renfort pour ainsi former un chœur mixte. Cette fois ci, Jacques Plante accompagné donc par les Hélianes connaît le succès en empochant un disque d'or (qui lui est remis le 3 décembre 1949) ainsi que le grand prix du disque en 1951[2].

À cette époque, les chansons à succès, ou « scies », constituent une œuvre en partage et de nombreux interprètes enregistrent ce tube en 1950 : Line Renaud, Patrice et Mario, ou encore André Claveau[3]. Dans la France du début des Trente Glorieuses, en proie à une crise de croissance, notamment dans le domaine de l'immobilier, l'histoire du petit Savoyard et de sa fiancée annonçait des lendemains meilleurs, la constitution d'une famille nucléaire autonome, un logement décent (le futur F3 des HLM) et un avenir dans la grande ville. Line Renaud incarnait les idéaux de la génération des Baby Boomers alors qu'une Edith Piaf perpétuait la fille perdue de l'univers chansonnier de l'entre-deux-guerres. La chanson exprimait un kitsch moderne — mais lié à un passé mythifié, qui faisait allusion au personnage du petit Savoyard et au conte d'Andersen La Bergère et le Ramoneur. La Savoie, dont l'industrie et le tourisme se développaient, s'est identifiée à ce kitsch français qui a fait oublier le kitsch originel, où s'exprimait une Allemagne désireuse de se replier sur elle-même, renonçant une bonne fois pour toutes aux vastes espaces d'Europe de l'Est, d'Asie et d'Afrique. C'est cette même Allemagne qui s'identifie tout au long des années 1950 à l'idylle artificielle du Heimatfilm, dont au fond le cadre pseudo-régional n'est guère différent de celui de l'adaptation française.

Simon et les Modanais : ultime retour[modifier | modifier le code]

Milieu des années 1980, Bernard Simon dit « Simon », cheminot à Modane, est chanteur dans un petit groupe qui reprend le répertoire du rockeur français Johnny Hallyday et répète dans une chapelle désaffectée. Il demande à Louis Testardi dit « Gigi », un de ses collègues de la SNCF et ami depuis le collège, de les rejoindre à la batterie. Animant de nombreux bals dans la région de Modane, dans leur style « rock-musette », les deux amis se lancent un soir dans une reprise de Étoile des neiges. Cette reprise devient rapidement populaire et gagne une certaine renommée dans la région, en plaisant à la fois aux Mauriennais et aux touristes parisiens. Si bien qu'une autre connaissance des deux amis, Jacques Vise, à la base carrossier au village de Bramans, monte à Paris en tant que technicien de scène pour essayer de vendre le concept, aidé dans sa tâche par un autre modanais connu dans le milieu, Jean Soulier dit « Gino Palatino », notamment guitariste de la chanteuse Sheila. En six mois, ils arrivent à se faire prêter un vieux studio qu'ils réhabilitent, pour pouvoir enfin enregistrer une maquette. Présentée au label BMG, un succès populaire est rapidement repéré par les producteurs. Initialement, Simon, le chanteur, doit évoluer en solo mais la maison de disque dicte les règles et exige notamment l'image d'un groupe « du terroir ». Ainsi, Gigi restera à son poste de batteur et Jacques sera aux claviers, on rajoute des bruits de cloche sur la bande-son (toujours dans cet optique d'« authenticité »), et Véronique Vise dite « Véro », sœur de Jacques et bassiste, rejoint le groupe pour assurer la féminité du groupe (argument vendeur selon BMG). Simon et les Modanais sont nés, un 45 tours sort[4],[5].

Le disque remporte vite le succès escompté notamment grâce à un clip qui restera dans les anales. On y voit Simon en perfecto et nœud papillon tenter de séduire Véro costumée en bergère des montagnes. Jugé avec le recul de « cliché et mignon » par certains ou de « kitsch » pour d'autres, toujours est-il que ce clip contribua à la vente estimée de 800000 à 1000000 de disques et a, selon certains, « marqué toute une génération ». Pour preuve, ils font leur première télé chez Pascal Sevran en 1987, ils reçoivent le disque d'or des mains de Line Renaud dans l'émission de Michel Drucker Champs Élysées, Max Guazzini les programme en boucle sur NRJ, et la mairie de Modane les consacre même citoyens d’honneur[4],[5].

Mais la discorde grandit de plus en plus parmi les membres du groupe. Simon reproche la faiblesse des textes fournis par Véro (à l'origine notamment de la face B de leur premier 45 tour, intitulé Au bar de l'edelweiss), ce qui entraînera bientôt son départ, puis rapidement la dissolution totale du groupe après plusieurs revers commerciaux suivants leurs autres tentatives (2 disques)[4],[5].

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Perry Como : reprise anglophone[modifier | modifier le code]

En novembre 1948, Malia Rosa écrit des paroles en anglais sous le titre For ever and ever, afin que Gracie Fields l'interprète dans cette langue. Cette fois, la chanson devient un texte à la fois simplet et contradictoire : deux amants qui se sont séparés se jurent un nouvel amour qui durera sans doute ce que ça dure. La chanson remporte un grand succès au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Aux États-Unis, c'est Perry Como qui reprendra en premier la chanson. L'enregistrement se fait très précisément le 13 janvier 1949 et sort chez RCA Victor Records sous forme de single. La version 78 tours se voit attribuer le numéro de catalogue 20-3347-A[6], et la versions 45 tours, le numéro 47-2892-A. La face B était "I Don't See Me In Your Eyes Anymore." La chanson se place directement dans le Billboard Hot 100 le 19 mars 1949 puis descend en seconde position, pour y rester 4 semaines[7]. Au Royaume-Uni, cette reprise de la chanson est éditée par HMV en version 78 tours avec le numéro de catalogue BD-1250 en juin 1949. La face B était "A - You're Adorable."

Anecdote[modifier | modifier le code]

La chanson devait être utilisée dans le film Les Bronzés font du ski pour la scène où Jean-Claude Dusse (Michel Blanc) était seul sur le télésiège. Les ayants droits refusant l'utilisation, les producteurs du film créèrent la chansonnette Quand te reverrai-je, mélodie qui a une certaine ressemblance phonétique avec Étoile des neiges.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Neue Vorarlberger Zeitung, 18 septembre 1976. Cité par François Genton, voir bibliographie, p. 192.
  2. Zappy Max, Jacques Hélian et son orchestre : une saga fabuleuse, Éditions Cheminements, 2006 - 299 pages, p. 180-182 p. 102&dq=jacques+hélian+biographie&hl=fr&sa=X&ei=rK62T7_yNoWwhAe-jPmCCQ&ved=0CDMQ6AEwAA#v=onepage&q&f=falseCheminements lire en ligne.
  3. Tribune de Genève, 5 janvier 2010 [1]
  4. a, b et c Simon ne chante plus le même air que les Modanais, Antoine Chandellier, Le Dauphiné libéré, no 3062, dimanche 19 février 2012, p. 36, lire en ligne.
  5. a, b et c Simon et les Modanais, 25 ans après..., L. Sevenier, Terra Modana no94, février 2011, p. 4 lire en ligne[PDF].
  6. RCA Victor Records in the 20-3000 to 20-3499 series.
  7. Whitburn, Joel (1973) : Top Pop Records 1940-1955. Record Research.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

François Genton, „Lieder, die um die Welt gingen: deutsche Schlager und Kulturtransfer im 20. Jahrhundert“ , dans Olivier Agard / Christian Helmreich / Hélène Vinckel-Roisin (dir.), Das Populäre. Untersuchungen zu Interaktionen und Differenzierungsstrategien in Literatur, Kultur und Sprache. Göttingen, V&R unipress, 2011, p. 189-203, (ISBN 978-3-89971-544-6).