État construit

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L'état construit (en latin status constructus) est une forme morphologique du nom dans la grammaire de certaines langues afro-asiatiques, particulièrement dans certaines de ses branches  : les langues sémitiques (comprenant notamment l'arabe et l'hébreu), les langues berbères et l'égyptien ancien.

Dans les langues sémitiques[modifier | modifier le code]

Dans les langues sémitiques, le nom prend l'état construit quand il est suivi d'un complément du nom, et s'en retrouve alors automatiquement défini.

En arabe[modifier | modifier le code]

En grammaire arabe[1], l'état construit est appelé al-ʼiḍāfah (الإضافة; littéralement « addition, annexion »). C'est l'un des trois états de détermination possibles du nom, les deux autres étant l’état absolu ou indéfini (en latin status absolutus) et l’état emphatique ou défini (en latin status emphaticus ou status determinatus). Exemple :

  • ʼummun — « une mère »
  • ʼal-ʼummu — « la mère »
  • ʼummu + complément du nom — « la mère de »
  • ʼummun ǧamilah — « une mère belle »
  • ʼal-ʼummu ǧamilah — « la mère est belle »
  • ʼummu l-šayḫi ǧamilah — « la mère du cheikh est belle »

Ces trois états ne doivent pas être confondus avec les trois cas de l'arabe, dont le rôle est d'indiquer la fonction grammaticale du nom et non sa détermination.

En arabe classique, les mots à l'état construit ne prend ni l'article défini al-, ni la marque d'indéfini -n (nounation) après la voyelle qui sert de marque casuelle. En arabe dialectal cependant, l'état construit peut prendre l'article défini quand le complément du nom qui suit prend lui-même l'article et se construit de façon périphrastique : par exemple, en arabe libyen, « la mère du cheikh est belle » se rend par al-ʼumm mtaʻ l-šayḫ ǧamillah, où le mot mtaʻ exprime la relation d'appartenance.

Les règles de prononciation du tāʾ marbūṭa sont étroitement liées à l'état construit, particulièrement en arabe dialectal où l'état construit est la seule situation où le tāʾ marbūṭa se prononce [t][2].

L'état construit se marque aussi au nombre duel pour le genre féminin comme masculin, ainsi qu'au pluriel des noms masculins formés par suffixation, dits « pluriels sains ». Dans les deux cas le -n final tombe à l'état construit. (Cette chute ne se produit pas en arabe dialectal, sauf dans quelques expressions figées.)

En hébreu[modifier | modifier le code]

En grammaire hébraïque[3], l'état construit s'appelle smikut (סמיכות, en transcription française smikhout, littéralement « contiguïté »). Exemples :

  • bayt — « (une) maison »
  • ha-bayt — « la maison »
  • bet — « maison de »
  • sefer — « un livre »
  • bet sefer — « (une) école » (littéralement « maison de livre »)
  • bet ha-sefer — « l'école » (en registre soutenu; littéralement « maison du livre »)
  • ha-bet-sefer — « l'école » (en registre courant, pour lequel bet-sefer est traité comme un item lexical unitaire; littéralement « la maison de livre »)
  • uga — « gâteau »
  • gvina — « fromage »
  • ugat gvina — « gâteau au fromage »
  • dibbur — « parole »
  • ħofeʃ — « liberté » (dans ce cas, l'état absolu et l'état construit sont identiques)
  • ħofeʃ ha-dibbur — « liberté de parole » (littéralement « liberté de la parole »)

L'hébreu moderne préfère exprimer la possession ou l'appartenance par la préposition ʃel (contraction de aʃer le- « qui est à »); l'usage de l'état construit tend ainsi à se réduire à des expressions figées telles que les mots composés, les titres et les noms propres. Par exemple, pour exprimer « la mère de l'enfant », l'hébreu biblique utilisera l'état construit : em ha-jɛlɛd, tandis que l'hébreu moderne préférera la construction à préposition : haˈima ʃel ha-jeled.

En berbère[modifier | modifier le code]

Dans les langues berbères, le nom se met à l'état construit pour exprimer le possesseur (ex. en tamazight du Maroc central : bab n uxxam « chef de la maisonnée » se forme à partir de bab + axxam), après une préposition, après un numéral, et en tant que sujet lorsque celui-ci précède le verbe (en déviation vis-à-vis de l'ordre des mots fondamental verbe-sujet-objet).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La transcription de l'arabe ici suivie est la norme DIN-31635, dite Arabica.
  2. Il existe une exception dans certaines variétés d'arabe bédouin qui font un usage optionnel de la nounation. Le Tāʾ marbūṭa y participe alors en se prononçant [t] à l'état indéfini.
  3. La transcription de l'hébreu ici suivie, sauf mention contraire, se base sur l'alphabet phonétique international ; c'est une transription phonologique large.