Inde française

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Établissements français dans l'Inde

1816 – 1956

Drapeau
Drapeau.
Description de cette image, également commentée ci-après

Établissements français dans l'Inde


Informations générales
Capitale Pondichéry
Langue Français, tamoul, télougou, bengali, malayalam
Démographie
Population 298 851 hab. (1936)
Superficie
Superficie 510 km²

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'Inde française regroupe différentes possessions coloniales françaises en Inde entre 1668 et 1954. À partir de 1816, elles portent le nom d'Établissements français dans l'Inde et incluent Pondichéry, Karikal et Yanaon sur la côte de Coromandel, Mahé sur la côte de Malabar et Chandernagor au Bengale.

La superficie de ces possessions est alors 510 km2, dont 293 km2 pour Pondichéry. En 1936, la population s’élève à 298 851 habitants dont 187 870 (63 %) pour Pondichéry[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Dupleix rencontre le soudhabar du Deccan.

La France est la dernière puissance maritime européenne du XVIIe siècle à commercer avec les Indes orientales. Alors que les compagnies anglaise et néerlandaise des Indes orientales sont fondées en 1600 et 1602 respectivement, la Compagnie française des Indes orientales n'est formée qu'en 1642 sous les auspices du cardinal Richelieu. Elle est réorganisée en 1664 par Colbert.

Expansion[modifier | modifier le code]

En 1667, la Compagnie envoie une expédition commandée par François Caron, accompagné du Perse Marcara, qui rejoint Surate en 1668 et y établit la première factorerie française en Inde[2],[3].

En 1669, Marcara réussit à établir une autre factorerie française à Masulipatam. En 1672, Saint-Thomas est prise par les Français, mais ils en sont chassés par les Néerlandais. Chandernagor est établie en 1692, avec la permission du nawab Shaista Khan, le gouverneur moghol du Bengale. En 1673, les Français acquièrent la zone de Pondichéry du qiladar de Valikondapuram sous l'autorité du sultan de Bijapur. Vers 1720, les Français perdent leurs factoreries de Surat, Masulipatam et Bantam au profit des Britanniques.

Le , Bellanger, un officier français, prend résidence dans la loge danoise de Pondichéry : c'est le début de la période française de Pondichéry. En 1674 François Martin, le premier gouverneur, commence la construction de la ville et sa transformation d'un port de pêche en un port important. Les Français sont alors en conflit constant avec les Néerlandais et les Britanniques. En 1693, les Néerlandais prennent et fortifient Pondichéry. Les Français regagnent la ville en 1699 par le traité de Ryswick signé le .

Jusqu'en 1741, les objectifs français – comme britanniques – sont purement commerciaux. Durant cette période la Compagnie française des Indes orientales acquiert pacifiquement Yanaon, Mahé et Karikal en 1739. Au début du XVIIIe siècle, la ville de Pondichéry est dotée d'un plan en damier et s'accroît considérablement. Des gouverneurs comme Pierre Christophe Le Noir (1726-1735) et Pierre-Benoît Dumas (1735-1741) agrandissent la ville.

Possessions et territoires sous influence française au milieu du XVIIIe siècle

En 1741, le gouverneur Joseph François Dupleix arrive en Inde avec l'ambition de créer un empire territorial français, en dépit de l'opposition de ses supérieures en métropole soucieux de ne pas provoquer les Britanniques. Les ambitions de Dupleix se heurtent aux intérêts britanniques en Inde et une période d'escarmouches militaires et d'intrigues politiques s'ensuit, y compris dans les périodes où la France et la Grande-Bretagne étaient officiellement en paix. Sous le commandement du marquis Bussy-Castelnau, l'armée de Dupleix contrôle la région entre Hyderabad et le cap Comorin. Mais l'arrivée de l'officier britannique Robert Clive en Inde en 1744 met fin aux souhaits d'empire de Dupleix. Dupleix est ensuite rappelé en France en 1754 [réf. souhaitée].

Déclin[modifier | modifier le code]

Cela n'empêche pas les Français d'étendre leur influence à la cour du nawab du Bengale et d'augmenter leur volume de commerce au Bengale. En 1756, les Français encouragent le nawab Siraj ud-Daulah à attaquer et conquérir le fort William britannique à Calcutta. Cela débouche sur la bataille de Plassey en 1757 au cours de laquelle les Britanniques battent le nawab et ses alliés français et étendent leur emprise sur tout le Bengale.

La France envoie ensuite Lally-Tollendal en 1758. Après des succès initiaux – ils rasent le fort Saint-David à Cuddalore – il perd la région de Hyderabad, la bataille de Wandiwash et le siège de Pondichéry en 1760. En 1761, Pondichéry est rasée par les Britanniques et reste en l'état de ruines pendant quatre ans. Les Français perdent ainsi leur emprise sur l'Inde du Sud.

Carte à échanger représentant les Comptoirs des Indes (1920)

En 1765, Pondichéry est rendue à la France après un traité de paix avec la Grande-Bretagne. Le gouverneur Jean Law de Lauriston rebâtit la ville. En 1769, la Compagnie française des Indes orientales endettée est dissoute par la Couronne, qui prend la responsabilité de l'administration des colonies françaises en Indes. Dans les 50 ans qui suivent, Pondichéry change plusieurs fois de main entre la France et la Grande-Bretagne.

En 1816, après la fin des guerres napoléoniennes, les cinq établissement de Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé et Yanaon ainsi que les loges de Machilipatnam, Kozhikode et Surate sont rendus à la France. Cependant Pondichéry a perdu beaucoup de sa gloire passée et Chandernagor perd de son importance commerciale au profit de Calcutta.

Par décret du , les Établissements français des Indes sont dotés d'un Conseil général et de Conseils locaux élus. Le gouverneur réside à Pondichéry et est assisté par un conseil. Il y a deux Tribunaux d'instance (à Pondichéry et Karikal), une Cour d'Appel (à Pondichéry) et cinq Juges de paix.

Intégration à l'Inde[modifier | modifier le code]

L'Indépendance de l'Inde en lance le processus de réunion des Établissements au reste de l'Inde.

Les Établissements sont alors insignifiants en termes de population et de territoire par rapport à l'Inde. Dispersés sur les côtes du pays, leurs frontières avec l'Inde devenue indépendante ne sont pas nettes et leurs capacités de résistance militaire si l'Inde avait souhaité les annexer sont faibles voire nulles. Le ralliement du Parti socialiste des Établissements, et notamment d'Édouard Goubert, maire de Pondichéry, joue également un rôle important dans l'intégration.

Les loges sont cédées à l'Inde dès .

Un accord entre la France et l'Inde en 1948 permet une élection dans les possessions françaises afin que celles-ci déterminent leur avenir.

Un groupe de 6 hommes est assis à une table, l'un d'entre eux signe un document ; ils sont observés par 3 hommes debout sur la gauche
L'Administrateur Tailleur signant le 2 mai 1950 la transfert de Chandernagor à l'Union Indienne

L'administration de Chandernagor est cédée à l'Inde le avant que la ville intègre le Bengale occidental le .

Le , les membres de l'exécutif municipal, le maire de Pondichéry et sept communes attenantes proclament leur décision de fusionner avec l'Union indienne sans passer par un référendum. Toutes les communes de Karikal font de même. Cette décision devait être confirmée par l'Assemblée représentative, mais au moment où les membres du Parti socialiste de l'Inde française veulent passer cette résolution au vote, le gouverneur ajourne la séance. Les dirigeants socialistes décident de prendre les communes avoisinantes l'une après l'autre puis de revenir à Pondichéry. Suivant ce plan, des dirigeants du parti socialiste hissent le drapeau national indien sur le poste de police de Nettapakkam le et y installent un gouvernement provisoire.

Dans la nuit du , à la conférence de Kandamangalam, le consul général indien, Kewal Singh, conclut que « pour libérer les colonies, il faudrait attaquer l'un des quatre principaux Établissements français » puisque les Français se moquent du gouvernement provisoire installé à Nettapakkam. Suivant son idée, le consul demande à M. Dadala de préparer un plan pour la libération de Yanaon, dont la population et la superficie sont modestes. Cela aboutit au coup d'État de Yanaon.

Un piquet de grève du mahajana sabha sous la direction d'I. K. Kumaran à Mahé, le force l'administrateur colonial à remettre la ville à ses habitants.

En novembre 1954, les quatre établissements de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon sont transférés de facto à l'Inde[4]. L'intégration de jure des établissements à l'Inde a lieu en 1956[5]. En raison du caractère sensible de cette cession, alors que la France traverse les fortes turbulences de la décolonisation, ce ne sera qu'en 1962, au moment où survient l'indépendance de l'Algérie, que la cession devient effective en droit français lorsque l'Assemblée nationale ratifie le traité de 1956[6]. L'Inde attendra en 1963 avant de créer le Union Territory of Pondicherry (Territoire de Pondichéry) englobant les 4 anciens établissements français.

Établissement Libération Transfert de facto Traité de cession Ratification Fusion
Pondichéry 1er novembre 1954 28 mai 1956 16 août 1962 1er juillet 1963 (rattachement au territoire de Pondichéry)
Chandernagor 2 mai 1950 2 février 1951 9 juin 1952 2 octobre 1954 (rattachement à l’État du Bengale-Occidental)
Karikal 1er novembre 1954 28 mai 1956 16 août 1962 1er juillet 1963 (rattachement au territoire de Pondichéry)
Mahé 15 juillet 1954 1er novembre 1954 28 mai 1956 16 août 1962 1er juillet 1963 (rattachement au territoire de Pondichéry)
Yanaon 13 juin 1954 1er novembre 1954 28 mai 1956 16 août 1962 1er juillet 1963 (rattachement au territoire de Pondichéry)

Administration[modifier | modifier le code]

Liste des gouverneurs[modifier | modifier le code]

Dessin du buste de trois-quart d'un homme d'âge moyen portant perruque
Joseph François Dupleix (dessin de E. Ronja extrait de L’histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 de François Guizot
Buste d'un homme jeune portant perruque et armure
Charles de Bussy de Castelnau
lithographie sur papier Japon contrecollé sur papier Chine représentant le Marquis de Saint-Simon assis, portant une veste noire, barbe et cheveux blancs
Marquis de Saint-Simon par Disderi
Description de l'image
Alfred Martineau (D'après Marius dans L'Univers illustré 1889) BnF

Défense et police[modifier | modifier le code]

La défense et la police des établissements sont d’abord assurées par un corps de miliciens indiens, les cipayes, dissous en 1907 et remplacé par une gendarmerie locale, qui prend en 1943 le nom de « Forces publiques de l’Inde », composée d’une section de gendarmes auxiliaires indigènes et d’une compagnie de cipayes.

Les membres de cette force étaient récompensés par la Médaille d’honneur des Forces publiques de l’Inde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Weber, Pondichéry et les comptoirs de l'Inde après Dupleix, Éditions Denoël, Paris, 1996, p. 347.
  2. Asia in the making of Europe
  3. The Cambridge history of the British empire
  4. Accord franco-indien du 21 octobre 1954. Article 1er. Le Gouvernement de l'Inde prendra en charge à la date du 1er novembre 1954 l'administration du territoire des Établissements français de l'Inde.
  5. Traité de cession des Établissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon. Article 1er. La France cède à l'Inde, en pleine souveraineté le territoire des Établissements de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon. [...] Fait à New Delhi le 28 mai 1956.
  6. Décret no 62-1238 du 25 septembre 1962. Le Président de la République décrète: Article 1er. Le traité de cession des Établissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, signé le 28 mai 1956, faisant suite à l'accord entre la France et l'Inde du 21 octobre 1954, dont les instruments de ratification ont été échangés le 16 août 1962, sera publié au Journal officiel de la République française.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]