Éric de Montgolfier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille de Montgolfier.

Éric de Montgolfier (né à Lyon le 11 août 1946) est un magistrat français. Sa notoriété médiatique en tant que magistrat du parquet est due aux nombreuses « affaires » sensibles qu'il a eu à gérer dans le cadre de ses fonctions ainsi que son indépendance d'esprit qui lui a conféré dans l'opinion une image de magistrat rigoureux et incorruptible.

Selon lui : « Beaucoup ont la tentation de la carrière, des médaillons (...) le problème du magistrat est de parvenir à l'insoumission ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Éric de Montgolfier[Note 1] est né en 1946 à Lyon. Malgré le conseil de son père[Note 2], il étudie le Droit à l'Université Paris II[1] et suit l'enseignement de l'École nationale de la Magistrature dont il sort diplômé en 1975.

De 1977 à 1985, il travaille au ministère de la Justice à Paris. Il a connaissance d'affaires économiques et financières sensibles dont « certaines impliquaient des hommes politiques d'importance ».

Affaire OM-VA[modifier | modifier le code]

En 1993, alors qu'il est procureur de la République du Tribunal de grande instance de Valenciennes (Nord), il instruit l'affaire VA-OM (Union Sportive Valenciennes-Anzin - Olympique de Marseille), où est impliqué Bernard Tapie. Il confie en 1994 à Télérama : « J'ai eu beaucoup de dossiers étouffés et j'ai eu la tentation, à plusieurs reprises, de m'adresser au Canard enchaîné. Je ne l'ai pas fait parce que je travaillais pour le ministère ».

Nomination au Tribunal de Nice[modifier | modifier le code]

En 1999, Éric de Montgolfier devient procureur de la République du Tribunal de grande instance de Nice par décision d'Élisabeth Guigou, alors Garde des Sceaux, « pour y faire le ménage ».

Sophie Coignard dans son ouvrage L'État dans l'État[2], avance qu'il est alors la victime d'une contre-attaque maçonne.

Dans un entretien au Nouvel Observateur (« Nice, la main dans le sac... »)[3], le magistrat laisse entendre son intention de croiser le fer avec la sulfureuse loge niçoise[4].

L'affaire Renard et le désaveu du procureur[modifier | modifier le code]

L'une des affaires suivies par Éric de Montgolfier concerne le juge d'instruction Jean-Paul Renard suspecté entre autres d'avoir transmis des éléments de casiers judiciaires à une loge maçonnique, la GLNF[5].

À la même époque, à la suite d'élections, la majorité change, et Dominique Perben devient le nouveau garde des sceaux. L'enquête de l'Inspection générale des services judiciaires demandée par Éric de Montgolfier est acceptée, mais apparaît faussée aux yeux du procureur[6]. Les doutes sur la sincérité de cette enquête est relevée par la presse. Un journaliste commentera : « Le directeur des services judiciaires réussit toutefois l'exploit, en une heure, de ne pas prononcer une seule fois le terme franc-maçonnerie, pourtant au cœur des griefs faits au juge Renard. Certains inspecteurs chargés de faire la lumière sur les dysfonctionnements de la justice azuréenne étaient eux-mêmes maçons »[7].

Pour la première fois de l'histoire de l'IGSJ, ce rapport, d'une centaine de pages, est publié sur le Net. La majorité des journaux se focalise sur la conclusion : « Le maintien de M. de Montgolfier à son poste ne paraît pas compatible avec le redressement qui s'impose »[8].

Malgré la pression, le procureur décide cependant de ne pas démissionner et reste en place.

Ultérieurement le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) lance sa propre enquête et aboutit à des conclusions opposées à celles de l'IGSJ[7]. L'enquête du CSM confirme les relations entre le juge Renard et la franc-maçonnerie, et va au-delà.

Les relations du juge avec des personnes liées à la mafia calabraise (Marcel Allieis), avec un franc-maçon impliqué dans un trafic de fausse monnaie ou encore avec un sénateur poursuivi pour favoritisme et la libération d'une personne impliquée dans un trafic de cocaïne mais qui menaçait de donner le nom de deux magistrates, sont mises à jour.

Le combat et le « devoir de déplaire »[modifier | modifier le code]

Éric de Montgolfier publie en 2006 « Le devoir de déplaire » [9] et se trouve être mis en examen en 2007 pour des faits liés à l'exercice de ses fonctions (affaire d'acte attentatoire à la liberté individuelle concernant un homme incarcéré en raison de non exécution d'une décision de remise en liberté ; l'homme est décédé depuis durant une autre détention, des années plus tard). Le 25 août 2008 Éric de Montgolfier est renvoyé en correctionnelle pour « atteinte à la liberté individuelle » [10].
Mais le parquet lui-même réclame une relaxe le 18 décembre 2008. Le tribunal rend son jugement le 6 février 2009 en suivant l'avis du parquet.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Le 26 juin 2009 à Bruxelles, il reçoit des mains de la princesse Astrid de Belgique le prix de la fondation du Forum de Crans-Montana.
En février 2012, il est nommé avocat général à la Cour de cassation pour exercer les fonctions de procureur général près la cour d'appel de Bourges[11].
Puis, à 66 ans il prend sa retraite à compter du 30 juin 2013 [12] et retourne en famille dans le sud de la France.

Publication[modifier | modifier le code]

  • Le Devoir de déplaire, document, éditions Michel Lafon, 2006, 342 p. (ISBN 2-7499-0555-9).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Descendant de la famille de Montgolfier dont sont issus les frères Montgolfier, inventeurs de la montgolfière.
  2. Patron d'une usine de produits chimiques.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Libération.
  2. Albin Michel, 2009, p. 69-74.
  3. [1], Le Nouvel Observateur, 9 octobre 1999.
  4. Reportage « La Franc-Maçonnerie mise en cause à Nice », 2000, sur le site de l'INA.
  5. Sophie Coignard, op. cit., p. 70-71.
  6. « Le devoir de déplaire », Éric de Montgolfier, 2006.
  7. a et b « La dernière audience pour le juge Renard ? », R. Lecadre pour Libération le 14 octobre 2004.
  8. « Paris réclame la tête de Montgolfier », F. Tassel pour Libération, le 27 juin 2003
  9. Editions Michel Lafon 2006
  10. « Le procureur Eric de Montgolfier renvoyé en correctionnelle », Le Monde, 26 août 2008.
  11. Décret du 22 février 2012, J.O.R.F. du 24 février 2012, texte n° 47
  12. Décret du 30 juillet 2012 portant admission à la retraite, JORF n°0177 du 1er août 2012, texte n° 55

Articles connexes[modifier | modifier le code]