Éric Dupond-Moretti

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Éric Dupond-Moretti

Naissance 20 avril 1961 (53 ans)
Maubeuge (Nord)
Nationalité Française
Pays de résidence Drapeau de la France France
Diplôme
Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA)
Profession
Formation
Droit

Éric Dupond-Moretti, né le 20 avril 1961 à Maubeuge, est un avocat pénaliste français, réputé pour le nombre record d'acquittements qu'il a obtenus sur le territoire français[1],[2].

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille modeste, Éric Dupond est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l'Avesnois et d'Elena Moretti, femme de ménage d’origine italienne. Son père meurt d'un cancer quand il a 4 ans. Orphelin de père comme plusieurs grands pénalistes (Robert Badinter, Georges Kiejman, Hervé Temime), son enfance est marquée par ce sentiment d'injustice[3]. Il fait ses études secondaires au lycée catholique Notre-Dame, à Valenciennes, où il obtient son baccalauréat[4].

Sa vocation d'avocat puise ses origines dans une histoire familiale, son grand-père maternel, immigré italien, retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d'une voie ferrée, sans qu'aucune enquête judiciaire soit lancée. Mais le véritable déclic a lieu à 15 ans en 1976 lorsqu'il entend à la radio l'annonce de l'exécution de Christian Ranucci[5]. À l'issue de médiocres études de droit, il est reçu en fin de classement au barreau de Lille mais lauréat ex aequo du concours d'éloquence[6].

« Acquittator »[modifier | modifier le code]

Après avoir prêté serment comme avocat le 11 décembre 1984 à Douai, il s'inscrit au Barreau de Lille[7]. Engagé dans un cabinet lillois après avoir vainement tenté d'intégrer plusieurs cabinets d'avocats réputés[7], il commence sa carrière dans les Prud'hommes puis dans les commissions d'office avec pour mentors les avocats lillois Jean Descamps et le toulousain Alain Furbury dont il porte aujourd'hui la robe[6].

Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, si bien qu'il décide de rajouter le nom Moretti à son patronyme paternel, rendant ainsi hommage à sa mère[8].

Il obtient son premier acquittement le 27 mars 1987[7].

En 1993, il se dit victime d'un « coup fourré » de la part du procureur José Thorel[9] qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il connaît alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière[3],[6].

Pour ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoires[10]. Selon M, le magazine du Monde, il aurait fêté entre amis, quelques mois avant la parution de l'article que lui a consacré le magazine le 28 avril 2012, le centième acquittement obtenu devant une cour d'assises[11].

Selon ses propres dires, le surnom que l'on lui donne était initialement « Acquittador » qui était initialement une référence à sa passion pour la tauromachie. Pris comme un hommage il soulignait sa façon fougueuse, parfois violente mais toujours très pertinente de plaider. Prononcé une fois par l'un de ses collègues ce surnom fut repris en « Acquittator » par un journaliste présent au moment des faits[12], surnom qu'il ne déteste pas même s'il fait désormais mine de protester à chaque fois qu'on l'appelle ainsi[3].

En 2013, il joue son propre rôle dans le film Les Salauds de Claire Denis.

Principales plaidoiries[modifier | modifier le code]

  • En 1990, il a permis l'acquittement de Jean-Pierre Deulin, accusé du meurtre de sa femme en 1987, mais qui s'était en réalité suicidée.
  • En 1993, lors de l'affaire VA-OM, il défend Jacques Glassmann.
  • En octobre 2001, il défend Omar Zemmiri lors du procès des membres du Gang de Roubaix. Zemmiri sera condamné à 28 ans de prison ferme.
  • En juillet 2004, parmi ces acquittements, figure celui de la « boulangère » Roselyne Godard, lors du premier procès d’Outreau, devant la Cour d'assises de Saint Omer (Pas de Calais)[13].
  • En février 2006, il obtient l'acquittement de Jean Castela, « commanditaire présumé » de l'assassinat du préfet Claude Érignac, condamné à trente ans de réclusion criminelle en première instance[7].
  • En mai 2006, il parvient à obtenir en appel, à la surprise générale, l'acquittement de Michel Pinneteau. Celui-ci avait été préalablement condamné en 2004 à 30 ans de prison dans l'affaire dite « des corps sans têtes de l'Esteron ».
  • En 2009, il fait partie de l'équipe de cinq avocats chargés d'assurer la défense de Jérôme Kerviel. C'est également lui qui devait assurer la défense de Jean-Pierre Treiber lors de son procès (prévu en avril 2010) avant le suicide de ce dernier le 20 février 2010.
  • En 2010, il plaide pour Jacques Viguier : il obtient son acquittement lors du procès en appel devant la cour d'assises du Tarn, le 20 mars 2010[14].
  • En février 2011, il rejoint les rangs de la défense d'Yvan Colonna, rejugé à partir du 2 mai 2011.
  • Le 24 juin 2011, il obtient l’acquittement de Loïc Sécher qui a déjà passé neuf années en prison. Ce dernier avait été reconnu coupable de viol et une peine de seize ans de prison avait été requise contre lui. Dupond-Moretti plaida lors du procès en appel en affirmant que cette affaire Sécher était un « fiasco dû à la dictature de l'émotion »[15].
  • En octobre 2012, il assure la défense de Nikola Karabatic dans une affaire présumée d'escroquerie.
  • En juin 2013, il assure la défense de Bernard Tapie et plus précisément « juridiquement et médiatiquement » les sociétés de son groupe des « attaques et mensonges » dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage dans son conflit avec le Crédit lyonnais.
  • Lors du troisième procès du docteur Jean-Louis Muller, devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, il obtient son acquittement, le 31 octobre 2013[16]. Le docteur Muller, qui a toujours clamé que son épouse s'était suicidée à leur domicile d'Ingwiller, en 1999, avait précédemment été condamné à deux reprises pour « meurtre » à vingt ans de réclusion criminelle, d'abord en 2008, par la Cour d'assises du Bas-Rhin, puis en 2010, en appel, par la Cour d'assises du Haut-Rhin, l'arrêt de la Cour d'appel ayant été annulé en 2011 par la Cour de cassation[17],[18].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1991, il épouse Hélène, une ancienne jurée rencontrée lors d'un procès d'assises, avec qui il élève quatre enfants[7],[5].

Passionné de chasse, il possède une ferme flamande avec des chiens d'arrêt et six rapaces élevés pour la chasse au faucon[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Maître Dupont Moretti : avocat français de renom » sur Web libre
  2. « Le frère de Merah prend Dupond-Moretti  » - article de Figaro du 28 juin 2012
  3. a, b et c Patrice Trapier, « Eric Dupond-Moretti, en rage et noir », sur Le Journal du dimanche,‎ 10 août 2014
  4. Esther Leneman, « Les petites voix » sur Éric Dupond-Moretti, émission sur Europe 1, 2 août 2014, 2 min 35 s
  5. a et b Eric Pelletier et Anne Vidalie, « "La présomption d'innocence est un leurre" », sur L'Express,‎ 5 avril 2012
  6. a, b et c Bastien Bonnefous, « L'avocat Eric Dupond-Moretti : cour toujours », sur Le Monde,‎ 24 février 2012
  7. a, b, c, d, e et f Marc Pivois, « Direct du droit », sur Libération,‎ 31 mars 2006
  8. Esther Leneman, « Les petites voix » sur Éric Dupond-Moretti, émission sur Europe 1, 2 août 2014, 31 min 52 s
  9. « Me Eric Dupond-Moretti Bête noire aux Palmiers », sur Corse-Matin,‎ 4 mai 2012
  10. Joëlle Porcher, « Jacques Viguier, deux fois acquitté », La Dépêche, 6 avril 2010.
  11. Bastien Bonnefous, « Cour toujours », M, le magazine du Monde, no 20924,‎ 28 avril 2012, p. 44-47 (lire en ligne)
  12. Émission « On n'est pas couché », 19 mai 2012, France2.
  13. Pascale Robert-Diard, « 64 acquittements au compteur », 28 octobre 2007, sur prdchroniques.blog.lemonde.fr, consulté le 21 novembre 2007.
  14. Jacques Viguier de nouveau acquitté du meurtre de sa femme, AFP sur Le Monde, 20 mars 2010.
  15. Flore Galaud, « Loïc Sécher définitivement acquitté », Le Figaro.fr, le 24 juin 2011.
  16. Soren Seelow, « L'acquittement spectaculaire du docteur Muller », Le Monde, no 21396,‎ 2 novembre 2013, p. 10
    Article mis en ligne sous le titre « Le Dr Muller acquitté du meurtre de son épouse » puis « Le docteur Muller acquitté du meurtre de son épouse » (et intégralement consultable, y compris pour les non-abonnés) le 31 octobre 2013, après le bouclage du quotidien imprimé daté du 1er novembre.
  17. Chambre criminelle de la Cour de cassation, « [sans titre] », Bulletin des arrêts — Chambre criminelle, no 6,‎ juin 2011, p. 601-604 (lire en ligne)
    Dans le document PDF, contenant 166 pages, l'arrêt, numéroté « 150 », se trouve pages 129-132.
  18. Affaire Muller : victoire de la justice ou triomphe d’Acquitator ?, Philippe Bilger, bvoltaire.fr, 1 novembre 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Christophe Perrin et Laurence Gaune, Parcours d'avocat(e)s, Le Cavalier bleu, 2010
  • Éric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, Bête noire, Michel Lafon, 2012
  • Loïc Sécher et Éric Dupond-Moretti, Le Calvaire et le Pardon, Michel Lafon, 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]