Émeutes de 2011 en Angleterre

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Émeutes de 2011 en Angleterre

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Le grand magasin Carpetright, dans le centre commerçant de Tottenham, a complètement brûlé[1] dans la nuit du 6 août 2011.

Informations
Date 6 – 10 août 2011
Localisation Plusieurs districts à travers le Grand Londres[2] ; Liverpool, Birmingham, Manchester, Bristol, Salford, Wolverhampton, Nottingham et Leicester
Caractéristiques
Organisateurs Aucun
Revendications Aucune
Nombre de participants Plusieurs milliers
Répression
Arrestations >1 900[3]
Blessés 186 (policiers)[3]
Morts 5 (tués par les émeutiers)[4]

Les émeutes de 2011 en Angleterre sont une série d'émeutes ayant lieu du au à Londres et dans d'autres villes anglaises.

Survenant après la mort d'un homme de 29 ans dans une fusillade avec la police dans le quartier de Tottenham, quartier multiethnique et pauvre de la capitale britannique[5], elles donnent lieu à des affrontements violents avec la police, à des pillages et à des incendies volontaires. Elles gagnent d'autres quartiers de Londres le 7 août[6] et s'étendent le 8 août à d'autres grandes villes industrielles de Grande-Bretagne, telles que Birmingham, Liverpool, Manchester et Bristol[5].

Origines[modifier | modifier le code]

Fusillade[modifier | modifier le code]

Le , Mark Duggan, Britannique d'origine antillaise né le et père de 4 enfants, soupçonné d'être un dealer de cocaïne et d'appartenir au Star Gang[7],[8], est abattu au cours d'une fusillade avec la police ; un policier est aussi blessé lors de l'événement[9].

Selon la police, la mort du résident de Tottenham serait survenue lorsque des agents de l'Opération Trident (en) ont voulu arrêter le taxi (en) dans lequel Duggan avait pris place. Trident est une unité spéciale chargée d'enquêter « sur les crimes impliquant des armes à feu au sein de la communauté noire »[10].

De son côté, la compagne de Duggan affirme à Channel 4 News que son compagnon n'appartenait pas à un groupe criminel et réclame une plus grande transparence des autorités[10].

Marche de protestation[modifier | modifier le code]

Le 6 août, une marche est organisée par les proches de Mark Duggan demandant justice pour la famille. L'itinéraire prévu part de Broadwater Farm (en) pour arriver au commissariat de police du quartier de Tottenham[11].

Les émeutes sont d'abord menées par environ 300 manifestants à Londres dans le quartier de Tottenham, dans la soirée du 6 août. Des voitures de police, un autobus et un magasin sont incendiés vers 22 h 30 heure locale (23 h 30 HEC) ; plusieurs magasins sont pillés par les émeutiers. 26 policiers sont blessés, l'un d'entre eux avec des blessures à la tête.

Extension des violences[modifier | modifier le code]

Le 7 août, de nouveaux incidents éclatent dans les quartiers de Enfield, Islington et Walthamstow. Le quartier de Brixton a subi des « pillages de magasins, de destructions de voitures et de bâtiments ». Selon la police, 215 individus auraient été arrêtés au cours des deux premières nuits[12].

Dans la nuit du 8 au 9 août, le phénomène s'étend à d'autres boroughs de Londres : des poubelles, des véhicules et des immeubles sont incendiés dans la capitale à Croydon, Peckham, Lewisham et Clapham dans le sud et des pillages ont lieu dans les rues d'Hackney à l'est, Camden dans le nord et Ealing à l'ouest[13].

Des troubles ont également éclaté à Birmingham, seconde ville d'Angleterre, qui a été le théâtre de pillages de boutiques dans le principal quartier commerçant de la ville. La police rapporte aussi « des actes isolés de violence et de pillage » à Liverpool et à Bristol[14].

Un jeune homme de 26 ans a été tué par balle dans le borough de Croydon[15].

Ces évènements surviennent alors que le chef de la Metropolitan Police a démissionné le mois précédent du fait de l'affaire News of the World ; les forces de police ont concédé avoir le plus grand mal à canaliser les bandes d'émeutiers qui interviennent sur un quartier de la capitale, car elles ne restent pas dans leurs quartiers d'origine.

Réactions de l'État[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre David Cameron, ainsi que la ministre de l'intérieur Theresa May, le maire de Londres, Boris Johnson, et le chef de l'Opposition Ed Miliband ont mis fin en urgence à leurs vacances et sont rentrés dans la capitale dans le cours de la journée du lundi 8 août.

Le Premier ministre David Cameron assiste à une réunion de crise au COBR et, le 9 août, déclare sur le perron du 10, Downing Street à l'adresse des émeutiers que s'ils sont « assez âgés pour commettre de tels crimes, ils le sont aussi pour être punis par la loi[16] ».

L'objectif des autorités publiques est clairement de sortir du climat insurrectionnel observable depuis le week-end, si ce n'est de donner un coup d'arrêt au phénomène d'amplification des violences sur le territoire. À cette fin, tout le personnel de sécurité a été rappelé, et 16 000 officiers de police assureront le respect de l'ordre dans les rues de Londres le 9 août au soir[17],[18],[19]. Le match amical entre l'équipe d'Angleterre de football et celle des Pays-Bas est annulé ainsi que plusieurs rencontres de la Coupe de la Ligue anglaise[20] et le match amical GhanaNigeria[21]. Le 11 août, la rencontre TottenhamEverton, comptant pour la première journée du championnat d'Angleterre et prévue pour le 13 août, est reportée[22].

La Metropolitan Police a annoncé son intention de faire usage de balles en caoutchouc pour disperser les perturbateurs si nécessaire[23],[24].

Face aux émeutes, des groupes d'autodéfense commencent à se constituer dans la nuit du 8 août[25],[26]. Dans le quartier de Croydon, très touché la veille, les devantures de boutiques sont barricadées dès 17 h le 9 août.

Dans la nuit du 9 au 10 août, si la situation semble s'être calmée à Londres, des incidents éclatent à Manchester, Salford, Liverpool, Wolverhampton, Nottingham, Leicester et Birmingham[27], où trois hommes, qui faisaient partie d'un groupe d'autodéfense chargé de protéger une station-service et des boutiques, trouvent la mort, renversés par une voiture[28].

Le 10 août, le Premier ministre autorise la police à utiliser des canons à eau[29]. Une session extraordinaire du Parlement se tient le 11 août.

Appréciation[modifier | modifier le code]

L'origine des émeutes et de ce qui a été ressenti comme un « déchaînement de violences » fait débat[30],[31].

Au Royaume-Uni, l'opinion publique, de droite comme de gauche, impute prioritairement les désordres à la défaillance des parents, à la culture de gang, aux comportements criminels et à l'insuffisance des peines, loin devant les inégalités sociales, le chômage ou les coupes budgétaires[32]. Pour Peter Oborne, analyste politique en chef au Daily Telegraph et parmi les principaux commentateurs conservateurs du pays, les émeutes révèlent la « décadence morale » de la société britannique tout entière, la culture de la vénalité et de l'impunité[33]. Cette vision se distingue du slogan « Broken Britain (en) », utilisé depuis 2007 dans les médias conservateurs et populistes britanniques car Obourne situe la décadence à tous les niveaux de la société britannique plutôt que principalement en bas. Ed Miliband, chef de l'opposition travailliste, fait écho à l'analyse d'Obourne en dénonçant une « crise des valeurs » tandis que le premier ministre David Cameron pointe du doigt l'effondrement des structures familiales et la dépendance excessive envers l'État[34]. Les émeutes ont également été expliquées comme des actions « d'opportunité » coordonnées par des jeunes dotés de moyens de télécommunications sécurisés de type messagerie BlackBerry et profitant du fait que les policiers étaient dépassés[35],[31].

En France, le Nouvel Observateur met en avant un « malaise social »[36]. D'autres, comme le sociologue Zygmunt Bauman, y voient la revanche de « consommateurs disqualifiés »[37],[38].

Parallèle avec d'autres émeutes[modifier | modifier le code]

Le contraste entre la protestation pacifique dans les rues de Tottenham face au décès de Mark Duggan le 6 août et la montée immédiate des déprédations sont tels que des commentateurs de presse perçoivent les évènements comme les pires flambées qu'ait connu le pays depuis les émeutes de Brixton en 1995[1] ; d'autres font des parallèles avec l'émeute de Broadwater Farm en 1985 (en), sous l'ère Thatcher[39] : le , de violentes émeutes raciales avaient éclaté dans le même quartier à la suite de la mort de Cynthia Jarrett, Afro-Caribéenne décédée d'un arrêt cardiaque lors d'une fouille policière à son domicile[40]. S'ensuivirent de violents affrontements entre émeutiers noirs et policiers. Les violences firent un second mort, le policier Keith Blakelock, premier policier à mourir lors d'une émeute en Grande-Bretagne depuis 1833[41],[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Tottenham riots: a peaceful protest, then suddenly all hell broke loose », The Guardian, 7 août 2011.
  2. (en) Sam Jones, Paul Lewis, Matthew Taylor et Ben Quinn, « London riots spread south of Thames », The Guardian, 8 août 2011.
  3. a et b (en) Laura Smith-Spark, « Britain's suspected rioters face courts as order restored », CNN, 12 août 2011.
  4. « Un 5e mort dans les émeutes, Cameron durcit le ton », L'Express, 12 août 2011.
  5. a et b « Troisième nuit d'émeutes à Londres, les violences s'étendent », Radio-Canada.ca, 8 août 2011.
  6. « Nouvelle nuit de violences à Londres », Radio-Canada.ca, 8 août 2011.
  7. (en) Paul Bracchi, « Violence, drugs, a fatal stabbing and a most unlikely martyr », The Mail Online, 8 août 2011.
  8. (en) Patrick Barkham et Jon Henley, « Mark Duggan: profile of Tottenham police shooting victim », The Guardian, 8 août 2011.
  9. (en) Sandra Laville, « Man shot dead by police in north London during attempted arrest », The Guardian, 5 août 2011
  10. a et b David Stringer et Raphaël G. Satter, « Émeutes et pillages se propagent en Grande-Bretagne », Metro Montréal, 8 août 2011.
  11. (en) Sarah Bolesworth, Barry Neild, Peter Beaumont, Paul Lewis et Sandra Laville, « Tottenham in flames as riot follows protest », The Observer, 7 août 2011.
  12. Nicolas Madelaine, « Émeutes : la pression monte pour la police et le gouvernement britanniques », Les Échos, 8 août 2011.
  13. (en) Ravi Somaiya et John F. Burns, « Rioting Widens in London on 3rd Night of Unrest », The New York Times, 9 août 2011.
  14. « Londres. Les émeutes se sont poursuivies pour la troisième nuit consécutive », Le Nouvel Observateur, 9 août 2011.
  15. (en) « A young man shot in his car », The Guardian, 9 août 2011.
  16. « Grande-Bretagne : 4e jour consécutif d'émeutes, Cameron prend des mesures », L'Express, 9 août 2011.
  17. (en) « England riots », BBC News, 9 août 2011.
  18. (en) « David Cameron to convene second Cobra meeting on London riots », The Guardian, 9 août 2011.
  19. (en) Lisa Evans, « London riots: how many police do we have? », The Guardian, 9 août 2011.
  20. « Foot – ANG : Angleterre – Pays-Bas annulé », L'Équipe, 9 août 2011.
  21. (en) Jamie Jackson, David Hopps et agences, « England v Holland called off but third Test set to go ahead », The Guardian, 9 août 2011.
  22. « Foot – ANG – 1re j. Tottenham-Everton reporté », L'Équipe, 11 août 2011.
  23. Le Guardian (« London and UK riots day three aftermath: live coverage », 9 août 2011) écrit ainsi : « Police have disclosed that live baton rounds — non-lethal plastic bullets — may be deployed tonight. Deputy Assistant Commissioner Steve Kavanagh of the Metropolitan police told our crime correspondent, Sandra Laville: “If we need to, we will do so.” He said 525 people have been arrested since rioting began on Saturday, and about 100 have been charged. »
  24. (en) Sandra Laville, Vikram Dodd, Alex Hawkes, Matthew Taylor et Peter Walker, « UK riots: police get tough as lockdown sets in », The Guardian, 9 août 2011.
  25. (en) Peter Beaumont, Jasmine Coleman et Sandra Laville, « London riots: “People are fighting back. It's their neighbourhoods at stake” », The Guardian, 9 août 2011.
  26. « Émeutes : les groupes d'autodéfense fleurissent », L'Express, 11 août 2011.
  27. (en) « UK riots: Trouble erupts in English cities », BBC News, 10 août 2011.
  28. (en) Patrick Wintour, Martin Wainwright, Riazat Butt, Sandra Laville et Caroline Davies, « England riots: pressure to scrap police cuts as Birmingham mourns its dead », The Guardian, 10 août 2011.
  29. (en) Andrew Sparrow, « David Cameron: Police can use water cannon to control riots », The Guardian, 10 août 2011.
  30. (en) Zoe Williams, « The UK riots: the psychology of looting », guardian.co.uk, 9 août 2011.
  31. a et b Daniel Hannan, « La cause des émeutes de Londres », contrepoints.org, 13 août 2011.
  32. [PDF] (en) Sondage YouGov / Channel 4 ITN, 10-11 août 2011, sondage de 2075 Britanniques adultes sur les émeutes.
  33. (en) « The moral decay of our society is as bad at the top as the bottom », The Telegraph, 11 août 2011.
  34. (en) Catherine Mayer, « A Week Later, the Battle to Understand England's Riots Rages On », Time Magazine, 16 août 2011.
  35. (en) Josh Halliday, « London riots: BlackBerry to help police probe Messenger looting “role” », The Guardian, 8 août 2011.
  36. « Émeutiers anglais : voyous ou désespérés ? », Le Nouvel Observateur, 9 août 2011.
  37. (en) Zygmunt Bauman, « The London Riots – On Consumerism coming Home to Roost », Social Europe Journal, 9 août 2011.
  38. Régis Soubrouillard, « Angleterre : émeutes shopping ou émeutes sociales ? », Marianne2, 10 août 2011.
  39. (en) « Tottenham anarchy: Grim echo of 1985 Broadwater farm riot », The Daily Mail, 7 août 2011.
  40. (en) Peter Jackson, « London riots: Tensions behind unrest revealed », BBC News, 7 août 2011.
  41. (en) Gareth Parry, John Ezard et Andrew Rawnsley, « Policeman killed in riot », The Guardian, 7 octobre 1985.
  42. (en) Kenneth Newman, « Police-Public Relations: The Pace of Change: Police Foundation Lecture 1986 », The Police Foundation, 1986 [PDF].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]