Émeutes de 2007 à Villiers-le-Bel

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Les émeutes de 2007 à Villiers-le-Bel sont une série de violentes échauffourées ou des émeutes qui ont eu comme point de départ la commune de Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise, en France, pendant deux jours, du 25 au 27 novembre 2007, entre plusieurs centaines d'individus et les forces de police françaises, après la mort de deux adolescents, de 15 et 16 ans, renversés en moto-cross par une voiture de police aux environs de 17 heures le dimanche 25 novembre[1].

Au cours de ces émeutes, des armes à feu sont utilisées par les émeutiers[2], 81 tirs sont recensés. Le bilan final du côté des forces de l'ordre fait état de 150 policiers blessés[3],[4]. Selon Le Figaro, deux chefs de bandes sont soupçonnés d'avoir organisé des embuscades en faisant preuve d'organisation et de sens tactique[5],[6].

Les incidents se sont propagés dans quelques autres villes du département du Val d'Oise : Sarcelles, Gonesse, Garges-lès-Gonesse, Taverny, Ermont, Cergy, Pontoise et Goussainville.

Accident de moto[modifier | modifier le code]

Moushin Sehhouli, 15 ans, et Laramy Samoura, 16 ans, sont tués dans la collision de leur moto-cross avec une voiture de police. Les deux adolescents roulaient sur une moto-cross[7] Kawasaki KX de 80 cm3, moto non homologuée (c'est-à-dire ne répondant pas aux critères de sécurité suffisants pour être autorisée sur la voie publique)[8]. De plus, les conditions de sécurité n'étaient pas respectées pour une conduite de moto-cross : conduite sans casques, gants, bottes ou genouillères, freins peu efficaces, et enfin transport d'un passager. Ils sont arrivés dans une intersection par la gauche à vive allure : 66 km/h, les policiers roulaient également au dessus de la vitesse limite autorisé soit 64km/h[9]. Le conducteur de la moto-cross n'a pas respecté la priorité à droite[10] et a alors heurté le véhicule qui circulait sur la voie à ce moment-là, le véhicule de police.

À la suite du choc, le SAMU est appelé et deux camions du SMUR de Gonesse arrivent sur les lieux. Le médecin du SMUR, le Dr Frédéric Boursier ne peut que constater que les adolescents sont en arrêt cardio-respiratoire. À sa grande surprise, il n'y a aucun périmètre de police de sécurité autour de la zone de l'accident. Il n'y a même pas de balisage de la route, comme le prévoit la procédure. Les policiers présents sont nerveux devant l'arrivée de dizaines de jeunes en colère. Décision est prise d'appeler l'officier de police judiciaire pour constater le double décès. Cinq minutes après l'arrivée des secours, les policiers s'en vont précipitamment.

Dépêché sur place avec un collègue, le commissaire Jean-François Illy, est violemment pris à parti par plusieurs dizaines de jeunes dont certains sont armés de barres de fer[11]. Il sera gravement blessé et évacué in extremis[5].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Selon les premiers résultats de l'enquête menée par l'Inspection générale de la Police nationale (la « police des polices »), les deux adolescents sont tués dans la collision de leur moto-cross avec une voiture de police[réf. nécessaire]. Ce qui écarte la responsabilité des policiers dans l'accident, tout comme trois témoignages[12].

Selon une source policière[réf. nécessaire], l'IGPN n'a pas pu établir avec précision si la voiture de police impliquée dans la collision a été ou non déplacée ou a fait l'objet de dégradations après l'accident[13]. Selon une vidéo amateur tournée sur les lieux du drame, la voiture n'a pas été vandalisée après le choc. Cette vidéo serait en possession de Yassine Belattar, proche de la famille des victimes et animateur sur la radio Générations 88.2[14].

Selon la direction générale de la police nationale, « le conducteur n'a même pas vu arriver la moto et a été surpris par la violence du choc »[15]

Le 1er juillet 2008, selon le journal Le Monde, cette version des faits est décriée par Jean-Pierre Mignard, l'avocat des familles des deux adolescents morts dans la collision : pour lui, il ne s'agit pas d'un « banal accident » et il pourrait y avoir eu « mise en danger délibérée de la vie d'autrui » du fait d'une conduite imprudente des policiers[16].

Fin octobre 2009, une ordonnance de non-lieu est rendue par le juge d'instruction, mettant hors de cause les policiers, au motif que les jeunes circulaient sur une moto qui n’était pas destinée à la route, dépourvue de freins et d’éclairage, sans casques et qu'ils étaient tributaires de la priorité[17].

Ali Soumaré fut porte-parole des familles et des quartiers lors de ces émeutes.

Les émeutes et la réponse du gouvernement[modifier | modifier le code]

Une centaine de jeunes encagoulés ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué à coups de lanceur de balle de défense et de gaz lacrymogènes. Des commerces et des bâtiments publics sont incendiés. Il a été également fait usage d'armes à feu contre les policiers.

La bibliothèque et l'école Louis-Jouvet avaient été réduites en cendres lors de la deuxième nuit des émeutes, le 26 novembre 2007. Le coût est évalué à 7 millions d'euros[18].

Nicolas Sarkozy estime lors des rencontres police-gendarmerie du 29 novembre 2007, que « ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel n’a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie »[19],[20],[21]. Ces propos furent démenti par notamment l'observatoire des inégalités[22] ou sur agoravox[23].

Les suites[modifier | modifier le code]

Une enquête a été ouverte contre les émeutiers et une autre au sujet de l'accident. Une récompense a été promise à tout témoin majeur qui apporterait des éléments importants d'enquête[24].

Le 18 février 2008, 33 personnes sont arrêtées, soupçonnées d'être des émeutiers[25]. Dans la vidéo « Souriez vous êtes Villiers », Yassine Belattar, animateur à la radio et la télévision, promet dans un film documentaire au cinéma et produit par Luc Besson, de dénoncer les débordements et les excès des médias par la seule et unique recherche du sensationnel ainsi que certaines pratiques de journalistes « venu proposer 100 ou 150 euros pour mettre une cagoule et faire l'émeutier »[26]. Le magazine Paris Match se voit reproché par le tribunal correctionnel de Pontoise la publication de photos d'arrestations, notamment celle d'un jeune homme au visage flouté et menotté par des policiers à son domicile[27].

Un an après, la ville reste fortement marquée par cet épisode et imprégnée d'une image à connotation négative. Il est prévu d'implanter une Unité Territoriale de Quartier en 2009[28]. Le 15 mars 2009, Frédéric Lagache, secrétaire national d'Alliance Police nationale, second syndicat policier fait la déclaration suivante : « La violence monte crescendo depuis Villiers-le-Bel et les événements en outre-mer. On n'hésite pas à tirer sur des policiers. Si on ne sanctionne pas plus durement les agresseurs de nos collègues, nous allons à la catastrophe et on ne s'en sortira pas. »[29]

La condamnation de 3 à 15 ans de prison de 5 jeunes en juillet 2010 à plusieurs années de prison, sur la foi d'un seul témoignage, et celui-ci anonyme, a provoqué une polémique[30].

En septembre 2010, un témoin à charge, Chistopher Bénard, se rétracte, indiquant avoir menti pour recevoir une récompense promise par la police[31],[32],[33],[34],[35].

Le 19 avril 2012, un policier impliqué dans l'accident est de nouveau mis en examen. Le parquet n'avait pas requis de peine le 7 juin 2013, mais le 13 septembre 2013, le tribunal de Pontoise a condamné à six mois de prison avec sursis le policier qui conduisait la voiture. 145 000 euros seront versés aux familles par l'Etat.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. l'accident est signalé aux pompiers à 17H00
  2. AFP : Accident de Villiers-le-Bel : ouverture d'une information judiciaire : « tentative d'homicide sur deux policiers blessés par des tirs de plomb lundi 26 novembre 2007 à Villiers-le-Bel ».
  3. AFP: Albanel apporte des livres à Villiers-Le-Bel pour l'aider à tourner la page des violences
  4. AFP: Violences : la pression retombe à Villiers-le-Bel, réunion à l'Élysée
  5. a et b Le Figaro - Actualités : Vaste opération de police à Villiers-le-Bel : « Ils ont organisé quasi-militairement les émeutes et indiqué aux jeunes comment tirer sur les forces de l'ordre qui étaient attirées dans des endroits ou très éclairés ou très sombres. »
  6. rue89.com, « une donne nouvelle par rapport à 2005 : les jeunes sont déterminés, organisés et armés. Feux, cocktails molotov, tirs de grenaille, pavés imposants ».
  7. « Villers le Bel c'est une moto-cross », HuffingtonPost
  8. [1]
  9. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/20/01016-20101020ARTFIG00685-accident-de-villiers-le-bel-un-policier-mis-en-examen.php
  10. [2]
  11. [3]
  12. AFP: Violences: la pression retombe à Villiers-le-Bel, réunion à l'Élysée
  13. AFP: Accident de Villiers-le-Bel: ouverture d'une information judiciaire
  14. Villiers-le-Bel: cette vidéo qui change de la version policière - LePost.fr
  15. Villiers-le-Bel : un premier rapport de l'IGPN écarte la responsabilité des policiers - LeMonde.fr
  16. Villiers-le-Bel : la parole policière mise en cause - Société - Le Monde.fr
  17. « Villiers-le-Bel : non-lieu dans l’affaire de la collision mortelle de 2007 », Libération, 26 octobre 2009.
  18. « Incendie de La bibliothèque et l'école Louis-Jouvet »
  19. AFP: Après les violences de Villiers-le-Bel, Sarkozy pourfend la "voyoucratie"
  20. citation extraite du journal de France 2 [4]
  21. [5]
  22. [6] "Tant que l’on refusera de traiter les questions de fond, on aura des émeutes", entretien avec Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS par Louis Maurin
  23. [7]
  24. Émeutes de Villiers-le-Bel: la police offre une récompense aux témoins
  25. Vaste opération de police à Villiers-le-Bel, la médiatisation critiquée
  26. Luc Besson : "La banlieue est un trésor", Le Monde.fr
  27. AFP: Paris Match: amendes requises pour des photos d'arrestations à Villiers-le-Bel
  28. AFP: Villiers-le-Bel reste groggy un an après la mort de deux adolescents
  29. Deux syndicats de police inquiets, Le Figaro
  30. http://www.rue89.com/2010/07/05/proces-de-villiers-le-bel-pas-de-preuves-mais-de-la-delation-157534
  31. http://www.bfmtv.com/video-infos-actualite/detail/emeutes-en-2005-le-temoin-cle-se-retracte-421840/
  32. http://www.rue89.com/2010/09/17/menace-un-temoin-du-proces-de-villiers-le-bel-se-retracte-167119
  33. http://lci.tf1.fr/france/justice/2010-09/proces-de-villiers-le-bel-un-temoin-a-charge-se-retracte-6075507.html
  34. http://www.bastamag.net/article1208.html
  35. http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/villiers-le-bel-le-temoin-cle-au-proces-des-emeutiers-se-retracte-22-09-2010-1078029.php

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]