Émetteur d'Europe 1

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Photo 1. La frontière passe derrière les émetteurs. La photo est prise d'Allemagne, les paysages de l'arrière plan sont en France.
Photo 1a. Le plateau de Felsberg (vu de la France).
Photo 2. Bâtiment en béton précontraint.
Photo 2a. Mât en béton armé supportant autrefois les antennes de Télé-Sarre.
Photo 3. Feeders à proximité du départ de l'émetteur.
Photo 4. Feeder parvenant à un des pylônes.
Photo 5. 2 pylônes de l'antenne de secours au premier plan, 4 pylônes de l'antenne principale au deuxième plan.
Photo 5a. Les 4 pylônes formant l'antenne de l'émetteur d'Europe 1.
Photo 6. Base d'un des pylônes et cabine d'antenne.
Photo 7. Parcours des feeders vers les pylônes de l'antenne de secours.

L'émetteur d'Europe 1 est un émetteur radio à ondes longues diffusant vers la France les programmes de la station privée française Europe 1. Il est situé en Allemagne, à Felsberg-Berus (écarts de la commune d'Überherrn), dans la Sarre ; il doit cette localisation au contrôle que la France exerçait sur ce territoire à l'époque de sa construction, dans les années 1950.

Avec une puissance de 2 000 kilowatts, mais réduite à 1500, il figure parmi les plus puissants émetteurs européens. Son antenne est une antenne directionnelle, orientée approximativement vers Bordeaux, composée de quatre pylônes de respectivement 270, 276, 280 et 282 mètres de haut.

Il comprend une autre tour, qui était employée pour diffuser la chaîne de télévision allemande Télé-Sarre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Protectorat de la Sarre.

L'histoire de l'émetteur d'Europe 1 est liée à celle de sa région d'implantation, la Sarre. Après la Seconde Guerre mondiale, cette région est placée sous tutelle de la France et considérée comme un protectorat. Plusieurs statuts sont envisagés pour ce territoire, dans le contexte historique de Communauté européenne naissante. Un statut européen spécifique est élaboré mais rejeté par référendum en octobre 1955. Les accords de Luxembourg d'octobre 1956 entraînent finalement le rattachement de la Sarre à la République fédérale d'Allemagne, à compter du 1er janvier 1957.

Durant cette période de « protectorat », complexe du point de vue de la situation politique et marquée par une volonté d'influence culturelle française, une concession concernant la radio et la télédiffusion est accordée à la société « Images et Son », de droit monégasque, créée par Charles Michelson. Le projet comprend la création d'une chaîne de télévision, Télé-Sarre, ainsi que d'une radio émettant en ondes longues. Le choix du site pour l'émetteur se porte vers le plateau du Felsberg (à quelques kilomètres de Sarrelouis), intéressant par ses caractéristiques géographiques, situé à une altitude de 367 mètres, à proximité directe de la frontière avec la France (photos 1 et 1a).

Les travaux débutent en 1952 et les premiers essais techniques ont lieu en 1954. La première émission a lieu le 1er janvier 1955 mais elle doit cesser rapidement, la fréquence étant celle du radiophare de l'aéroport de Genève. Dans les mois qui suivent, les émissions sont interrompues et des changements de fréquences ont lieu en raison d'interférences avec d'autres émetteurs dont Europe 1 tente d'utiliser la longueur d'onde (ceux de Suède, de Norvège et du Danemark notamment) ou de s'en approcher de trop près, brouillant leur écoute (Radio-Luxembourg). Les émissions régulières reprennent finalement en avril 1955, l'Allemagne de l'Est ayant accepté qu'Europe 1 utilise sa fréquence de 182 kHz (dirigée vers l'Europe de l'Est) à condition d'en diriger son rayonnement uniquement vers la France[1]. Les studios sont localisés à Paris et reliés par câble spécial des PTT à l'émetteur sarrois.

Un changement de propriétaire intervient en 1956, dans un contexte d'influences politiques complexes. Par la suite, l'État français détient une partie du capital de la société entre 1959 et 1986. En 1968, le gouvernement, insatisfait de la couverture médiatique des événements de mai, envisage une coupure de la liaison entre les studios et l'émetteur mais ce projet n'est pas mis à exécution. Aujourd'hui la liaison s'établit par satellite.

La plus ancienne radio privée d'Allemagne[modifier | modifier le code]

À l'issue du rattachement de la Sarre à l'Allemagne, la légalité des accords initiaux passés entre le gouvernement sarrois de l'époque et la société exploitante est remise en cause à plusieurs reprises mais l'autorisation d'émettre un programme en langue française est finalement maintenue, les questions juridiques ayant peut-être parfois côtoyé également les questions politiques. Le législation sarroise est modifiée dans les années 1960. Outre des impôts, des taxes de concession sont perçues par le Land.

La situation s'avère par ailleurs ambiguë vis-à-vis de la réglementation française, ce qui n'empêche pas l'État français d'être un actionnaire important, par l'intermédiaire de la société Sofirad, jusqu'à la privatisation de 1986. Durant une certaine période, la question de la légalité de la fréquence d'émission de même que celle des interférences avec plusieurs émetteurs (particulièrement avec l'émetteur de Zehlendorf, à l'origine de changements de fréquences coordonnés) sont soulevées. La situation est notamment étudiée lors de la Conférence de Genève de l'Union internationale des télécommunications en 1978. Des projets d'installation sur le site d'émetteurs diffusant des programmes vers l'Allemagne sont un temps ébauchés mais ne voient pas le jour. L'éclosion des radios privées et le développement des autres canaux de diffusion rendent par la suite la situation de l'émetteur moins cruciale. L'actualité juridique récente concerne la question des droits d'auteur (en Allemagne) des œuvres musicales diffusées par cet émetteur situé en territoire allemand.

Son exploitation est assurée par une filiale « Europaïsche Rundfunk und Fernseh AG » dont le siège est au Felsberg et qui est devenue également un actionnaire important de la radio privée sarroise « Radio Salü ».

Un monument architectural[modifier | modifier le code]

Les émetteurs sont abrités dans un bâtiment à l'architecture remarquable (photo 2), en béton précontraint recouvert de verre, sans piliers, conçu par les architectes J. F. Guédys et Eugène Freyssinet. La construction soulève des difficultés techniques complexes à l'époque. D'une longueur de 82 mètres et d'une largeur de 43 mètres, sa hauteur est comprise entre 5 et 16 mètres, pour une surface de 2 700 m2 et un volume de 31 000 m3 ; ses vitres s'étendent quant à elles sur 1 770 m2. Le chauffage du bâtiment est fait par la chaleur perdue des émetteurs.

Cet ouvrage serait classé monument historique depuis quelques années.[précision nécessaire]

Il est entouré par plusieurs autres bâtiments techniques plus récents de conception purement fonctionnelle. À côté de ce bâtiment se trouve le mât en béton armé (photo 2a) supportant autrefois les antennes de l'ancienne chaîne de télévision Télé-Sarre.

Aspects techniques[modifier | modifier le code]

La puissance initiale de l'émetteur Thomson est de 200 kilowatts ; elle atteint 500 kilowatts à partir de 1964, 1 400 kilowatts à partir de 1975 et 2 000 kilowatts à partir de 1976. Le bâtiment émetteur comprend également un petit studio de secours. La consommation d'électricité est importante (puissance moyenne utilisée 3 400 kilowatts, au début des années 1980) et un groupe diesel est installé en cas de panne d'alimentation.

Les émetteurs de radiodiffusion produisent un courant haute fréquence modulé (modulation d'amplitude pour cet émetteur ondes longues). Celui-ci est transporté jusqu'aux antennes par plusieurs lignes électriques, les feeders, de type coaxial (photos 3 et 4). Ce type de courant a la particularité de circuler à proximité de la surface d'où l'utilisation de dispositifs en forme de cylindres creux. Le système de diffusion comprend 2 antennes, l'une principale composée par 4 pylônes, et l'autre, de secours, une antenne formée par 2 pylônes.

Le système principal (photo 5a), directionnel, est constitué par quatre pylônes en acier à section constante triangulaire, à 3 mètres de côté, soutenues par des haubans et dont les hauteurs sont comprises entre 270 et de 282 mètres (entre-axes : 350 mètres). Elles sont visibles à plusieurs kilomètres et signalées la nuit par un dispositif lumineux. La photo 6 montre les différents dispositifs de couplage avec l'antenne, divers dispositifs de protection (la foudre est notamment un problème classique, parfois responsable de coupures) ainsi que la cabine d'antenne renfermant des dispositifs de mesure. La base du pylône est isolée électriquement du sol. La prise de terre comprend des fils de cuivre disposés en rayon à partir des pylônes, de grande longueur (290 km au total), la bonne conductibilité permettant de diminuer la perte d'énergie au niveau du sol.

Le réglage sélectif de l'alimentation de chacune des antennes permet d'obtenir une déformation du diagramme de rayonnement, en forme de lobe, dirigé vers la France. La réception est possible également en Allemagne mais le signal reçu comporte une déformation audible, conséquence de la technique de directivité.

L'installation de secours comprend une antenne composée de 2 pylônes de hauteur moindre (234 mètres) mais de technologie voisine (entre-axes : 280 mètres). Ces installations de secours présentent un certain éloignement du bâtiment émetteur et les feeders qui les alimentent parcourent plusieurs centaines de mètres (photo 7). La longueur totale des feeders, aériens et souterrains, sur le site est de 4 865 mètres.

Le 8 août 2012, un des quatre pylônes s'est partiellement effondré, une rupture des câbles qui maintenaient le pylône en est la cause, d'après l'annonce faite sur France 3 Lorraine dans son journal télévisé du 9 août.

Le 19 novembre 2012, le morceau de pylône restant a été dynamité.

Le 13 juin 2013 un second pylône du système principal d'antenne a été détruit.

Entre le 1er août 2013 à 23:00 UTC et le 6 août 2013 à 02:00 UTC l'émetteur a été stoppé. Il s'agit de la coupure d'émission de l'émetteur grandes ondes la plus longue depuis son lancement en 1955.

Perspectives[modifier | modifier le code]

Cet émetteur émet sur la fréquence 183 kHz. Mais le programme radio d'Europe 1 est désormais disponible sur plusieurs autres canaux, ceci n'étant pas sans conséquence sur la diminution probable du nombre d'auditeurs encore fidèles aux ondes longues. L'avenir de tels émetteurs pourrait être représenté par la technologie numérique DRM, mais celle-ci nécessite des récepteurs spécifiques.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Maxime Barroux, Les Émetteurs de radiodiffusion et de télévision, Paris, PUF, coll. « Que sais-je »,‎ 1967, 128 p.
  • (fr) J.-C. Damamme, « L'électricité véhicule de l'information : 24 heures à Europe 1 », Revue française de l'électricité,‎ mars 1981, p. 50–56 (ISSN 0035-2926)
  • (de) Harald Lutz, Rundfunk-Sendeanlagen: Funktürme, Masten und Antennen, Baden-Baden, Siebel-Verlag,‎ 2005, 112 p. (ISBN 3-88180-645-8)
  • (de) Meyer, « Europa 1, Piraterie im Äther », dans Der Spiegel, 1961, no 1, p. 63

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Sendemasten von Europa 1, sur Structuræ : fiche technique illustrée
  • (fr) Europe 1, sur le site de Thierry Vignaud : descriptif chiffré et illustré
  • (de) Europe 1, sur Geschichten über das "Dampfradio"