Élections législatives régionales de 2012 dans le Schleswig-Holstein

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Siège du Landtag, à Kiel.

Les élections législatives régionales de 2012 dans le Schleswig-Holstein (Landtagswahl in Schleswig-Holstein 2012) se sont tenues le , afin d'élire les soixante-neuf députés de la dix-huitième législature du Landtag du Land allemand du Schleswig-Holstein.

Contexte : des élections anticipées forcées[modifier | modifier le code]

Une coalition noire-jaune majoritaire de justesse[modifier | modifier le code]

Après les élections législatives régionales anticipées du 27 septembre 2009, l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), du ministre-président Peter Harry Carstensen, et le Parti libéral-démocrate (FDP), alors dans l'opposition, avaient constitué une coalition disposant de 48 députés sur 95, puisque vingt-six sièges supplémentaires avaient dû être distribués à cause des mandats supplémentaires obtenus par la CDU. Toutefois, les quatre partis de l'opposition de gauche avaient recueilli ensemble 48,1 % des suffrages, contre 46,4 % à l'alliance de centre-droit. L'Alliance 90 / Les Verts et la Fédération des électeurs du Schleswig-du-Sud (SSW) avaient alors saisi la Cour constitutionnelle.

La réforme contrainte de la loi électorale[modifier | modifier le code]

Le , celle-ci avait donné raison aux requérants, déclarant la loi électorale (Wahlgesetz) contraire à la Constitution et ordonnant la tenue d'un nouveau scrutin le [1], après modification de la loi électorale au au plus tard[2]. À cette occasion, Peter Harry Carstensen, au pouvoir depuis 2005, avait annoncé qu'il ne se représenterait pas pour un troisième mandat et cédé la présidence régionale du parti à Christian von Boetticher[3]. Un accord sur une nouvelle loi électorale et la date du scrutin anticipé a ensuite été conclu, le , entre les deux partis du gouvernement et le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), principale formation d'opposition[4]. L'adoption de la nouvelle loi électorale intervient en séance plénière au Landtag le , avec l'opposition des Verts, de la SSW et de Die Linke, qui souhaitaient réduire le nombre de circonscriptions à 27, et non 35 comme prévu par le texte finalement voté[5].

Mode de scrutin[modifier | modifier le code]

Article connexe : Système électoral allemand.

Le Landtag comprend 69 députés, dont 35 élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions. En outre, chaque parti ou association électorale doit constituer une liste régionale comprenant autant de candidats que de sièges à pourvoir au total. Le jour du scrutin, chaque électeur dispose de deux voix : la première permet de voter dans une circonscription, la seconde pour une liste. La durée de la législature est de cinq ans.

À l'issue du vote, la totalité des mandats mis en jeu est répartie à la proportionnelle suivant la méthode de Sainte-Laguë entre les listes ayant recueilli au moins 5 % des suffrages exprimés, à l'exception de celle présentée par la SSW, qui représente les intérêts de la minorité danoise et est donc dispensée de franchir ce seuil. Lorsqu'un parti a remporté des sièges avec les premières voix, ceux-ci sont soustraits au total obtenu sur la liste. Les sièges restés vacants se trouvent ensuite comblés par les candidats issus de cette même liste. Il est toutefois possible, avec ce système, qu'une formation obtienne dans les circonscriptions plus de sièges que son nombre de secondes voix ne lui en donne. Il dispose dans ce cas de « mandats supplémentaires » qu'il conserve. Afin de maintenir une représentation proportionnelle au Landtag, les autres formations se voient alors attribuer des « mandats complémentaires ». Dans la nouvelle loi électorale, le mode de distribution des mandats supplémentaires et complémentaires a été modifié et clarifié, car c'est le flou et l'application qui en a résulté en 2009 qui a conduit à l'invalidation de la loi.

Principaux partis et chefs de file[modifier | modifier le code]

Parti Chef de file Résultats de 2009
Union chrétienne-démocrate d'Allemagne
Christlich Demokratische Union Deutschlands
Jost de Jager
(Ministre de l'Économie)
31,5 % des voix
34 députés
Parti social-démocrate d'Allemagne
Sozialdemokratische Partei Deutschlands
Torsten Albig
(Maire de Kiel)
25,4 % des voix
25 députés
Parti libéral-démocrate
Freie Demokratische Partei
Wolfgang Kubicki 14,9 % des voix
14 députés
Alliance 90 / Les Verts
Bündnis 90/Die Grünen
Robert Habeck 12,4 % des voix
12 députés
Die Linke Antje Jansen 6,0 % des voix
6 députés
Fédération des électeurs du Schleswig-du-Sud
Südschleswigscher Wählerverband
Anke Spoorendonk 4,3 % des voix
4 députés
Parti pirate d'Allemagne
Piratenpartei Deutschland
Torge Schmidt 1,8 % des voix
0 députés

Campagne[modifier | modifier le code]

Désignation des têtes de liste[modifier | modifier le code]

Les leaders des principales forces politiques en jeu sont des personnalités peu connues du monde politique. Die Welt les décrit comme des candidats « de deuxième à quatrième rang »[6].

Au cours d'une primaire interne du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), organisée le 27 février 2011, le président régional et du groupe parlementaire, Ralf Stegner, déjà chef de file en 2009, est nettement battu par le bourgmestre de Kiel, Torsten Albig, pour conduire le SPD lors de ce scrutin[7].

Trois mois plus tard, le 7 mai, le président régional et du groupe parlementaire de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), Christian von Boetticher, est investi candidat à la direction du gouvernement par une très large majorité[8]. Il est cependant contraint de renoncer le 15 août, à la suite d'un scandale de mœurs[9]. Il est remplacé, dès le lendemain[10], par le ministre de l'Économie du Land, Jost de Jager, officiellement désigné le 4 novembre[11].

Le 13 janvier 2012, l'Alliance 90 / Les Verts désignent, lors d'un congrès régional, la spécialiste des finances Monika Heinold comme tête de liste, conformément aux statuts du parti qui prévoient que cette place revienne à une femme. Le président du groupe des Verts au Landtag de Schleswig-Holstein, Robert Habeck, obtient la deuxième place, tout étant investi chef de file. Les Verts, qui avaient obtenu 12,4 % des voix en 2009, espèrent augmenter fortement leur score[12].

Le président du groupe parlementaire du Parti libéral-démocrate (FDP) au Landtag, Wolfgang Kubicki, est choisi comme chef de file lors d'un congrès régional de son parti le 21 janvier. Il est considéré comme « un libéral combatif et acerbe, qui critique vivement la direction du parti »[13]

Campagne électorale[modifier | modifier le code]

Le début de l'année 2012 est marqué par un scandale financier impliquant le président fédéral, Christian Wulff. L'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne et Parti libéral-démocrate, qui gouvernent conjointement à la fois au niveau fédéral et dans le Schleswig-Holstein, craignent que ce scandale ne leur coûte la victoire. Le FDP, qui avait emporté 14,9 % des suffrages aux élections de 2009, n'est crédité que de deux à trois pour cent des intentions de vote, ce qui ne lui permettrait pas de siéger au Landtag[13]. Son leader régional, Wolfgang Kubicki, déclare, le 16 janvier, que « [sa] patience s'épuise progressivement. »[14]

La CDU tente de recentrer la campagne autour d'enjeux régionaux, notamment les énergies renouvelables dont le Schleswig-Holstein est un important producteur[15]. Plusieurs membres de la direction fédérale se rendent à Kiel pour soutenir les candidats de la CDU, notamment la chancelière Angela Merkel le 13 janvier[16]. L'alternance politique n'aurait pas d'impact significatif sur la couleur politique du Bundesrat, où la coalition noire-jaune est déjà en minorité[17].

Sondages[modifier | modifier le code]

Institut Date CDU SPD Verts FDP Linke SSW Pirates
GMS 02.05.2012 32,0 % 33,0 % 12,0 % 6,0 % 2,0 % 4,0 % 8,0 %
FgW 27.04.2012 31,0 % 31,0 % 12,5 % 7,0 % 2,5 % 4,0 % 9,0 %
Infratest 19.04.2012 31,0 % 32,0 % 13,0 % 5,0 % 2,0 % 4,0 % 10,0 %
Infratest 12.04.2012 32,0 % 32,0 % 12,0 % 4,0 % 3,0 % 4,0 % 11,0 %
Infratest 29.03.2012 34,0 % 32,0 % 15,0 % 4,0 % 4,0 % 4,0 % 5,0 %
Infratest 16.03.2012 34,0 % 33,0 % 15,0 % 4,0 % 3,0 % 4,0 % 5,0 %
Forsa 05.03.2012 35,0 % 35,0 % 13,0 % 2,0 % 3,0 % 4,0 % 5,0 %
Infratest 19.02.2012 33,0 % 33,0 % 16,0 % 3,0 % 3,0 % 3,0 % 5,0 %
Emnid 20.01.2012 34,0 % 32,0 % 15,0 % 4,0 % 3,0 % 3,0 % 7,0 %
Forsa 18.11.2011 33,0 % 32,0 % 17,0 % 3,0 % 3,0 % 3,0 % 6,0 %
Dernières élections 27.09.2009 31,5 % 25,4 % 12,4 % 14,9 % 6,3 % 4,3 % 1,8 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Score[modifier | modifier le code]

Composition politique du nouveau Landtag.
Parti Suffrages Sièges
Voix  % +/- MU1 +/- Députés +/-
Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) 408 573 30,8 % en diminution 0,7 22 en diminution 12 22 en diminution 12
Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) 403 783 30,4 % en augmentation 5,0 13 en augmentation 7 22 en diminution 3
Alliance 90 / Les Verts (Grünen) 174 752 13,2 % en augmentation 0,8 0 en stagnation 10 en diminution 2
Parti libéral-démocrate (FDP) 108 902 8,2 % en diminution 6,7 0 en stagnation 6 en diminution 8
Parti pirate d'Allemagne (Piraten) 108 740 8,2 % en augmentation 6,4 0 en stagnation 6 en augmentation 6
Fédération des électeurs du Scheswig-du-Sud (SSW) 61 022 4,6 % en augmentation 0,3 0 en stagnation 3 en diminution 1
Die Linke 29 868 2,2 % en diminution 3,8 0 en stagnation 0 en diminution 6
TOTAL (participation : 60,1 %) 97,7 % N/A 35 en diminution 5 69 en diminution 26

Analyse[modifier | modifier le code]

Le scrutin se solde par une nouvelle défaite d'une coalition noire-jaune, identique à celle formée au niveau fédéral par la chancelière Angela Merkel.

La CDU résiste bien, enregistrant un très léger recul en voix mais perd nombre de sièges, du fait de la nouvelle loi électorale. Elle est cependant rattrapée par le SPD, qui se classe second avec une nette progression de cinq points, repassant, de justesse, au-dessus des 30 % des suffrages exprimés. L'autre forte progression est à relever du côté des Pirates, qui remportent un franc succès dans un territoire rural et conservateur, se plaçant juste derrière les libéraux. Après Berlin et la Sarre, c'est donc la troisième fois que cette formation fait son entrée dans un Parlement régional.

Conséquence du recul du FDP, qui réussit néanmoins à sauver sa représentation parlementaire avec un score supérieur aux attentes, Les Verts redeviennent la troisième force politique du Land et signent leur meilleur résultat régional. À l'inverse, Die Linke s'effondre et sort à nouveau du Landtag, après seulement trois ans de présence.

Réactions[modifier | modifier le code]

Les principaux responsables de la CDU ont souligné que les sociaux-démocrates avaient échoué à atteindre 40 % des voix et qu'une éventuelle coalition rouge-verte ne disposait pas de la majorité absolue, tandis que le chef de file du SPD a affirmé sa volonté de constituer une « coalition en feu tricolore danoise », l'associant aux écologistes et à la SSW, cette dernière réclamant toutefois l'attribution d'un ministère. Les Pirates se sont réjouis de leur score, confirmant leur souhait de rester dans l'opposition, tandis que les libéraux ont fêté leurs résultats, qu'ils ont jugés « bons » pour la direction fédérale[18].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le , le SPD, les Verts et la SSW, après la réussite de leurs entretiens exploratoires, ouvrent des négociations en vue de la formation d'une coalition en feu tricolore dite « danoise », qui compterait 35 députés sur 69[19]. L'accord de coalition est approuvé le 3 juin, l'investiture de Torsten Albig étant programmée neuf jours plus tard[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) La Cour ordonne de nouvelles élections d'ici 2012, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  2. (de) Nouvelles élections dans le Schleswig-Holstein, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  3. (de) Boetticher, nouveau chef régional de la CDU, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  4. (de) Le Schleswig-Holstein votera le 6 mai 2012, Die Welt, le
  5. (de) Le Landtag de Kiel adopte le nouveau droit électoral, Stern, le
  6. (de) « Der Kampf um Kiel – mit zwei Unbekannten », Die Welt, 11 janvier 2012.
  7. (de) « SPD macht Torsten Albig zum Spitzenkandidaten », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 27 février 2011.
  8. (de) « Von Boetticher Spitzenkandidat der Nord-CDU », Norddeutscher Rundfunk, le
  9. (de) « Führungskrise in Nord-CDU », Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  10. (de) « « Führung der Nord-CDU für de Jager als Spitzenkandidat » », Kieler Nachrichten, le
  11. (de) « De Jager neuer Spitzenkandidat der Nord-CDU », Focus, le
  12. (de) « 93 Prozent für Spitzenkandidat Habeck », Die Welt, 13 janvier 2012.
  13. a et b (de) « Kubicki zieht für Nord-FDP in den Wahlkampf », Handelsblatt, 21 janvier 2012.
  14. (de) « CDU und FDP fürchten Wahl-Belastung durch Wulff », Berliner Morgenpost, 16 janvier 2012.
  15. (de) « Wulff-Affaire kann FDP und CDU die Landtagswahl kosten », Focus, 16 janvier 2012.
  16. (de) « CDU läutet mit Merkel ihren Landtagswahlkampf ein », Hamburger Abendblatt, 13 janvier 2012.
  17. (de) « Im Zentrum aller Sorgen », FAZ, 16 janvier 2012.
  18. (de) « SPD-Spitzenkandidat Albig: „Die Schleswig-Holstein-Ampel steht“ », Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  19. (de) « Koalitionsverhandlungen über "Dänen-Ampel" beginnen », Kieler Nachrichten, le
  20. (de) « "Dänen-Ampel" im Norden steht - Koalitionsvertrag beschlossen », Kieler Nachrichten, le

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]