Élections législatives croates de 2011
Les élections législatives croates de 2011 (Hrvatski parlamentarni izbori 2011) se sont tenues le dimanche 4 décembre 2011[1], afin d'élire les cent cinquante et un députés de la septième législature de la Diète croate (Hrvatski sabor), depuis 1991, pour un mandat de quatre ans.
Sommaire |
Date de l'élection [modifier]
Le gouvernement de Jadranka Kosor avait d'abord envisagé d'organiser les élections au printemps 2011, afin de bénéficier d'un climat favorable dans le contexte de l'adhésion de la Croatie à l'Union européenne[2]. Le retard dans la signature du traité d'adhésion et la perspective d'une reprise économique du pays l'ont cependant conduit à annoncer les élections pour novembre 2011[3]. Finalement, le scrutin est prévu le 4 décembre, la Diète ayant voté sa dissolution le 28 octobre[4].
Mode de scrutin [modifier]
La Diète (Sabor) se compose de cent cinquante-et-un députés, élus pour quatre ans au suffrage universel direct par tous les citoyens âgés d'au moins dix-huit ans révolus, au scrutin proportionnel suivant la méthode d'Hondt. Seules les listes ayant remporté 5 % des suffrages exprimés sont admises à la répartition des sièges.
Le territoire de la Croatie est divisé en dix circonscriptions, disposant chacune de dix sièges à pourvoir. Les Croates expatriés élisent pour leur part trois députés, à la suite du vote d'une révision constitutionnelle 2010[5]. Auparavant, leur nombre d'élus dépendait de la mobilisation des inscrits. Enfin, les différentes minorités nationales disposent de huit sièges, le territoire du pays formant, alors, une circonscription unique[6].
Contexte [modifier]
Lors des élections législatives des 24 et 25 novembre 2007, l'Union démocratique croate (HDZ), du président du gouvernement sortant, Ivo Sanader, était de nouveau arrivée en tête, remportant 36,6 % des voix et 66 députés sur 153, soit cinq points et dix sièges de plus que le Parti social-démocrate de Croatie (SDP), conduit par son nouveau chef, Zoran Milanović. Sanader avait alors constitué une coalition avec le Parti paysan croate (HSS), le Parti social libéral croate (HSLS) et le Parti démocratique indépendant serbe (SDSS), qui comptait 77 élus, soit juste la majorité absolue à la Diète[7].
Contraint de remplacer, en octobre 2008, le ministre de l'Intérieur et la ministre de la Justice, à la suite de la recrudescence des crimes mafieux, le chef du gouvernement annonce, le 1er juillet 2009, sa démission pour « raisons personnelles », tout en assurant ne pas vouloir se présenter à la prochaine élection présidentielle et ne pas être malade[8]. Deux jours plus tard, la ministre de la Famille et des Anciens combattants, Jadranka Kosor, est nommée présidente du gouvernement, devenant la première femme à diriger le gouvernement croate[9].
Sanader décide toutefois, le 3 janvier 2010, peu après l'échec de la HDZ au premier tour de la présidentielle, de faire son retour en politique, assurant que son départ était une erreur. Cette annonce conduit la direction du parti à prononcer son exclusion dès le lendemain[10]. Près d'un an plus tard, le 9 décembre, il quitte le pays avant un vote de la Diète sur la levée de son immunité parlementaire[11], mais il est interpellé dès le lendemain en Autriche[12], puis extradé en Croatie le 18 juillet 2011[13]. Son procès, ouvert au mois de novembre, mine alors la campagne électorale de l'Union démocratique croate[14], également accusée de financement illégal[15]. La coalition au pouvoir fait également les frais de la très mauvaise conjoncture économique, la Croatie ayant connu deux années de récession, avec une timide prévision de croissance à 0,5 % du produit intérieur brut pour 2011, tandis que le taux de chômage s'élève à 17 % de la population active[16].
Campagne [modifier]
Partis en présence [modifier]
Les principaux acteurs des élections résulte du clivage hérité des élections précédentes et se divisent entre un bloc de centre droit mené par le parti chrétien-démocrate Union démocratique croate (HDZ) et un bloc de centre gauche regroupé sous le nom de Coalition Cocorico et mené par le Parti social-démocrate de Croatie (SDP).
| Formation | Chef de file | Résultats de 2007 | |
|---|---|---|---|
| Union démocratique croate Hrvatska demokratska zajednica |
Jadranka Kosor Présidente du gouvernement |
36,6 % des voix 66 députés |
|
| Coalition Cocorico Kukuriku koalicija SDP-HNS-LD-IDS-HSU |
Zoran Milanović Président du SDP |
SDP : 31,2 % et 56 sièges HNS : 6,8 % et 7 sièges IDS : 1,5 % et 3 sièges HSU : 4,1 % et 1 siège |
|
| Parti paysan croate Hrvatska seljačka stranka |
Josip Friščić | 6,5 % des voix (coalition) 6 députés |
|
| Parti social-libéral croate Hrvatska socijalno-liberalna stranka |
Darinko Kosor | 6,5 % des voix (coalition) 2 députés |
|
| Parti croate du Droit Hrvatska stranka prava |
Daniel Srb | 3,5 % des voix 1 député |
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Sondages [modifier]
Résultats [modifier]
Scores [modifier]
| Parti | Suffrages | Députés | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Voix | % | +/- | Sièges | +/- | % | ||
| Coalition Cocorico (KK) | 958 312 | 40,0 % | 80 | 52,9 % | |||
| Union démocratique croate et alliés (HDZ) | 563 215 | 23,5 % | 47 | 31,1 % | |||
| Parti travailliste croate (HL-SR) | 121 785 | 5,1 % | 6 | 3,9 % | |||
| Alliance démocratique croate de Slavonie et Baranya (HDSSB) | 68 995 | 2,9 % | 6 | 3,9 % | |||
| Liste indépendante d'Ivan Grubišić | 66 266 | 2,8 % | 2 | 1,3 % | |||
| Parti paysan croate (HSS) | 71 450 | 3,0 % | N/A | 1 | 0,6 % | ||
| Parti croate du Droit - Ante Starčević dissident (HSP-AS) – Pur parti croate du droit (HČSP) | 66 150 | 2,8 % | 1 | 0,6 % | |||
| Parti croate du Droit | 72 360 | 3,0 % | 0 | 0,0 % | |||
| Parti social-libéral croate (HSLS) | 71 077 | 3,0 % | N/A | 0 | 0,0 % | ||
| Parti démocratique indépendant serbe (SDSS) | N/A | 3 | 1,9 % | ||||
| Autres minorités nationales | N/A | 5 | 3,3 % | ||||
| TOTAL (participation : 54,32 %) | 2 394 638 | 86,1 % | N/A | 151 | 100,00 % | ||
Analyse [modifier]
L'opposition de centre-gauche remporte les élections. La coalition Cocorico, menée par le Parti social démocrate (SDP), obtient 45 % des voix. Le parti conservateur Union démocratique croate (HDZ), qui était au pouvoir presque sans interruption depuis l'indépendance de la Croatie, subit une large défaite en raison de scandales de corruption. Il est battu dans toutes les régions, et l'abstention est plus forte dans ses bastions traditionnels[17]. Vesna Pusić, membre du Parti populaire croate qui fait partie de la coalition Cocorico, déclare : « Merci beaucoup à tous ceux qui ont voté pour nous. Nous prenons [cette manifestation de soutien] avec sérieux et nous allons travailler dur (...) Cela nous donne un mandat fort, mais cela constitue aussi un grand devoir. »[18]
Conséquences [modifier]
Le 14 décembre, le président Ivo Josipović charge Zoran Milanović, chef de file de la Coalition Cocorico, de constituer le nouveau gouvernement. Il présente, neuf jours plus tard, un cabinet de vingt-et-un membres, dont le Parti croate des retraités (HSU) ne fait pas partie et qui reçoit l'investiture de la Diète.
Notes et références [modifier]
Références [modifier]
- (hr) « Imamo datum izbora! Novu vlast birat ćemo 4. prosinca 2011. », Jutarnji list, 15 juillet 2011 [texte intégral (page consultée le 15 octobre 2011)].
- « Čačić: Vladajući će iskoristiti završetak pregovora s EU kako bi raspisali izbore », Nacional, 27 mai 2010.
- « Umjesto na proljeće, izbori će biti tek krajem 2011 », Danas, 20 juillet 2010.
- « Croatie : le parlement a été dissous », Le Figaro, 28 octobre 2011 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- (hr) Anita Malenica, « Sabor uz potporu većine izglasovao ustavne promjene », Večernji list, 16 juin 2010 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- Loi électorale, site de la commission électorale croate.
- « Un Serbe dans un gouvernement de coalition en Croatie », RTL Info, 13 janvier 2008 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Démission surprise du 1er ministre Ivo Sanader », RFI, 1er juillet 2009 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Croatie: Jadranka Kosor premier ministre », Le Figaro, 3 juillet 2009 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- (en) « Croatia's ruling HDZ expels former PM Sanader », World Bulletin, 4 janvier 2010 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Croatie/corruption: Ivo Sanader a quitté la Croatie après la demande de levée de son immunité », La Tribune de Genève, 9 décembre 2010 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Croatie : l'ex-Premier ministre Ivo Sanader arrêté en Autriche », Euronews, 10 décembre 2010 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Ivo Sanader extradé vers la Croatie », Euronews, 18 juillet 2011 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- Thomas Portes, « Les Croates aux urnes contre la corruption », Le Figaro, 1er décembre 2011 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Croatie: accusé de corruption, l'ex-Premier ministre plaide non coupable », L'Express, 3 novembre 2011 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « Législatives en Croatie: vers un changement de pouvoir », L'Express, 4 décembre 2011 [texte intégral (page consultée le 4 décembre 2011)].
- « En Croatie, large victoire de l'opposition de centre gauche aux législatives », RFI, 5 décembre 2011.
- « La coalition de centre-gauche en tête des législatives en Croatie », Le Monde, 4 décembre 2011.
Liens externes [modifier]
- (hr)Site de la Diète croate (Hrvatski sabor)
- (hr) Site de la commission électorale croate