Élection présidentielle malienne de 2007

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Politique au Mali
Image illustrative de l'article Élection présidentielle malienne de 2007

Une élection présidentielle s'est déroulée au Mali en 2007. Le président sortant Amadou Toumani Touré a été réélu.

Le premier tour était organisé le 29 avril. Un second tour était prévu le 13 mai si aucun candidat n'avait obtenu la majorité absolue. La campagne électorale pour le premier tour s'est déroulée du 8 avril au 27 avril. Pour le second tour, elle aurait eu lieu du lendemain de la proclamation des résultats définitifs du premier tour au 11 mai[1].

Le contexte[modifier | modifier le code]

Cette élection se déroule 5 ans après l’élection d’Amadou Toumani Touré au 2002. L’ancien militaire putschiste qui avait participé au renversement de Moussa Traoré et avait présidé le Comité de transition pour le Salut du peuple avant de remettre le pouvoir au président élu Alpha Oumar Konaré avait pris sa retraite de l’armée pour se présenter à l’élection présidentielle. Il avait été élu au second tour face à Soumaïla Cissé. Les conditions de son élection avaient été saluées par la communauté internationale, bien que le candidat arrivé en troisième position, Ibrahim Boubacar Keïta, ait évoqué des fraudes l’empêchant d’accéder au second tour. Le Mali devenait une vitrine de la démocratisation de l’Afrique.

Ces cinq années ont été marquées par un consensus imposé par le chef de l’État. Si les deux Premiers ministres qui se sont succédé étaient des personnalités indépendantes des partis, les principaux partis politiques étaient représentés au gouvernement. Cependant, à l’approche de cette élection, le consensus s’est effrité progressivement, plusieurs leaders et partis politiques refusant une nouvelle candidature d’Amadou Toumani Touré. Celui-ci a su cependant rassembler autour de sa candidature la majeure partie de la classe politique.

Les candidats[modifier | modifier le code]

Pour que sa candidature soit reconnue, le candidat doit, selon la loi électorale du 4 septembre 2006, obtenir le parrainage de 10 députés ou 5 élus communaux dans chacune des régions et du district de Bamako. Chaque candidat doit verser une caution de 10 millions de francs CFA. Ces nouvelles dispositions ont eu pour effet de réduire le nombre de candidatures : 8 en 2007 contre 24 en 2002.

Amadou Toumani Touré, président sortant

Les alliances[modifier | modifier le code]

Deux grandes alliances se forment en vue de l'élection présidentielle:

L'organisation des élections[modifier | modifier le code]

La Commission électorale nationale indépendante[modifier | modifier le code]

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est composée de[15] :

Nom Fonction Fonction au sein de la CENI
Fodié Touré Procureur, président du Syndicat autonome de la magistrature Président
Adama Tiémoko Diarra Professeur 1er vice-président
Abdoulaye Koïta URD 2e vice-président
Alassane Bathily Professeur d'enseignement supérieur à la retraite 3e vice-président
Me Elias Touré avocat 4e vice-président
Me Moussa Goïta Avocat 5e vice-président
Mamadou Diamoutani consultant en informatique 1er rapporteur général
Hamadoun Maïga Agent à la mairie de la Commune III de Bamako 2e rapporteur général
Modibo Bakayoko administrateur des sciences humaines 1er questeur
Aminata Traoré Bagayoko Présidente de la CENI lors des élections communales de 2004 2e questeur
Mohamed Aljoumatt Géophysicien Membre
Brahima Koné Avocat, vice-président mondial d'Avocats sans frontières et

président de l'Association malienne des droits de l'homme (AMDH)

Membre

La CENI a installé 753 commissions électorales dans les 703 communes, les 49 cercles et les 6 communes du district de Bamako ainsi que dans 39 représentations diplomatiques et consulaires à l’étranger[16].

La liste électorale[modifier | modifier le code]

La Délégation générale aux élections (DGE) a verrouillé le 15 mars 2007 le fichier électoral qui comptabilise 6 884 524 électeurs, dont 617 161 citoyens maliens résidant à l’étranger. Les partis regroupés, au sein du FDR, ont exigé sans succès un audit sur ce fichier électoral[17].

Le bulletin unique[modifier | modifier le code]

Le bulletin unique était pour la première fois utilisé pour cette élection présidentielle. Sur un seul bulletin, figurent les 8 candidats avec leur prénom et leur nom, leur photo, éventuellement le nom et le symbole du parti qu'il représente. L'électeur se rend dans l'isoloir et appose son index imprégné d'encre sur la case du candidat pour qui il souhaite voter. Après avoir plié son bulletin, il le glisse dans l'urne sous le contrôle des assesseurs.

Le bulletin unique a fait l'objet d'une campagne d'informations dans les différentes langues parlées au Mali. Lors de la campagne officiel, la photo du candidat et son symbole était présenté. La majorité de la population est en effet analphabète.

Le scrutin[modifier | modifier le code]

L'abstention[modifier | modifier le code]

La faiblesse de la participation électorale est une dominante des scrutins qui se sont succédé depuis l’instauration de la démocratie en 1992. L’élection de 2007 connaît également une faible participation. Moins de deux tiers seulement des électeurs ont retiré leur carte d’électeurs. Ce taux varie d’une région à l’autre, de 30,60 % dans le district de Bamako à 71,71 % dans la région de Mopti, avec un taux national (hors maliens de l’extérieur) de 63,78 %. Afin d’arriver à ce taux, les autorités maliennes ont pris plusieurs mesures incitatives comme l’organisation de concerts, l’autorisation donnée aux retraits collectifs de cartes par des chefs de famille ou par des responsables de partis politiques dûment munis de cartes d’identité de leurs militants ou l’instauration d’un jour férié le 25 avril dénommé journée « d’engagement civique »[18].

élection présidentielle

L'abstention a été très forte au cours de cette élection, environ 74 % des électeurs inscrits.

Le déroulement du scrutin[modifier | modifier le code]

Pour les observateurs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cédéao), le scrutin a été « libre et transparent », malgré quelques imperfections[19]. Cet avis n’est pas partagé par les candidats regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république (FDR) qui dès le jour du scrutin condamnait les irrégularités et contestait la sincérité du scrutin. Le 30 avril, le FDR dénonçait des « grosses irrégularités », comme l’utilisation abusive de cartes d’électeurs et de procurations et la circulation de bulletins de votes non-conformes[20].

Les résultats[modifier | modifier le code]

Résultats définitifs proclamés par la Cour constitutionnelle[21]

Inscrits 6 884 352
Votants 2 494 846
Bulletins nuls 198 518
Suffrages annulés 30 845
Bulletins valablement exprimés: 2 288 993
Taux de participation 36,24 %
Candidat Suffrage exprimé  %
Amadou Toumani Touré 1 612 912 71,20 %
Ibrahim Boubacar Keïta 433 897 19,15 %
Tiébilé Dramé 68 956 3,04 %
Oumar Mariko 61 670 2,72 %
Mamadou Bakary Sangaré 35 776 1,58 %
Soumeylou Boubèye Maïga 32 973 1,46 %
Sidibé Aminata Diallo 12 443 0,55 %
Madiassa Maguiraga 6 856 0,30 %

Contestations et proclamation[modifier | modifier le code]

Ces résultats sont contestés par quatre candidats regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république. Cette alliance a saisi le 2 mai la Cour constitutionnelle afin de faire annuler ce premier tour. Elle a déposé une demande argumentée avec des cas de fraudes qu’ils ont repérées et de la jurisprudence : l’annulation des élections de 1997. Parmi les cas de fraude, figurent la circulation de bulletins frauduleux avec une empreinte apposée sur la case du candidat Amadou Toumani Touré[22]. Le candidat Soumeylou Boubèye Maïga, membre du FDR a déclaré à la presse que « les conditions dans lesquelles les élections se sont déroulées rendent caducs les résultats ». Le président de l’assemblée nationale Ibrahim Boubacar Keïta, candidat également membre du FDR évoque lui les « intimidations, menaces ouvertes, tripatouillages de divers ordres » qui ont été « mis en œuvre pour faire réélire Amadou Toumani Touré »[23].

Bouabre Yvonne Abane, député de Côte d'Ivoire, vice-présidente du Comité interparlementaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et présidente de la mission d'observation de l'UEMOA a déclaré le 1er mai que "l'élection présidentielle du 29 avril 2007 au Mali ne souffre pas d'irrégularités de nature à remettre en cause les résultats du scrutin. En conséquence, nous invitons le peuple malien, les acteurs politiques et la société civile à accepter le verdict des urnes"[24].

La cour constitutionnelle a proclamé les résultats définitifs de l'élection le 12 mai 2007. Elle a déclaré non fondées les requêtes des candidats Ibrahim Boubacar Keïta, Tiébilé Dramé, Mamadou Bakary Sangaré et Soumeylou Boubèye Maïga qui demandaient l'annulation du scrutin pour fraudes généralisées sur l'ensemble du territoire. Elle a proclamé élu Amadou Toumani Touré avec 71,20 % des voix[21]

Se rendant à son quartier général de campagne, Amadou Toumani Touré a fait une allocution dans laquelle il a déclaré : " Président de tous les Maliens, je m'engage solennellement à continuer de faire vivre, dans le rassemblement et l'unité, les valeurs profondes de notre nation, que sont la solidarité, la tolérance et la paix"[25].

Les leaders du Front pour la république et la démocratie (FDR) se sont réunis le 13 mai, le lendemain de la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle. Dans une déclaration signée par le président du FDR, Ibrahim Boubakar Keïta et lu à l'issue de cette rencontre, le FDR, tout en continuant à considérer que le scrutin est entaché de fraudes, "prend acte de la décision et invite ses militants, tous les démocrates et patriotes épris de liberté et de justice à poursuivre la lutte par des moyens démocratiques et pacifiques."[26].

Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (SADI) a, dans un communiqué publié à l'issue de la réunion de son bureau national du 2 mai 2007, déclaré que "le déroulement de l'élection présidentielle a confirmé ses inquiétudes exprimées lors de ses conférences de presse et déclarations faites avant les échéances électorales"[27].

Le Front pour la démocratie et la république a tenu un meeting le 19 mai 2007. Son président, Ibrahim Boubacar Keïta a déclaré que bien que « convaincus qu'il s’est passé des choses anormales, injustes, à l'occasion de la présidentielle du 29 avril dernier, nous n'allons pas dire «Monsieur Amadou Toumani Touré», mais Monsieur le Président de la République, au regard de l'esprit républicain que nous avons et que nous privilégions au FDR. Autrement dit, nous reconnaissons Amadou Toumani Touré comme président de la République du Mali ». Le président sortant de l’assemblée nationale a également indiqué que le FDR irait aux élections législatives[28].

Résultats par régions[29][modifier | modifier le code]

régions Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal District de Bamako Maliens de extérieurs
Taux de participation 34,48 % 34,83 % 36,94 % 36,27 % 47,69 % 55,56 % 53,82 % 52,55 % 24,50 % 19,15 %
Amadou Toumani Touré 54,55 % 60,37 % 68,34 % 71,76 % 86,93 % 91,13 % 82,90 % 77,95 % 54,04 % 78,15 %
Ibrahim Boubacar Keïta 31,67 % 27,83 % 15,31 % 16,90 % 9,40 % 5,96 % 10,97 % 17,06 % 38,48 % 14,71 %
Mamadou Bakary Sangaré 1,02 1,75 5,25 0,76 0,74 0,46 0,61 0,60 0,47 0,75
Tiébilé Dramé 9,22 5,90 1,51 2,39 1,20 0,63 0,56 1,80 2,37 2,45
Soumeylou Boubèye Maïga 1,01 2,12 1,04 0,89 0,92 1,16 4,54 1,34 1,38 1,28
Oumar Mariko 1,20 1,07 7,64 6,72 0,31 0,28 0,14 0,18 2,04 0,84
Sidibé Aminata Diallo 0,81 0,56 0,49 0,39 0,32 0,27 0,21 0,96 0,98 1,45
Madiassa Maguiraga 0,52 0,40 0,42 0,29 0,18 0,10 0,07 0,11 0,24 0,38

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Communiqué du conseil des ministres du 24 janvier 2007
  2. Malikounda, 29 janvier 2007
  3. Soumeylou Boubèye candidat à l'élection présidentielle, Panapress, 24 mars 2007
  4. Élection Présidentielle 2007 - Oumar Mariko investi candidat de la Sadi, Les Échos (Mali), 26 février 2007
  5. Présidentielle 2007 : Tiébilé Dramé portera les couleurs du Parena, L’Essor du 19 février 2007
  6. Mme Sidibé Aminata Diallo investie à la présidentielle au Mali, AngolaPress, 14 mars 2007
  7. ATT annonce sa candidature à l'élection présidentielle d'avril, Panapress, 27 mars 2007
  8. Blaise Sangaré investi par le CDS pour la présidentielle du Mali, Apa, 28 mars 2007
  9. L'UNPR désigne son candidat à l'élection présidentielle, panapress, 27 mars 2007
  10. Huit candidats en lice pour l'élection présidentielle, Xinhua, 2 avril 2007
  11. Présidentielle : une alliance pour ATT, Le républicain du 9 novembre 2006
  12. L’ADP est née : Objectif un second mandat pour ATT, Le Républicain (Mali), 11 décembre 2006
  13. ADP : La nouvelle vague, L’Essor 19 février 2007
  14. Présidentielle 2007: Le FDR est né pour dire "Amadou Doit Partir", L'Indépendant (Mali), 26 février 2007
  15. Élections générales de 2007 : CENI : qui sont les arbitres ? L'Essor 11 octobre 2006
  16. CENI : Tous les démembrements sont en place, L’Essor (Mali) du 12 janvier 2007
  17. La DGE recense 6,8 millions d’électeurs, le FDR exige l’audit du fichier électoral, Le Républicain (Mali), 16 mars 2007
  18. Plus de 3 inscrits sur 10 ne voteront pas dimanche, Apa, 27 avril 2007
  19. Amadou Toumani Touré réélu à la présidence lors d'un scrutin contesté, afp, 3 ami 2007
  20. Mali/présidentielle: quatre candidats dénoncent de "grosses irrégularités", Afp, 30 avril 2007
  21. a et b Résultats définitifs de l’élection présidentielle, L'Essor n°15950 du 14 mai 2007
  22. Le FDR a saisi la Cour constitutionnelle, les Échos, 3 mai 2007
  23. Mali: l'opposition conteste la présidentielle sans attendre les résultats, afp, 1er mai 2007
  24. L'élection présidentielle ne souffre pas d'irrégularités, selon l'UEMOA, Xinhua, 2 mai 2007
  25. Att : "Président de tous les Maliens", L'Essor n°15950 du 14 mai 2007
  26. Le FDR prend acte, L'Indépendant du 14 mai 2007
  27. Déclaration du Parti SADI sur le processus Électoral du 29 avril 2007, 2 mai 2007
  28. "Nous reconnaissons ATT comme président de la République", L'Indépendant du 21 mai 2007
  29. Cour constitutionnelle [1]