Élection présidentielle américaine de 1968

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Élection présidentielle américaine de 1968
Richard M. Nixon, ca. 1935 - 1982 - NARA - 530679.jpg
Richard Nixon – Parti républicain
Colistier : Spiro Agnew
Voix 31 783 783
Grands électeurs 301
  
43,4 %
HubertHumphrey.png
Hubert Humphrey – Parti démocrate
Colistier : Edmund Muskie
Voix 31 271 839
Grands électeurs 191
  
42,7 %
Président
Sortant
Élu

L'élection présidentielle américaine de 1968 est la quarante-sixième élection à la présidence des États-Unis. Elle a lieu le 5 novembre et se solde par la défaite du candidat démocrate, le vice-président sortant Hubert Humphrey, face au républicain Richard Nixon. Grâce à sa campagne, fondée sur le rétablissement de la loi et l'ordre (law and order), Nixon devient le trente-septième président des États-Unis.

Le scrutin est marqué par le score important d'un troisième homme, le gouverneur de l'Alabama George Wallace, qui emporte 13,5 % du vote populaire et 46 grands électeurs. Wallace est, à ce jour, le dernier candidat d'un parti tiers à avoir emporté un État entier lors d'une élection présidentielle.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle de 1964 voit la victoire du démocrate Lyndon B. Johnson. Ce dernier, élu vice-président en 1960, a accédé au pouvoir suprême à la suite de l'assassinat du président John Fitzgerald Kennedy en 1963. Il remporte l'élection de 1964 par une marge écrasante : 61,1 % du suffrage populaire, un record toujours inégalé. De nombreuses réussites marquent le mandat de Johnson : l'entrée en vigueur des mesures de sa « Grande Société », les progrès dans la lutte pour les droits civiques, et la poursuite de la conquête spatiale. Cependant, les États-Unis connaissent également des émeutes raciales importantes dans les grandes villes, et un mouvement général de révolte des jeunes générations : l'émergence de la contre-culture hippie, de la Nouvelle gauche et du Black Power exacerbent les tensions sociales et culturelles entre classes, entre générations et entre races. L'assassinat du pasteur afro-américain Martin Luther King à Memphis le 4 avril 1968 engendre un nouveau déchaînement de violence jusque dans la capitale, où l'on voit des émeutiers à seulement quelques pâtés de la Maison-Blanche.

C'est surtout la guerre du Viêt Nam et la politique d'intensification du conflit menée par Johnson qui font chuter sa cote de popularité. Fin 1967, plus de 500 000 Américains combattent au Viêt Nam, et des milliers d'entre eux sont blessés chaque mois. Le président a beau répéter que la guerre est en train d'être gagnée, les médias américains commencent à le contredire. L'offensive du Tết, en février 1968, renforce la conviction des opposants à la guerre que celle-ci ne peut être remportée, et notamment l'attaque des Vietcongs sur l'ambassade américaine de Saïgon, perçue comme un signe de faiblesse. La réaction du haut-commandement militaire américain à l'offensive du Tết consiste à demander l'envoi de centaines de milliers de soldats supplémentaires au Viêt Nam. Dans les mois qui suivent, le pourcentage d'Américains approuvant Johnson chute en dessous des 35 %, et les services secrets refusent de le laisser apparaître en public sur les campus, tant il y est impopulaire. Pour la même raison, Johnson ne participe pas à la convention nationale démocrate de 1968 à Chicago, de peur que sa présence ne cause des émeutes.

Investitures[modifier | modifier le code]

Parti démocrate[modifier | modifier le code]

Carte des résultats des primaires démocrates : les États remportés par Johnson (or), Kennedy (violet), McCarthy (vert), Smathers (bleu) et Young (orange).

Lyndon B. Johnson n'ayant été élu président qu'une seule fois, le 22e Amendement ne l'empêche pas de se représenter. Personne ne semble susceptible de contester sa candidature, hormis le sénateur Eugene McCarthy, soutenu par les étudiants et les pacifistes. Lors des premières primaires de l'année 1968, qui sont celles du New Hampshire, McCarthy est crédité au mieux de 10 % des intentions de votes, mais au sortir des urnes, le 12 mars, il remporte 42 % des suffrages, contre 49 % pour Johnson. Cette victoire serrée prouve que Johnson ne fait pas l'unanimité au sein du parti, et le sénateur Robert F. Kennedy, frère du président assassiné, en profite pour annoncer sa candidature le 16 mars, s'attirant les foudres des partisans de McCarthy qui crient à l'opportunisme.

Le 31 mars, le président annonce à la télévision qu'il renonce à l'investiture de son parti. Derrière cette décision, les résultats de sondages au Wisconsin, lieu des prochaines primaires, qui l'annonçaient perdant contre McCarthy, mais aussi ses graves problèmes de santé. Le parti éclate alors en quatre grandes factions : les grands syndicalistes, menés par le maire de Chicago Richard Daley, qui soutiennent la candidature du vice-président Hubert Humphrey (ce dernier annonce sa candidature le 27 avril) ; les étudiants et intellectuels, derrière McCarthy ; divers groupes minoritaires (Noirs, Afro-Américains, catholiques) et pacifistes, derrière Kennedy ; et les Dixiecrats, démocrates du Sud des États-Unis, derrière George Wallace.

La lutte est féroce entre Kennedy et McCarthy. Le premier remporte quatre États (l'Indiana, le Nebraska, le Dakota du Sud et la Californie) et le second, six (le Wisconsin, la Pennsylvanie, le Massachusetts, l'Oregon, le New Jersey et l'Illinois). Humphrey reste en retrait, préférant se consacrer à la conquête des délégués des États sans primaires, et laisse ses fidèles participer à la bataille pour les États, notamment le sénateur de Floride George A. Smathers, le sénateur de l'Ohio Stephen M. Young et le gouverneur de l'Illinois Roger D. Branigin.

Après la défaite de Kennedy face à McCarthy dans l'Oregon, la primaire de Californie revêt une importance cruciale. Le soir du 4 juin, c'est Kennedy qui l'emporte (46 % contre 42 % à McCarthy), mais il n'a pas le temps de savourer sa victoire : il est assassiné peu après minuit le 5. Ses partisans se divisent : certains choisissent de rallier McCarthy, le candidat anti-guerre ayant le plus de chances de l'emporter, mais d'autres refusent et se rassemblent autour du sénateur George McGovern, qui annonce sa candidature le 10 août, deux semaines à peine avant la convention nationale du parti.

La division des voix des pacifistes entre McCarthy et McGovern permet à Humphrey d'emporter facilement l'investiture dès le premier tour de scrutin. Il choisit comme candidat à la vice-présidence le sénateur du Maine Edmund Muskie. Plus que pour son scrutin couru d'avance, la convention nationale démocrate est surtout marquée par les manifestations qui secouent la ville de Chicago, où se tient la convention, et leur répression brutale par les forces du maire Daley.

Parti républicain[modifier | modifier le code]

Carte des résultats des primaires républicaines : les États remportés par Nixon (or), Rockefeller (bleu), Rhodes (vert) et Reagan (violet).

En 1967, les deux candidats les plus crédibles à l'investiture du Parti républicain sont l'ex-vice président Richard Nixon, battu par John F. Kennedy lors de l'élection de 1960, et le gouverneur du Michigan George W. Romney. Ce dernier, opposé à la guerre du Viêt Nam, penser pouvoir être l'équivalent républicain de George McCarthy, mais il accumule les gaffes durant sa campagne et perd la majeure partie de ses soutiens. Il se retire de la course le 28 février 1968.

Le 12 mars, Nixon remporte une victoire écrasante dans le New Hampshire, avec 78 % des voix. Les opposants à la guerre se sont rassemblés autour du gouverneur de New York Nelson Rockefeller, qui réunit 11 % des suffrages. Bien qu'il remporte les primaires du Massachusetts le 30 avril, Rockfeller réalise dans l'ensemble des performances médiocres, et reste constamment derrière Nixon dans les sondages.

Le gouverneur de Californie Ronald Reagan prend le relais, mais lui non plus ne parvient pas à concurrencer Nixon, qui continue sur sa lancée : il remporte le Nebraska le 14 mai avec 70 % des suffrages (21 % pour Reagan, 5 % pour Rockfeller), puis l'Oregon le lendemain avec 65 % des votes. Seuls l'Ohio (remporté par son gouverneur Jim Rhodes) et la Californie (remportée par Reagan) lui échappent.

Sa victoire en Californie permet à Reagan d'arriver en tête des résultats pour le vote populaire, mais ce n'est qu'une illusion : Nixon arrive à la convention nationale républicaine avec un soutien estimé à 656 délégués, à peine 11 de moins que le total requis pour emporter l'investiture. La tentative d'union entre Rockfeller et Reagan pour contrer Nixon échoue dans l'œuf, aucun d'eux ne souhaitant se désister en faveur de l'autre, et Nixon emporte le suffrage dès le premier tour. Il choisit pour vice-président le gouverneur du Maryland Spiro Agnew.

Partis tiers[modifier | modifier le code]

Le gouverneur démocrate de l'Alabama George Wallace, dont la politique ségrégationniste est rejetée par l'essentiel de son parti, est choisi comme candidat par le Parti indépendant américain, fondé en 1967. Il est particulièrement populaire dans le Sud des États-Unis, ainsi que chez les ouvriers du Nord et du Midwest. Son objectif est d'empêcher les deux principaux candidats d'emporter la majorité absolue du collège électoral, ce qui le placerait en position d'arbitre. Son candidat à la vice-présidence, l'ancien général de l'US Air Force Curtis LeMay, se fait remarquer par ses déclarations bellicistes.

Parmi les candidatures mineures, les plus notables – celles dont les candidats figurent sur les bulletins d'au moins deux États – sont celles de l'activiste afro-américain Eldridge Cleaver pour le Parti paix et liberté, Henning Blomen pour le Parti socialiste des travailleurs, Fred Halstead pour le Parti ouvrier socialiste d'Amérique, E. Harold Munn pour le Parti de la Prohibition et Charlene Mitchell pour le Parti communiste.

La campagne[modifier | modifier le code]

Hubert Humphrey en campagne.
Richard Nixon en campagne.

Le thème principal de la campagne de Richard Nixon est le rétablissement de la loi et l'ordre (law and order). Tout en se déclarant partisan des droits civiques, il s'oppose au busing et critique les décisions libérales du Chief Justice Earl Warren. Il développe une « stratégie du Sud » (Southern strategy), afin de séduire l'électorat blanc des États du Sud, qui vote traditionnellement démocrate.

Face à lui, Hubert Humphrey, qui sait être en retard dans les sondages, développe une campagne active, et promet de poursuivre le développement de la « Grande Société », ainsi que la « Guerre contre la Pauvreté » et l'extension des droits et libertés civiques aux minorités. Cependant, il n'ose pas exprimer de point de vue opposé à la guerre du Viêt Nam, s'attirant les foudres des démocrates pacifistes.

George Wallace reprend une partie des thèmes de la campagne de Nixon, mais suit une ligne encore plus dure sur les questions de ségrégation et de droits civiques. Le troisième homme effraie les deux camps : les républicains craignent qu'il leur vole suffisamment de voix chez les blancs du Sud pour faire gagner Humphrey, tandis que son succès auprès des ouvriers et syndicalistes dans le Nord inquiète tout autant les démocrates.

Le 31 octobre, le président Johnson annonce la suspension des bombardements américains du Nord Viêt Nam, à la surprise générale. Ce geste inattendu, une semaine avant le scrutin du 5 novembre, a pour conséquence immédiate la remontée de Humphrey dans les sondages.

Résultats[modifier | modifier le code]

Résultats par comté.
Résultats par État.

Richard Nixon remporte l'élection avec 43,4 % du vote populaire et 301 électeurs (32 États), devant Hubert Humphrey qui ne rassemble que 42,7 % des suffrages et 191 grands électeurs (13 États et le district de Columbia). Les cinq derniers États, tous situés dans le Sud, sont emportés par George Wallace, qui bénéficie également du report de la voix d'un grand électeur de Caroline du Nord qui aurait dû voter pour Nixon. L'élection a été remarquablement serrée, Nixon l'emportant avec seulement 512 000 voix de plus que son adversaire. Les États-clef de l'élection ont été la Californie, l'Ohio et l'Illinois, qui ont tous choisi Nixon : si Humphrey avait emporté les trois, il aurait été élu, et s'il en avait emporté deux (ou la seule Californie), aucun candidat n'aurait eu de majorité absolue et la décision serait donc revenue à la Chambre des représentants, à dominante démocrate à l'époque.

L'élection présidentielle de 1968 est parfois considérée comme une charnière de l'histoire électorale des États-Unis. Depuis 1932, un seul candidat républicain avait réussi à être élu (Dwight D. Eisenhower) ; après cette élection, la situation s'inverse : jusqu'en 2008, seuls deux démocrates accèdent à la présidence (Jimmy Carter et Bill Clinton). Elle marque le début de la perte de terrain des démocrates dans le Sud.

Au sein du Parti démocrate, l'élection entraîne une réforme de la procédure d'investiture, réduisant l'importance des chefs locaux du parti au profit des primaires. Humphrey est ainsi le dernier candidat démocrate à avoir été choisi sans être passé par les primaires.

Candidat Parti Grands électeurs Vote populaire
Richard Nixon / Spiro Agnew Républicain 301 31 783 783 43,4 %
Hubert Humphrey / Edmund Muskie Démocrate 191 31 271 839 42,7 %
George Wallace / Curtis LeMay Indépendant américain 46 9 901 118 13,5 %
Autres 0 268 892 0,4 %

Références[modifier | modifier le code]