Églises rupestres de Lalibela

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« Je dois arrêter de parler de ces édifices impressionnants, car je suis certain que beaucoup ne pourront pas me croire et penseront que j'ai exagéré. »

— Francisco Álvares décrivant les églises de Lalibela

Églises creusées dans le roc de Lalibela *
Patrimoine mondial de l'UNESCO
Bete Giyorgis (Église Saint-Georges)
Bete Giyorgis (Église Saint-Georges)
Coordonnées 12° 01′ 54″ N 39° 02′ 28″ E / 12.031578, 39.041076 ()12° 01′ 54″ Nord 39° 02′ 28″ Est / 12.031578, 39.041076 ()  
Pays Drapeau d’Éthiopie Éthiopie
Subdivision Lalibela, Amhara
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii)
Numéro
d’identification
18
Zone géographique Afrique **
Année d’inscription 1978 (2e session)
Localisation des différentes églises rupestres de Lalibela
Localisation des différentes églises rupestres de Lalibela
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Les églises rupestres de Lalibela sont onze églises monolithiques taillées dans la roche. Elles se trouvent dans la ville de Lalibela en Éthiopie.

La tradition dit qu'elles furent taillées au début du XIIIe siècle sur l'ordre du roi Gebra Maskal Lalibela qui voulait permettre aux chrétiens orthodoxes éthiopiens d'avoir sur leur terre leur propre Jérusalem, les pèlerinages vers la ville sainte étant de plus en plus difficile suite à l'expansion de l'islam. L’aménagement du site a été conçu pour que sa topographie corresponde à une représentation symbolique de la Terre sainte, d'où son appellation de « Jérusalem Noire ».

Cependant, des études du site montrent qu'il a été sans doute aménagé sur une période plus longue, plusieurs siècles, même si la chronologie reste à préciser [1].

Déroulement des travaux[modifier | modifier le code]

Aucun document historique ne donne d'informations sur les architectes, les ouvriers ou la date de fondation précise des églises. Il est toutefois évident que d'énormes moyens ont dû être mis en œuvre pour réaliser ces travaux. En ce qui concerne l'église Bete Giyorgis 3 400 m3 de rocher furent enlevés dans la cour et environ 450 m3 à l'intérieur de l'église. Quant à l'église Bete Medhane Alem, 15 000 m3 furent enlevés de la cour et 10 000 m3 à l'intérieur.

Diverses hypothèses sont émises sur le déroulement des travaux. La première phase aurait été, selon Walter Raunig, la phase d'excavation ou de dégrossissage qui permettait de dégager progressivement les différentes parties du bâtiment selon les dénivellations du terrain. Cette phase aurait été suivie par la phase des travaux précis : les pierres mais également les œuvres sont sculptées. Les ouvriers auraient peut-être débuté par les galeries à l'intérieur du bloc de l'église pour ensuite creuser en commençant par l'entrée pour parachever les surfaces.

Il est toutefois possible que l'on ait d'abord ébauché l'extérieur avant d'élaborer les détails sur les façades, enfin on aurait vidé l'intérieur à partir de l'entrée. Cette méthode étant plus complexe que la précédente, il est peu probable qu'elle ait été utilisée.

Description[modifier | modifier le code]

Le site fut décrit par un Européen en septembre 1520, lorsqu'une mission est arrivée en Éthiopie. Francisco Álvares, le chapelain de la mission, qui procède à la description de chaque église. Alors qu'il parle de l'église majeure, il écrit : « ...à mon avis, il ne se trouve rien dans le monde entier de semblable, des églises sculptées avec art dans le rocher vif »[2]. Il décrit avec une particulière précision Bete Giyorgis, il écrit à ce moment-là : « Je dois arrêter de parler de ces édifices impressionnants, car je suis certain que beaucoup ne pourront pas me croire et penseront que j'ai exagéré »[2]. Afin de compléter ses écrits, Francisco a également réalisé des dessins, certains réalistes d'autres plus subjectifs. À son époque, les églises étaient dans un meilleur état qu'aujourd'hui. Dans le livre de Raffray, les images montrent l'érosion de la pierre ; Monti delle Corte a réalisé en 1940 des photos et des dessins qui montrent l'état préoccupant des monuments.

Les premières restaurations ont été menées sous le règne de Zewditu I (1916-1930) et elles ont permis de protéger, avec les moyens de l'époque, les églises. Enfin, en 1978, le site de Lalibela est inscrit par l'UNESCO au patrimoine culturel de l'humanité et des moyens ont alors été mis à disposition afin de conserver les monuments.

Le cœur de chaque église est le « maqdas », la pièce qui abrite le « tabot » symbolisant à la fois l'Arche de l'Alliance et les Tables de la Loi. Seul le prêtre a le droit d'y pénétrer. La porte en est généralement décorée d'images pieuses et de riches draperies. Une croix monolithe marque le point de départ d’un parcours sacré effectué par les pèlerins.

Répartition[modifier | modifier le code]

Les églises (Biet, Bet, Bete ou Beta) sont divisées en trois groupes :

  1. les six églises du groupe Nord-Ouest : Bete Debre Sina, Bete Mikael, Bete Gologota-Selassié, Bete Maryam, Bete Meskel et Bete Medhane Alem.
  2. les quatre églises du groupe Sud-Est : Bete Gebriel-Rufael, Bete Merqorewos, Bete Abba Libanos et Bete Amanuel.
  3. Bete Giyorgis située seule au Sud-Ouest de ces deux ensembles, leur est relié par un réseau de tunnels et de gorges taillés dans la roche.

Le site comprend également d'autres édifices moins importants ou difficiles à identifier ; des chapelles comme Bete Danaghel (ou Denaguel ou « Les Martyrs ») une chapelle hypogée, Aouariat (Les Apôtres), Betlehem (ou Biet Lalibela) à l'emplacement incertain, ainsi que des constructions à caractères défensifs, tours, fossés, etc.

Typologie[modifier | modifier le code]

Cet extraordinaire ensemble d'édifices est taillé dans le tuf volcanique rougeâtre de trois collines. Les « églises » sont de deux types différents, monolithes ou hypogées[3] :

  • Monolithes ou monolithiques : elles sont entièrement sculptées dans le roc et présentent toutes leurs façades à l'air libre (exemple : Bete Giyorgis). L'intérieur comporte nefs, travées, piliers, arcs, absides, ...tous taillés dans le roc.
  • Hypogées : elles sont creusées dans l'épaisseur de falaises et laissent apparaître seulement certains éléments comme l'entrée ou la façade (exemple : Bete Gologota-Selassié).

Un troisième type dit « église de caverne » existe aux environs de Lalibela, en particulier à Na'akuto La'ab. Dans ce genre d'édifice, la roche constitue le toit ou parfois seulement l'un des murs.

Églises du groupe Nord-Ouest[modifier | modifier le code]

L’église Bete Medhane Alem (« Maison du Sauveur du monde »), la plus haute et la plus vaste du site, se présente comme la reproduction de l'Église Sainte-Marie-de-Sion, d’Aksoum, détruite en 1535 par les armées de l’envahisseur Ahmed Gragne. Dépourvue de peintures, elle est divisée en cinq grandes nefs.

Bete Maryam, la « Maison de Marie », Bete Meskel, la « Maison de la Croix » et Bete Dengel, la « Maison des Vierges martyres », présentent des décors variés et des aménagements symboliques qui témoignent de l’originalité du christianisme éthiopien.

Les églises de ce groupe sont situées l'une derrière l'autre d'ouest en est, au centre d'une dorsale inclinée du nord au sud. Pour accéder à ce groupe, on trouve deux entrées principales taillées dans la roche. La première est accessible depuis le Yordannos (Jourdain), elle est orientée en direction de Bete Maryam (sud). La deuxième se trouve vers l'ouest, près des églises Bete Debre Sina - Bete Mikael - Bete Golgota. C'est à son extrémité, proche des tombes, que se trouve la « tombe d'Adam ».

La tombe d'Adam[modifier | modifier le code]

C'est un édifice monolithe dont la façade mesure 2,5 m de large et 9 m de haut. En entrant dans cet édifice, on arrive dans une petite salle mesurant 3 m de long et 2 m de large. Celle-ci se trouve sous la tombe, on peut accéder aux tombes, au nord et au sud du bâtiment. La tombe d'Adam se trouve à l'étage, c'est une petite cella où l'on peut voir une représentation d'une croix de plus ou moins 1,5 m de haut.

Églises du groupe Sud-Est[modifier | modifier le code]

Bete Amanuel, la « Maison d’Emmanuel » et Bete Gebriel-Rufael, la « maison de Gabriel et Raphaël » sont les deux édifices les plus remarquables parmi ceux qui ont été construits sur la rive sud du Yordannos.

L'église St Emmanuel fait partie du groupe Est. Son ornementation extérieure reprend des thèmes axoumites. Elle est reliée à l'église Bet Mercurios par un tunnel de 35 m de long.

L'église Abba Libanos de forme rectangulaire, est excavée sur ses quatre côtés, mais offre la particularité d'être restée attachée au rocher par son sommet.

Biet Lehem[modifier | modifier le code]

Biet Lehem (Bétä Léhem), est considérée à tort comme une église. En réalité il semble que cet édifice très dégradé, soit une tour donjon faisant partie des dispositifs défensifs disséminés autour des églises.

La tour était soigneusement isolée par un fossé qui nécessitait l'emploi d'une passerelle amovible pour être franchi. La tour fortifiée est reliée par un souterrain à Biet Merqorewos[4].

Églises des environs de Lalibela[modifier | modifier le code]

L'église Bete Giyorgis n'appartient à aucun de ces deux groupes car elle est isolée au sud-ouest du village. C'est la plus connue des églises de Lalibela. Elle est unique par son plan en forme de croix grecque.

À 7 km de Lalibela, l'église de Na'akuto La'ab n'est pas une église monolithe car elle est construite sous un promontoire rocheux.

À trois kilomètres à vol d'oiseau à l'Est de Lalibela, le monastère d'Asheten-Mariam est constitué de deux églises l'une est monolithe, l'autre est hypogée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir le site du Centre français des études éthiopiennes qui anime un programme de recherches archéologiques sur Lalibela.
  2. a et b L'Art en Éthiopie de Walter Raunig, octobre 2005, page 91
  3. Où en est notre connaissance des églises rupestres d'Éthiopie, R. Sauter, Annales d'Éthiopie, 1963, Vol. 5 (n° 5), pp. 235-292
  4. Un métropolite bâtisseur à Lalibäla (Éthiopie) entre 1205 et 1210, C. Lepage, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2002, Vol. 146 (n° 1), pp. 141-174

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A Guide to Lalibela, Arada Books, Addis-Abeba, 2008, 183 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Des dessins des églises réalisés en 1939 par Lino Bianchi Barriviera.
  • (en) Lalibela sur le site Sacred Destinations (galerie photographique)