Église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent

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Église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent
Image illustrative de l'article Église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent
Vue générale depuis les bords de l'Oise
Présentation
Nom local Église paroissiale Saint-Nicolas
Culte Catholique romain
Type église prieurale
Rattachement Diocèse de Beauvais
Début de la construction 1140
Fin des travaux 1210
Autres campagnes de travaux 1855-1912
Style dominant Gothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1840) (église)
Logo monument historique Classé MH (1862) (restes du prieuré)
 Inscrit MH (1965) (colombier)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Picardie
Département Oise
Commune Saint-Leu-d'Esserent
Coordonnées 49° 13′ 05″ N 2° 25′ 19″ E / 49.218067, 2.421895 ()49° 13′ 05″ Nord 2° 25′ 19″ Est / 49.218067, 2.421895 ()  [2]

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Église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent

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Église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent

L'église Saint-Nicolas est une église de styles roman et gothique située sur la commune de Saint-Leu-d'Esserent, dans le département français de l'Oise et la région Picardie.

C'est une ancienne église prieurale, bâtie entre le milieu du XIIe siècle et le premier quart du XIIIe siècle pour les moines du prieuré clunisien de Saint-Leu fondé en 1081 par Hugues de Dammartin. Remplaçant une ancienne église paroissiale, elle assumera toujours la double mission d'église prieurale et paroissiale, l'un des moines faisant office de curé. Par sa position en limite d'un plateau, elle domine la ville et une partie de la vallée de l'Oise, et sa silhouette caractéristique est visible de loin. Le massif occidental est encore de style roman ; achevé vers 1150, il correspond à un projet de reconstruction moins ambitieux finalement abandonné. Quelques années plus tard seulement, la construction de l'église gothique actuelle commence par l'abside vers 1160, et se poursuit par le chœur et la nef, terminés entre 1190 et 1210 environ. L'édifice frappe par ses dimensions imposantes, proches de celles d'une cathédrale. La pureté de son architecture est remarquable, aucun remaniement important n'ayant jamais été entrepris avant les restaurations suite au classement précoce aux monuments historiques par liste de 1840[1]. Le prieuré est désaffecté depuis la Révolution française, et les vestiges des bâtiments conventuels sont des propriétés privées fermées au public. L'église continue de remplir sa mission d'église paroissiale.

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation et le premier bâtiment[modifier | modifier le code]

Plan à la fin du XIe siècle suggéré par Lefèvre-Pontalis (hypothèse probablement erronée).
Revers du massif occidental avec les vestiges du premier projet de reconstruction inabouti.

En 1081, le comte Hugues de Dammartin rend à l'évêque de Beauvais l'église, l'autel, l'âtre et la dîme du village, afin qu'il y fonde un prieuré devant être confié à l'abbaye de Cluny. Or, strictement parlant, il ne s'agit que d'une restitution de biens ecclésiastiques au suzerain, qui ne peut pas être sujet à des conditions. Le seigneur en est conscient et donne ainsi également tout ce qu'il possède en propre à Saint-Leu, soit notamment des terres, bois et vignobles, ainsi que les droits de traversée de l'Oise. Il tient à être considéré comme le fondateur du prieuré, bien que laissant la fondation proprement dite à l'évêque. L'on peut supposer que les termes de la charte de fondation sont le résultat de négociations entre le comte et l'évêque et, si ce dernier accepte qu'Hugues de Dammartin tienne lieu de fondateur, c'est qu'il a sans doute proposé lui-même de donner le prieuré à l'abbaye de Cluny. Elle est susceptible de lui servir d'allié. Sous son abbé Hugues de Semur, l'abbaye bénédictine est alors au sommet de sa gloire, mais la première grande vague de fondations de prieurés est déjà passée. Saint-Leu devient une filiale directe de Cluny et en tient une importance particulière dans l'ordre. Grâce à un privilège accordé par le pape, tous les établissements clunisiens n'ont à répondre qu'au pape et sont exempts de l'influence de l'évêque ou de seigneurs laïcs[3].

Selon la légende rapportée par Louis Graves, la fondation serait intervenue en remerciement du paiement de la rançon pour sa libération effectué par des religieux du monastère de Saint-Michel-sous-Saint-Leu, alors qu'il était emprisonné en Terre sainte[4]. Si la charte de fondation existe toujours aux archives départementales de l'Oise[5], aucun document écrit confirmant le geste des moines de Saint-Michel-sous-Saint-Leu n'a été retrouvé. En tout cas, en lisant bien la charte de fondation, il paraît certain qu'une église existe déjà à Saint-Leu lors de la fondation du prieuré[6] et cette église continue par ailleurs de servir d'église à la paroisse, comme l'église actuelle pendant toute son histoire[7].

Au dernier quart du XIXe siècle, l'architecte Paul Selmersheim retrouve l'absidiole nord de l'église primitive au droit de la huitième travée de l'église actuelle. Des vestiges de la fin du XIe siècle ou du début du XIIe siècle subsistant toujours à l'extrémité septentrionale de la nef au revers du massif occidental (située en fait au nord-nord-ouest), dont des colonnettes à chapiteaux et une porte bouchée[8], Eugène Lefèvre-Pontalis a conclu à une église romane assez vaste, et fort de sa connaissance de l'architecture religieuse régionale de cette époque, en propose une reconstitution[9]. Or, des fouilles plus poussées sont menées en 1955 par Pierre Durvin à l'intérieur de l'église, à l'occasion de son redallage. Son rapport ne dépasse malheureusement pas cinq pages et la documentation de ces fouilles reste donc insuffisante, mais il remet au jour une grande partie des fondations de l'église primitive, qui s'avère nettement plus petite que celle supposée par Lefèvre-Pontalis. Elle n'atteint notamment pas le massif occidental. Longue de 26,00 m, large de 11,50 m, présentant une nef unique se terminant par une abside centrale et deux absidioles. L'interprétation des vestiges à l'extrémité de la nef pose dès lors problème. Philippe Racinet émet l'hypothèse que les moines y auraient déposés des restes de la première église pour lui rendre hommage, ce qui paraît peu vraisemblable du fait que le petit portail a dû être bouchée des l'édification du massif occidental. Plus probablement, un premier projet de construction d'une nouvelle église a dû être lancé dès la fin du XIe siècle ou du début du XIIe siècle, interrompu dès l'achèvement de la façade[10],[11].

Sachant que la construction des bâtiments conventuels ne commence qu'après l'achèvement de l'église, la question du lieu de résidence des moines avant cette date se pose. L'analyse de la configuration de l'enclos conventuel et certains indices archéologiques montrent que l'espace était initialement occupé par un hôtel seigneurial, vraisemblablement fortifiée. La porte fortifiée subsistant rue de l'Église a été si fortement restaurée qu'une datation n'est plus possible, mais son caractère n'évoque pas la porterie d'un monastère, et plutôt l'entrée d'un donjon du milieu du XIe siècle. Les moines auraient donc récupéré un ancien château d'Hugues de Dammartin[12].

La construction du bâtiment actuel et son évolution[modifier | modifier le code]

Vue de la façade au XVIIIe siècle.

Le cartulaire du prieuré est presque entièrement conservé, et a bénéficié d'une édition critique et commentée par Eugène Müller en 1901 (voir la bibliographie). Destinée à servir de base à de futures recherches, cet ouvrage demeure toutefois l'unique étude approfondie de l'histoire du prieuré, avec une autre étude du même auteur consacrée plus particulièrement à la période révolutionnaire. Quoi qu'il en soit, aucun document ne renseigne sur la construction de l'église ; tout au plus, les rapports de visite de Cluny renseignent sur son état à partir du XVIe siècle. Seulement l'étude stylistique basée sur la comparaison avec d'autres édifices contemporains a permis une datation des différentes parties. Le caractère roman du massif occidental n'a jamais fait de doute. C'est par sa construction que le projet de reconstruction de la fin du XIe siècle est relancé, vers 1140. Si l'on suit l'hypothèse émise par Eugène Lefèvre-Pontalis, la nouvelle façade et l'avant-nef avec la tour septentrionale servent à l'ancienne nef dans un premier temps, mais les fondations d'une telle nef n'ont pas été retrouvées. L'on suppose aujourd'hui que la seconde tour n'a jamais existé. Le chantier s'interrompt donc pendant une dizaine d'années, puis reprend vers 1160 avec la construction de l'abside dans le nouveau style gothique primitif. Le rond-point et le déambulatoire sont achevés vers 1170, puis les quatre travées de la partie droite du chœur sont entamées. Survient une seconde interruption des travaux, avant que la nef ne soit édifiée entre 1190 et 1210, en commençant au « nord » (en fait le sud-nord-est du fait de l'orientation irrégulière de l'église). Avec la minceur extrême de sa structure opposée à l'ampleur du vaisseau central, l'église est une œuvre audacieuse, et l'ajourement du triforium par l'arrière et la quasi-généralisation de la pile composée sont des innovations. Après l'achèvement de l'église seulement, les bâtiments conventuels sont construits jusqu'en 1270 environ, dont le cloître vers 1220/1230. Les bâtiments sont alors occupés par vingt-cinq moines[13], assistés d'une centaines de moines convers[réf. souhaitée].

Vers 1270, une première modification intervient avec l'agrandissement des fenêtres des chapelles rayonnantes, qui sont dotées d'un réseau se style gothique rayonnant. À une époque indéterminée, les arc-boutants reçoivent une seconde volée afin de lutter contre l'écartement des murs hauts de la nef du fait de la poussée des voûtes. Lors de la guerre de Cent Ans, le prieuré échappe à l'incendie lors de la prise de la ville par les Anglais et les Navarres en 1359 grâce au paiement d'une rançon. Au XIVe siècle, l'église est également restaurée pour la première fois[14], et une chapelle d'une travée est ajoutée devant la troisième travée au sud[15]. Le régime de la commende fait son apparition précocement, au plus tard en 1401. Un pillage en 1436, dans la seconde phase de la guerre de Cent ans dans la région, entraîne un incendie dans l'avant-nef et dans la première travée de la nef, détruisant également la toiture du chœur. L'église est réparée, et la première pile côté nord est reprise en sous-œuvre sur un plan losangé, mais les conséquences de l'incendie se font encore ressentir au XIXe siècle et feront l'objet des premières restaurations après le classement de l'édifice[14].

Dallage de sol d'origine.

Comme partout ailleurs, le partage des revenus entre le prieur commendataire et la communauté entraîne une fuite des moyens financiers en dehors de l'établissement, et vers le milieu du XVIIe siècle, le prieur François Dufour doit faire face aux accusations de la part des moines et de l'abbé de Cluny, le cardinal Jules Mazarin. Le cloître serait sale, le jardin mal entretenu et le dortoir inhabitable. En 1665, Dufour déclare avoir refait à neuf le dortoir et réparé les toitures du prieuré. Ce n'est qu'en 1691 que les religieux obtiennent de sa part qu'il assure désormais les gros travaux de réparation à sa charge. Le nombre de religieux diminue : en 1695, ils ne sont plus que huit, dont un fait office de curé, et en 1709, ils ne sont plus que six[16]. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le dallage est renouvelé, et des réparations mal documentées sont effectuées[17]. C'est peut-être à cette époque, sinon au siècle précédent, que le portail de style classique est construit à gauche du portail principal[18]. En tout cas, les religieux déclarent l'église en bon état en 1746. Pendant la Révolution française, seuls les éléments de décoration en métal précieux disparaissent. L'église est préservée car étant l'unique édifice de culte dans la commune. Les bâtiments conventuels sont démembrés en 1795 en trois propriétés[16].

La préservation de l'édifice[modifier | modifier le code]

Chapiteaux resculptés du portail sud.

En 1828, Louis Graves visite l'église et résume ainsi sa situation : « Ce monument digne de l'attention et de l'intérêt des amis des arts dont il paraît ignoré, est aujourd'hui à la charge d'une commune dont les revenus n'atteignent pas six cents francs, est qui est par conséquent hors d'état de subvenir à son entretien et aux réparations dont l'urgence est trop visible. Des secours extraordinaires apportés par le gouvernement en ont retardé la ruine jusqu'à ce jour »[19]. L'église est classée aux monuments historiques très tôt par la liste de 1840, élaborée sous la direction de Prosper Mérimée. Elle se trouve ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département. Le classement des restes des bâtiments conventuels intervient par la liste de 1862, et l'ancien colombier du prieuré est enfin inscrit par arrêté du 16 février 1965. Il abrite aujourd'hui un transformateur d'EDF[1].

Trois ans après son classement, un rapport de l'architecte D. Ramée constate le fort mauvais état de l'église. Quelques travaux d'urgence sont menés peu de temps après par un entrepreneur local, dont notamment l'établissement d'une troisième volée dans les arc-boutants de la nef. La restauration proprement dite n'est entamée qu'en 1855 sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques A. Verdier, élève d'Eugène Viollet-le-Duc. Les travaux portent sur le chaînage général de la haute-nef, la reprise en sous-œuvres des piles de l'avant-nef et des premières travées de la nef, rongées par l'incendie de 1436, et la réfection des arc-boutants au nord de la nef. Verdier est remplacé en 1873 par Paul Selmersheim. Il fait enlever les badigeons recouvrant tout l'intérieur de l'édifice, reprendre en sous-œuvre une grande partie des autres piliers, construites dans une pierre trop tendre, et restaurer la chapelle rayonnante au centre du chevet. Ensuite, l'ensemble des charpentes et toitures est restaurée. Les toitures des bas-côtés et du déambulatoire retrouvent leurs toits faiblement inclinés du XIIIe siècle, et les fenêtres à l'arrière du triforium deviennent ainsi de nouveau visibles. Les baies du triforium jusqu'alors bouchées sont remises en état[17].

Vue du chevet.

Concernant l'abside, l'histoire se répète en quelque sorte : Construite avec de hauts combles sous lesquels s'ouvre la galerie, les aménagements du XIIIe siècle apportent des arc-boutants et la transformation de la galerie en triforium, avec un mur de refend percé de fenêtres, qui reçoivent le jour grâce à une toiture plus basse. Plus tard, cette dernière est remplacée par un toit plus fortement incliné faisant disparaître le triforium, comme à l'origine, et Selmersheim fait donc la même chose qu'un maître d'œuvre du XIIIe siècle plus de six siècles avant lui. Selmersheim fait également restaurer tout le massif occidental y compris la tour, et fait reprendre tous les autres arc-boutants et les parements. La longue campagne de restauration ne se conclut qu'en 1912. Le 5 août 1944, l'église subit des bombardements qui endommagent les voûtes et les tours du chœur. L'architecte Jean-Pierre Paquet parvient à sauver les voûtes grâce à un cintrage en béton armé au-dessus des reins des hautes voûtes, invisible pour le visiteur. D'autres travaux de restauration s'ensuivent jusqu'en 1961, concernant les fenêtres et une nouvelle fois la charpente, ainsi que le dallage du sol[17].

L'église incarne aujourd'hui l'un des rares exemples d'édifices religieux d'envergure issus de la première période gothique et ayant traversé les siècles sans remaniements majeurs, ni reconstruction partielle ou modification du plan. C'est ce qui fait la valeur archéologique exceptionnelle de l'église de Saint-Leu-d'Esserent. Même si les restaurations lui ont fait perdre une partie de son authenticité, notamment dans le massif occidental, l'esprit de l'architecture d'origine a le plus souvent été respecté. La pureté de cette architecture est bien mise en valeur grâce à l'absence d'éléments de mobilier encombrants, ce qui s'accommode bien avec l'austérité devant régner dans une église monastique.

Indépendamment de la restauration de l'église, la restauration d'une galerie et demi du cloître, d'une grande salle semi-enterrée voûtée d'ogives, d'une cave voûtée et d'autres vestiges est entreprise à partir du début du XXe siècle par Albert Fossard, sur ses fonds propres. Cet architecte et artiste vient d'acquérir le terrain de l'ancien prieuré avec les éléments des anciens bâtiments conventuels qui se trouvent dessus. Il effectue également des fouilles, et publie les conclusions de ses recherches personnelles en 1934 (voir la bibliographie). C'est la première et unique monographie traitant de l'ensemble des bâtiments monastiques. Depuis, plus aucun scientifique n'a plus eu véritablement accès au site[20].

Description[modifier | modifier le code]

Aperçu général[modifier | modifier le code]

Plan de l'église.

Par ses dimensions, l'église se rapproche d'une petite cathédrale, telle la cathédrale Notre-Dame de Senlis, ou d'une grande collégiale, telle la collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie. Cette envergure ne peut s'expliquer que par le fait que le prieuré de Saint-Leu dépendait directement de l'abbaye de Cluny, contrairement aux autres prieurés clunisiens du nord du bassin Parisien qui étaient des filiales du prieuré Saint-Martin-des-Champs. Pourtant le prieuré de Saint-Leu n'est conçu que pour vingt-cinq moines, ce qui est certes beaucoup pour un prieuré, mais très peu par rapport à la taille de l'église. L'architecture puise sa principale inspiration de la cathédrale de Senlis encore en construction. Si l'on considère la cathédrale telle qu'elle se présente au milieu du XIIIe siècle, elle est de même taille que l'église de Saint-Leu, toutes les deux sont sans transept, et les plans des absides à déambulatoire sont presque superposables[21].

Orientée irrégulièrement nord-nord-ouest - sud-sud-est, l'église suit un plan très régulier et conserve la même largeur sur toute sa longueur, exception faite de l'abside et du massif occidental. Ce dernier est non seulement désaxé, mais également moins large, car conçu pour une église romane plus petite finalement non réalisée au profit d'un projet plus ambitieux, un peu plus tard. Le massif occidental s'inscrit dans la tradition des églises clunisiennes bourguignonnes du XIe siècle et du XIIe siècle. Il se compose de trois travées à peu près carrées et sert de narthex au rez-de-chaussée, de tribune au premier étage, puis de support au clocher septentrional. Son homologue à gauche de la façade n'a jamais été entamé. Le vaisseau central comporte dix travées barlongues, dont les six premières sont considérées comme la nef, et les quatre les plus orientales comme chœur. Ce vaisseau est flanqué de deux bas-côtés assez étroits, qui représentent chacun environ un tiers de la largeur du vaisseau central. Comme déjà évoqué, ce dernier se termine par une abside en hémicycle à déambulatoire, accompagnée de cinq chapelles rayonnantes. Dans l'ensemble de l'édifice, l'élévation porte sur trois étages : l'étage des grandes arcades, l'étage du triforium et des galeries, et l'étage des fenêtres hautes. Une particularité constitue la chapelle d'axe à l'étage de la chapelle rayonnante. Une autre particularité sont les deux clochers du chœur, qui se dressent au-dessus des avant-dernières travées des bas-côtés. Le triforium inclut le premier étage de ces clochers, et leur second étage comporte des locaux voûtés également largement ouvertes sur l'intérieur de l'église[22].

Le bâtiment mesure 71 m de long, 21 m de large et 27 m de haut sous la voûte[23]. La largeur de la façade principale est de 18,35 m, la terrasse au-dessus du premier étage se situe à 14,2 m au-dessus du niveau du sol, et le sommet de la tour septentrionale atteint 37 m[24]. Deux petits annexes ont été ajoutés après l'achèvement de l'église : au XIVe siècle ; une remarquable petite chapelle d'une travée devant la troisième travée du bas-côté sud[15] ; et à la fin du XIXe siècle, une sacristie devant le mur septentrional du chœur, sur l'initiative du curé Eugène Müller.

Intérieur[modifier | modifier le code]

Abside et déambulatoire[modifier | modifier le code]

Coupe de l'abside et du chœur.
Coupe en perspective.

Le déambulatoire est recouvert de voûtes d'ogives de plan trapézoïdal, séparées entre elles et des chapelles rayonnantes par des arcs-doubleaux. Le profil des ogives est celui d'un gros tore posé sur un bandeau ; le profil des doubleaux est un large bandeau entre deux tores. À l'extérieur du déambulatoire, les nervures des voûtes retombent sur les chapiteaux de piliers composés, situés de part et autre des arcades donnant sur les chapelles rayonnantes. La première chapelle à gauche du chœur est un peu moins saillante ; son mur extérieur est en partie droite (dans la continuité du mur du bas-côté) ; et elle est voûtée avec la travée adjacente du déambulatoire. C'est aussi la dernière chapelle à conserver une fenêtre d'origine, plus petite que les autres. Sinon, les chapelles sont voûtées indépendamment avec des voûtes à cinq nervures, rayonnant autour d'une clé de voûte ornée d'une petite rosette. L'on compte deux fenêtres en arc brisé par chapelle ; elles sont alternativement des lancettes simples reprises au XIXe siècle ou disposent d'un remplage gothique rayonnant datant de 1270 environ[21].

Le rond-point de l'abside est séparé du déambulatoire par six piliers cylindriques. Le second et l'avant-dernier sont plus minces et monolithes, les autres sont appareillés en tambour. En évitant ici les piliers composés, l'architecte anonyme a cherché à encombrer le moins que possible l'espace et de donner une impression de légèreté à l'espace du sanctuaire. En effet, les piliers ne mesurent que respectivement 50 cm et 70 cm de diamètre, ce qui paraît assez audacieux[25]. Les chapiteaux arborent tous des variations de la feuille d'acanthe et supportent des abaques carrés, qui sont bien entendu tous des mêmes dimensions. Les chapiteaux des colonnes fines présentent de grosses feuilles recourbées en crochets aux angles, alors que les chapiteaux des colonnes fortes montrent deux rangs de feuilles plus petites et plus nombreuses, également recourbées en crochets aux angles. Ces feuilles sont nettement découpées et très saillantes, et témoignent d'un travail fait avec soin. Tous les autres chapiteaux de l'abside reprennent l'un de ces deux modèles. Le long des murs du rond-point, remontent des faisceaux de trois colonnettes, correspondant aux doubleaux et formerets des voûtes. La colonnette centrale possède un chapiteau au seuil des fenêtres hautes, alors que les deux autres colonnettes ont leur chapiteaux à environ deux-tiers de la hauteur de ces fenêtres[26].

Au-dessus des grandes arcades cependant, suit d'abord l'étage du triforium. Dans l'abside, ses fenêtres en arc brisé sont au nombre de deux par travée, et s'inscrivent dans un arc de décharge également en arc brisé, les unes comme l'autre cantonnés de colonnettes à chapiteaux. Le triforium bénéficie d'un éclairage extérieur par des petites baies plein cintre. Avant sa transformation au XIIIe siècle, il se présentait comme une galerie ouverte sur les combles. Les arcades séparant les travées du triforium assument la fonction d'arc-boutants intérieurs pour le mur du rond-point. La chapelle d'axe n'était apparemment pas prévue à l'origine, mais a été construite alors que l'abside n'était pas encore terminée. Elle ne trouve son pareil que dans l'abbatiale Notre-Dame de Mouzon et dans l'église Notre-Dame-la-Grande de Valenciennes, détruite. En effet, les chapelles d'axe se trouve plus habituellement dans le massif occidental. Celle de Saint-Leu est de forme semi-circulaire, éclairée par trois baies en tiers-point et voutée sur croisée d'ogives. — Pour revenir aux fenêtres hautes, elles sont en arc brisé et dépourvues de toute décoration. Le seuil prend la forme d'un glacis fortement incliné, favorisant l'entrée de la lumière jusqu'au sol. Les fenêtres n'occupent pas tout l'espace du mur. Les formerets suivent à peu de distance. L'on note qu'ils ne touchent pas la partie inférieure des voûtes ; ce ne sont donc pas de vrais formerets mais seulement des éléments décoratifs[26].

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Vaisseau central et bas-côtés[modifier | modifier le code]

Travée de la nef et coupe du bas-côté sud.

En dépit d'une interruption du chantier entre 1170 et 1180 environ et une durée des travaux d'une cinquantaine d'années, le vaisseau central et ses bas-côtés sont d'une grande homogénéité stylistique. La rupture se situe exactement à l'intersection entre la nef et le chœur, et est marquée par deux piles composées d'une envergure plus importante que les autres. De telles piles fortes encadrent également l'avant-dernière travée droite du chœur, et ceci afin de donner appui aux clochers de chœur. Ces derniers entrent plutôt dans le vocabulaire de l'architecture romane, mais l'on trouve un exemple plus tardive que Saint-Leu, à savoir à Saint-Martin-aux-Bois, sous la forme de vestiges. Le long des piles fortes, les colonnes et colonnettes correspondant aux nervures des voûtes retombent directement jusqu'au sol, sans chapiteau à la hauteur des grandes arcades. L'on compte une colonne centrale pour le doubleau, deux colonnettes pour les ogives et deux autres pour les formerets. La première et la seconde travée du chœur sont voûtées ensemble par une voûte sexpartite. Son doubleau central retombe sur les tailloirs carrés des chapiteaux de deux piliers isolés des grandes arcades. Ces piliers isolés s'apparentent à ceux du rond-point, mais des feuilles d'eau plus simples remplacent les feuilles d'acanthe. L'on ne trouve pas d'autres exemples de piliers isolés dans la nef. Les autres piliers suivent tous un modèle bien particulier, préfigurant en quelque sorte les piles ondulées du XVe siècle. Un pilier cylindrique est flanqué de quatre colonnes engagées à équidistance, dont deux correspondent aux grandes arcades, et deux aux nervures des voûtes. Les tailloirs sont octogonaux, et du côté de la nef, ils reçoivent trois au lieu des cinq colonnettes des piles fortes : En effet, les formerets s'arrêtent sur des culots aux extrémités des chapiteaux du second ordre. Ces derniers se situent à hauteur du seuil des fenêtres de la nef.

Le triforium commence un peu plus haut dans le chœur que dans la nef, mais ses baies reposent indifféremment sur un larmier sur toute la longueur de la travée, et elles s'ouvrent sous un arc de décharge en arc brisé. Dans le chœur, l'on ne trouve que deux baies en tiers-point par travée, se partageant une même colonnette à chapiteau au centre. Par contre, l'archivolte de l'arc de décharge est double et repose donc sur deux paires de colonnettes engagées, ce qui donne deux groupes de trois colonnettes aux extrémités de chaque travée de triforium. Dans la nef, l'arc de décharge repose sur seulement une colonnette de chaque côté, mais les baies sont au nombre de trois. Cette disposition est inspirée de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une autre différence entre chœur et nef concerne les fenêtres hautes. Dans le chœur, leur seuil sous la forme d'un glacis fortement incliné commence nettement au-dessus du sommet des arcs de décharge du triforium. Il s'agit de lancettes simples sans remplage. Dans la nef par contre, l'on a renoncé aux glacis, et les fenêtres descendent nettement plus bas. Il s'agit ici de baies géminées surmontées surmontées d'un oculus sous la forme d'une rose à six festons, comme dans la cathédrale de Soissons. Comme déjà évoqué, c'est au niveau du seuil de ces fenêtres que se situent les chapiteaux du second ordre. Dans le chœur, où les formerets disposent de leurs propres colonnettes, ces dernières passent toutefois à côté des chapiteaux du second ordre. Ils possèdent des chapiteaux isolés à mi-hauteur des baies hautes. La construction de la nef a commencée au nord, où les supports et les bases diffèrent légèrement du sud. Dans les bas-côtés, les fenêtres du nord s'ouvrent plus haut et atteignent le sommet des voûtes, en raison de la présence de la galerie du cloître juste derrière. Dans le bas-côté sud, les fenêtres sont de taille normale[27].

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Avant-nef[modifier | modifier le code]

Étage de l'avant-nef.

Le mur occidental (en fait situé au nord-nord-ouest) englobe des vestiges de l'église primitive, notamment du portail de l'ancien bas-côté nord avec un linteau en bâtière et arc de décharge, bouché depuis la construction du massif occidental[9]. Deux ouvertures superposées en tiers-point donnent sur l'intérieur du massif occidental, encadrées par des contreforts intérieurs plats à une certaine distance. Sinon, abstraction faite des vestiges, le mur reste nu : en somme, le raccordement du vaisseau central à l'avant-nef semble peu soigné et quelque peu provisoire. L'ouverture au niveau du rez-de-chaussée donne accès au narthex, qui a longtemps été subdivisé en trois espaces cloisonnés, dont celui au centre servait de porche, et un autre de sacristie. Les voûtes d'ogives d'une facture très primitive ont été fortement restaurées pendant la première moitié du XIXe siècle, et plus aucun chapiteau n'est authentique. — L'ouverture donnant sur l'étage de l'avant-nef est plus grande, entourée de moulures toriques et légèrement désaxée. Elle correspond à toute la largeur de la travée centrale de l'avant-nef, mais la plus grande partie de la tribune demeure donc invisible depuis la nef. D'après Louis Graves et Eugène Woillez, la salle de la tribune aurait abritée la bibliothèque du prieuré. Accessible par la tourelle d'escalier accostant le clocher, c'est une salle spacieuse de trois travées, voûtée d'arêtes en plein cintre, avec des doubleaux en arc brisé, sans formerets. Le profil des nervures se compose d'un gros tore orné de deux petits tores chevronnés et opposés. Les nervures des voûtes et les doubleaux retombent sur des faisceaux de cinq colonnettes du côté du mur extérieur, voire de huit colonnettes du côté de la nef, sachant que trois colonnettes correspondent à chaque doubleau. Les neuf fenêtres sont décorées d'archivoltes toriques ou en bâtons brisés, retombant sur des colonnettes à chapiteaux. Vers la nef, Woillez note deux baies plein cintre bouchées, devant donner sur les galeries de la nouvelle nef romane jamais réalisée. — En hauteur, le mur est ajouré d'une grande rosace qui surmonte la terrasse se trouvant derrière. Son réseau raffiné avec six lobes subdivisées en deux segments, aux lignes galbées, était encore en place au milieu du XIXe siècle, mais a été remplacé par un remplage simplifié[7],[28],[29].

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Extérieur[modifier | modifier le code]

La façade au XVIIIe siècle.
Élévation latérale (à g.) et coupe de l'avant-nef avec clocher.

Massif occidental[modifier | modifier le code]

Le massif occidental, en fait plus orienté vers le nord que vers l'ouest, s'organise sur quatre étages, dont deux pour l'avant-nef et deux pour le clocher à droite de la façade. Des pierres de réserve témoignent toujours de l'intention d'élever un second clocher, jamais entamé. L'avant-nef est épaulée par quatre contreforts plats qui se retraitent une fois au niveau du seuil des baies de l'étage. La partie inférieure des contreforts, jusqu'aux impostes des fenêtres du rez-de-chaussée, est agrémentée de deux colonnettes à chaque angle, disposition que l'on rencontre plus habituellement sur l'étage supérieur des clochers romans, mais qui s'explique facilement : les colonnettes sont de réemploi et proviennent de l'église précédente. La travée centrale est entièrement occupée par le portail en arc brisé, s'ouvrant sous un gâble plein et sous une triple archivolte, surmonté d'un cordon d'entrelacs. La voussure supérieure est décorée de losanges ; la voussure du milieu d'un double rang de bâtons brisés, l'un en négatif, l'autre en positif ; et la voussure inférieure d'un simple rang de bâtons brisés. Deux groupes de trois colonnettes à chapiteaux flanquent le portail, auxquelles s'ajoutent aux extrémités des tores avec des chapiteaux très minces correspondant au cordon d'entrelacs. Les travées à gauche et à droite de la travée centrale sont ajourées chacune par deux baies gémellées en tiers-point, richement décorées ; or, comme le montrent les relevés d'Eugène Woillez pendant les années 1840, ces baies sont une création de toutes pièces des restaurateurs de la seconde moitié du XIXe siècle. À gauche, leur emplacement était occupé par un portail de style classique, et à droite, par deux arcatures aveugles en tiers-point, de taille différente. De part et autre du portail moderne, Woillez identifie clairement les extrémités de la voussure d'un portail plein cintre bouchée, et il ne mentionne aucun vestige de fenêtres au niveau du rez-de-chaussée, qui ne correspondent donc apparemment à aucune vérité historique. Un portail secondaire existe dans le mur latéral à droite, soit au nord-sud-ouest, en bas du clocher. Woillez n'en fait aucune mention, et l'hypothèse de Bideault et Lautier qu'un portail semblable aurait existé du côté opposé demeure sans fondement. L'on pouvait par contre y observer les vestiges d'un raccordement avec le collatéral nord de l'église, réalisé postérieurement et déjà disparu avant le milieu du XIXe siècle[30],[31].

Les baies éclairant la salle voûtée à l'étage du massif occidental sont en plein cintre. L'on en trouve une baie double au nord ; trois baies doubles du côté de la façade ; et une baie simple au-dessus du portail latéral, du fait de la présence d'une tourelle d'escalier à l'intersection entre le clocher et le mur gouttereau de la nef. Les baies situées au-dessus du portail central sont légèrement plus grandes que les autres. Le décor est toutefois identique pour l'ensemble des neuf baies : une archivolte torique reposant sur deux colonnettes à chapiteaux, observant une certaine distance par rapport à l'ouverture afin de la faire paraître plus grande. L'archivolte est surmontée d'un cordon de billettes. Ensuite, une corniche de corbeaux sculptés en masques marque le début du premier étage du clocher, dont chaque face présente des contreforts plats à chaque extrémité. Les deux étroites ouvertures plein cintre par face libre (une seule du côté de la nef, aucune vers le balcon) sont séparées d'un étroit trumeau, et s'inscrivent dans de doubles archivoltes toriques reposant sur des colonnettes à chapiteaux. Plus haut, le début de l'étage de beffroi est simplement souligné par un larmier, qui sert également d'appui aux colonnettes des hautes fenêtres en plein cintre. Deux baies gémellées par face s'inscrivent dans de doubles archivoltes, qui se partagent au centre la même colonnette. Les baies sont en outre subdivisées en deux arcatures plein cintre, se partageant également la même colonnette au centre. L'on trouve ainsi treize colonnettes pour deux baies géminées. Six bandeaux verticaux montent vers la corniche à la base de la flèche octogonale en pierre, cantonnée de quatre pyramidons. Des boudins séparent les faces de la pyramide principale et d'autres les divisent en deux parties. Le décor le plus exceptionnel est constituée par des colonnettes isolées le long de chacun des boudins, ne touchant donc pas directement à la flèche, mais reliées à elle par trois supports s'apparentant à des chapiteaux, ou deux seulement pour les colonnettes au-dessus des pyramidons[32].

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Élévations latérales[modifier | modifier le code]

Élévation latérale sud-ouest.

Les élévations latérales, visibles seulement de loin car non dégagées, sont imposantes du fait de la répétition de la même disposition pour les bas-côtés et la nef sur six travées, ou huit travées si l'on fait abstractions des légères différences que présentent les deux premières travées du chœur. Les fenêtres hautes dominent très clairement les toitures des bas-côtés, qui ont été ramenées à leur configuration du XIIIe siècle par Paul Selmersheim. Grâce à leur faible pente, l'arrière du triforium est de nouveau visible, éclairé par de toutes petites fenêtres étroites. Ce n'est que pendant les premiers travaux de restauration de 1843 que les arc-boutants sont dotés d'une troisième volée. Quant aux contreforts, ils sont décorés de colonnettes à chapiteaux de l'ancienne église, tout comme sur la façade. Les tours du chœur ne font pas saillie devant la façade, seulement leurs contreforts sont un peu plus massifs que ceux de la nef, et la tour du sud est flanquée d'une tourelle d'escalier, carrée jusqu'à hauteur du second étage, puis octogonal le long de l'étage de beffroi. Le second étage des tours est pourvu d'une grande fenêtre en arc brisé, dont l'archivolte retombe sur des mascarons. Cette fenêtre éclaire la salle voûtée ouverte sur le vaisseau central. L'étage de beffroi, coiffé en bâtière, entre dans la tradition des clochers gothiques de la région, mais l'architecture est ici beaucoup plus sobre que sur certaines églises rurales. Sur la tour occidentale, des cordons en dents-de-scie marquent le début et la fin de l'étage, et l'on en trouve également en dessus des archivoltes des ouvertures. Sur la tour orientale, la fin de l'étage de beffroi est soulignée par deux tores, et les archivoltes des ouvertures sont décorées de cordons de billettess. Deux baies géminées sont percées dans chaque face, flanquées chacune de deux colonnettes à chapiteaux, tout comme les archivoltes extérieures dans lesquelles elles s'inscrivent. Les contreforts se terminent par des chaperons en bâtière couronnés par des fleurons[33].

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Élévation du chevet[modifier | modifier le code]

L'église semble particulièrement imposante du côté du chevet : elle est édifiée à la bordure extrême du plateau, et le soubassement ainsi requis épouse exactement la forme des chapelles rayonnantes et présente le même appareillage, ce qui fait paraître l'édifice plus haut qu'il ne l'est en réalité. Les chapelles rayonnantes sont dépourvues de contreforts, et leur contour circulaire trouve son écho sur la chapelle d'axe au niveau du premier étage, puis au niveau des fenêtres hautes de l'abside à l'étage supérieur. La chapelle d'axe est flanquée de contreforts plats, différence qui permet de penser qu'elle n'était pas prévue initialement. L'espace entre les chapelles rayonnantes est occupé par des contreforts élevés au début du XIIIe siècle pour recevoir les arc-boutants, ajoutés seulement après l'achèvement de l'abside, alors que la nef est encore en travaux (au XIIe siècle, les arc-boutants étaient encore inconnus). Ceci explique également l'homogénéité de l'ensemble des arc-boutants, par ailleurs dépourvus de chéneau pour l'écoulement des eaux pluviales. La deuxième volée est ajoutée ultérieurement, à une date inconnue, en imitant le style d'origine. Avec les tours du chœur situés un peu en retrait et les contours circulaires des murs, les arc-boutants marquent le visage du chevet. Ils sont garnis de cordons en dents-de-scie, motif qui se retrouve sur la corniche de la chapelle d'axe (garnie de deux gargouilles), sur la double corniche de l'abside, et sur les tours du chœur. Les chapelles rayonnantes ont par contre des corniches de corbeaux très espacés. Leurs fenêtres et les baies hautes de l'abside sont décorées de la même façon, par une archivolte torique placée à quelque distance et des colonnettes à chapiteaux. Les fenêtres de la chapelle d'axe restent sans décoration[34].

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Les anciens bâtiments conventuels[modifier | modifier le code]

Les bâtiments conventuels se situaient derrière le mur gouttereau nord de l'église. Ils ont été construits après l'achèvement de l'église, jusqu'en 1270 environ. Peu de choses en reste, et la plupart des vestiges se situent sur des terrains privés. L'entrée du prieuré se faisait depuis le parvis de l'église, par une porte aujourd'hui ruinée, près de l'église et assez similaire au portail du massif occidental. — Rue de l'Église, à l'angle avec la ruelle du Mouton, en montant depuis le centre-ville, une ancienne cave à vins du prieuré se situe à droite. Appelée cave Banvin, cette cave voûtée est ménagée dans le rocher calcaire du plateau. Plus haut dans la même rue, après l'église, subsiste une porte fortifiée du XIVe siècle, un peu en retrait. Elle comporte une porte cochère et une porte piétonne, les deux en anse de panier, et flanquées de deux échauguettes en encorbellement. Une grande salle semi-enterrée ainsi que d'autres anciennes caves creusées dans la roche ne sont pas visibles depuis le domaine public.

Le vestige le plus intéressant est représenté par le cloître, parallèle à la nef. Il en restent deux galeries voûtées d'ogives au nord et à l'est, datables des années 1220 / 1230. Chaque travée présente deux arcatures jumelées surmontées par un oculus, retombant sur un fût isolé et deux colonnettes. La galerie méridionale a disparu la première, et la galerie jouxtant la nef a été démolie après 1873 sur proposition de l'architecte Selmersheim, qui jugeait nécessaire de disposer d'un espace dégager d'au moins huit mètres de large autour de l'église afin de pouvoir la restaurer convenablement. — En plus des bâtiments conventuels, le prieuré comportait des communs et vraisemblablement une exploitation agricole, comme en témoigne le gros colombier au centre de l'actuelle cité de l'Abbaye, aujourd'hui privé de toiture. Le vaste enclos délimitant le terrain du prieuré est toujours en grande partie visible ; il est délimité par la rue de l'Église, la rue du Bourg, une courte partie de la rue du Dernier Bourguignon, le chemin de la Tour au Diable et la rue Henri-Barbusse, toujours marquée par le haut mur de soutènement ayant fait partie de l'enclos. Si la connaissance des bâtiments de l'ancien prieuré est limitée, l'on peut toutefois déduire la physionomie et disposition des bâtiments en examinant les anciens prieurés clunisiens de Saint-Arnoul à Crépy-en-Valois et de Coincy (Aisne)[35],[36],[37].

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Mobilier[modifier | modifier le code]

Statue mutilée de saint Leu.

Treize éléments du mobilier et de nombreux blocs sculptés remplacés par des copies lors des restaurations de l'église, ainsi que des fragments de sculptures, sont classés monuments historiques au titre objet, ou au titre immeuble en même temps avec l'église en 1840. La plupart de ces très nombreux éléments sont déposés au musée de la ville dans le château de la Guesdière, à proximité de l'église.

  • L'ensemble d'un dépôt lapidaire, composé de 114 fragments de statues et d'éléments d'architecture datant du XIe au XVIe siècle, le plus souvent en pierre calcaire et partiellement avec des traces de polychromie, déposés lors des restaurations ou retrouvés lors de fouilles autour de l'église[38] ;
  • Un ensemble de fragments de statues en pierre datant du XIe au XVIe siècle, dont une tête dite « de Christ mort »[39] ;
  • Deux sculptures provenant d'anciens chapiteaux, représentant la tête d'un animal fantastique et un décor végétal et datant du XIIe siècle ou du XIIIe siècle[40] ;
  • La base des anciens fonts baptismaux du XIIIe siècle, avec la souche de quatre colonnettes engagées autour d'un noyau cylindrique[41] ;
  • Le gisant du comte de Dammartin, daté de 1220, fortement mutilé car ayant longtemps séjourné à l'extérieur[42] ;
  • Les fonts baptismaux sous la forme d'une cuve baptismale à infusion, datant du XVIe siècle[43] ;
  • Une statue polychrome en pierre de saint Leu, haute de 177 cm et datant du XIIIe siècle, longtemps ensevelie et sans têtes ni mains[44] ;
  • Un bas-relief de retable représentant une scène de la vie de saint Nicolas, large de 151 cm et haut de 59 cm, datant du XIVe siècle[45] ;
  • Le lambris de demi-revêtement de la chapelle du XIVe siècle, composé de cinq grandes travées et de quatorze petites, datable du premier quart du XVIIIe siècle[46] ;
  • Les restes du banc d'œuvre de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle avec un ornement végétal, gravement endommagé lors du bombardement de 1944 et déposé[47] ;
  • Les vestiges de soixante-huit stalles du milieu du XVIIIe siècle, fortement endommagées lors du bombardement de 1944 et déposées, classées au titre immeuble een 1840[48] ;
  • Une paire de tables en bois de chêne peint et doré, avec des plaques en marbre poli[49] ;
  • Un chandelier pascal en bois doré, haute de 180 cm et datant du XVIIIe siècle[50] ;
  • Une suite de trois cadres de canons d'autel en bois peint et doré, datant du XVIIIe siècle[51] ;
  • Un petit bénitier portatif en cuivre, datant du XVIe siècle[52].
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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Notice no PA00114865 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Coordonnées trouvées sur Google Maps.
  3. Bernard 2000, p. 155.
  4. Graves 1828, p. 284.
  5. Müller 1901, p. 1-4
  6. Bernard 2000, p. 155 et 161.
  7. a et b Graves 1828, p. 286.
  8. Woillez 1849, p. S26.
  9. a et b Lefèvre-Pontalis 1906, p. 121 et planche après la p. 122.
  10. Racinet 1989, p. 133-135.
  11. Bernard 2000, p. 160-162.
  12. Bernard 2000, p. 162-164.
  13. Bideault et Lautier 1987, p. 318-331.
  14. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 318, 320, 322 et 331.
  15. a et b Lefèvre-Pontalis 1906, p. 123-124.
  16. a et b Bernard 2000, p. 156.
  17. a, b et c Bideault et Lautier 1987, p. 331.
  18. Visible sur les dessins d'Eugène Woillez, des années 1840.
  19. Graves 1828, p. 288.
  20. Bernard 2000, p. 162.
  21. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 322.
  22. Bideault et Lautier 1987, p. 319 (plan).
  23. Lefèvre-Pontalis 1906, p. 122.
  24. Woillez 1849, p. S23.
  25. Lefèvre-Pontalis 1906, p. 124.
  26. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 323-325.
  27. Bideault et Lautier 1987, p. 325-328.
  28. Woillez 1849, p. S25-S26.
  29. Bideault et Lautier 1987, p. 321.
  30. Woillez 1849, p. 23.
  31. Bideault et Lautier 1987, p. 320-322.
  32. Bideault et Lautier 1987, p. 322-323.
  33. Bideault et Lautier 1987, p. 329.
  34. Bideault et Lautier 1987, p. 328-329.
  35. Bideault et Lautier 1987, p. 318 et 330.
  36. Lefèvre-Pontalis 1906, p. 129.
  37. Bernard 2000, p. 156-160.
  38. « Ensemble d'un dépôt lapidaire », base Palissy, ministère français de la Culture.
  39. « Fragments de statues », base Palissy, ministère français de la Culture.
  40. « Deux chapiteaux », base Palissy, ministère français de la Culture.
  41. « Base des anciens fonts baptismaux », base Palissy, ministère français de la Culture.
  42. « Gisant du comte de Dammartin », base Palissy, ministère français de la Culture.
  43. « Fonts baptismaux », base Palissy, ministère français de la Culture.
  44. « Statue grandeur nature de saint Leu », base Palissy, ministère français de la Culture.
  45. « Retable », base Palissy, ministère français de la Culture.
  46. « Lambris de demi-revêtement », base Palissy, ministère français de la Culture.
  47. « Banc d'œuvre », base Palissy, ministère français de la Culture.
  48. « Stalles », base Palissy, ministère français de la Culture.
  49. « Paire de tables », base Palissy, ministère français de la Culture.
  50. « Chandelier pascal », base Palissy, ministère français de la Culture.
  51. « Suite de 3 cadres de canons d'autel », base Palissy, ministère français de la Culture.
  52. « Bénitier portatif », base Palissy, ministère français de la Culture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Prache, Île-de-France romane, Paris, Éditions Zodiaque, coll. « La nuit des temps » (no 60),‎ 1983, 490 p., p. 207-210
  • Maryse Bideault et Claudine Lautier, Île de France gothique - 1 : Les églises de la vallée de l'Oise et du Beauvaisis, Paris, Éditions Picard,‎ 1987, 407 p. (ISBN 2708403524), p. 318-331
  • Jean-Louis Bernard, « Le prieuré de Saint-Leu-d'Esserent (Oise) : Une réinterprétation du site après les fouilles de 1998 », Revue archéologique de Picardie, vol. 3, no 3-4,‎ 2000, p. 155-174 (lire en ligne)
  • Pierre Durvin, Le millénaire d'un sancturaire : Saint-Leu-d'Esserent, Amiens, Centre régional de recherche et de documentation pédagogique d'Amiens (CRDP Picardie),‎ 1975, 155 p.
  • Albert Fosssard, Le prieuré de Saint-Leu-d'Esserent, Paris, Imprimerie du Reveil,‎ 1934, 112 p.
  • Louis Graves, Précis statistique sur le canton de Creil, arrondissement de Senlis (Oise), Beauvais, Achille Desjardins,‎ 1828, 152 p. (lire en ligne), p. 284-288
  • Delphine Hanquiez, « La nef de l'église prieurale de Saint-Leu-d'Esserent (Oise) », Revue archéologique de Picardie, no 1-2,‎ 2005, p. 119-133 (ISSN 2104-3914, DOI 10.3406/pica.2005.2415)
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, « Saint-Leu-d'Esserent », Congrès archéologique de France : séances générales tenues en 1905 à Beauvais, Paris / Caen, A. Picard / H. Delesques,‎ 1906, p. 121-127 (lire en ligne)
  • Eugène Müller, Le Prieuré de Saint-Leu d'Esserent : cartulaire (1080 à 1538), Pontoise, Société Historique du Vexin,‎ 1901, 210 p. (lire en ligne)
  • Eugène Müller, Le Prieuré de Saint-Leu d'Esserent pendant la Révolution, Beauvais, Imprimerie Départementale de l'Oise,‎ 1906, 44 p.
  • Eugène Müller, Monographie de l'église de Saint-Leu d'Esserent, Pontoise, Société Historique du Vexin,‎ 1920, 34 p.
  • Philippe Racinet, « Observations sur l'implantation et sur l'agencement du prieuré clunisien de Saint-Leu-d'Esserent (Oise) », Revue archéologique de Picardie, vol. 1, no 1-2,‎ 1989, p. 131-141 (lire en ligne)
  • Eugène Joseph Woillez, Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvoisis pendant la métamorphose romane, Paris, Derache,‎ 1849, 492 p. (lire en ligne), S23-S26, ainsi que 9 planches

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]