Église des Cordeliers de Toulouse

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Église des Cordeliers
Image illustrative de l'article Église des Cordeliers de Toulouse
Présentation
Culte Catholique
Type Église
Style dominant Gothique
Protection Logo monument classe.svg Classé MH[1]
Géographie
Pays France
Région Midi-Pyrénées
Département Haute-Garonne
Commune Toulouse
Coordonnées 43° 36′ 20″ N 1° 26′ 26″ E / 43.605498, 1.440693 ()43° 36′ 20″ Nord 1° 26′ 26″ Est / 43.605498, 1.440693 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Église des Cordeliers

L'église des Cordeliers de Toulouse est l’ancienne église du couvent des Cordeliers à Toulouse. Elle ferme après un incendie en 1798, puis est occupée par l'administration de la guerre jusqu'en 1871[1] où elle est ravagée par un nouvel incendie. Les ruines de cette église sont classées monument historique depuis 1862.

Histoire[modifier | modifier le code]

L’église des Cordeliers, par Ferdinand Mazzoli, vers 1860, vue de la rue de l’Esquile

Les frères mineurs de l’ordre de Saint-François, appelés Franciscains ou Cordeliers, s’installent à Toulouse en 1222. Du XIIIe au XVe siècle siècle, ils édifient leur couvent dans l’espace compris entre les actuelles rues des Lois, du Collège de Foix, Albert-Lautmann et Deville. Leur église veut ouvertement rivaliser avec celle des l’église des Jacobins des frères prêcheurs de Saint-Dominique. C’est après la basilique Saint-Sernin l’église la plus vaste de Toulouse, et qui a la voûte la plus élevée (25 m)[2].

Église[modifier | modifier le code]

La façade vers 1840

L’église, dédiée à la Vierge, avec comme patrons secondaires saint François d’Assise et saint Louis d’Anjou, évêque de Toulouse, est construite au début du XIVe siècle. Elle mesure 86 mètres de long, sur 26 m de large. La hauteur du sol au pignon est de 30 m. La nef à l’intérieur a une décoration peinte en façon de pierre de taille, tracées avec des filets brun-rouge sur fond jaune clair. Des scènes peintes occupent les murs des chapelles[3].

La façade, sur la rue des Cordeliers (rue Deville actuelle) est une haute muraille de brique de 26 m de large sur 30 m de haut, percée d’une rosace. Le portail, tout en pierre, forme une saillie d’environ un mètre. Il est surmonté d’un grand fronton triangulaire, flanqué de deux frontons latéraux plus petits et étroits. On pouvait lire au-dessus de la porte principale cette devise quelque peu présomptueuse : Durabit donec fluctus formica marinos / Ebibat, et totum testudo perambulet orbem (« elle durera jusqu’à ce que la fourmi ait bu la mer, et que la tortue aura fait le tour de la terre »).

Cloître[modifier | modifier le code]

Le grand cloître, entièrement disparu, était au nord de l’église. Il était formé de colonnes de marbre géminées supportant des ogives élancées. Des peintures à fresque ornaient les murs, représentant des épisodes de la vie de saint François; Un grand jardin occupait le reste du terrain[4].

Chapelle Notre-Dame de Rieux[modifier | modifier le code]

JeanTissandier présentant la chapelle de Rieux
Article détaillé : Chapelle Notre-Dame de Rieux.

Derrière le chevet, Jean de la Tissendière, ou Jean Tissandier, qui avait été évêque de Rieux, édifie une chapelle, dite de Notre-Dame de Rieux, qui doit desservir un collège. Le cardinal Pierre de Foix (1380-1464), lui aussi ancien franciscain, fait achever la construction de la chapelle qui devient chapelle funéraire en recevant le tombeau de son fondateur.

La chapelle, de pur style gothique, mesurait près de 30 mètres de long sur 16 de large. Au nord se trouvait un clocher carré surmonté d’une flèche. On peut en voir une représentation avec la statue de Jean Tissandier en donateur, une des œuvres du sculpteur inconnu, dit « Maître de Rieux », qui réalisa une abondante décoration sculptée de la chapelle.

Caveau[modifier | modifier le code]

C’est sous la chapelle de Rieux, ou du moins à proximité, que se trouve une crypte destinée à servir de sépulture[5]. Très vite on constate que les corps qui y sont déposés se momifient et se conservent en assez bon état. Dès lors tous les Toulousains veulent y déposer leurs morts et ainsi se constitue une galerie d’ancêtres que l’on peut visiter. Les corps sont appuyés debout contre les murs, et dans un coin on entasse des fragments, bras, jambes, têtes. On peut voir, paraît-il, la Belle Paule, célèbre pour sa beauté au point d’être devenue de son vivant une légende toulousaine. Selon des récits ultérieurs, les femmes n’avaient pas le droit de visiter le caveau : des dames curieuses obtinrent qu’on leur remonte le corps de la Belle Paule. À peine à l’extérieur, il tomba en poussière.

Un mémoire lu à l’Académie des Sciences par M. de Puymaurin, en 1784[6], décrit ce caveau comme une salle ovale de 18 pieds sur 12, dont la voûte était supportée par un pilier central. On y accédait par un corridor qui succédait à un escalier partant du cloître

On raconte[7] aussi, sous de multiples versions, l’histoire d’un jeune cordelier téméraire, mis au défi par quelques camarades, d’aller seul en pleine nuit dans le caveau. Comme preuve, il doit planter un clou dans le couvercle d’un cercueil. Ce qu’il fait. Mais alors qu’il va partir, il se sent retenu par une main invisible, celle sans doute du mort dont il a troublé le repos. Il a beau tirer sur son vêtement, la main ne le lâche pas. Ses camarades retrouvent son corps au matin, il est mort de terreur. On constate alors que dans sa fébrilité, il avait cloué sa propre manche au cercueil.

Vicissitudes historiques[modifier | modifier le code]

En 1562, lors des troubles des guerres de religion, les bâtiments du couvent sont incendiés par les Protestants. Ils sont ensuite reconstruits.

Le 17 octobre 1738, la voûte de la nef, très large, ornée de fresques, s’effondre en partie, endommageant des statues œuvres de Bachelier et autres, détruisant les orgues. On les reconstruit à l’identique.

En 1794, le couvent est vendu comme bien national. La flèche du clocher est abattue, et on établira en 1834 une station du télégraphe Chappe de la ligne Toulouse-Bayonne. Les bâtiments servent de prison. En 1818, le couvent échoit à l’administration militaire qui en fait un magasin de fourrages pour les chevaux, principalement dans la grande nef de l’église. On peut y stocker plus de 9000 quintaux de fourrage, et autant d’avoine.

Destructions du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1871, dans la nuit du 23 au 24 mars, le feu éclate dans l’amoncellement de paille et de fourrages. Il se propage rapidement et dévaste totalement la nef. On détruit en 1873 ce qui reste des ruines de l’édifice. Le clocher, épargné, est vendu à un fondeur de plombs de chasse.

Sur l’emplacement du cloître et du jardin a été bâti l’hôtel de la Banque de France. Tous les bâtiments conventuels ont été détruits, à l’exception de la sacristie et de la salle capitulaire, qui a servi de restaurant universitaire : on y accède par la rue des Lois.

La chapelle de Rieux fut rasée au début du XIXe siècle pour « aligner » la rue du Collège de Foix et la rue des Lois. Avec elle disparut un des joyaux de l’architecture gothique toulousaine. Le fameux caveau fut comblé et on ignore aujourd’hui jusqu’à son emplacement précis.

Vestiges de l’ensemble conventuel des Cordeliers[modifier | modifier le code]

De l’église, ne subsistent aujourd’hui que le clocher et le départ des voussures du portail sud de l’église, reconstitué, encore visibles rue du Collège de Foix. La salle capitulaire et la sacristie ont été préservées de la destruction. Des éléments de sculpture, chapiteaux, clés de voûte, etc. ont pu être récupérés, notamment par Alexandre Du Mège, et regroupés au Musée des Augustins, dont une série de quinze très belles gargouilles conservées dans le cloître.

Le musée Paul-Dupuy conserve un parement d’autel de l’église des Cordeliers, un des rares chefs-d’œuvre textiles qui ont subsisté jusqu’à nos jours.

De la chapelle de Notre-Dame de Rieux, le Musée des Augustins conserve également, dans la chapelle Notre-Dame de Pitié qui donne sur le cloître, un remarquable ensemble de sculptures en pierre du Maître de Rieux, dont des statues de saints, de Jean Tissandier, ainsi que de nombreux éléments architecturaux.

Des documents datant d’avant la démolition permettent de se faire une idée de l’aspect de l’église, notamment les dessins de Ferdinand Mazzoli (1821-1893) sur le Vieux Toulouse disparu, mais aussi des plaques photographiques (musée du Vieux Toulouse).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Classement des ruines de l'église des Cordeliers de Toulouse », base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 10 janvier 2012
  2. Alphonse Brémond, Notice, p. 6
  3. Esquié, Mémoires de l’Académie des Sciences, tome IX, p. 383, in Le Vieux Toulouse disparu, p. 35
  4. Alexandre Du Mège, Histoire des institutions de la ville de Toulouse, tome IV, p. 611
  5. « Les mystères de l'église des Cordeliers », sur ladepeche.fr
  6. Cléobule Paul, Toulouse monumentale et pittoresque, p. 159
  7. Cléobule Paul, Toulouse monumentale et pittoresque, p. 161

Sources[modifier | modifier le code]

  • Cet article est rédigé à partir de la Notice historique d’Alphonse Brémond et confronté aux autres ouvrages cités en note et en bibliographie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alphonse Brémond, Notice historique, Toulouse, Imp. Rives et Privat, sd (ap. 1871) Bibliothèque numérique
  • J.-M. Cayla et Cléobule Paul, Toulouse monumentale et pittoresque, imp. Lagarrigue, sd (1842)
  • Ferdinand Mazzoli, Le Vieux Toulouse disparu, textes du baron Desazars, L. Saint-Charles, E. Lapierre, Toulouse, A. Chauvin & Fils, 1885
  • Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse, Éd. Milan, 1990

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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